Les laquais de McCain en mode turbo-hystérique face au succès de Russia Today


Au pays de la liberté d’expression, la présence d’une info libre fait toujours tache dans le décor : le directeur du think-tank de McCain exige l’arrêt de Russia Today et la saisie de ses biens


Par Robert Bridge – Le 31 octobre 2015 – Source Russia Insider

Le premier amendement a reçu une raclée au grand jour cette semaine lorsqu’un think-tank néoconservateur dirigé par le sénateur John McCain a publié un article appelant le gouvernement américain à saisir les actifs de Russia Today [RT].

Dans la dernière attaque de McCainikaze contre le président Poutine, RT et tout ce qui se trouve habiter les onze fuseaux horaires entre Mourmansk et Vladivostok, David J. Kramer propose un plan embarrassant et imprudent pour remettre les pendules de Poutine à l’heure.

Oui, au moment même où le dirigeant russe est occupé, les mains dans le cambouis, à lutter contre les terroristes islamistes que les bombes US intelligentes n’arrivent pas à atteindre, n’étant semble-t-il pas assez intelligentes pour ça. Kramer, directeur du service des droits de l’homme et de la démocratie à l’Institut pour le leadership international de McCain (un centre d’action, plutôt que de réflexion, selon son site internet), a décidé que le moment était bien choisi pour chercher noise à RT.

«Ne serait-il pas agréable de passer à l’offensive, d’une manière non-militaire, pour remettre à l’heure les pendules de Poutine en faisant taire sa machine de propagande odieuse ? Voilà comment cela peut être fait.» » résume Kramer.

Personnellement, étant donné les quinze dernières années pendant lesquelles l’armée américaine a patrouillé avec éclat une planète sans méfiance, je serais ravi de voir les États-Unis «passer à l’offensive, d’une manière non-militaire.» Mais depuis que l’état d’esprit  «guerre contre le terrorisme» a pris ses aises, le livre intitulé «Diplomatie pour des nuls» a été jeté sous la banquette arrière du mastodonte mondial. Aujourd’hui, la seule langue que l’Amérique comprend est celle de la force brutale, et cela deviendra plus évident au fur et à mesure que nous creusons plus profond pour rester le seul prétendant à la récompense du prix «La Russie : Jeu de massacre» de cette année.

Mais avant de considérer l’appel effrayant de Kramer pour démolir RT et, par extension, la liberté d’expression, il est crucial d’étudier son pitch d’ouverture, qui est si incroyablement bâclé qu’il faut porter un tablier et des lunettes pour se protéger. Je cite : «Même avant que le président russe Vladimir Poutine n’ait déployé des forces en Syrie, les responsables militaires américains ont décrit son régime comme une menace existentielle à la lumière de son invasion de l’Ukraine.»

À peine lâché du corral,  le professeur Kramer est tombé de son cheval. La Russie n’a pas été qualifiée de menace existentielle par le Pentagone en raison de l’invasion de l’Ukraine – une invasion qui n’existe que dans les broussailles et les mauvaises herbes qui envahissent le cerveau des néoconservateurs. Au contraire, la Russie a été gratifiée de menace existentielle à cause de son arsenal nucléaire. Cela a été admis par rien moins que le chef de guerre en civil Ashton Carter Baldwin en août dernier.

«La Russie pose une menace existentielle pour les États-Unis en vertu, tout simplement, de la taille de son arsenal nucléaire. Ce n’est pas un scoop» a dit Carter, avant d’ajouter, presque comme s’il se rappelait soudainement quelque chose qu’il a oublié sur sa liste de courses : «Depuis un quart de siècle ou plus, depuis la fin de la guerre froide, nous ne l’ avons pas considérée comme antagoniste.» Si la possession d’un arsenal nucléaire (par opposition à la conduite d’une invasion de l’Ukraine inexistante) est tout ce qu’il faut pour être nominé dans la salle comme une glorieuse menace existentielle, alors il serait plus honnête de prévoir une place sur le podium pour Team USA, qui a aussi quelques missiles nucléaires très brillants, efficaces, mortellement préçis, dont beaucoup sont directement pointés sur la Russie.

Ou devrions-nous supposer que les menaces existentielles concernant la Russie ne comptent pas.

Deuxièmement, Kramer semble trop rapide pour attribuer aux militaires russes plus d’accolades que celles auxquelles ils peuvent justement et réellement prétendre : «Poutine, qui supervise l’un des régimes kleptocratiques les plus corrompus dans le monde [une telle généralisation sans fondement et sans exemples n’aurait certainement pas passé la rampe à Harvard, professeur Kramer] a conduit dernièrement le bal international – de l’Ukraine à la Syrie – alors que les dirigeants occidentaux, y compris le président Obama, ont été réactifs et défensifs

«De l’Ukraine à la Syrie ?» Oui, depuis les steppes glissantes de l’Ukraine jusqu’aux banlieues étouffantes de Damas, et sur chaque mètre carré de terre luxuriante entre les deux, l’armée russe a tout piétiné dans un brûlant et impétueux galop, instillant sur leur chemin la peur dans le cœur des femmes et l’horreur dans les yeux des orphelins, tandis que les dirigeants occidentaux, dont le président Obama, ont été réactifs et défensifs selon les lamentations de Kramer.

L’Amérique défensive ? Vous rigolez ? Après quinze années de poursuites offensives des épouvantails et des fantômes autour d’une planète sous le choc, on pourrait penser que les dirigeants occidentaux et leurs citoyens, las de la guerre, souhaitent saisir la chance de poser leurs baïonnettes et d’oublier leurs bravades, donnant à la Russie une chance équitable d’assommer les mauvais garçons d’État islamique. Après tout, le Moyen-Orient est dans l’arrière-cour de la Russie, pas sur les marches de l’Amérique ou de l’UE. Pourtant, malheureusement, et pas qu’un peu étrangement, l’Occident refuse de coopérer avec la Russie contre les vilains d’État islamique.

Le fait que les Etats-Unis et les toutous en laisse de l’UE refusent de travailler en tandem avec la Russie dans l’élimination de ce fléau mondial laisse penser à des motifs inavouables, peu appétissants et très peu recommandables, qu’il faut néanmoins mentionner : pourquoi les États-Unis font-ils une exception pour État islamique, effectivement frappé par les bombes, dans leur programme d’aide militaire ? Certes, un bon nombre de ces sorties russes frappent les cibles visées. Mais je digresse.

Un partenariat US-Russie solide comme le roc est si peu farfelu qu’il est pleinement apprécié par les aspirants politiciens américains renégats [à la prochaine élection présidentielle, NdT] comme Donald Trump et Rand Paul, par exemple, qui ne sont pas entièrement décervelés, ni corrompus par le complexe militaro-industriel, ce qui explique pourquoi ils ne seront jamais admis à s’approcher du Bureau Ovale.

Maintenant, cela nous amène à la partie vraiment moche de l’article, où le professeur Kramer  –  qui avait déjà auparavant sali son dossier académique en travaillant comme chercheur au Projet pour un Nouveau Siècle Américain (PNAC), le groupe qui a poussé les États-Unis dans la guerre illégitime en Irak après les attentats terroristes du 9/11 – transmet un appel pour faire taire ce qu’il appelle la «machine de propagande odieuse» – plus populairement connue comme RT par ses millions de téléspectateurs et de lecteurs fidèles.

Médias Monstres et Cie.

S’il y a une chose que les médias US fanatisés, gravement monopolisés et homogénéisés appartenant au Big-Business craignent et méprisent par dessus-tout, c’est la concurrence. Mais la raison a étonnamment peu à voir avec l’argent. Non, la voix supplémentaire sur les ondes ne diminue pas sensiblement les profits des médias dominants (GE, Nouvelles Corp, Disney, Viacom, Time Warner et CBS contrôlent plus de 90% des médias américains, un empire générant environ 300 milliards de dollars par an).

La raison en est que la voix supplémentaire amoindrit, en le dénigrant, le message des médias de masse dominants.

Il y a tout juste dix ans, les médias américains avaient un quasi-monopole sur les cœurs et les esprits du village planétaire pour promouvoir la Saga de l’Otan. Maintenant les médias américains Maîtres de l’univers veulent revenir à l’âge d’or du journalisme rampant où ils régnaient sur les ondes.

Aujourd’hui, lorsque le public occidental regarde un programme qui offre une nouvelle perspective ou un cadre de référence extérieur aux scénarios des Six Gros – GE, Nouvelles Corp, Disney, Viacom, Time Warner et CBS – ce qu’ils découvrent contraste avec la nudité du paysage médiatique dominant saturé de reportages produits en masse et livrés comme une pizza froide sans garniture dans les foyers américains. RT, cependant, fournit au public occidental un rappel quotidien pour ce qui fait si cruellement défaut dans les émissions diffusées par le Big-Business – à savoir une variété d’opinions sur laquelle construire une vision plus équilibrée du monde. Anchois et pepperoni sur la pizza, si vous voulez.

D’où l’accusation, pas tout à fait surprenante, et les allégations sans fondement de Propagande. Voici Kramer en plein mode histrionique, décriant l’audience mondiale de RT :

«RT est l’atout de la propagande dans l’effort de Poutine pour discréditer l’Occident et obscurcir la vérité des actions russes. Il a une portée mondiale à travers le câble et l’Internet et revendique une audience, probablement exagérée, de 700 millions de personnes dans cent pays. Il dispose d’un grand studio à Washington et des bureaux partout aux États-Unis et en Europe. Le financement par le gouvernement russe de RT ainsi que d’autres relais de propagande similaires, y compris Sputnik, est d’environ un demi-milliard de dollars.»

Le lecteur intelligent verra immédiatement clair à travers ces affirmations extravagantes. Croire qu’un canal TV pourrait obtenir un tel succès en ne vendant rien d’autre que des mensonges et de la propagande – à une époque où chaque déclaration ou commentaire peut être vérifié par le lecteur à la vitesse de l’éclair – est non seulement naïf, mais insultant pour l’intelligence du public. Autrement dit, des millions de gens apprécient la voix supplémentaire que fournit RT sur la scène médiatique mondiale.

Mais pas le professeur Kramer, semble-t-il.

Retombées de la liberté d’expression 

Kramer et l’Institut McCain ont de grands desseins pour rendre l’espace des médias américains – comme d’ailleurs l’espace militaire – unilatéral et univoque une fois de plus : «Geler les avoirs du réseau câblé RT financé par l’État de Poutine, non pas parce qu’il vomit des choses odieuses, mais parce que la Russie ne respecte pas deux décisions de justice rendues contre le gouvernement russe impliquant l’ex-société pétrolière multimilliardaire Ioukos».

Kramer se réfère à une décision prise l’année dernière par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) déclarant que la Russie devait verser $52 Mds de dommages-intérêts aux actionnaires de la compagnie pétrolière maintenant défunte.

(Ioukos a été acquis auprès du gouvernement russe par Mikhaïl Khodorkovski grâce au programme controversé «des crédits pour des actions» mené par le gouvernement pro-occidental de Eltsine après l’effondrement de l’Union soviétique. En mai 2005, la bonne fortune de Khodorkovski s’est retournée de façon spectaculaire lorsqu’il a été reconnu coupable d’évasion fiscale et condamné à neuf ans prison. En décembre 2010, alors qu’il purgeait sa première peine, il a été reconnu coupable de détournement de fonds et de blanchiment d’argent. Il a été libéré le 20 décembre 2013).

Une telle suggestion de la part d’un académicien américain est surprenante pour dire le moins. Car même Kramer admet dans son article, «Les autorités russes ont fait appel de la décision de La Haye.» En d’autres termes, ne serait-ce que suggérer la saisie des biens russes partout dans le monde est tout simplement de la folie, et d’autant plus que le procès a effectivement été gelé.

Ce fait n’a pas dissuadé Kramer – c’est le moins qu’on puisse dire, depuis qu’il s’est transformé en une sorte d’universitaire avec une boule de cristal – à risquer une prédiction : «Les perspectives pour la Russie de voir renverser le jugement de la Cour de La Haye sont minces, car les appels sont limités aux questions techniques». Alors, pour résumer, Kramer préconise que le gouvernement des États-Unis enfreigne la loi en gelant les avoirs de RT sur une affaire judiciaire qui est toujours en cours.

La rhétorique anti-russe de Kramer tout au long de cette dernière pièce à succès – qui représente une menace tellement inquiétante pour l’avenir du Premier amendement qu’elle ne peut malheureusement pas être ignoré – démontre qu’il est plus soucieux de faire taire la voix de RT, à un moment où l’Occident désespère de réussir à contrôler l’espace de l’information, que de l’avenir des actionnaires de Ioukos et de leurs milliards de dollars de dommages et intérêts.

La seule partie qui rachète vraiment l’article de Kramer était la correction qu’il a fourni au sujet d’une anomalie grave dans son texte original :

«Correction: Une version antérieure de cet éditorial indiquait à tort que les autorités britanniques avaient gelé les comptes de la chaîne de télévision RT en juillet en réponse aux conclusions de la Cour contre le gouvernement russe à propos de la dissolution de la compagnie pétrolière Ioukos. L’action des autorités britanniques ciblait plutôt l’agence de nouvelles Rossiya Segodnya.»

Beau geste, mais il est douteux que beaucoup de lecteurs aient pris le temps de lire le scandaleux éditorial une seconde fois pour voir la correction. Dommages causés, mission accomplie. Un autre morceau pathétique du journalisme chauvin apparemment dirigé contre la Russie, mais visant en réalité directement le peuple américain en ce qu’il équivaut à garder leurs options d’information aussi limitées et concentrées que possible.

Pendant ce temps, l’armée américaine poursuit ses mésaventures mondiales au détriment de chaque personne sur la planète.

Robert Bridge est un écrivain et journaliste américain basé à Moscou, en Russie. Ses articles ont paru dans de nombreuses publications, y compris Russia in Global Affairs, Drudge Report, Russia Insider et Infowars.com. Bridge est l’auteur du livre, «Il est minuit pour l’Empire Américain», qui a été publié en 2013. Il peut être joint à @Robert_Bridge

Article original paru dans Russia Today

Traduit par jj, édité par jj, relu par Literato pour le Saker Francophone

 

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