America first, la rencontre d’Helsinki et la menace existentielle de Trump contre l’Empire


Par David Stockman – Le 3 juillet 2018 –Source  Ron Paul Institute

La principale, peut-être la seule, vertu rédemptrice du programme de campagne du Donald était son intention proclamée de chercher à se rapprocher de la Russie, de revoir les engagements de l’Amérique envers l’OTAN et autres reliques de la guerre froide et d’arrêter d’utiliser le « changement de régime » comme outil principal de politique étrangère. En gros, « America First » devait devenir la nouvelle manière d’assurer la sécurité et le bien être du pays.

Ce programme éminemment sensé touchait de plein fouet la raison d’être de l’État profond ; et les actions rapides de Donald en faveur de ces objectifs, depuis avril, provoquent un choc palpable dans la Cité Impériale.

Il est clair qu’il espère retirer les 29 000 militaires américains actuellement stationnés en Corée du Sud en échange d’une sorte de traité de paix, d’une normalisation économique et d’un accord de dénucléarisation avec Kim Jong-un.

De même, il a raisonnablement laissé entendre que la diabolisation de la Russie et de Poutine n’a mené à rien et qu’elle devrait être invitée à réintégrer le G-8. Et dès que Robert Mueller en aura fini avec sa farce du RussiaGate, Trump pourra se débarrasser des inutiles sanctions prises actuellement contre divers officiels russes et amis de Poutine.

Nous savons aussi maintenant, grâce au terne reportage du Washington Post, que Trump a harcelé la bureaucratie de la sécurité nationale au sujet d’un autre artefact tout à fait ridicule de l’Empire. À savoir, le fait que 73 ans après qu’Hitler est retourné en enfer et 27 ans après que l’Union soviétique a quitté les pages de l’histoire, il y a toujours 35 000 soldats américains stationnés en Allemagne :

« Le Pentagone est en train d’analyser le coût et l’impact d’un retrait ou d’un transfert à grande échelle des troupes américaines stationnées en Allemagne, dans un contexte de tensions croissantes entre le président Trump et la chancelière allemande Angela Merkel, selon des personnes au courant de ce travail.

‘L’effort fait suite à l’intérêt manifesté par Trump pour le retrait des troupes, lors d’une réunion avec les aides militaires de la Maison-Blanche, plus tôt dans l’année’, ont déclaré des responsables américains. Trump aurait été déconcerté par la taille de la présence américaine, qui compte environ 35 000 soldats en service actif, et s’est plaint que d’autres pays ne contribuaient pas équitablement à la sécurité commune ou ne contribuaient pas assez à l’OTAN.

La nouvelle de cette évaluation a alarmé les fonctionnaires européens, qui s’affolent… »

Qui s’affolent ?

Nous doutons que les vrais Européens s’affolent,  Le Washington Post a sûrement dû se contenter de se faire la chambre d’écho de l’OTAN.

Encore une fois, cette dernière est absolument l’institution multilatérale la plus inutile, obsolète, gaspilleuse et dangereuse du monde actuel. Mais comme le proverbial empereur sans vêtements, l’OTAN n’ose pas prendre le risque de voir l’amateur prétendûment « non informé » qui siège dans le Bureau ovale montrer la nudité de cette organisation.

Les groupes de réflexion de l’OTAN et les apparatchiks de l’establishment en font bien sûr toute une affaire, mais la plupart des politiciens élus d’Europe n’ont plus le gout de cette plaisanterie. Ils sont débordés fiscalement par leurs États providence et ne sont pas prêts à pressurer leurs budgets déjà serrés, encore moins leurs contribuables, pour muscler une armée contre une menace inexistante.

Comme Justin Raimondo le note avec justesse,

« Enfin, un président américain a réalisé que la Seconde Guerre mondiale, sans parler de la guerre froide, est terminée : les troupes américaines n’ont plus besoin d’occuper l’Allemagne.

Vladimir Poutine ne va pas entrer dans Berlin, et jouer une reconstitution de l’Armée rouge s’emparant du bunker du Führer. Même s’il était si enclin à le faire, pourquoi l’Allemagne ne se défendrait-elle pas elle-même ? »

Exactement. Si leur histoire prouve quoi que ce soit, les Allemands ne sont pas une nation de pacifistes, docilement disposés à plier face à de vrais agresseurs. Pourtant, ils ont dépensé la somme dérisoire de 43 milliards de dollars pour la défense en 2017, soit à peine 1,1 % des 3.800 milliards de dollars du PIB allemand, qui est environ trois fois plus élevé que celui de la Russie.

En bref, l’action politique du gouvernement allemand montre bien qu’il n’envisage pas  que Poutine est sur le point d’envahir la Rhénanie ou de reprendre la Porte de Brandebourg. Et cette preuve directe par les actes montre aussi le coté risible de toutes ces alarmes émanant des groupes de réflexion de Washington et des 4 000 bureaucrates de l’OTAN qui parlent au nom de leurs confortables sinécures bruxelloises.

Et voilà maintenant le plat de résistance. Le Donald va à Helsinki pour faire la paix avec Vlad Poutine, et au bon moment.

Espérons que d’un seul coup, ils puissent parvenir à un accord pour évacuer les militaires américains de Syrie ; normaliser le retour de la Crimée et de la base navale historique de Sébastopol à la mère patrie russe ; arrêter la guerre civile en Ukraine par une partition de facto convenue d’un commun accord ; arrêter les incessantes provocations militaires de la Baltique à la mer Noire ; et ouvrir la voie à la levée des absurdes sanctions contre les hommes d’affaires et les citoyens russes.

Inutile de dire que le temps est un facteur essentiel. Chaque heure que le Donald gaspille en tweets, en fanfaronnant sur son bien-aimé mur mexicain, en sabotant les exportations et les emplois américains et en regardant les rediffusions de Fox & Friends n’est qu’une occasion de plus pour le vaste appareil de l’État profond (et la plupart de ses propres hauts fonctionnaires) d’enterrer son tout juste bourgeonnant programme America first, programme qui est tout à fait le bienvenu.

Par exemple, le même article du Washington Post cité plus haut est truffé de citations officieuses de responsables déterminés à maintenir le statu quo de l’OTAN et, par conséquent, à poursuivre les provocations inutiles contre la Russie.

« Le Pentagone envisage continuellement des déploiements de troupes américaines », dit l’article, et de tels « exercices d’analyse » ne sont pas « hors norme ».

« Plusieurs fonctionnaires ont suggéré que les décideurs politiques du Pentagone pourraient avoir accélérer l’évaluation pour prouver la valeur de l’arrangement actuel et dissuader Trump d’aller plus loin dans l’idée d’un retrait.

Le porte-parole du Pentagone, Eric Pahon, a rejeté toute suggestion de retrait total ou partiel de l’Allemagne et a qualifié cette analyse de ‘simple routine’ ».

Surmonter les forces inertielles et intéressées de l’État profond et de son vaste syndicat d’entrepreneurs, de fournisseurs d’armes, de dessous de table militaires et de fournisseurs de groupes de réflexion est, bien sûr, son propre défi, monumental. Pourtant, le chemin de Donald vers America First est encore plus obstrué par le fait que les Démocrates sont complètement hystériques, pour des raisons purement partisanes.

C’est-à-dire que les politiciens démocrates, y compris la plupart des soi-disant libéraux et progressistes, se sont transformés en servants de l’État de guerre en raison de leur chagrin et de leur colère inconsolables d’avoir perdu les élections de 2016 au profit de Donald Trump. Par conséquent, ils sont pratiquement incapables de penser rationnellement à la Russie, ou même de penser tout court.

Néanmoins, si le Donald a une qualité, c’est celle d’être un homme de spectacle. Et il a grand besoin de voler le spectacle d’Helsinki aux saboteurs de Washington qui ne reculeront devant rien pour que l’actuelle résurgence de guerre froide, basée sur rien et inutile, continue de monter en régime.

Après tout, pour paraphraser Randolph Bourne, la santé du complexe militaire/industriel/intelligence/think tank dépend de l’ogre russe. Ainsi, même un rapprochement,  pour ne pas dire la paix, avec la Russie est une menace existentielle pour l’État profond ; cela diminuerait nécessairement la pression fiscale qui sert à alimenter l’affreux appareil de défense, de renseignement et d’aide étrangère, c’est-à-dire 800 milliards de dollars par an.

Nous ne savons donc pas si le Donald peut réussir un second Singapour à Helsinki ou pas, mais nous sommes convaincus que l’américain moyen se rallierait à sa cause – tout comme il l’a fait pour sa séance de photos historique avec Kim Jong-un.

Nous sommes également convaincus que même son propre gouvernement fera de son mieux pour saboter le sommet d’Helsinki, car la prospérité même de la ville impériale dépend de la diabolisation de Poutine et de la Russie. Comme Justin Raimondo l’a encore observé :

« Le sommet d’Helsinki avec Poutine est le coup d’éclat. Et les hurlements de douleur de nos médias haineux et bellicistes, les politiciens du parti démocrate qui sont sous leur emprise, et les escrocs bidons des ‘droits de l’homme, se font de plus en plus bruyants. Nous devrions tous nous délecter de leur misère.

Trump a fait campagne pour faire la paix avec la Russie : il a le mandat pour le faire. Mais cela n’a guère d’importance pour la ‘communauté du renseignement’ et sa camarilla médiatique, qui est parti en guerre contre la perspective même d’un partenariat russo-américain pour la paix. La bureaucratie de la sécurité nationale et les commandos de l’ordinateur portable qui hantent le monde des Think-tanks ont tout intérêt à maintenir le statu quo de la guerre froide qui aurait dû prendre fin avec la chute du mur de Berlin. Ils sont horrifiés par le point de vue de Trump sur la politique étrangère, et ils sont prêts à tout pour l’arrêter, parce que sa victoire signifierait la fin de leur vision du monde et de leur carrière. »

Entre-temps, on ne saurait trop insister sur l’importance d’Helsinki. Si tout se passe bien, ce sera une preuve que l’Amérique n’est pas confrontée à un grand ennemi étatique. Cela mettra en lumière ce fait que l’on nous cache toujours, c’est à dire que ni la Russie ni la Chine (d’ailleurs) n’ont, même de loin, l’intention ou les moyens de menacer la patrie américaine.

De même, un éventuel retrait américain de la Syrie et un nouvel accord avec la Russie pour désamorcer les tensions au Moyen-Orient rappellerait aux États-Unis que la politique de changement de régime a été un échec total.

Car sans une politique étrangère impériale qui est implicitement conçue pour intimider ou éliminer les gouvernements récalcitrants de moindre importance n’importe où sur la planète, qu’ils aient ou non l’intention ou la capacité de nuire à la patrie américaine, il n’y aurait aucun besoin de 11 groupes aéronavals, d’une capacité massive de transport aérien et maritime et d’une vaste chaîne de bases militaires réparties sur plus de 100 pays autour de la planète.

Il y a donc beaucoup dans la balance à Helsinki, y compris la possibilité qu’une belle réussite puisse ouvrir la porte à une politique réelle, beaucoup plus systématique et intellectuellement plus convaincante de l’America first, sur le long terme.

À cette fin, nous vous proposons donc de creuser plus en profondeur pour découvrir toutes les possibilités d’une politique étrangère dans un cadre America first, maintenant que le Donald a réussi, d’une manière ou d’une autre, à rapprocher son généreux ventre du bar.

En premier lieu, il faut observer que le slogan America First de Donald n’est pas éloigné du fantôme du sénateur Robert Taft et de sa politique de non intervention.

Dans les années 1950, ce grand homme d’État de l’Ohio comprenait parfaitement que la prospérité de la libre entreprise, un gouvernement minimal et une liberté personnelle maximale étaient incompatibles avec ce Leviathan d’état de guerre permanent, fiscalement débilitant, et conçu pour fonctionner comme l’hégémon militaire du monde.

Par conséquent, Taft s’est fortement opposé à une grande marine en temps de paix, à une grande armée permanente avec un stationnement avancé et des capacités de déploiement rapide à l’échelle mondiale et à la prolifération de traités avec l’étranger et d’engagements en matière d’aide.

Au contraire, il estimait qu’à l’ère nucléaire, une force de bombardiers et de missiles basée aux Etats-Unis, dotée d’une capacité de frappe incontestée, protégerait plus qu’adéquatement la patrie d’une agression militaire étrangère ; et qu’elle pourrait le faire pour une fraction de ce que coûtent les légions impériales permanentes chargées de patrouiller la plus grande partie de la planète.

Aujourd’hui, la vision de Taft pour la défense de la patrie serait plus pertinente que jamais. Cela constituerait un garant encore moins cher et plus efficace de sûreté et de sécurité pour le peuple américain qu’à son époque. Car il n’y a plus de superpuissances rivales possédant même une fraction de la puissance militaire et économique de l’ex-Union soviétique.

De plus, la technologie balistique est devenue si avancée qu’une poignée de sous-marins et de sites de lancement peut dissuader toute menace étrangère concevable, qui serait intrinsèquement une menace nucléaire, pour la sécurité du territoire américain.

C’est-à-dire qu’à notre époque, il n’y a absolument aucune menace militaire conventionnelle pour la sécurité et la liberté des citoyens d’Omaha NE, de Spokane WA ou de Springfield MA. Car il n’existe aucun pays sur terre qui puisse monter une armada navale et aérienne géante suffisante pour envahir la patrie américaine. Ou, s’il était assez fou pour essayer, pourrait-il survivre à l’attaque de missiles guidés qui enverrait ses forces par le fond bien avant qu’elles n’aient achevées leur traversée des eaux bleues qui entourent le continent nord-américain.

Autrement dit, la dissuasion nucléaire, les grands fossés océaniques et une défense militaire territoriale son