Trump n’est pas contre la guerre


Il veut juste que l’armée étasunienne se concentre sur le vol du pétrole.

Par Robert Mackey – Le 15 septembre 2016 – Source The Intercept

Les tentatives de Donald Trump de se présenter comme un candidat anti-guerre sont basées sur sa parfaite compréhension des désastreuses conséquences des changements de régime en Irak et en Libye, campagnes militaires qu’il soutenait ouvertement lorsqu’elles étaient encore populaires et auxquelles il ne s’est opposé que lorsqu’elles ont mal tourné.

Pour mieux comprendre que Trump est vraiment «bien plus militariste» que George W. Bush lui-même, comme il insistait lui-même pour le dire lors de la primaire républicaine, il est instructif de voir la fréquence avec laquelle il a présenté ses plans bizarres pour utiliser l’armée étasunienne comme le gros bras d’un racket global de protection, dont le but est seulement d’extorquer le pétrole aux pays que nous détruisons.

Trump a commencé à en parler à un moment crucial, début 2011, quand il commençait à envisager la présidence et que l’administration Obama essayait de décider de la manière d’utiliser la puissance américaine en Libye et en Irak.

En février 2011, lorsque Obama réfléchissait à l’intervention en Libye que sa secrétaire d’État, Hillary Clinton le poussait à engager, Trump se faisait l’avocat d’une action immédiate pour renverser le colonel Kadhafi dans une déclaration postée sur YouTube.

«Je ne peux pas croire à ce que fait notre pays», disait Trump le 28 février 2011, deux semaines avant que l’administration Obama n’obtienne l’autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU pour «protéger les civils» en Libye. «Kadhafi est en train de tuer des milliers de gens en Libye, tout le monde sait que la situation est très mauvaise et nous restons à ne rien faire alors que nous avons des soldats au Moyen-Orient et que nous ne les amenons pas là bas pour arrêter cet horrible carnage, car c’est cela : un carnage.»

«Puis quand ce sera terminé, nous irons voir les protestataires qui finiront par diriger le pays, ajouta Trump, «et nous devrions leur dire : au fait, avec votre pétrole, il faudra bien nous rembourser.»

Un mois plus tard, quand Bill O’Reilly l’interrogeait sur la manière dont il dirigerait la politique étrangère en tant que président, Trump révéla qu’il avait un tout nouveau plan pour l’Irak : les troupes américaines devrait être retirées mais seulement des zones n’ayant pas de champ de pétrole.

Trump : Je ne vous ai pas encore dit cela. C’est une première pour votre show. Bonne chance avec cela, utilisez-le bien. Dans les temps anciens, quand on faisait la guerre, on la gagnait, n’est-ce pas ? On la gagnait. Et aux victorieux appartient le butin. Donc quand nous sommes allés en Irak, nous avons dépensé 1400 milliards et des milliers de vies perdues, n’est-ce pas ? Sans parler de tous ces pauvres gars avec plus qu’un bras voir même sans bras, pas vrai ?

O’Reilly : Tout à fait vrai.

Trump : Et nous allons partir et, aussi sûr que vous êtes assis ici, l’Iran va rappliquer et s’emparer non seulement de l’Irak mais surtout du plus important pour eux, s’emparer du deuxième plus grand champ pétrolier au monde, pas vrai ? Mais je préfère le bon vieux système : tu gagnes une guerre, tu restes là et tu gardes le pétrole. Et, vous savez, ces gens ne seront pas morts pour rien. Oubliez l’argent que nous avons dépensé, ils ne seront pas morts pour rien. Maintenant, ils ne viendront pas tant que nous sommes là, mais un quart d’heure après que nous serons partis, l’Iran va venir en Irak…

Vous restez et protégez le pétrole, et vous prenez le pétrole et vous prenez ce qui est nécessaire pour eux et vous prenez ce qui est nécessaire pour nous et nous nous remboursons les 1500 milliards de dollars ou plus. Nous prenons soin de la Grande-Bretagne, nous prenons soin des autres pays qui nous ont aidés et nous ne sommes pas si stupides. Vous savez, nous sommes le seul pays et si vous regardez les guerres sur plusieurs années et j’ai étudié les guerres OK ? Ma vie entière est une guerre, vous regardez les guerres sur plusieurs années. Un pays s’y lance, il fait des conquêtes et il y reste. Nous y allons, nous conquérons et nous partons. Et nous laissons le pays à des gens que nous ne connaissons même pas… En résumé, nous y allons, nous nous emparons du deuxième plus grand champ pétrolier et nous y restons.

Sentant que Trump n’avait pas peut-être pas considéré toutes les implications de sa proposition de coloniser l’Irak en dévalisant ses ressources naturelles, un O’Reilly incrédule réprima un rire en disant : «Donc vous allez vous emparer des champs de pétrole irakien ? ».

«Ne rigolez pas», rétorqua Trump offensé.

O’Reilly : «Je disais juste que si vous allez en Irak et vous emparez des champs de pétrole, il y aura beaucoup de résistance.»

Cinq mois plus tard, après que la campagne aérienne étasunienne eut renversé Kadhafi – et que Trump eut décidé de ne pas se présenter contre Obama à la présidence, la star de The Apprentice [Le reality show auquel Trump a participé, NdT] posta une autre vidéo sur YouTube, se plaignant du fait que l’administration Obama aurait dû attendre plus longtemps avant d’aider les rebelles libyens pour les forcer à lâcher la moitié des réserves de pétrole du pays.

Trump : «Ce que nous aurions dû faire et demander aux rebelles qui sont venus nous voir – et ils sont venus nous chercher, ils étaient repoussés par Kadhafi, ils étaient décimés – nous aurions dû dire : nous vous aidons mais nous voulons 50% de votre pétrole. Ils nous auraient répondu : que pensez-vous de 75% ?»

En parlant à Matt Lauer de ses qualifications pour devenir commandant en chef, Trump argumentait que la montée d’État islamique aurait pu être empêchée si son plan de placer les champs pétroliers irakiens sous le contrôle de l’armée étasunienne avait été appliqué. On ne lui a pas demandé d’imaginer comment tous ces militants anti-occidentaux, ou le gouvernement élu d’Irak, comment on pouvait s’attendre qu’ils réagissent face à une occupation militaire ouverte et prolongée dont le but évident était la confiscation des ressources naturelles du pays.

Robert Mackey

Article original publié sur The Intercept

Traduit par Wayan, vérifié par Ludovic, relu par Cat pour le Saker Francophone.

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