Pentagone ou la théorie d’UN complot – 4/11


Par Michel Straugof − Le 11 Septembre 2018

Note au lecteur : nous mettons à disposition l’ouvrage entier au format pdf

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Continuons de découvrir des spécificités étasuniennes en rapport avec cette enquête. Après chaque élection présidentielle, la Rand Corporation organise une rencontre avec le nouvel élu. Sa commission dîte de transition insiste auprès de ce dernier, peut-être un peu lourdement, défendant ce complexe militaro-industriel et principalement la nécessité de l’accroissement de ses résultats financiers, chacun son métier. On n’est finalement pas très éloigné de la World Company des Guignols de l’info sur Canal +. Institution privée sans but lucratif, mais financée en grande partie par des fonds publics, 50% des revenus de la Rand Corporation proviennent de ses participations aux travaux de défense nationale, situant bien son créneau d’intervention prioritaire.

La participation annuelle du complexe militaro-industriel à son financement est un sujet sur lequel elle ne souhaite pas communiquer, comme d’ailleurs des fonds privés recueillis. Comme le monde est petit, on retrouve, ou retrouvera à la Rand un certain nombre de noms dont vous allez faire plus ample connaissance dans quelques pages. Carlucci, Libby, O’Neill, Condoleezza Rice, Rumsfeld, Brzezinski… Pour la plupart des va-t-en guerre au parcours pas toujours très net. Tous ont comme objectif premier, dès qu’ils sont au pouvoir, de hausser le budget militaire, le meilleur moyen restant une « bonne petite guerre ».

4 − AEI, PNAC, RMD, CoG et le temps d’avant…

Le cadre

Améliorer autant que faire se peut, les bénéfices des entreprises qu’ils représentent, semble logique dans le cadre d’un régime économique de type libéral, mais risque de l’être moins dans notre cas, lorsque la fin nécessite certains moyens. Pour satisfaire cette habitude, dans un monde où, après la chute du bloc de l’Est, aucun État ne cherchait à se mesurer à eux, il fallut aux États-Unis se trouver un nouvel ennemi imaginaire, invisible, insaisissable et invincible, d’une puissance inégalée : le terrorisme. L’adversaire qu’il leur fallait, la guerre garantie pour des décennies ! Cette menace nécessitait une protection sans faille, ne pouvant être réalisée qu’avec des technologies de pointe, y compris en coût expliquant le maintien sinon l’augmentation du budget militaire déjà de très loin le plus important de la planète. Pour être plus sûrs de l’importance de cette menace, les néo-cons la façonnèrent eux-mêmes, ils craignaient tant que leurs concitoyens préfèrent à nouveau l’isolationnisme, porteur de paix et de mieux vivre, plutôt que l’impérialisme sans fin. Des armées suréquipées devaient être prêtes à intervenir n’importe où dans le monde, là où le leadership étasunien pouvait être théoriquement menacé, au moins dans les discours. De plus, comme en Afghanistan, ils arment des groupes religieux extrémistes, partout dans le monde, offrant des armes dernier cri à toute bande ayant pour ambition de nuire au pouvoir en place, dès l’instant qu’il ne convient pas à Washington, le rêve du complexe militaro-industriel dans les deux cas.

La Rand Corporation est-elle également devenue une succursale de l’école des sorciers de Harry Potter ? En mars 2001, comme par hasard, devant un parterre d’officiers supérieurs de l’US Air Force, le vice-président pour les affaires extérieures de la Rand, Bruce Hoffman, déclarait :

« Nous essayons de préparer nos armes contre al-Qaïda, l’organisation – ou peut-être le mouvement – associé à Ben Laden. [….] Pensez un moment à ce que fut l’attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993. Maintenant, rendez-vous compte qu’il est possible de faire tomber la tour nord sur la tour sud et de tuer 60 000 personnes. […] Ils trouveront d’autres armes, d’autres tactiques et d’autres moyens pour atteindre leur cible. Ils ont un choix évident d’armes, dont […] les drones. »

Cette tirade ne peut que poser question. Les délires volontaires pour attiser les braises de la haine et la guerre, comme le mensonge sur l’armement de Ben Laden, qu’on retrouve dans un document officiel de préparation d’un exercice de juin 2001 visible en annexe 2 sont graves en eux-mêmes. Si on y rajoute la troublante ressemblance entre les prémonitions de ces éternels va-t-en guerre et la réalité si proche dans le temps, il est difficile de ne pas s’interroger sur la « surprise » que fût soi-disant ce drame. Pourquoi, s’ils n’en sont pas partie prenante, n’avoir rien fait pour protéger au moins une des cibles qu’ils avaient si bien définies, ainsi que les personnes la fréquentant, leur influence est suffisamment importante pour que leur avis soit pris en compte ?

En ces temps là

Au début fut l’American Enterprise Institute (AEI), think tank, groupe de réflexion en français, créé en 1943. Il se donnait comme but de soutenir les fondements de la liberté, en prenant soin de ne pas préciser laquelle et un gouvernement limité, on ne sait pas trop à quoi. Outre son attirance vers l’entreprise privée qu’on subodorait, il préconisait une forte politique étrangère de défense nationale. Sans se lancer dans une étude sémantique, il semble que les deux termes de cette dernière partie de phrase soient totalement antinomiques. Sauf à déjà démontrer, à cette époque, la primauté dans les esprits, étasuniens en premier lieu, de la guerre préventive comme moyen de réguler leur expansion. Il est quand même remarquable que ce fut et reste le leitmotiv de la plupart de leurs campagnes militaires, point largement détaillé au chapitre 2. En fait, l’AEI, présentée comme une organisation bénévole d’éducation, essentiellement pour raisons fiscales, est considérée de longue date, comme étant le quartier général de ce que « Ike » appelait le complexe militaro-industriel. C’est là que se nouaient les relations entre ce dernier et les politiciens transformés en camelots chargés de participer à l’écoulement de la production.

De ce fait, elle est aussi le repère des néo-cons, appellation abrégée signalant les néo-conservateurs, précision destinée à éviter les interprétations hasardeuses, de notre côté de l’Atlantique. Il semble bon de rappeler que le trotskisme menant à tout, c’est de ce mouvement de la gauche étasunienne que vinrent les premiers néo-conservateurs. Cette « évolution » ne fut toutefois pas réservée à ce pays, il n’est qu’à prendre en France la trajectoire de Lionel Jospin pour s’en persuader.

Bénéficiant d’une aura internationale, l’AEI distribue chaque année un prix, tandis que ses membres les plus en vue sont, entre autres, régulièrement invités aux réunions annuelles du Groupe Bilderberg. Ce dernier, souvent présenté comme une ébauche de gouvernement mondial, n’est qu’une autre façon pour l’OTAN, donc pour Washington, de faire passer ses consignes pour que tout perdure à son profit en Europe principalement. Les « Aeistes » s’y rendent, soit sous leur dénomination réelle, quand il est difficile de le cacher, comme Paul Wolfowitz en 2009, en compagnie de Nicholas N. Eberstadt, autre membre distingué, ou sous la fausse-barbe de chercheur, comme Christopher DeMuth en 2012. C’est beaucoup  moins voyant que de le présenter pour ce qu’il fut réellement, président de l’AEI depuis de nombreuses années (de 1986 à 2008).

Fin 1993, se rallia à elle un nouvel inscrit de marque en la personne de Dick Cheney. Ex-secrétaire d’État à la Défense, principal auteur de la préparation de l’opération Tempête du désert, il venait panser ses blessures morales liées à la non-réélection de Bush face à Clinton et donc à la perte du poste crucial qu’il occupait. S’y joignait une amertume très largement évoquée sur les ondes, dans ses discours et textes divers, ne pas avoir vu les troupes de la coalition (entendez les troupes US) entrer dans Bagdad en 1991. Je situe l’origine de notre complot à cette époque où il rejoignit ce think tank. Cheney voulait voir son pays continuer à dominer la planète à n’importe quel prix, ce lieu recelait tous ceux qui, par esprit de lucre, étaient prêt à l’aider. Entre cette défaite de Bush père en 1993 et la création officielle du PNAC (Project for the New American Century, Projet pour un nouveau siècle [de domination] américaine, en français) en 1997, il fallut aux futurs conspirateurs s’assurer les soutiens financiers et politiques permettant de lancer ce projet avec un maximum de chances de réussite. Il n’était plus question de faire dans la dentelle, comme leurs confrères de l’AEI, mais de forcer le destin des États-Unis, instaurer un nouveau mode de vivre et de gouverner, basé sur cette position de leader mondial des USA, y compris par la contrainte.

On vit donc de curieuses fées, Bradley, John M. Olin et Sarah Scaife Foundations se pencher sur le berceau du PNAC et le porter sur les fonts baptismaux en apportant surtout les fonds nécessaires. Cette excroissance apparaîtra sur le flanc droit de l’AEI au printemps 1997, Dick Cheney et Donald Rumsfeld, auteurs de cette machine de domination mondiale, furent par hasard les premiers à se ruer dans ce nouveau think tank, la  réélection de Clinton ayant accéléré leur réflexion. Le PNAC était né, mais il ne s’agissait pas d’une querelle intestine ou d’un divorce entre  les deux entités, elles vécurent en bonne harmonie dans le même immeuble de Washington D.C. Certains membres restèrent même inscrits dans les deux structures, la plus récente étant dirigée par William Kristol… fils de Irving Kristol, fondateur du néo-conservatisme américain et membre de l’AEI. Les fondations citées plus haut alimentaient également financièrement l’AEI et d’autres officines du même acabit, principalement lorsque le but visé était de maintenir la domination étasunienne sur le reste de la planète. Aucune des tensions pouvant être attendues dans le cadre d’un partage du butin ne se révéla entre ancien et nouveau bénéficiaire, confirmant bien l’identité de vues, le PNAC se chargeant du « sale boulot » pour l’AEI. Encore un hasard, aujourd’hui le PNAC a déjà disparu, l’AEI existe toujours. Pourquoi alors cette création ?

La tendance néo-con n’est en effet pas suffisamment importante, même aux USA, qualifions-là plutôt de minoritaire, au moins en nombre, pour expliquer deux grandes tendances prêchant la même « bonne parole ». Comme toutes les autres catégories politiques de la population, elles ne recouvrent pas une homogénéité parfaite des buts et espérances. On assista donc à un transfert assez massif vers le PNAC de ce que les néo-cons de l’AEI portaient de plus belliqueux en leur sein. Vous retrouverez détaillés un peu plus loin dans ce chapitre, à leurs noms, les principaux membres de ce nouveau think tank, très révélateur de cette tendance, une galerie de portraits en quelque sorte. La façon très particulière d’envisager les relations internationales que sous-tendait cette création ne pouvait que heurter les gens de l’AEI, plus habitués aux manières soft, même si leur but final n’était guère différent. Il y avait obligatoirement une raison essentielle expliquant cette apparition du PNAC, le but avoué étant la promotion d’un American Global Leadership. Il s’agissait pour eux de trouver et d’engager les moyens permettant de prolonger au XXIe siècle, le leadership global étasunien acquis virtuellement au moins depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En vérité, même si la tentation isolationniste pouvait brouiller un temps certains esprits, c’est quasiment depuis la fin du premier conflit, sur les plans politique, économique, culturel ou militaire qu’ils imposent leur loi au reste de la planète. Ces thèses étaient développées par le New Citizenship Project, dont l’appendice le plus connu fut Rebuilding America’s Defenses, publié en septembre 2000, durant la campagne présidentielle de Bush.

Rebuilding America’s Defenses ou la guerre programmée

Il ne sortira pas de suite le Mein Kampf étasunien. Il fallait auparavant passer du stade de la confidentialité lié à une naissance récente, à celui du grand jour. Ce fut la raison de la lettre ouverte au président Clinton datée de janvier 1998, lui enjoignant, à peine un an après leur création, d’entrer en guerre contre l’Irak en général et Saddam Hussein en particulier. Ce genre de document public engageant la réputation présente et à venir du PNAC, donc ses possibilités de récolter les fonds nécessaires, n’avait pas été écrit à la va-vite, mais provenait d’une réflexion bien plus lointaine. Face à eux, entre les deux interventions militaires, un pays, l’Irak, ne faisant rien pour se faire remarquer, subissant un embargo assassin décidé par Washington, dont le seul résultat était d’affamer la population civile, dans l’espoir de la voir se soulever contre le dictateur. Cet étranglement de gens n’ayant pas ou très peu de responsabilités dans le comportement de leur maître n’eut, comme principal effet, que d’aboutir à la mort d’un minimum de 500 000 enfants. Dans ces cas, on ne compte pas, ils meurent pour une  juste cause, la cause étasunienne, évitant ainsi de devenir plus tard des « terroristes ». Ce fut, clairement exprimé, la pensée de Madeleine Albright secrétaire d’État de Clinton, lors de l’émission 60 minutes sur CBS le 12 mai 1996.

« Je crois que c’est un choix très difficile, mais nous pensons que cela en valait la peine… »

La mort de 500 000 enfants contre une meilleure rémunération des actionnaires.

Rebuilding America’s Defense, rarement un texte, issu de gens se donnant comme but de diriger le plus puissant pays de la planète, ne fit effectivement autant penser à Mein Kampf, tout au moins dans son désir hégémonique. La volonté dominatrice transpirait à chaque page, domination sans partage par les armes, y compris nucléaires, y compris aussi par le réarmement de l’espace, pour soumettre la Terre entière à leur loi. Ils ne cachaient même pas leurs buts sous un verbiage rassurant. Dès leur prise de pouvoir, ils s’attacheraient à sécuriser et étendre l’influence étasunienne au monde entier, Irak et Corée du Nord étant dans le viseur pour la dépose de leurs dirigeants. Leur slogan de ralliement public : « Ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour le monde », version à peine rafraîchie mais aussi réductrice que ne le fut le « ce qui est bon pour la General Motors est bon pour l’Amérique » des années 1950. Si le plus ancien ne s’adressait qu’aux habitants du pays en question, « l’Amérique » se limitant  pour eux aux frontières des USA, le nouveau engageait la planète au complet. Les points communs avec Mein Kampf étaient inévitables, les gouvernements essentiellement belliqueux ne peuvent avoir que des comportements identiques, du fait de cette attitude grossièrement dominatrice sous un verbiage parfois rassurant. « Le but pour lequel nous combattons est le plus élevé, il s’agit de la liberté et l’indépendance de notre Nation. » Cette phrase pourrait être extraite d’un document de propagande étasunienne, elle est d’Adolf Hitler et figure dans le vrai Mein Kampf.

Quelle différence entre la provocation nazie à la frontière polonaise à la fin de l’été 1939 et la fumisterie de la fausse attaque nord-vietnamienne du Golfe du Tonkin en août 1964 ? Ce n’est pas le lieu de vous détailler à nouveau la première citée. Pour la seconde, la NSA sévissant déjà, elle avait fait parvenir au gouvernement de Johnson, qu’elle savait à la recherche d’informations permettant de justifier le vrai démarrage de la guerre du Vietnam, quelques données provenant de ses « observations ». Elles indiquaient mensongèrement l’attaque de deux destroyers US dans le golfe en question par des vedettes nord-vietnamiennes, la même NSA dissimulant soigneusement le reste des éléments démontrant avec exactitude cette fois, le calme complet du côté nord-vietnamien. Y a t-il une différence fondamentale entre l’incendie du Reichstag le 27 février 1933 et l’attaque « terroriste » du 11 septembre 2001 ? Montrer d’autres coupables que les vrais instigateurs ? En 1933, dès le lendemain, un décret nazi supprimait la plupart des libertés et interdisait toute possibilité pour l’opposition de publier des textes attaquant le pouvoir. Le Patriot Act dut patienter, mais à peine plus longtemps, pour limiter drastiquement les libertés étasuniennes.

Cela renforce mon soupçon, le PNAC fut créé dans le seul but de modifier la donne pour la population étasunienne et de multiplier les conflits de par le monde. La brutalité liée à ce changement était nécessaire pour encore améliorer durablement les résultats des entreprises du complexe militaro-industriel et de quelques autres aussi. Avec l’AEI, ces deux « associations » ou officines auront aussi un autre point commun, et non des moindres, fournir la quasi-totalité de l’ossature de la future administration Bush durant ses deux mandats. Ce dernier déclarait que plus de vingt membres de sa haute et très haute administration, faisaient partie de l’AEI taisant, parmi ceux-là, la douzaine, dépendant du PNAC,  dotés, comme par hasard, de postes de direction, le plus souvent au Pentagone. Cela n’empêchait pas de  trouver principalement ces derniers, régulièrement cités dans les relations d’affaires avec le même ministère… et dans la quasi-totalité des « coups fourrés historiques » précédant ou accompagnant l’arrivée des Bush à la magistrature suprême. Pour mieux démontrer les liaisons existantes entre les différents acteurs, en 2003, lorsque l’AEI décerna pour la première fois son Irving Kristol Award, remplaçant ainsi le précédent Francis Boyer Award, George W. Bush, ci-devant président des États-Unis, vint et prononça  un discours. Une assistance passionnée l’écouta, et pour cause, il annonçait la toute prochaine guerre contre l’Irak et donc des espoirs de hausse importante des résultats financiers…

Avec l’hystérie étasunienne ambiante de cette époque, et même si c’est anecdotique, il est permis de s’interroger sur la raison du changement de nom du prix décerné par l’AEI. Quitter Francis Boyer, homme de droite et directeur général de Smith, Kline & French, grande firme pharmaceutique US, pour Irving Kristol, n’était-ce pas finalement et uniquement dans la ligne de « pensée » de la Maison Blanche et du PNAC ? Punir la France pour son non-alignement sur la prochaine agression étasunienne que cette dernière démarrait sans la moindre raison valable contre l’Irak ? Washington était allé en effet, jusqu’à débaptiser… les frites ! Les French fries devenant à leur corps défendant des Liberty ou Freedom fries. On appréciera à sa juste valeur l’élévation de pensée ayant présidé à cette importante modification, par ailleurs très inégalement appliquée, et le sens que ces gens donnent au mot liberté dans le cadre de leurs agressions.

Un des fils conducteurs induits de ce document du PNAC pourrait être : « Pourquoi mon pétrole se trouve-t-il sous votre sable ? », motif réel de l’intervention en Irak et non la fumisterie des armes de destruction massive, dans la présentation desquelles Colin Powell perdit tout honneur devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Alan Greenspan, ex-président de la Fed, la Réserve Fédérale, une banque privée, s’étonnait, dans ses mémoires, The age of turbulence (Éditeur Penguin Books) : « Je suis atterré de constater qu’il est politiquement incorrect d’admettre ce que tout le monde sait, à savoir que la guerre en Irak a pour raison essentielle le pétrole ». N’allez pas croire qu’il fût un dangereux révolutionnaire, il poursuit par la défense bien comprise des seuls intérêts étasuniens : « À partir du moment où l’ex-allié Saddam Hussein était devenu un ennemi, il fallait le faire sauter pour que la source du pétrole irakien ne reste pas entre ses mains et soit transférée aux forces du marché. » Cette dernière expression, très politiquement correcte cette fois, recouvrant les multinationales de cette spécialité, principalement si elles sont à base étasunienne, la quasi totalité de cette corporation. Mais pour les néo-cons ce n’était qu’un début, le final étant la prise d’assaut de l’Iran, piège dans lequel Obama faillit se faire prendre durant son premier mandat. Leur slogan à la Maison-Blanche était : « Everyone wants to go to Bagdad, real men want to go to Teheran », en français : « Tout le monde veut aller à Bagdad, les vrais hommes (sic) veulent aller à Téhéran. » On voit, dans les deux cas, ce que devient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs ressources ! Rebuilding America’s Defenses n’était pas sorti des esprits embrumés de quelques traîneurs de sabre du PNAC, mais correspondait pratiquement point par point à une doctrine militaire, la RMA (Revolution in Military Affairs), datant du début des années 1990.

Basée sur la supériorité technologique réelle de l’armement étasunien, elle était surtout un moyen de « transformer » les États-nations jugés par eux dépassés, par un nouvel ordre international, en clair complètement dominé par les États-Unis. Bien sûr, la Rand Corporation, déjà évoquée, avait par hasard largement participé à la réflexion aboutissant à la création de cette doctrine. Elle débouchait sur l’augmentation de la production et de l’utilisation des satellites pour le guidage des armes et des nouvelles techniques de communication plus performantes. À part eux, combien de pays pouvaient relever ce défi à l’époque ? Toute médaille ayant un revers, cette théorie, très en vogue au Pentagone, qui l’eût cru, débouchait sur une très forte hausse des budgets militaires. Exactement le discours du PNAC s’adressant à un public beaucoup plus large, ce qui n’étonnera personne, les mêmes auteurs sévissant souvent sous les deux casquettes.

Pour ceux pouvant encore douter de la teneur du message, il était précisé que le PNAC apportait son soutien à une politique reaganienne de puissance militaire et de clarté morale. La suite de ce chapitre et des prochains montrera que pour ce qui est de la clarté morale des intéressés, comme de Reagan d’ailleurs, il y aurait beaucoup à redire. Leur idéologie était d’asservir le peuple étasunien puis les autres habitants de notre planète. Ses leaders annonçaient que le nécessaire processus de transformation des mentalités – étasuniennes – pourrait prendre beaucoup de temps, sauf si un événement dramatique et « imprévu » (sic), du genre de Pearl Harbor, servait de catalyseur. La réalité du propos était d’endiguer le risque réel de voir, comme à l’époque de la guerre du Vietnam, la jeunesse et peut-être pas seulement elle, s’opposer à de nouvelles aventures militaires, dont le peuple connaît trop bien le prix.

La possibilité de super profits à dégager de cette guerre, comme de bien d’autres envisagées, ne pouvait les laisser insensibles, le stade de l’embargo n’était plus suffisant. J’ai déjà en plusieurs occasions abordé l’excellence des USA sur le plan organisationnel. Forcer le destin d’une nation de cette importance le 11 septembre 2001 ne peut se comprendre hors de ce cadre. J’ai situé les prémices de ce quasi coup d’État à l’arrivée de Cheney à l’AEI fin 1993, parce qu’il fallait le temps pour les comploteurs de trouver appuis et soutiens financiers avant de se révéler. Mais pendant la période séparant ce rattachement et le printemps 1997, naissance du PNAC, d’autres actions furent bien sûr entreprises. Dans le cadre de cette faculté hors normes en organisation, il fallait préparer toute la suite… pour le jour ou les urnes donneraient le feu vert à la mise en route de ce plan machiavélique.

Même et surtout si les votes se révélaient favorables, il était hors de question de mettre tous les pions en place en quelques mois sans risquer d’attirer l’attention et les enquêtes pouvant en résulter. Cheney et Rumsfeld amis, autant que ce mot puisse avoir une valeur dans ce milieu, cumulaient, à eux deux, une connaissance rarement égalée de la haute administration étasunienne. Leur parcours détaillé dans la galerie de portraits, quelques pages plus loin, le confirmera. À des époques différentes, ils présidèrent tous deux aux destinées du Pentagone, rien de son organisation ne leur était inconnu, tout comme le fonctionnement de la Maison-Blanche où ils travaillèrent au cabinet du président. De ce fait, ils possédaient un « carnet d’adresses » et une liste d’obligés peu communs, toutes choses bien utiles dans la perspective d’importantes modifications dans le fonctionnement du pays. En outre, ils avaient tous deux participé aux modifications et à la mise au point de la CoG  abordée maintenant. Qui, mieux qu’eux, pouvaient piloter ce complot ?

La CoG

Pour mieux comprendre, détaillons donc cette CoG, Continuity of Government, arme absolue, permettant, au seul « déclencheur », président ou vice-président, de gommer toute trace de vie démocratique dans le pays. Devant l’importance prise par cette option dans la crise du 11 septembre, il me semble normal d’entrer quelque peu dans le détail. Les limites, une fois de plus, furent fixées par les gouvernants de l’époque et leurs successeurs, dont la tendance au secret le plus absolu n’est plus à démontrer depuis le début de cette étude. Créée il y a fort longtemps, durant la guerre dite froide, elle permettait au pays de continuer à exister – enfin ce qu’il en resterait – si le gouvernement élu était anéanti dans une attaque nucléaire soviétique sur Washington. Elle a bien évolué depuis. La première modification, même si on ne peut encore parler de dérive, eut lieu sous Carter, lorsqu’il créa la FEMA en 1979. Le but officiel de cette dernière avait beau être la gestion des situations d’urgences (inondations, etc…), une très nette connotation de garde prétorienne s’afficha rapidement, peut-être même à l’insu du président de l’époque. Les noms des créateurs de cette agence, Brzezinski et Huntington, alertent immédiatement. Le voile pudique fut levé par le premier directeur de la FEMA, John W. Macy : « Le rôle premier de l’agence était la gestion de crise et la protection des civils contre les ennemis extérieurs, dont les terroristes (en 1979 ! NdA), les catastrophes naturelles étant considérées comme une préoccupation secondaire. » Les inondations de la Nouvelle-Orléans permirent de confirmer cette façon de voir les choses, même si la FEMA faisait déjà partie du département Homeland Security à cette époque. D’abord par le texte lui-même, stipulant que la FEMA était le bras armé de l’exécutif, et qu’elle dirigeait toutes les opérations sous l’autorité du président et de lui seul.

Elle était également destinée à la répression des manifestations anti-pouvoir sous toutes leurs formes (volet sécurité civile), ce que ne pouvait pas faire l’armée, selon les textes en vigueur. Bien sûr, des modifications plus importantes eurent lieu sous Reagan, à partir de 1981, mais surtout de 1984, où un groupe secret, évoluant en dehors du gouvernement régulier, se mit à travailler à cette continuité gouvernementale, aboutissant à l’ordre exécutif 12 686 de 1988. Il permettait désormais d’utiliser la CoG pour n’importe quel type d’urgence et non plus seulement à la suite du mauvais résultat d’un conflit nucléaire. Rien d’étonnant, bien sûr, d’apprendre que la cellule très restreinte travaillant sur ce dossier comprenait principalement Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Bush (père), Kenneth Duberstein, James Woolsey et Richard Clarke, assistés d’Oliver North. Ce dernier fut particulièrement compromis un peu plus tard  dans le scandale de l’Iran-Contra ou Iran-Gate, dont il était l’organisateur occulte et le fusible pratique. La vérité sur cette CoG commença à émerger en 1987. Lors d’une audition du même North par la commission du Sénat traitant de ce scandale, Jack Brooks, député du Congrès, lui demanda carrément si, dans son action au sein du Conseil national de sécurité, il avait travaillé sur la CoG. Comme ses électeurs, l’élu avait pu lire dans plusieurs journaux que ce plan comportait, entre autres, le remplacement du Congrès et la suppression de la Constitution, éléments phares de la marche démocratique de leur pays pour les Étasuniens. Le Président de ladite commission, le sénateur Inouye, répondit avec une certaine nervosité, au vu des retombées probables de ce type de débat. Malgré sa proposition éphémère d’aborder ce sujet complémentaire dans un autre contexte, il n’en sera plus question.

Les travaux sur le perfectionnement de la CoG continuèrent donc, avec les deux premiers nommés, durant les années suivantes. Malgré les changements de présidents, y compris  lorsque les intéressés n’eurent plus aucune responsabilité gouvernementale, étant à cette époque devenus chefs d’entreprises privées ! Ils participaient ainsi activement aux modifications dont ils auront besoin pour leur futur complot. Le rêve, préparer en toute légalité son propre coup de force ! Les auteurs mirent même au point, en 1998, un an après la création du PNAC – toujours les hasards – une révision de ce texte. Aux déjà nombreux motifs de déclenchement de la CoG était ajoutée l’attaque terroriste sur le sol étasunien, éventualité aussi improbable à ce moment qu’un débarquement de Martiens. Bien sûr, l’ajout du terrorisme relevait du pur hasard, rien d’autre ne pouvait le justifier à cette date, à l’intérieur des États-Unis, ces gens auraient fait une fortune dans la voyance. Cette CoG existante laissait au président une grande latitude pour bloquer toute tentative de soulèvement populaire, avec les forces lui permettant de l’étouffer. À partir de ce constat, comment expliquer le rajout de l’ONP (Office of National Preparedness) en mai 2001 ? Il est probable que ce fut la façon discrète qu’utilisa Cheney pour s’arroger des pouvoirs que ne pouvait détenir aucun vice-président avant lui.

Grâce à cet ONP somme toute banal, il passait de l’inauguration des chrysanthèmes à celui de doublure réelle du président, avec toutes ses prérogatives. La CoG fut effectivement décrétée par Dick Cheney, vice-président, son meilleur spécialiste, avec l’appui de Richard Clarke, le 11 septembre à 10 heures, après le crash sur le Pentagone. On remarquera que, contrairement aux raisons de base ayant amené la création de ce texte, aucun leader politique n’était assassiné ou décédé, surtout pas le président. Cette décision permettra toutefois à un gouvernement parallèle non élu, bien entendu sous les ordres du même Cheney, de remplacer la direction de l’État « disparu » ; on était bien, à ce moment dans le cadre d’un coup d’État. Ce geste ressemblait bougrement à un avertissement au président élu quelques mois auparavant. À cet instant, même officiellement, il n’était plus grand-chose. Il fallut attendre mars 2002 et un numéro du Washington Post pour en savoir un peu plus sur ce gouvernement de l’ombre. Même le Congrès américain découvrit son existence à cette occasion ! La CoG, composée d’une centaine de personnes, avait-elle commencé à travailler avant le 11 septembre ?

Cette question a tendance à quitter le niveau des supputations en apprenant l’activation du SRAS (Special Routing Arrangement Service) la veille des attentats. Géré par la NCS (National Communications System), ce réseau de communication particulièrement high-tech permet au gouvernement et aux différents commandements militaires de continuer à communiquer en situation de crise grave, par exemple la CoG. Pourquoi cette mise ou remise en route le 10 septembre, juste avant un événement totalement imprévu ? Les plans de cette CoG, quel que soit son nom actuel, sont gardés si secrets qu’il est difficile de déterminer le pourcentage d’engagement. Combien de modifications constitutionnelles mises en place depuis cette date sont-elles directement issues de ses réflexions ? Je signalais dans le chapitre 2 la nécessité de commencer le travail sur le Patriot Act avant le 11 septembre, et la mise en place « préventive » de la CoG peut être l’explication. Par des fuites révélées dans les années 1980, la CoG comprenait, entre autres, la surveillance, l’arrestation et la détention sans mandat judiciaire et la militarisation permanente du gouvernement. Il semblerait que ce fut officialisé avec le Patriot Act.

La commission instaurée pour éclairer les raisons de ce drame national n’a même pas enquêté sur les raisons réelles entourant la mise en place de cette CoG. À quelle date, pour quelle durée et que fut son action durant cette période critique ? Comment comprendre que sur 500 pages il n’y ait pas une ligne pour aborder un sujet aussi important pour la vie quotidienne et les libertés des Étasuniens ? Comme elle « oublia » aussi la tour 7 du WTC et les délits d’initiés, elle confirmait la volonté du pouvoir, contraint de faire un geste, d’interdire toute véritable information sur le sujet. Comme on ne bloque pas le travail d’une commission aussi importante pour le peuple sans une raison valable, on voit réapparaître, et ce ne sera pas la dernière fois, non pas l’ombre des terroristes arabes, mais celle de l’« inside job ». En utilisant le conditionnel, au vu du secret volontairement entretenu sur ces textes, il ressort du peu d’informations disponibles que la CoG concernerait des civils, tous hauts fonctionnaires normalement affectés dans différents ministères ou agences gouvernementales. Leur identité est bien sûr inconnue du public, leur nomination étant prononcée dans le plus grand secret par le haut pouvoir exécutif,  le chef de cabinet du président – donc par le président – sans aucune précision sur les critères du choix. Ce document précise aussi que de nos jours, le président peut déclencher la CoG sans en référer à qui que ce soit. Il lui suffit d’estimer qu’il est nécessaire de…  et certains m’accusent d’exagération lorsque je parle de dictature soft ? Où sont les survivances de la démocratie dans ces cas précis ?

Ce domaine est hermétiquement clos. Aujourd’hui il est impossible de savoir si elle est encore activée, mais dans le cas contraire, pourquoi ne pas le signaler, au moins aux élus ? Le fait d’avoir organisé la rotation des sélectionnés par tranche de 90 jours, trois mois, pousse à penser que l’expérience fut maintenue durant au moins le premier mandat de Bush. Ce dernier savait ainsi en quelle confiance il était tenu par les comploteurs du 11 septembre. N’oublions pas que ce jour-là, selon mon hypothèse exposée au chapitre 7 à venir, il ne dut son salut qu’à sa reddition totale et sans condition, face à leurs exigences. Ceux qui vont vivre dans les deux sites souterrains proches de la côte Est – il ne faut quand même pas être trop éloigné de Washington – appellent ça leur « devoir de bunker ». Ce groupe restreint doit assurer la totalité des fonctions de l’État, en commençant bien sûr par le maintien de l’ordre. Les autres branches constitutionnelles et élues du gouvernement ne sont pas prévues pour être présentes 24 heures/24, contrairement à ces hauts fonctionnaires n’ayant aucun compte à rendre au pays, ce qui en dit long sur l’aspect « démocratique » de ce plan. Sans doute encore jugé trop laxiste par l’équipe entourant Bush, après l’épreuve de l’utilisation, de nouvelles modifications intervinrent en 2007, signées par le président sans aucune marge de manœuvre pour refuser, avec la NSPD (National Security Presidential Directive) n° 51.

Elle annulait la NSD 67, établie en son temps par Richard Clarke et fit référence à de nouvelles annexes classifiées sur la continuité, devant être protégées contre toute divulgation non-autorisée. Cette culture du secret, profondément antidémocratique, va loin. Le député Peter DeFazio, membre de la commission sur la sécurité intérieure, donc en principe au-dessus de tout soupçon, se vit par deux fois refuser le droit de simple consultation de ces annexes, sa requête étant contresignée par le président de ladite commission lors de la seconde demande ! Lorsqu’on se réfère aux informations disponibles sur cette dernière évolution, la dictature est déjà sur le papier et mon appréciation ne prend en compte que la partie connue. Dans ce cadre, avec le commandement sans partage de l’exécutif, au détriment du législatif et du judiciaire, la Constitution, devant pourtant garantir cet équilibre, est largement bafouée. Si cette diatribe avait besoin d’une justification, je pourrais citer le Boston Globe du 20 juillet 2004 sous la plume de Steve Goldstein. On y apprenait que dans les heures ayant suivi le mauvais coup du 11 septembre, Raven Rock Mountain, alias Site R, avait vu arriver cinq hélicoptères chargés de civils, un convoi de Hummer aux fenêtres teintées et plusieurs bus. Ces différences de transports prouvent aussi que même les hauts fonctionnaires choyés par le pouvoir ont besoin de secrétaires et autres petites mains.

Ça ressemble beaucoup à l’entrée en scène des gens de la CoG, d’autant plus qu’un des arrivants n’était autre que Paul Wolfowitz qui, par hasard bien entendu, ne s’était pas rendu à son bureau du Pentagone ce même jour. À part cela, rien n’était orchestré, la surprise était générale ! Cheney s’installa, au moins à temps partiel, à Camp David, à une poignée de kilomètres de Raven Rock, à la suite des mêmes événements, cautionnant ce qui précède. Une preuve des mouvements du vice-président, autrement inexpliqués, se situe dans les photos déclassifiées en 2015. On le voit débarquer à Camp David avec son épouse et Lewis Libby fort tard le soir du 11 septembre. Ils descendaient de l’hélicoptère présidentiel ayant ramené Bush d’Andrews quelques heures plus tôt. L’erreur n’est pas permise, légende et date des photos sont des services de la Maison Blanche. Ce jour avait été particulièrement long et chargé pour lui. Arrivé à la Maison Blanche à 7 heures du matin, il eut le rôle de président durant toute cette journée de drames et ne pourra repartir qu’à l’issue du Conseil de sécurité présidé par Bush, débutant seulement à 21 heures. Lorsqu’on a sa résidence à trois minutes de voiture de la Maison Blanche, il faut une excellente raison pour faire une heure d’hélicoptère et rejoindre Camp David après une telle journée. La surveillance du fonctionnement de la CoG était cette excellente raison, sous-entendant qu’au moins durant cette période et avec des hommes à lui, il dirigea le pays par dessus la tête du Président en titre. Confirmation de cette présence et de cette direction totale des affaires américaines ? Le 10 juillet 2016, dans une interview au Sunday Mirror, John Prescott, vice-premier ministre de Tony Blair à l’époque des faits, outre ses regrets sur la participation britannique à la guerre en Irak, révélait : « Dans les jours qui ont suivi le 11 septembre 2001, Blair a suggéré que je me rende à Washington pour apaiser mes inquiétudes [sur la légalité de la future guerre en Irak, NdA]. Il était prévu que je rencontre le vice-président Dick Cheney à la Maison-Blanche. Il m’est apparu en vidéo depuis un lieu tenu secret. » Outre le mépris total du meilleur allié des États-Unis dans ce futur conflit illégal avec ce type de réception, c’est bien la preuve que les décisions étaient prises ailleurs et que Cheney était le seul patron. Il n’y a plus, aux États-Unis, de système constitutionnel de contre-pouvoir démocratique.

Galerie de portraits

J’ai évoqué un peu plus haut, le changement de « chapelle » des plus belliqueux de ces néo-cons, au profit du PNAC. Une présentation de ces voyous de la politique – si je puis me permettre ce pléonasme – s’impose afin de mieux comprendre leur comportement dans la préparation et l’exécution de ce qui va suivre. Tous ces hommes sont liés à l’industrie de l’armement ou du pétrole, quand ce n’est pas aux deux. Certains étant même également compromis dans l’affaire de l’Iran-Contra, ou Iran-Gate, en référence au Watergate pas si lointain ou dans d’autres faits divers pas plus glorieux. Vous remarquerez que George W. Bush ne fait pas partie de cette fine équipe, seul son frère « Jeb », gouverneur de Floride est référencé au PNAC, mais, trop insignifiant par rapport aux enjeux, il n’est pas joint à cette galerie. Sont uniquement listés ci-après les plus connus et surtout les plus influents, mais si vous souhaitez encore enrichir ces biographies, je vous conseille celles en anglais, toujours plus fournies pour des personnes de leur sphère d’influence :

Elliott Abrams
Né le 24 janvier 1948 Âge le 9/11 53 ans
Nationalité étasuno/israélienne Âge actuel 70 ans
Poste actuel Conseiller pour le moyen Orient au Council on Foreign Relations

Né dans une famille israélite de New-York, il apparut en politique sous Reagan, comme secrétaire d’État adjoint pour les droits de l’homme et les affaires humanitaires. Le moins qu’on puisse dire est qu’il s’acquitta de sa charge d’une manière assez particulière. Au moment des massacres au Salvador, à El Mozote, plus de 800 civils assassinés par les troupes gouvernementales – gouvernement à la dévotion des États-Unis – il parla de propagande devant les commissions d’enquête étasuniennes. Pour le Nicaragua, il chercha à contourner l’interdiction du Congrès de financer les Contras, mercenaires chargés de renverser le pouvoir démocratiquement élu. Dans l’affaire concomitante de l’Iran-Contra, il dut plaider coupable pour deux chefs d’accusation, mais n’écopera que d’une condamnation symbolique amnistiée par Bush père. Par contre, en appel, pour mensonges et dissimulation devant trois commissions du Congrès, il sera suspendu un an.

Membre de l’American Jewish Commitee, il souligna, dès 1995, le déclin du pouvoir politique des juifs étasuniens, nécessitant une alliance avec les évangélistes et le sionisme chrétien ! Il écrira dans son livre Foi ou peur (Free Press) : « Comment les juifs peuvent survivre dans une Amérique chrétienne ? » et encore « Hors de la terre d’Israël, il n’y a pas de doute que les juifs, confiants dans l’Alliance entre Dieu et Abraham, doivent vivre séparés de la nation dans laquelle ils résident. C’est la vraie nature des juifs d’être séparés – excepté en Israël – du reste de la population ». Dans la foulée, il milita activement pour l’interdiction des mariages inter-religieux. Il s’ensuit que l’EPPC (Ethics and Public Policy Center) noua des contacts privilégiés avec des organisations fondamentalistes juives et chrétiennes, y compris avec l’Opus Dei représentée dans son conseil d’administration par le professeur Mary Ann Glendon. Bush (sur conseil de qui ?), le nomma assistant spécial du président au Conseil national de sécurité le 25 juin 2001 et directeur senior du NCS (National Council of Security – Conseil national de sécurité) pour les affaires du Proche-Orient et de l’Afrique du nord,  décision déclenchant des remous au vu de son passé. Dans le cadre de son activité à la Maison-Blanche, il participera à la tentative de renversement de Hugo Chavez en avril 2002 et aurait aussi apporté son appui aux opérations de déstabilisation des régimes en place en Iran, Syrie et Liban, avec Dick Cheney, qu’on ne présente plus, et le prince saoudien Bandar Ben Sultan, dont la couverture officielle était d’être ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington.

Néo-con, Abrams, membre du PNAC depuis sa création, est pour la suprématie étasunienne et a participé à la planification de la guerre en Irak. Au second mandat de Bush, il devient en 2005 conseiller au NCS sur les stratégies de démocratie globale (sic), responsable de la stratégie  pour faire « avancer la démocratie à l’étranger » (re-sic). Recyclé dans l’écriture, il est l’auteur, en 2016 d’une pièce intitulée « Quand vous ne pouvez pas supporter votre candidat », entièrement axée sur son opposition à Trump. Fervent soutien d’Israël – qui l’eût cru – il critiqua, fin 2016, la politique suivie par Obama pour « avoir miné le gouvernement d’Israël », en se référant aux accords avec l’Iran sur l’utilisation de l’énergie nucléaire. Pressenti pour devenir secrétaire d’État adjoint de Rex Tillerson en février 2017, Trump le refusera au vu de son comportement durant la récente campagne électorale.

Richard Lee Armitage
Né le 26 avril 1945 Âge le 9/11 56 ans
Nationalité étasunienne  Âge actuel 73 ans
Poste actuel Membre du conseil d’administration de Conoco-Philips

La carrière publique de cet ancien officier de la Navy au Vietnam commencera en 1998 quand on découvrit son nom parmi les signataires de la lettre ouverte du PNAC au président Clinton, même si auparavant sa participation au scandale de l’Iran-Contra semble acquise. En 2001, on le retrouvera comme adjoint au secrétaire d’État Colin Powell, lequel s’octroya fort judicieusement deux jours de vacances en Amérique du sud au moment des attentats. Côté vraiment imprévu de ce 11 septembre… Armitage participa à la vidéoconférence sécurisée dirigée par Richard Clarke ce même jour. La semaine précédente, il s’était fait remarquer en rencontrant à Washington le général Mahmoud Ahmad, patron des services secrets pakistanais. Membre du conseil d’administration de Raytheon, Armitage était aussi directeur et membre de celui de Choice Point depuis 1993, entreprise qui, comme par hasard, fut choisie pour effectuer les tests ADN sur une partie des victimes du 11 septembre, par l’entremise de sa filiale Bode Technology. De par sa position hiérarchique au sein de l’appareil d’État, il était le patron de Grant S.Green, sous-secrétaire d’État au management et responsable du Bureau des affaires consulaires, donc de l’administration des ambassades à l’étranger. Ils mirent au point une procédure rapide pour la délivrance des visas, dont le plus beau fait d’armes fut de permettre à quinze des « pirates de l’air » présumés d’obtenir le précieux sésame. Elle aggravait les défauts de la précédente, l’officier délivrant le visa n’ayant plus aucun moyen de s’assurer que la personne le retirant était réellement celle correspondant au dossier de la demande. Ce genre de décision facilitait beaucoup l’entrée aux USA de « terroristes », si le besoin s’en faisait sentir.

Soupçonné d’être membre de la CIA depuis son passage au Vietnam, il reconnut avoir rendu publiques des informations classifiées dans l’affaire Plame, osant préciser que c’était involontaire ! Il avait confié au journaliste très conservateur Robert Novak de CNN, ce qui est pourtant un crime fédéral, que Valérie Plame était agent de la CIA. Cette révélation prenait toute sa saveur quand on sait que le mari de cette dernière, l’ancien ambassadeur Joseph Wilson, avait été envoyé par Bush junior au Niger. Mission : confirmer le trafic de matériaux nucléaires entre ce pays et l’Irak, enquête devant être l’épine dorsale du plan gouvernemental pour expliquer sa future guerre dans ce dernier pays. Le bougre osa revenir en prétendant qu’il n’y avait aucun trafic et que les documents sur lesquels l’administration Bush se basait étaient des faux. Bush, en janvier 2003, dans son discours sur l’état de l’Union, persistera dans ses mensonges, tant sur le Niger que sur le reste. En juillet suivant, Wilson écrivit dans le New York Times : « si mes informations ont été ignorées parce que ne correspondant pas à des idées préconçues sur l’Irak, alors on peut légitimement faire valoir que nous sommes entrés en guerre sous de faux prétextes. » Il est évident qu’il fallait discréditer et/ou punir le mari, même si la dénonciation de l’activité de son épouse pouvait avoir de graves conséquences pour l’intéressée, des exemples existèrent dans le passé en ce milieu. Armitage est président d’Armitage Associates LLP (Limited Liability Partnership), entreprise de consultance créée au début des années 1990, ses principaux clients semblant être le monde pétrolier et, sans surprise, celui de l’armement. On y retrouve, comme par hasard, Raytheon et Boeing, deux entreprises dont les noms reviendront très régulièrement dans le drame du 11 septembre, comme nous l’examinerons un peu plus loin. Nous pouvons aussi ajouter comme autre client Kellog Brown and Root, filiale d’Halliburton faisant dans le mercenaire. En 2016, bien que Républicain, il déclara qu’il voterait pour Hillary Clinton si Donald Trump était le candidat de son parti.

John R. Bolton
Né le 20 septembre 1948 Âge le 9/11 53 ans
Nationalité étasunienne Âge actuel 70 ans
Poste actuel Conseiller à la Sécurité Nationale de Trump

Il commença, à 18 ans, par écrire un éditorial : « Pas de paix au Vietnam » dans le journal de son école. En 1989, Edwin Messe, nommé Attorney General  (ministre de la Justice) par Ronald Reagan, le réclama comme adjoint au département de la Justice, sur les conseils du sénateur Jesse Helms, pour qui Bolton avait milité. Ce dernier s’appliqua avec zèle à étouffer toutes les instructions sur les trafics de drogue de l’affaire Iran-Contra impliquant des élus républicains. Un peu plus tard, Il rejoindra l’administration républicaine où il fit campagne pour le retrait des USA de l’UNESCO et obtenir l’annulation de la résolution de l’ONU mettant sur le même plan sionisme et racisme, où il rejoignait Abrams vu un peu avant. Farouche opposant aux missions de maintien de la paix, il critiquera plus violemment encore l’intervention US en Somalie. En 1997, Dick Cheney le fait nommer vice-président sénior de la recherche sur les politiques publiques de l’AEI, mieux connue depuis le début de ce chapitre. En son sein, Bolton participa activement à la création du Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC), programme électoral et guerrier d’au moins le premier mandat de George W. Bush. Bien évidement, il sera signataire de la lettre à Clinton en janvier 1998 pour intervenir en Irak. C’est donc tout naturellement qu’après la victoire Dick Cheney l’impose dans un contre-emploi, sous-secrétaire d’État en charge du contrôle des armes et de la sécurité internationale, avec comme mission particulière de surveiller Powell en qui les faucons n’avaient aucune confiance. Autre signe tangible de la liberté de décider du nouveau Président potiche ! Il traitera avec sa légèreté coutumière les dossiers de la Corée du Nord et de l’Iran puis, dans ses mauvais coups, on peut noter l’échec de la conférence sur les armes biologiques à Genève ou il refusera les visites de contrôle aux États-Unis sous prétexte d’atteinte à la sécurité de son pays ! Chaud partisan de la guerre en Irak et de la guerre préventive, nouvelle erreur de casting avec sa nomination comme ambassadeur des États-Unis à l’ONU en 2005, lui qui avait toujours critiqué cette organisation.

Le Sénat US s’y opposa, signe quand même inquiétant, qualifiant Bolton d’arrogant et de brutal. Bush fera le forcing en signant le décret le mettant en selle durant les vacances du même Sénat. À peine installé, il commença par vouloir faire réécrire entièrement un texte de 36 pages, commun à l’ensemble des nations inscrites en amenant plus de 700 corrections ! On y trouve pêle-mêle, la suppression du respect de la nature dans les principes fondamentaux, de toute référence à la Cour pénale internationale et au protocole de Kyoto, et il se positionna aussi contre toute allusion à l’obligation de renoncer aux armes nucléaires. Bush fut obligé de se séparer début 2007 de ce proche de Dick Cheney au niveau des options politiques. Les meilleures perles de Bolton pourraient-être : « Les Nations Unies n’existent pas. Il y a seulement une communauté internationale qui ne peut être dirigée que par la seule superpuissance restante, les États-Unis… Le Conseil de Sécurité ne devrait avoir qu’un seul membre permanent, les USA ». Il retourna à l’AEI et continua sa politique d’extrême-droite contre tout ce qui pourrait nuire au développement de l’Empire étasunien, lui permettant d’être un invité régulier de Fox News. Après avoir été candidat à la présidence en 2012, il sera récupéré en 2018 par Trump pour le poste de Conseiller à la sécurité nationale, faisant extérieurement de son gouvernement le plus agressif depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Frank Carlucci
Né le 18 octobre 1930 Âge le 9/11 71 ans
Nationalité étasunienne Âge actuel 88 ans
Poste actuel Président de G2 Satellite Solutions

Carlucci est l’un des plus proches amis de Donald Rumsfeld, ils se connaissent depuis leur passage à l’université. Dès son premier poste au sein du gouvernement fédéral, Rumsfeld apporta Carlucci dans ses bagages. La carrière de ce dernier dans l’appareil d’État sut faire fi des clivages politiques. Pour résoudre cette énigme propre à très peu d’individus à ce niveau, vous avez le choix entre sa faculté à travailler avec d’autres et son affiliation à une de ces organisations qu’on regroupe sous le label de l’État profond, se situant au-delà des partis politiques. Son histoire personnelle donne plutôt tendance à le rattacher à la seconde hypothèse. Même si, selon le proverbe, on ne prête qu’aux riches, cette carrière sent le soufre, le liant à un certain nombre d’opérations ayant changé la face du monde, toujours au profit des États-Unis. Pseudo second secrétaire de l’ambassade US à Léopoldville, Congo ex-belge, en 1960, en réalité  homme de la CIA, on parla de lui dès 1961 dans les complots ayant amené l’assassinat de Patrice Lumumba au profit de Mobutu, poulain des États-Unis. Cette exécution aura lieu, après tortures, sur ordre du président Eisenhower et avec l’assentiment de Baudouin, roi des Belges. Il continuera en Tanzanie où il fut déclaré persona non grata après la réussite du renversement du chef de l’État un peu trop à gauche pour Washington. Aussitôt sa basse besogne achevée, on le retrouvera au Brésil où il mit au point, après le coup de force militaire pro-étasunien, le fonctionnement des escadrons de la mort sinistrement connus des membres de l’opposition. Carlucci est aussi lié au renversement de Salvador Allende, président du Chili, en 1973. Le montage du financement de l’opération se fit par l’intermédiaire de l’OMB  (Office of Management and Budget), dont il était, par hasard, le directeur adjoint.

Nommé ambassadeur au Portugal sur demande de son ami Rumsfeld au moment de la Révolution des œillets, il fit venir de nombreux membres de ses brigades brésiliennes ainsi que quelques « personnalités » de la CIA pour assurer la pollution du mouvement. Il s’en faudra d’un rien que le mauvais coup ne réussisse amenant le leader historique de la révolution, de Carvalho, à réclamer, à la radio nationale, le départ de l’ambassadeur étasunien dans les plus brefs délais. Sous-directeur de la CIA en 1978, son nom apparaît également derrière l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, favorable à la participation des communistes au gouvernement italien. Pour compléter ce tableau, son implication dans le scandale de l’Iran-Contra est confirmée. À la CIA, durant sa présence à ce poste à Washington, il participa à l’armement de près de 100 000 moudjahidines contre l’URSS, avec l’aide de l’ISI, les services secrets pakistanais. En 1982, Carlucci abandonne ses activités politiques pour le monde des affaires, et rejoint une société de commerce international, la Sears World Trade (SWT), filiale du leader de la grande distribution, Sears-Roebuck. En fait, SWT disposait elle-même d’une filiale, International Planning and Analysis Center (IPAC), se consacrant au négoce d’armement. Le magazine Fortune assura que SWT était devenue un des paravents de la CIA. SWT n’était pas loin lorsqu’un de ses administrateurs, Donald Rumsfeld, envoyé spécial du président Reagan, se rendit à Bagdad pour vendre des armes chimiques à Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran.

En un temps record, Frank Carlucci utilisa ses relations politiques pour acquérir une étonnante fortune privée, tandis que Sears perdait 60 millions de dollars. Un schéma qui préfigurait ce que sera le Carlyle Group, qu’il dirigea ensuite durant les douze années précédant les attentats. Ce trust d’investissements dont la famille Bush, le trône saoudien et la famille Ben Laden sont d’importants souscripteurs, a comme sphère d’action l’armement et le pétrole – qui en douterait ? Neuvième plus important fournisseur du Pentagone, il possédait deux principales filiales, BDM International dont Carlucci assurait la présidence, et Vinnel Corporation. BDM est souvent associé à un statut de société écran pour les « black operations » du département d’État. Toujours dans cette série impressionnante de hasards, Carlucci rencontra les actionnaires de Carlyle le 11 septembre, à l’hôtel Ritz-Carlton de Washington, parmi lesquels Shafig, le frère d’Oussama Ben Laden, Bush père les ayant rencontrés la veille. Son âge actuel le rend certainement moins dangereux.

Dick (Richard) Cheney
Né le 30 janvier 1941 Âge le 9/11 60 ans
Nationalité étasunienne Âge actuel 77 ans
Poste actuel  

Sa carrière politique commença en 1969 dans l’administration Nixon, au sein même de la Maison Blanche comme second de Rumsfeld au sein de l’OEO (Office of Economic Opportunity), à découvrir dans la présentation de son patron de l’époque. Il sera secrétaire général adjoint de la présidence en 1974 sous Gerald Ford, Donald Rumsfeld étant à nouveau son supérieur. Il tenait là la chance de sa vie et ne la laissa pas passer : travailleur infatigable, il s’occupera durant plus d’un an de toutes les questions d’intendance les plus triviales. Cheney maîtrisa ainsi les arcanes de la Maison Blanche et put rapidement monter des opérations politiques de plus grande envergure. D’autant qu’avec la nomination de Donald Rumsfeld au poste de secrétaire d’État à la Défense, il hérita de la place de secrétaire général de la Maison Blanche. Depuis ce poste stratégique et avec Rumsfeld, il œuvra à la mise à l’écart progressive d’Henry Kissinger, dont il désapprouvait la volonté de compromis avec l’URSS. Dans cette tâche, ils bénéficieront de l’appui sans partage de Bush père, alors à la tête de la CIA. Gérald Ford voulant libéraliser davantage la FOIA, suite des retombées du Watergate et toujours avec l’aide du même Rumsfeld, ils firent valoir le risque que posait une trop grande connaissance des informations gouvernementales par le public, déjà la volonté du secret. En 1976, aux côtés de James Baker, il dirigea la campagne électorale perdante du président sortant, puis fut élu en 1977 représentant du Wyoming sous la bannière républicaine et réélu jusqu’en 1989.

De ces années au Congrès, son penchant très à droite de la droite se confirmera. Il s’opposera à l’application des traités sur le canal de Panama négociés par Jimmy Carter, soutiendra d’une manière systématique le développement de nouveaux armements tels que le missile MX, et votera contre l’instauration de sanctions envers le régime d’apartheid d’Afrique du Sud. Sur la scène intérieure, il votera contre le contrôle des armes (y compris celles pouvant percer des blindages et les armes indétectables pour les détecteurs de métaux), s’opposa aux lois sur l’avortement et, en ardent supporter des industries polluantes, tenta de faire échouer l’extension du Clean Water Act en 1987. Dès 1981, ses contacts lui permettront d’être nommé président du comité politique républicain. Comme ce monde est petit, lors du scandale de l’Iran-Contra, en 1986-1987, il sera particulièrement bien placé pour calmer les ardeurs du Congrès, pourtant décidé à en découdre. Proche du démocrate Lee Hamilton présidant la commission d’enquête du Congrès, futur vice-président de celle du 11 septembre, il obtint le poste de représentant de l’opposition républicaine au sein de celle-ci. Il y bloquera toute tentative de mise en accusation du vice-président, George H.W. Bush, par les Démocrates. Le même, une fois président, se voyant refuser la nomination du sénateur texan John Tower au poste de secrétaire à la Défense – ministre de la Défense – par le Sénat, fera appel à Cheney. Désignation approuvée le 17 mars 1989, Cheney prenant officiellement ses fonctions le 20.

Dans ce poste, il supervisa l’opération « Just Cause » au Panama – dépose expresse d’une brutalité inouïe de Noriega – causant la mort de près de 4000 civils innocents, alors que la marionnette recherchée ne fut même pas arrêtée à cette occasion. Il pilotera également la préparation de l’opération « Tempête du désert » au Koweït en 1991 après avoir monté la machination faisant croire à Saddam Hussein que les États-Unis n’interviendraient pas dans le cas où l’Irak tenterait de reprendre son ancienne province. Avec l’aide de Paul Wolfowitz, déjà spécialiste en coups tordus et autres délires sur les risques rencontrés par les USA, ce plan fonctionnera à merveille. Dans ce conflit, la propagande deviendra une arme majeure, faussant les cartes pour faire accepter par les opinions publiques étasunienne et mondiale cette guerre comme celle du bien contre le mal, avec l’appui total et sans réserve des médias. Durant son séjour au Pentagone, Cheney, et il ne s’en est jamais caché, regrettera toujours de ne pas avoir vu les troupes de la coalition (lisez les troupes US) entrer dans Bagdad et Saddam Hussein capturé à l’issue de cette opération. Cette même année, il recevra la médaille présidentielle de la Liberté pour avoir « assuré la défense de l’Amérique dans des temps de grands bouleversements internationaux ».

Encore une fois, cette défense ressemblait beaucoup à une agression de la même « Amérique ». Cheney est un prédateur, et l’idée de ne pas pouvoir, de suite, se servir dans le sous-sol du troisième plus gros réservoir de pétrole brut de la planète l’insupportait, d’autant plus qu’il avait commencé à fricoter avec Halliburton, puissant groupe spécialisé dans cette industrie pétrolière. Pour la première fois au moment de Tempête du désert, il introduisit au Pentagone une des filiales de la même entreprise, Kellog Brown & Root (KBR). Le but : assumer des missions d’externalisation de la défense, en termes plus clairs, une agence de mercenaires pas toujours contrôlables mais capables d’effectuer des missions dont on ressort avec les mains sales. De plus, lors des derniers mois de Cheney au Pentagone, Halliburton remporta un contrat de fourniture logistique auprès du LOGCAP (Army’s LOGistics Civil Augmentation Program). Les experts estimaient que « c’était la première fois que l’armée sous-traitait un tel programme de planification à une entreprise privée ». Halliburton fournira notamment la logistique pour l’intervention militaire étasunienne à venir en Somalie.
C’est donc totalement par hasard qu’en 1995 il devint vice-président de Halliburton, qu’il ne quittera qu’en août 2000, pour rejoindre l’équipe de campagne de Bush junior.

Est-ce lors de ce passage chez Halliburton que fût rédigé le rapport sur les champs pétroliers irakiens présenté aux membres du Conseil national de sécurité le 1er février 2001 sous couvert de la DIA évoqué précédemment ? Dès 1993, après la défaite de George Bush à l’élection présidentielle devant Bill Clinton, Cheney rejoignit l’AEI (American Enterprise Institute) déjà présentée. L’affiliation à ce genre d’officine, pour un politicien de son envergure, ne peut se comprendre qu’avec la volonté de continuer la lutte sous quelque forme que ce soit. En 1997, avec Donald Rumsfeld, il fonda le think tank néoconservateur PNAC (Project for the New American Century) détaillé en début de chapitre. Il démissionna de ses fonctions chez Halliburton au second semestre 2000 et devint le candidat républicain à la vice-présidence aux côtés de George W. Bush, en dépit d’une santé fragile à la suite de plusieurs attaques cardiaques. Dick Cheney s’arrogea le droit de diriger lui-même le comité de recherche du vice-président. Il sera donc choisi parce qu’il n’y eut, au moment de cette sélection, aucun autre candidat ayant procédé aux entrevues amenant ce choix. Plus tard, son équipe organisera une tartuferie de pseudo entretiens avec de pseudo, candidats potentiels. Onze seront ainsi tenus de remplir un dossier complet de renseignements pour rien dont, semble-t-il, Pataki et Guiliani, respectivement gouverneur de l’État et maire de New-York. Cheney décida qu’aucune de ces marionnettes ne convenait pour ce poste, le seul restant étant lui, bien entendu ! Joseph Allbaugh, directeur de la campagne électorale de Bush junior participa largement à la mystification, bernant même ce dernier, permettant à Cheney d’arriver à cette vice-présidence, le slogan officiel pour la vice-présidence, « Bush choisit Cheney » ayant bon dos ! Il était de plus si important qu’il obtienne ce poste que les pires combines furent utilisées par le tandem Cheney/Allbaugh. Ce dernier, chargé de conseiller son candidat président sur la recherche de son second, dissimulera tout ce qui pouvait entraver cette nomination. Oubliées les stock options de chez Halliburton, les dossiers médicaux prouvant la réalité de cette santé déficiente, ses feuilles d’impositions, bref tout ce qui pouvait nuire. Pourquoi un tel acharnement ? En remerciement, Allbaugh, bien que nullement compétent dans ces domaines de la sécurité nationale, sera nommé directeur de la FEMA, sans doute futur homme de paille de Cheney dans le complot.

Oui, cette élection de Bush fut truquée dans tous les sens du terme. Mais encore une fois, dans un pays comme celui-là, on ne truque pas pour le plaisir ou pour le simple fait d’être au pouvoir, mais uniquement dans un objectif précis. Depuis la création des États-Unis, le poste de vice-président, prévu par la Constitution dès 1789, est celui d’un faire-valoir un peu terne, ne faisant aucune ombre politique au président élu. Nommé au cas où, ce poste ne peut, sous sa forme traditionnelle, déclencher de volonté particulière de s’imposer pour le tenir, surtout, dans le cas de Cheney, après une carrière politique d’une telle intensité. Pour obtenir la place, il faut une bonne, une excellente raison. Qui songerait à se battre ainsi, surtout avec l’obligation de quitter un poste de vice-président chez Halliburton, pour envisager d’inaugurer les chrysanthèmes durant au moins un mandat, même avec les avantages attachés au poste ? Quand cette quête des honneurs s’accompagne de l’obligation de faire renoncer son épouse à un poste d’administrateur chez Lockheed, il y a obligatoirement un motif plus sérieux que le paraître. Dès l’abandon obligé de son poste chez Lockheed, elle se dirigera immédiatement vers l’AEI longuement évoquée. Elle y deviendra, après mise en place de la nouvelle équipe, celle de son mari, la pourvoyeuse des postes de cadres supérieurs destinés à remplacer au Pentagone ceux manquant d’enthousiasme pour les nouveaux conflits programmés. Par contre, sans même l’influence possible de son épouse, la volonté de domination et de travail dans le secret de Dick n’était une surprise pour personne.

Cette même année, il rejoignit comme membre le conseil consultatif du JINSA (Jewish Institute for National Security Affairs), autre think tank dédié à la défense d’Israël par les États-Unis, comme son nom le laisse transparaître. Le personnage commençant à mieux se dessiner, peut-on croire que ce rapprochement, compte-tenu du plan en cours, ne visait qu’à participer à cette défense d’Israël ?

Alors que l’élection était encore indécise, l’équipe Bush/Cheney ne pouvant prétendre à un financement public pour planifier le passage vers une nouvelle administration, Cheney ouvrit un bureau de transition financé par le secteur privé (qui ?) à Washington. Ce bureau travailla, uniquement sous ses ordres bien sûr, pour trouver les candidats pour tous les postes importants au sein du futur cabinet. Selon Craig Unger, journaliste et écrivain, Cheney proposa Donald Rumsfeld au poste de secrétaire à la Défense pour contrer l’influence de Colin Powell imposé par Bush, sur conseil de son père, au département d’État et tenta en vain d’avoir Paul Wolfowitz à la place de George Tenet en tant que directeur de la CIA. C’est lui aussi qui choisira O’Neill pour le Trésor, même si cette sélection s’avéra un échec deux ans plus tard. En janvier 2001, devenu vice-président des États-Unis, il se révélera, à ce poste, le plus puissant de l’histoire de son pays, les observateurs remarquant même que, au moins durant la première année du mandat de Bush junior, il fut le véritable président face à un novice pas très doué et pas très vaillant. Vice-président, il devint ipso facto, de par la Constitution étasunienne, président du Sénat.

Avec son équivalent de la Chambre des représentants cosignataires, il modifiera en 2002 les textes régissant la FOIA déjà évoquée. Il prit également en main la direction du groupe chargé du développement de la politique énergétique, incluant parmi ses membres des dirigeants du groupe Enron en dépit de la faillite retentissante de celui-ci. Au moment où Cheney fit entrer les loups dans la bergerie, les accusations de scandale financier était déjà connues au moins des analystes de Wall Street et de la SEC, donc du gouvernement. Durant ses deux mandats à la Maison-Blanche, son ex-employeur – Halliburton – gagnera des milliards en contrats dans de nombreux pays, 2003 étant le sommet de la magouille, avec les fournitures de tous types, la plupart du temps sans appel d’offre à la concurrence. Pour un chiffre d’affaire global avec l’État de 427 millions de dollars en 2001, on passa à 485 en 2002, pour atteindre 4,3 milliards de dollars en 2003 ! Pratiquement multiplié par dix… Il est intéressant de savoir que Cheney avait encore un arrangement financier (interdit par la Constitution) avec Halliburton, qu’il semblait en percevoir des rémunérations et des stock-options durant sa vice-présidence. En 2005, les Cheney déclaraient un revenu brut de 8,8 millions de dollars avec la levée d’options sur les actions Halliburton mises de côté en 2001.

Dans Destiny and Power : The American Odyssey Of George Herbert Walker Bush, paru fin 2015, l’ancien président des États-Unis de 1989 à 1993 s’en prend en des termes peu diplomatiques à ces deux figures de la présidence de son fils (2001-2009), Cheney et Rumsfeld. Bush père reproche à Dick Cheney d’avoir adopté une ligne dure pour convaincre son fils de faire usage de la force militaire à travers le monde, selon le New York Times, citant John Meacham biographe de l’ancien président : « Il est devenu un partisan de la ligne dure, très différent du Dick Cheney que je connaissais et avec lequel j’ai travaillé. »

Ses détracteurs, dont Bush père, l’accusèrent d’avoir poussé le président à l’invasion de l’Irak en plaidant notamment pour une opération militaire contre Saddam Hussein sans la saisine préalable de l’ONU. Dans la même diatribe, il avait affirmé que le dictateur possédait des armes chimiques et bactériologiques et qu’il avait remis en route son programme de fabrication d’une bombe atomique. On y trouve également celle d’avoir persisté à soutenir à tort l’existence de liens entre le régime irakien et al-Qaïda et d’affirmer que les soldats étasuniens seraient « accueillis en libérateurs » par la population. Oui, Cheney était différent ! Il avait quitté le rôle d’exécutant, même de très haut niveau, et était maintenant le dirigeant, Junior n’étant qu’une pâle image d’un président qu’il ne sera jamais. C’est même pour cela qu’il fut choisi, je le détaille au chapitre 7 !  Bush père estime également que Cheney fut influencé par sa propre épouse, la très conservatrice Lynne, qualifiée d’« éminence grise ». L’influence de Lynne Cheney sur son mari n’est pas vérifiable, même si de nombreux témoignages ou photos prouvent qu’elle faisait bien partie d’un gouvernement non officiel avec, entre autres, cette place à l’AEI.

Le 11 septembre 2001, il prendra directement en charge la gestion de la suite des attentats, le président ayant été volontairement écarté du pouvoir et dans l’incapacité temporaire, fort opportune, d’exercer ses fonctions. Comment ne pas voir en lui une, sinon la tête pensante, du moins la plus efficace du complot ?

Michael Ledeen
Né le 1er août 1941 Âge le 9/11 60 ans
Nationalité américano/israélienne Âge actuel 77 ans
Poste actuel Conseiller pour le moyen Orient au Council on Foreign Relations

Néo-con et éditorialiste régulier de la revue de l’AEI, National Review, il y détenait aussi la « chaire de la liberté », travaillant avec Richard Perle, à découvrir un peu plus loin. Il traîne un lourd contentieux dans de nombreuses affaires, toutes plus sordides les unes que les autres, notamment le scandale de l’Iran-Gate. Ancien collaborateur des services secrets américains, israéliens et italiens, barbouze multicartes en quelque sorte, il écrivit également pour la Jewish World Review, ayant été un des fondateurs du JINSA déjà présenté avec Cheney. Après des études partielles en Italie où il travailla et écrivit beaucoup sur le fascisme, il revint aux USA en 1977 et rejoignit le CSIS (Center for Startegic and International Studies), rattaché à l’université de Georgetown, à Washington D.C., devenant directeur de leur revue, Washington Quarterly. Dans une interview à la World Review, Ledeen reconnaît avoir été salarié en 1980 de la SISMI (Servizo per le Informazioni e la Sicurezza MIlitare, services secrets militaires italiens) comme consultant, SISMI étant impliquée, avec la loge P2 dont il fit partie, et Gladio, réseau paramilitaire de l’OTAN, dans la stratégie de tension de cette époque dont l’attentat à la bombe de la gare de Bologne en 1980. Il y aida aussi Francesco Piazienza, chef du SISMI, à monter le Billy Gate,pour nuire à la campagne présidentielle de Carter, en révélant les liens du frère de ce dernier avec le régime libyen. Pour ses bons et loyaux (?) services, il fut nommé en 1981  conseiller spécial du général Alexander Haig, un des plus intraitables faucons des armées américaines, dirigeant directement le Gladio.

Ledeen sera, avec Piazienza, un des artisans de la fameuse filière bulgare, dans la tentative d’assassinat du pape Jean-Paul II par un Loup gris turc. Ce mouvement était en fait infiltré par des agents de Gladio, le but étant de « mouiller » le KGB. Pour l’Iran-Gate, en tant que consultant du conseiller à la sécurité nationale, Robert Mc Farlane, il organisa et négocia des rendez-vous discrets avec les principaux intervenants étasuniens, israéliens et iraniens. Il s’agissait de mettre en place l’échange des otages contre des armes, durant le second mandat de Reagan. Consultant pour le sous-secrétaire d’État à la Défense, Douglas Feith, après le 11 septembre, il sera un des plus ardents partisans de la « doctrine Bush » qui serait plutôt la doctrine PNAC ou Cheney/Rumsfeld. C’est la théorie du grand Moyen-Orient, éradiquant les régimes d’Irak, mais aussi d’Iran et de Syrie, avec peut-être une extension vers l’Arabie saoudite pour au moins l’empêcher de financer le terrorisme. Il écrira dans une tribune de la revue de l’AEI que France et Allemagne avaient peut-être « fait un deal avec l’islam radical afin d’utiliser extrémisme et terrorisme pour faire tomber un potentiel empire américain ». Au-delà du délire de ce genre d’incitation, il reconnaissait bien la thèse portée par le Mein Kampf étasunien, sur la création de cet empire régnant en maître absolu sur la planète. En 2005, lors d’une interview, Vincent Cannistraro, ancien chef des opérations antiterroristes à la CIA, répondait à une question sur la responsabilité de Ledeen dans un mémo falsifié. Il s’agissait bien sûr du faux document tentant de prouver que l’Irak avait tenté de se procurer de l’uranium au Niger pour permettre à Bush d’avoir un argument justifiant sa guerre future en Irak, début de l’affaire Plame évoquée plus haut avec plusieurs des voyous cités.

Cannistraro répondit à cette question particulièrement grave que l’interviewer était très proche de la vérité. Réponse validée par un autre ancien de la CIA, l’attribuant à quelques officiers de la CIA habitués de cette région du monde, avec l’aide d’un néo-con bien connu ayant des liens très proches avec l’Italie. Quand fut prononcé le nom de Ledeen, l’homme de la CIA confirma l’information. Ledeen ne pouvait conseiller pour les affaires internationales qu’un individu de son acabit, Karl Rove, à découvrir plus loin. Il est revenu à la surface en 2017, grâce à sa seconde épouse qui décida de lancer sa propre enquête sur les courriels d’Hillary Clinton, particulièrement coupable de s’être crue au-dessus des mesures de sécurité imposées aux membres du gouvernement.

Lewis « Scooter » Libby
Né le 22 août 1950 Âge le 9/11 51 ans
Nationalité américano/israélienne Âge actuel 68 ans
Poste actuel Avocat

Cet éminent Républicain fut membre de la fameuse Rand Corporation déjà évoquée comme entremetteuse entre le président nouvellement élu et le complexe militaro-industriel. Secrétaire général et conseiller pour les affaires de sécurité nationale de Dick Cheney de 2001 à 2005, l’enveloppe exacte de son poste aux côtés du vice-président est très mal connue, mais importante. Libby était avec le couple Cheney dans l’hélicoptère présidentiel qui les emmena, la nuit  du 11 septembre, après cette journée de drames, de la Maison Blanche à Camp-David, certainement pour gérer la CoG explicitée dans ce chapitre, par dessus la tête du président. Avocat de formation, il fut appelé en 1989 à des fonctions gouvernementales par son ancien professeur de sciences politiques à Yale, Paul Wolfowitz, indication déjà claire de son orientation politique personnelle. Membre créateur du PNAC et signataire de la lettre ouverte à Clinton si souvent citée, il est surtout connu pour son inculpation en 2005 concernant la fuite organisée sur l’appartenance de Madame Plame à la CIA. Ce point est détaillé dans le pedigree de Richard Lee Armitage, lui aussi très lié à cette sordide affaire. Deux des cinq chefs d’accusations concernant Libby portaient sur le parjure, deux sur les fausses déclarations aux enquêteurs fédéraux et un d’entrave à la justice !

Il sera condamné sur quatre des cinq chefs d’accusation, seule une des accusations de fausse déclaration n’étant pas retenue. Libby écopera de 30 mois d’emprisonnement dans un établissement fédéral, ce qui n’est pas cher payé pour ce genre de crime, 250 000 $ d’amende et 400 heures de service communautaire. La prison ferme sera graciée par… George W. Bush qui n’osa quand même pas toucher au reste de la condamnation, demi-mesure amenant les regrets de Dick Cheney, partisan bien entendu de la grâce totale. De ce fait, avocat par ses diplômes, il fut suspendu de la pratique du droit par la Cour suprême. Le système judiciaire américain est complètement sous influence officielle, rien de nouveau dans ce constat. La plainte déposée par Valerie Plame et son époux sur les révélations faites par certains membres de la nébuleuse gouvernementale sur son appartenance à la CIA sera donc considérée comme infondée, cette forfaiture remontant jusqu’à la Cour suprême. Comble de l’arrogance, quel que soit le président, en 2013, le droit de vote de Libby fut rétabli en Virginie et en 2016, la cour d’appel de Washington DC rétablissait Libby dans sa participation professionnelle au barreau de la capitale.

Richard Perle
Né le 16 septembre 1941 Âge le 9/11 60 ans
Nationalité américano/israélienne Âge actuel 77 ans
Poste actuel Investisseur

Cosignataire de la lettre du PNAC adressée en 1998 au président Clinton et chercheur à l’American Enterprise Institute (AEI). Surnommé le prince des ténèbres pour son rôle de conseiller de l’ombre, Perle fut surpris par le FBI en 1970 à transmettre téléphoniquement des documents étasuniens classifiés à l’ambassade d’Israël de Washington. Ce fait ne semblant pas nuire à sa carrière, ce proche du Likoud israélien fut aussi conseiller de Benyamin Netanyahou, tandis qu’on le retrouve dans de nombreuses organisations et autres think tanks dont le but est toujours la domination américaine sur le monde, et israélienne sur le Moyen-Orient. On le retrouva premier secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires stratégiques globales sous Reagan de 1981 à 1987. Durant cette période, le New-York Times révéla le 17 avril 1983 qu’il tenta de persuader le Pentagone d’acheter un système d’arme israélien d’une société lui ayant remis 50 000 dollars pour ce faire. Bush junior le nomma Chairman (président) du Defense Policy Board, la commission politique de défense, conseillant le DoD et son patron dans les principaux domaines de la politique de défense. Pour mieux situer son importance, courant 2001 Rumsfeld lui confiera de nombreux dossiers à traiter, tout en s’adressant à lui d’une manière obséquieuse, ce qui n’était pas dans ses habitudes ! (Selon Andrew Cockburn dans : His Rise, Fall and Catastrophic Legacy chez Scribner 2007).

À ce poste, Perle fut mis en cause le 9 mars 2003 par Seymour Hersh lui-même dans The NewYorker, parlant de conflit d’intérêt et d’accointance avec des hommes d’affaires israéliens. Il était aussi en affaires avec des investisseurs saoudiens et le représentant d’une société israélienne liée aux préparatifs d’invasion de l’Irak. Après avoir traité Hersh de terroriste, insulte très à la mode quand ces gens n’ont plus d’autre argument, et promis de l’attaquer en diffamation en Angleterre, ce qui n’est toujours pas fait à ce jour, il démissionna de la direction de cette commission, prouvant qu’il n’y a pas de fumée sans feu, en restant toutefois membre. On pourrait multiplier les exemples de cette carrière sentant le soufre où se multiplient violations du secret, détournements de fond et combines pour profiter personnellement de ses postes successifs, allant même jusqu’à monnayer des interviews à la presse. Il fut partout, analyste à l’Institute for Advanced Strategic & Political Studies (IASPS), administrateur du Center for Security Policy, de la Foundation for the Defense of Democracies, du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) du Hudson Institute, du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), directeur du Jerusalem Post et du cabinet de relations publiques Benador Associates. Faucon parmi les faucons, il s’est fait l’avocat des guerres préventives contre l’Afghanistan et l’Irak, mais aussi contre la Syrie, la Libye, l’Iran, le Liban et même l’Arabie saoudite, enfin « tous ceux pouvant nuire à Israël ». Son nom est très souvent cité, au côté de celui de Paul Wolfowitz, pour avoir défini la politique étrangère de Bush. Ne croyez pas que ce genre d’individu disparaisse en même temps que son maître, on le retrouvera au moins trois années comme invité à la conférence annuelle du Groupe Bilderberg. Chacune de ses participations le fut au titre de l’AEI, que vous commencez à mieux connaître. Tout étant bon, il fut même conseiller de Kadhafi en 2006, tandis qu’en 2008, selon le Wall Street Journal, il se préparait à investir dans les pétroles au nord de l’Irak en compagnie de dirigeants kurdes irakiens.

Karl Rove
Né le 25 décembre 1950 Âge le 9/11 51ans
Nationalité étasunien Âge actuel 68 ans
Poste actuel Conférencier et conseil politique

Serait-il le Joseph Goebbels US ? Il représente en tout cas ce que la société étasunienne peut produire de pire. La vie de Rove n’est qu’une succession de mensonges, de diffamations et de crimes divers semblant toutefois donner une courbe ascendante à sa carrière. Elle n’aide pas à avoir confiance dans une soi-disant solidité des institutions démocratiques aux États-Unis. Cette progression est bien sûr liée à l’abrutissement d’une bonne partie de la société étasunienne, habituée aux méthodes de la vente publicitaire, sans compter la grande impunité dont il bénéficiera de la part de la presse de son pays. Il faut dire qu’en plus de diffamer les rivaux politiques de ses clients, il intimidait les journalistes en les menaçant de livrer de supposés secrets sexuels les concernant et allait même jusqu’à les agresser verbalement. Il  rejoignit très tôt le parti républicain, ce dernier l’envoyant, en 1970, pour ses vingt ans, participer à la campagne électorale de Trésorier de l’Illinois où il déploiera ses « dons ». S’introduisant dans les locaux du candidat démocrate, Alan Dixon, il se fit passer pour un supporter, vola du papier à en-tête qu’il transforma en invitations pour de la bière gratuite et des filles, distribuées aux marginaux et autres clochards. Près de vingt ans plus tard, dans une interview, il déclara regretter ce geste, le reste de sa carrière ayant plutôt tendance à prouver le contraire. La seule campagne électorale qu’il fit en son nom eut lieu en 1973, lorsqu’il fut élu président des étudiants républicains, avec le soutien de Bush père alors patron du comité national du parti. Au début des années 1980, il ouvrit un cabinet de consultant en politique basé au Texas, Karl Rove & Co, dans lequel il vendait à des milliardaires texans des conseils pour détruire les Démocrates au moyen de campagnes calomnieuses, allant jusqu’à inventer à leur endroit des scandales d’espionnage téléphonique ou de fausses investigations du FBI. C’est de cette base qu’il travailla pour Bush père lorsque ce dernier se présenta aux primaires républicaines pour l’élection présidentielle, l’entreprise de Rove collectant des fonds par courrier.

En 1993, il passe au service du fils lors des élections pour le poste de gouverneur du même État, en utilisant les méthodes les plus douteuses, apprises au contact de Lee Atwater, surnommé le Dark Vador Républicain. Il fit entre autres usage de campagnes de marketing, utilisant le matraquage médiatique pour créer l’illusion que la société, dans son ensemble, « demandait » le triomphe d’un personnage de la trempe de Bush. Une fois ce dernier élu, Rove devient son principal conseiller politique et fut surnommé Bush’s brain, le cerveau de Bush. Il suivit la carrière de son nouveau maître et en 2001 obtint le poste de secrétaire général adjoint de la Maison Blanche, devenant l’un des conseillers les plus écoutés du nouveau président. Pour arriver à ce stade, compte tenu de la maladresse verbale de Bush, Rove l’avait maintenu éloigné des médias, tout en ayant recours à d’autres personnalités, telles que Rudolph Giuliani, pour s’afficher au profit de son client. Pendant que d’autres candidats examinaient les sujets polémiques, Rove conseilla à Bush de parler simplement de sa foi. Bush fils se présentait comme « un homme avec Jésus dans son cœur ». Quand un journaliste lui a demandé qui était son philosophe sociopolitique favori, Bush a répondu : « Jésus, parce qu’il a changé ma vie ». Sur ce terrain, il gagna sans problème des adeptes dans un pays dont la bigoterie, aussi diverse que variée, est une réalité. Après les élections présidentielles, Karl Rove constata que Bush n’avait pas obtenu la majorité des votes parce qu’il n’avait pas pu mobiliser le quart des électeurs du secteur fondamentaliste chrétien. C’est pourquoi, bien qu’éloigné de son éthique, il accorda une grande importance au développement d’une stratégie garantissant le vote du fanatisme religieux. À cette fin, il se servit de plusieurs personnages, dont Ralph Reed, ex-dirigeant de l’ultra conservatrice Christian Coalition, disposant d’une grande expérience comme télévangéliste. Enron, au sommet de sa puissance, recruta ce dernier comme consultant, sur recommandation de Rove, pour un salaire compris entre 10 000 et 20 000 dollars mensuels. Aperçu de la philosophie profonde de Rove à la Maison Blanche : « Nous sommes un empire maintenant, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. » Cela permet aussi d’aborder le dossier du 11 septembre avec un regard différent.

En septembre 2003, le Washington Post révéla qu’il y avait une enquête en cours contre Rove pour violation des lois fédérales interdisant de révéler l’identité des agents de la CIA. Il avait informé une demi-douzaine de journalistes que la compagne de l’ambassadeur Joseph C. Wilson IV, Valerie Plame, était l’un d’eux. En tant que telle, elle avait découvert que les accusations de Bush, affirmant que Saddam Hussein voulait se procurer de l’uranium au Niger, étaient fausses, confirmé par le déplacement sur place de son époux, d’où cette campagne de discrédit et de vengeance politique de Rove. Il fut déposé de son poste dès avril 2006, pour « se consacrer à l’aspect stratégique des choses », à l’approche des élections parlementaires, même si, en juin 2006, le procureur spécial devra s’avouer vaincu, ne pouvant retenir assez de charges contre lui. Rove démissionna officiellement de son poste en août 2007. Il est devenu un consultant politique pour Fox News et prononce de nombreuses conférences dans différentes universités, conférences ne se terminant pas toujours très bien pour lui.

Donald Rumsfeld
Né le 9 juillet 1932 Âge le 9/11 69 ans
Nationalité étasunien Âge actuel 86 ans
Poste actuel  

Il entre en politique en 1962, comme Représentant – député – de l’Illinois après une magouille digne de Karl Rove. Il sera réélu constamment jusqu’en 1969. À cette date, Richard Nixon le nomme à la présidence de l’OEO (Office of Economic Opportunity), organisme chargé de la lutte contre la pauvreté, lui fixant un but clair, épurer cette agence pour aboutir à sa fermeture. Rumsfeld recruta Cheney et Carlucci comme adjoints et leur action fût si efficace que Nixon pourra supprimer l’OEO en 1973. Le même Nixon en fera son ambassadeur auprès de l’OTAN en 1972. En 1974, Gerald Ford le nomme secrétaire général de la Maison Blanche où il retrouve Cheney comme adjoint. Nouvelle promotion en 1975, où il fait connaissance du Pentagone comme secrétaire d’État, son rival implacable et ennemi juré, George Bush père, étant nommé directeur de la CIA. Au vu de la mésentente régnant entre ces deux hommes, Rumsfeld préféra rejoindre ensuite le secteur privé, comme dirigeant du groupe pharmaceutique Searle & Co en mauvaise posture financière. La famille Searle avait financé sa première campagne électorale à Chicago, Rumsfeld deviendra PDG de l’entreprise.

Le magasine Fortune le classera en 1980 parmi les dix patrons les plus durs des USA, il dégraissa Searle de 800 à 350 salariés, tandis que son relationnel politique entrait en jeu. L’entreprise était, avant son arrivée, sous le coup d’une enquête de la FDA (Food and Drug Administration) concernant la commercialisation de l’Aspartame. Miraculeusement, les enquêtes s’évanouirent et les autorisations furent accordées, même si dans les 20 ans qui suivirent, des milliers de plaintes aboutirent à la même FDA pour des problèmes de santé liés à cet édulcorant assez souvent retrouvé également dans les faits divers des journaux. Ce produit développera par contre, dans les pages boursières, de sérieux bénéfices sous la présidence de Rumsfeld, la vente de Searle à Monsanto lui rapportant personnellement 12 millions de dollars. En 1981, l’hostilité toujours aussi vive de Bush père, alors vice-président de Reagan, bloqua son retour en politique à un poste gouvernemental. Il se consolera avec la présidence du conseil d’administration de la Rand Corporation conservée jusqu’en 1986 et une place au conseil d’administration de Sears World Trade (SWT) sur proposition de son ami Carlucci. Reagan en fit quand même son envoyé spécial en 1983, auprès de Saddam Hussein, débouchant sur le rétablissement des relations diplomatiques l’année suivante.

Rumsfeld abandonna cette mission la même année et retourna aux affaires privées, sans pour cela perdre le contact politique. On le retrouva donc, outre travaillant sur la CoG déjà présentée, dans l’équipe se penchant sur des simulations de coups d’État internes aux USA. De fortes présomptions pesaient sur Bush père, vice-président, semblant tenté par cette formule au vu de l’état de décrépitude très avancée de Reagan à ce moment. Bien sûr il retrouva dans ces simulations son autre ami Dick Cheney, devenant tous deux, par la force des choses, des familiers de toutes les procédures liées à un coup d’État et aux contre-mesures nécessaires. Candidat officieux aux primaires républicaines de 1988 pour la succession de Reagan, il fut contraint de laisser le champ libre à son ennemi de toujours, Bush père, les investisseurs ne lui faisant pas confiance face à l’atomisation de l’époque du parti républicain.

Débuta alors sa traversée du désert politique, cependant très profitable au niveau des affaires. Les multiples améliorations des résultats des entreprises dont il assurera la direction, à nouveau grâce à un carnet d’adresse particulièrement étoffé et dans des conditions des plus douteuses, lui assureront une fortune importante. Entre autres, le bombardement par missiles de croisière ordonné par Clinton sur l’usine de médicaments de Al-Shifa au Soudan, évoqué au chapitre 9, sous le prétexte de fabrication (refrain connu) d’armes de destruction massive. Aux États-Unis, toute la classe dirigeante savait qu’elle fabriquait bien des médicaments génériques pour lutter contre la malaria et le SIDA, causant de grands torts au laboratoire américain Gilead… dont Rumsfeld était alors le PDG, fabriquant les mêmes produits. Cette traversée sera à peine écornée par Clinton, la même année, en 1998, lorsqu’il le nomma président d’une commission étudiant les « États-voyous » et d’une seconde sur les projets de défense antimissile. Façon délicate du président de préparer son retournement de veste par rapport à ses déclarations tonitruantes faites sur le même sujet lors de son premier mandat. La première commission conclura à l’incapacité de la CIA à recueillir des informations fiables sur ces nouvelles menaces, ultime coup de pied de l’âne à Bush père qui assuma la direction de cette agence. Début 2001, grâce à l’appui de Dick Cheney son ami, il devient secrétaire d’État à la Défense où il se fera un certain nombre d’ennemis, avec son projet de modernisation des armées sur la base des nouvelles hautes technologies, continuation de l’application de la RAM évoquée plus haut. Il est un des théoriciens de la guerre des étoiles. Richard Nixon le surnommait : « l’impitoyable petit salopard »…

Paul Wolfowitz
Né le 22 décembre 1943 Âge le 9/11 58 ans
Nationalité américano/israélienne Âge actuel 75 ans
Poste actuel  

Ce fils de mathématicien juif polonais néo-con et membre du PNAC entra en politique en 1972 et au Pentagone en 1977, sous Carter. Comme « expert » alarmiste reconnu, c’est à dire toujours prêt à gonfler ou inventer une menace envers les États-Unis pour faire augmenter le budget militaire, il insista sur le facteur de déséquilibre régional qu’était Saddam Hussein, y compris contre Carter qui voulait faire de l’Irak un contrepoids à l’Iran de Khomeiny. Il rejoignit les Républicains lors de l’élection de Reagan et trouva un poste au sein du gouvernement de 1982 à 1985. Durant cette période, il s’occupera de la transition après le renversement de Marcos, fidèle vassal des États-Unis, en Indonésie, où il sera ambassadeur en 1986. De 1989 à 1993, avec Bush père à la présidence, il fut sous-secrétaire d’État à la Défense chargé de la planification sous les ordres de Cheney et l’organisateur de la manipulation ayant amené la première guerre du Golfe, puis son financement. La stratégie étasunienne consistant à provoquer le régime de Saddam Hussein afin de le pousser à envahir le Koweït a été en partie élaborée par Wolfowitz. Par voie diplomatique, il fut signifié à Saddam Hussein que les États-Unis « regarderaient ailleurs » si l’Irak tentait de reprendre son ancienne province.

L’objectif d’une telle tactique était claire : réduire à néant la puissance accumulée par Bagdad, bien qu’avec l’approbation de Washington, au cours des quinze dernières années, mais surtout, permettre à l’armée étasunienne de se déployer massivement dans la région, et particulièrement en Arabie saoudite, jusque là interdite. Billard à plusieurs bandes assez courant dans la politique internationale, principalement étasunienne. Plusieurs éléments permettaient d’envisager la participation de Wolfowitz à l’élaboration d’un tel scénario : son poste au Pentagone lui autorisant d’être associé à de telles décisions, la nécessité d’un déploiement de troupes étasuniennes dans la région était depuis longtemps une de ses principales préoccupations. Le but unique, garantir l’accès des États-Unis aux sources d’approvisionnement pétrolier. Autre preuve de son implication, au cours d’un voyage effectué dans la région à cette époque, Dennis Ross eut la surprise de voir son compagnon de route, James Baker, lui présenter des documents accréditant l’hypothèse (plus tard totalement infirmée) d’une attaque irakienne contre l’Arabie saoudite. Or, ces documents, il les connaissait déjà : il s’agissait d’une simple mise à jour de ses propres travaux de la fin des années 1970 pour le compte du Limited Contingency Study, créé par Wolfowitz à la même époque. Ce dernier intégrera le gouvernement de Bush fils en février 2001, comme secrétaire d’État adjoint à la Défense sous Rumsfeld, devenant l’artisan du renversement, cette fois réussi, de Saddam Hussein.

Le 11 septembre lui arracha un commentaire sur l’opportunité de ce drame pour la mise en place d’une nouvelle politique au Moyen-Orient. Pas téméraire, mais sûrement par hasard, Wolfowitz ne daigna pas apparaître à son bureau du Pentagone le 11 septembre, jour d’aventures totalement imprévues… Par contre, le même jour, il sera à Raven Rock, faisant partie d’un groupe important de civils, sans doute la mise en place d’au moins une partie de la CoG. Le Jerusalem Post le nommera « homme de l’année » 2003. Faucon parmi les faucons, il sera chargé de trouver les justifications juridiques (sic) au déclenchement de l’agression américaine en Irak. Il serait, à ce titre, l’« inventeur » des armes de destruction massive dont on connaît l’immense succès.

Grand « démocrate », il interviendra auprès du gouvernement qatari pour que la chaîne de télévision Al Jazeera change sa ligne éditoriale ! Il avait déjà procédé de la même façon, dès décembre 2001, en envoyant aux ministres des pays membres de l’Union européenne une lettre de lobbying des États-Unis contre la décision européenne de créer la chaîne de satellites Galileo, concurrente directe du GPS américain. Bush sera contraint de s’en débarrasser en 2005, lui trouvant comme refuge le poste de président de la Banque mondiale. Wolfowitz commencera par s’y faire remarquer en arrivant avec ses collaborateurs du Pentagone comme de la Maison Blanche et continuera avec une politique particulièrement sectaire. Lorsque le Tchad, en 2006, adopta des modifications à la loi sur le pétrole, il lui suspendit l’aide de la Banque mondiale. Pour maintenir celle à Madagascar, il obligea au retrait de la référence au planning familial dans le texte du projet. Le chantre de la lutte anti-corruption chez les autres sera impliqué dans une affaire de favoritisme financier et hiérarchique au profit de sa maîtresse, qui le contraindra à démissionner, mi-2007, loin de la fin de son contrat.

Dov Zakheim
Né le 18 décembre 1948 Âge le 9/11 53 ans
Nationalité américano/israélienne Âge actuel 70 ans
Poste actuel Co-vice-président de Global Panel America

Né en 1948, il est officiellement rabbin, a la double citoyenneté, américano-israélienne et est par ailleurs néo-con, membre du PNAC et signataire de la fameuse lettre ouverte à Clinton. Commençant sa carrière politique sous Reagan, il atteindra le poste de sous-secrétaire d’État à la Défense pour la planification et les ressources de 1985 à 1987. À ce moment et sur ordre de Casper Weinberg, Zakheim ira persuader ceux de sa seconde patrie qu’il leur fallait abandonner leur projet de nouveau chasseur, le Lavi, pour se procurer le F-16 auquel il ressemblait d’ailleurs beaucoup. Reagan offrira 500 millions de dollars à Israël pour les dédommager et ils auront en plus les avions à des conditions de « soldes » jamais atteintes sur la planète. Vice-président de SPC International Corporation de 1987 au 4 mai 2001, sa société supervisa l’enquête sur le premier attentat commis sur la tour nord du WTC en 1993, ce qui l’amena à avoir accès à l’ensemble des plans des tours jumelles. SPC créera entre autres le FTS, Flight Termination System, système de guidage d’un avion, y compris gros porteur, y compris à plusieurs centaines de miles de distance, et le RTS, Range Target System, permettant d’introduire des menaces fictives sur des radars, dans le cadre d’exercices… mais pas exclusivement.

Être conseiller au sein d’un groupe de réflexion appelé Vulcains dirigé par Condoleezza Rice au cours de la campagne présidentielle de 2000 lui vaudra un poste de sous-secrétaire à la Défense à partir de mai 2001. Curieusement, ce poste n’avait pas été jugé indispensable jusque là, laissant subodorer quelques raisons annexes. Chargé de contrôler les dépenses, était-il surtout là pour avertir les comploteurs des progrès des analystes dans leur recherche et l’éradication des 2300 milliards de dollars « disparus », histoire détaillée dans le chapitre 8 ? Cela ressemblait fort au loup dans la bergerie, ses sociétés ne semblant pas totalement étrangères au moins à une partie de ces disparitions financières, servant à alimenter les « black programs » de la guerre des étoiles. Si cette dernière n’avait jamais vraiment été arrêtée, elle fut relancée avec l’arrivée de Bush fils. Zakheim tiendra ce poste jusqu’en avril 2004, juste avant la réélection du président. Un sujet d’étonnement pourrait être de comprendre comment un homme doté d’une double nationalité aussi voyante pouvait en même temps occuper un poste de sous-secrétaire chargé du budget de la plus puissante armée du monde, et travailler la main dans la main avec celle de sa seconde patrie. Où est le critère de l’intérêt national et envers quelle nation ? Zakheim était membre du CFR et de l’IISS (International Institute for Strategic Studies), en plus du PNAC. Au sein de ce dernier, il participa à la rédaction du trop fameux Rebuilding America’s Defenses et particulièrement du passage si souvent cité : « De plus, le processus de transformation, même s’il apporte des changements révolutionnaires, est quelque chose qui prendra beaucoup de temps, surtout sans un événement catastrophique, catalyseur, comme un nouveau Pearl Harbor. »

Autre curiosité du personnage durant le même temps où il était au Pentagone, il avait un contrat pour louer à l’US Air Force 32 Boeing 767 reconditionnés en avions ravitailleurs, une partie de la flotte des KC 135, sur base des Boeing 707 étant à bout de souffle. Ayant accès à Boeing d’un côté pour les avions d’occasion et à l’US Air Force par l’intermédiaire de sa place de l’autre, il récupérait des avions civils, les remettait en état sur les bases Mc Dill ou Eglin AFB de l’US Air Force en Floride, installant l’équipement de transfert de carburant pour en faire des KC 767. Ce contrat, un peu trop juteux pour certains, dont Zakheim, fut bloqué en 2002 avec des accusations de corruption. Avec les soutiens dont il bénéficiait jusqu’au sommet de l’État, il fallait qu’ils soient vraiment sûrs de leur affaire, les enquêteurs !

Sans doute pour que Dov Zakheim ne se sente pas trop seul dans l’immense Pentagone, un autre vice-président de la même SPC fut recruté à la même date, Edward C. Aldridge Jr, comme sous-secrétaire d’État à la Défense, pour l’acquisition, la technologie et la logistique de 2001 à 2003. Il est bien entendu Républicain et l’auteur d’une des plus belles « bourdes » du XXIe siècle au Pentagone en achetant les F-35, grande misère aéronautique, avant même la fin des essais de certification. Elle a déjà coûté 8 milliards de dollars au contribuable étasunien, mais devrait rapporter un joli pactole à son constructeur, comme par hasard Lockheed Martin, dont une des administratrices, jusqu’en janvier 2001, fut Lynne Cheney… Heureux sont les caniches de l’empire qui se sont précipités pour acheter cette pseudo merveille.

Le 6 mai 2004, Dov Zakheim démissionnait de ses fonctions au Pentagone, sans donner de raison. Il rejoignit Booz Allen Hamilton, basé à McLean, Virginie, cabinet travaillant quasiment uniquement avec le gouvernement étasunien dans les domaines des hautes technologies, y compris numérique et dans le renseignement. Zakheim fut nommé vice-président par le conseil d’administration de cette entreprise, où il rejoignait l’ancien directeur de la CIA, James Woolsey, nommé à ce poste en juillet 2002. Ce cabinet a notamment été sollicité pour travailler au projet de surveillance totale de la population étasunienne, le Total Information Awareness System. Depuis juillet 2004, les deux hommes participent à la formation d’un troisième « Comité sur le danger présent », par référence au groupe homonyme créé une première fois au début de la guerre froide pour lutter contre l’Union soviétique. Désormais, cet organisme devra « défendre des politiques visant à gagner la guerre contre le terrorisme mondial, un terrorisme mené par des islamistes radicaux opposés à la liberté à la démocratie ». On retrouve en son sein quarante et un néo-conservateurs particulièrement agressifs, tels que Jeane Kirkpatrick, Newt Gingrich, ou encore Frank Gaffney. Un épisode rappelle celui du second « Comité sur le danger présent », créé durant le mandat de Carter, sous la forme d’un « shadow cabinet ou cabinet noir [fantôme] », uniquement consacré à la politique étrangère. Après l’élection de Ronald Reagan en 1981, 46 d’entre eux avaient intégré l’administration présidentielle.

Théoricien de la guerre préventive et du grand Moyen-Orient plus facile à maîtriser par les Israéliens, il est à la retraite depuis 2010, ce qui ne l’empêcha pas de conseiller Mitt Romney pour le Moyen-Orient jusqu’à l’élection présidentielle perdue par ce dernier.

Sur 12 membres du PNAC parmi les plus influents, il s’en trouve 6 pour, outre être titulaires de la double citoyenneté américano/israélienne, avoir de très sérieux liens d’affaires et/ou politique avec Israël. Aparté destiné à tenter de mieux comprendre le poids que pèse ce petit pays dans la politique, au moins étrangère des États-Unis, dilemme tellement connu à Washington qu’il a reçu la dénomination de ZOG (Zionist Occupied Government, en français « gouvernement occupé par les sionistes »), même si elle est pour certains politiquement incorrecte. Il amène aussi à examiner l’éventuelle implication d’Israël dans les attentats du 11 septembre, possibilité évoquée dans de très nombreux pays (les « danseurs » de l’Hudson et les près de 200 espions israéliens évacués en douceur par les autorités étasuniennes). La suite démontrera qu’en ce qui concerne au moins notre sujet, le Pentagone, cette implication ne peut-être retenue, nos comploteurs avaient sous la main le matériel et les hommes nécessaires.

Michel Straugof

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