Trump n’aurait pas été au courant de la demande d’extradition concernant Huawei…


… avant son dîner avec Xi, alors que Trudeau savait


Tyler Durden

Par Tyler Durden – Le 6 décembre 2018 – Source Zero Hedge

Alors que les spéculations vont bon train sur qui savait quoi, qui l’a su avant, l’a appris pendant ou après le sommet historique entre Donald Trump et Xi Jinping, on a récemment appris que le Conseiller pour la sécurité nationale John Bolton a révélé qu’il était dans la confidence que la police canadienne s’apprêtait à placer en état d’arrestation la directrice financière de Huawei, Mme Meng Wanzhou, ce qui veut dire que Bolton savait qu’elle était en garde à vue au moment même où il partageait le dîner avec Donald Trump à l’occasion de ses discussions commerciales avec le président chinois Xi Jinping.

Le timing est évidemment important, parce que si les États-Unis connaissaient en amont du dîner d’État l’imminence d’un événement essentiellement négatif de nature à remettre en cause le cesser-le-feu commercial en cours, cela serait considéré comme embarrassant politiquement pour le président Xi, et comme Deutsche Bank l’a expliqué precédemment, serait considéré comme une intensification du conflit commercial.

Huawei est considéré de façon unanime comme l’une des plus belles épopées de réussite technologique en Chine. Cette nouvelle met les décideurs politiques à Beijing dans l’embarras. L’opinion publique chinoise ne peut que devenir plus critique de cette guerre commerciale, et peut facilement se retourner contre les entreprises américaines en Chine. Cela place le gouvernement chinois dans une position délicate pour révéler à son public la nature des concessions significatives qu’il avait concédées aux États-Unis. Les pour-parlers commerciaux venaient juste de reprendre au G20 de Buenos Aires, mais aujourd’hui les nuages s’amoncellent à l’horizon.

Étrangement, selon Reuters, en dépit du fait que Bolton était au courant de l’arrestation imminente de madame Meng, Donald Trump n’aurait pas été informé avant le dîner de samedi avec Xi Jinping que les États-Unis ont demandé au Canada l’extradition de madame Meng, explique un fonctionnaire de la Maison Blanche.

La nouvelle, qui est sortie peu avant la clôture de la bourse, fut considérée par les courtiers comme étant potentiellement « haussière », causant ainsi une forte hausse lors de la dernière heure d’opérations boursières, car l’ignorance de Trump sous-entendrait que l’administration américaine n’avait pas l’intention d’utiliser l’arrestation de la directrice financière de Huawei dans une technique de négociation de « prise d’otage » dans ses discussions commerciales avec la Chine.

Peut-être est-ce le cas, ou pas. Car on a également appris plus tôt que, si Trump aurait ignoré la demande d’extradition du département de la Justice américain, Trudeau, lui, aurait été au courant, ce qu’il révéla dans une réunion au cours de laquelle il a pris ses distances avec l’arrestation de madame Meng :

« Nous sommes un pays au système judiciaire indépendant, et les autorités compétentes ont, dans ce cas, pris des décisions sans aucune participation ou interférence politique », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Montréal. « On nous a prévenu quelques jours auparavant que cette procédure était en cours ».

Trudeau l’aurait su quelques jours en avance et Trump n’aurait eu aucune idée de ce qui se tramait ? En fait, il est assez invraisemblable que le dirigeant canadien était au courant d’une opération d’une telle magnitude, sans que celui des États-Unis ne le sache aussi.

À côté de cela, CNN soutient (il faut donc prendre cela avec des pincettes), en contradiction de la déclaration de la Maison Blanche de cet après-midi, que les États-Unis considèrent madame Meng comme un possible outil de pression sur la Chine dans les négociations commerciales. Elle serait littéralement prise en otage par l’administration Trump, pour s’assurer que les États-Unis obtiennent gain de cause dans les discussions commerciales en cours.

Même si c’est plausible, il sera difficile d’obtenir une confirmation de ce scénario, car sa confirmation porterait un grand coup à la confiance des marchés, et ferait baisser dramatiquement le cours des actions, à laquelle Trump tient beaucoup.

En effet, dans un tweet suivant la clôture des marchés, Marco Rubio a déclaré que l’arrestation de la directrice financière de Huawei « n’a rien à avoir avec la guerre commerciale avec la #Chine » et serait plutôt « l’action de juges fédéraux en rapport avec des actions illégales, et pas un joker dans une dispute commerciale. Et contrairement à la Chine, elle bénéficiera de la présomption d’innocence jusqu’à preuve du contraire ».

Arrest of #Huawei exec has nothing to do with a trade war with #China

It’s an action by federal prosecutors for alleged violations of law, not leverage in a trade dispute. And unlike China, she will have the presumption of innocence until proven otherwise https://t.co/lBNnCsfzvd

— Marco Rubio (@marcorubio) December 6, 2018

Finalement, on a pris connaissance aujourd’hui de la pièce manquante du puzzle, à savoir que l’arrestation de madame Meng fait partie d’une enquête en cours de juges américains dans laquelle Huawei aurait violé les lois bancaires par des démarches visant à contourner les sanctions américaines contre l’Iran en réorientant une série de transactions financières dans la lessiveuse bancaire de prédilection dans le monde entier : HSBC.

Selon un article de ce jeudi dans le Wall Street Journal, un enquêteur mandaté par le gouvernement fédéral américain pour surveiller HSBC a dénoncé des transactions suspectes aux yeux des juges américains dans lesquelles Huawei serait impliquée. HSBC fait partie d’un certain nombre de banques qui ont fait affaire avec Huawei, mais ne fait pas elle-même l’objet d’une enquête, relate le quotidien.

Et malgré ces différentes affirmations et démentis, on spécule toujours sur ce que Trump savait et à quel moment. La réponse viendra certainement dans les prochaines 24 heures, dans le fil Twitter de Donald Trump lui-même : après tout, le président aura du mal à se retenir plus longtemps de commenter sur ce dernier scandale diplomatique.

Tyler Durden

Article original paru sur Zero Hedge.

Traduit par Laurent Schiaparelli, édité par Wayan, relu par Cat pour Le Saker Francophone

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