« C’est nous désormais le Monde Libre » — l’Union européenne déclare la guerre à la liberté d’expression


Par Jonathan Turley − Le 31 décembre 2025 − Source Zero Hedge

Voici mon éditorial paru dans The Hill concernant la décision prise par l’administration Trump au sujet de cinq personnalités de premier plan dans le mouvement de censure européenne, dont Thierry Breton, ancien commissaire européen responsable des politiques numériques. Les États-Unis finissent par répondre à une menace existentielle contre les valeurs étasuniennes. Il est à noter, comme je le discute dans mon dernier ouvrage Rage and the Republic, que l’UE, non contente d’exporter ses règles de censure, menace les entreprises étasuniennes ne souscrivant pas à ses politiques environnementales, sociales et de gouvernance. Il est temps que le Congrès suive et pénètre dans l’arène.

« C’est nous désormais le Monde Libre. »

Ces mots, prononcés par Raphael Glucksmann, un socialiste français et député européen, ont capturé l’outrage ressenti par les Européens après que l’administration Trump a fait ce qu’aucune autre administration n’avais jamais décidé de faire — se dresser contre l’Europe pour défendre la liberté d’expression.

Cette semaine, le secrétaire d’État Marco Rubio a interdit d’entrée aux États-Unis cinq personnalités étroitement associées à la mouvance de censure de l’Union européenne. Parmi elles, Thierry Breton, ancien commissaire européen responsable des politiques numériques.

Dans un post publié sur X, Rubio a déclaré que les États-Unis « ne toléreront plus ces actions flagrantes de censure extra-territoriale » et vont interdire « aux personnalités dominantes du complexe industriel de censure toute entrée sur le territoire des États-Unis. »

Breton s’est frappée d’ignominie pour le rôle qu’il a endossé dans l’architecture du système de censure de l’UE, qui est en train de se mondialiser. Brandissant l’infâme Digital Services Act, Breton et d’autres ont menacé les entreprises et dirigeants étasuniens, les sommant de se plier aux standards européens concernant la liberté d’expression. Après que Breton a appris que Musk planifiait d’interviewer Trump avant les élections présidentielles étasuniennes de 2024, il a même menacé le propriétaire de X de le « surveiller » et potentiellement de lui infliger des amendes européennes.

Le socialiste Glucksmann est désormais outragé par « cette sanction scandaleuse prononcée contre Thierry Breton. »

« Nous sommes européens, » a-t-il déclaré.

« Nous devons défendre nos lois, nos principes, nos intérêts. » En d’autres termes, il s’agit d’une guerre pour savoir qui, de l’UE ou de la constitution des États-Unis, doit cadrer la liberté d’expression pour les entreprises et les citoyens étasuniens.

Breton et ses collègues se voient enfin traités pour ce qu’ils sont : un danger clair et patent envers le « droit indispensable«  qui définit tous les Étasuniens.

L’UE a été enrôlée par des personnalités étasuniennes opposées à la liberté d’expression pour contraindre des entreprises comme X ou Facebook à rétablir la censure sur les Étasuniens. Après le rachat de Twitter par Musk, et la promesse de ce dernier de rétablir les protections concernant la liberté d’expression, Hillary Clinton a demandé aux dirigeants européens de le contraindre à appliquer une censure suivant le Digital Services Act européen.

Nina Jankowicz, ancienne directrice du tristement célèbre Conseil de Gouvernance de la Désinformation de Biden, a fait une apparition au parlement européen. Elle a appelé les 27 pays membres de l’UE à se battre contre les États-Unis, qu’elle a désigné comme une menace globale.

C’est avec enthousiasme que l’UE a relevé le défi. Cette année, je me suis exprimé à Berlin au World Forum, qui arborait le slogan : « Un Nouveau Monde avec des Valeurs Européennes. » Bill et Hillary Clinton, ainsi que d’autres Étasuniens, ont fait les louanges des efforts européens.

Le Digital Services Act interdit tout expression considérée comme de la « désinformation » ou comme une « incitation. » Lorsque cette loi a été adoptée, outrepassant les condamnations de nombreux membres de la communauté de la liberté d’expression, Margrethe Vestager, vice présidente de la commission européenne, a célébré l’événement en déclarant qu’il « ne s’agit plus d’un slogan — tout ce qui est interdit dans la vraie vie devrait également être vu et traité de la même manière en ligne. Voilà qui est fait. La démocratie est de retour. »

Et de fait, oui, « c’est fait. »

Dans mon livre à paraître, Rage and the Republic : The Unfinished Story of the American Revolution, je discute des défis auxquels notre république se trouve confrontée au XXIème siècle, dont l’UE et son modèle de gouvernance transnational. Nombreuses sont les personnes de gauche à soutenir l’érosion des lois et valeurs nationales au bénéfice de standards édictés par des experts et élites mondialisés.

Ce cercle de facilitateurs américains se fait de plus en plus entendre en Europe. Ainsi, Jimmy Kimmel, dans ses vœux de Noël prononcés sur ABC en fin de soirée au Royaume-Uni, dénonce les États-Unis comme menace globale. Il déclare que « Pour le fascisme, c’était vraiment une superbe année. La tyrannie fait florès chez nous. »

Voilà qui est extraordinairement ironique.

Nous sommes nombreux à avoir dénoncé dans nos écrits, depuis des années, l’éviscération de la liberté d’expression au Royaume-Uni, où l’on poursuit les gens pour « idéologies toxiques » et en maintenant une liste longue comme un jour sans pain d’opinions politiques considérées comme inacceptables.

La juge Amy Coney Barrett a publié cette semaine un avertissement concernant l’effondrement de la liberté d’expression au Royaume-Uni.

Et voilà le moment que choisit un humoriste, gagnant des millions à attaquer Trump et les conservateurs, pour venir se plaindre au sujet de la menace envers la liberté d’expression aux États-Unis.

JD Vance, le vice-président et Rubio, le secrétaire d’État, ont prononcé des discours de premier plan avertissant l’UE vis-à-vis de ses tentatives d’exporter ses systèmes de censure, surtout ceux ciblant les citoyens et les entreprises des États-Unis. Après des années de soutien et de complaisance de la part des administrations Obama puis Biden, le gouvernement étasunien s’engage finalement dans cette lutte.

C’est la raison pour laquelle l’Europe brandit ses armes, et dénonce la décision d’interdire de visa ces dirigeants comme une attaque de sa propre souveraineté.

En d’autres termes, notre tentative de défendre nos propres valeurs de liberté d’expression constitue une menace au « Nouvel Ordre Mondial doté de Valeurs Européennes » proclamé.

De fait, je n’aime pas les interdictions de visa. Je préfère que ces personnalités entrent aux États-Unis et soient confrontés aux défenseurs de la liberté d’expression. Mais malgré nos appels au Congrès pour qu’il s’implique dans cette lutte, celui-ci n’a rien fait, en raison de l’opposition de ses membres Démocrates. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés pendant que l’UE emploie la censure comme une arme et la généralise au monde entier.

Glucksmann a raison sur une chose. C’est bien un combat qui vise à désigner qui peut légitimement être appelé aujourd’hui « le monde libre. » Aux États-Unis, nous continuons de nous accrocher à cette notion vieux-jeu, selon laquelle le monde libre est basé sur … euh, la liberté.

Jonathan Turley est professeur de Droit Public à l’Université George Washington. Il a écrit l’ouvrage à paraître « Rage and the Republic, The Unfinished Story of the American Revolution » pour le 250ème anniversaire de la révolution étasunienne.

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

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