Le sommet en Turquie affiche l’influence croissante de la Russie au Moyen-Orient

Le 20 septembre 2019 − Source Strategic Culture

ZPpZy5Xw5gygtCM6JTsJ59R-GhMDans une époque de tensions croissantes au Moyen-Orient et de danger imminent de guerre, c’était un rappel salutaire de la façon dont la diplomatie pouvait et devait fonctionner, comme en témoigne le sommet réussi tenu cette semaine à Ankara entre les dirigeants turcs, russes et iraniens pour promouvoir un règlement pacifique durable en Syrie.

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Le président Recep Tayyip Erdogan a accueilli ses homologues russe et iranien, Vladimir Poutine et Hassan Rouhani, à l’occasion du cinquième sommet du format trilatéral d’Astana visant à mettre fin à la guerre qui aura duré près de neuf ans en Syrie. Le premier sommet de ce type a eu lieu à Sotchi, en Russie, dans la station balnéaire de la mer Noire, en novembre 2017. Au cours des deux années écoulées, beaucoup a été fait pour stabiliser la Syrie et faire progresser le cadre politique. Les trois dirigeants doivent se rencontrer à Téhéran pour leur sixième sommet.

Le Russe de Poutine était évidemment la figure centrale du sommet de cette semaine. Il a eu des entretiens bilatéraux avec ses homologues turc et iranien avant que le trio ne se lance dans des négociations approfondies.

L’équilibre respectueux avec ces deux pays montre que la Russie est désormais considérée comme un interlocuteur de confiance dans cette région précaire.

Un communiqué conjoint a été publié, soulignant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ; la nécessité de mettre en place un cessez-le-feu durable dans la province d’Idlib, au nord-ouest du pays ; et le retour de millions de réfugiés, à la fois de l’extérieur de la Syrie, et de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays.

Les trois dirigeants se sont engagés à mettre en place un « comité constitutionnel » composé du gouvernement syrien, de l’opposition politique et de la société civile. La Turquie, la Russie et l’Iran sont convenus de la composition de ce comité, qui devrait entamer le processus d’écriture d’une nouvelle constitution pour la Syrie, le format Astana jouant le rôle de garant en coordination avec les Nations Unies.

Poutine a souligné que le processus politique serait déterminé uniquement par le peuple syrien, libre de toutes contraintes imposées par des puissances extérieures.

Le président russe a déclaré : « Nous défendons tous l’intégrité territoriale de la Syrie et insistons sur le fait que, une fois résolus les problèmes de sécurité et de lutte contre le terrorisme, l’intégrité territoriale de la Syrie sera pleinement rétablie. Il concerne également le retrait de toutes les troupes étrangères du territoire syrien. »

Il a ajouté que les « zones autonomes » parrainées par des puissances étrangères ne sont pas autorisées. C’était manifestement un reproche adressé à Washington dans ses tentatives pour scinder la Syrie, avec son parrainage des séparatistes kurdes, pour y créer un mini-État autonome.

Poutine a rappelé que « les troupes américaines sont illégalement présentes sur le territoire syrien » et qu’elles doivent se retirer du pays. La proposition faite l’année dernière par le président Donald Trump de retirer les forces américaines n’a pas progressé vers la réalisation de cet objectif déclaré. Sa mise en œuvre est attendue depuis longtemps. Un retard supplémentaire est inexcusable.

Le résultat du processus Astana est une preuve du ferme soutien de la Russie à la souveraineté de la Syrie. Alors que les puissances occidentales et la Turquie réclamaient depuis longtemps la renonciation au pouvoir du président syrien Bashar al-Assad, le sommet de cette semaine confirme la défense de principe de Moscou – et de Téhéran – du droit de la Syrie à l’autodétermination nationale.

Alors que la Russie et l’Iran se sont montrés fermes dans leur défense de la souveraineté de la Syrie au fil des ans, le rôle de la Turquie dans la guerre en Syrie a été une ingérence déplorable avec son soutien aux groupes militants antigouvernementaux. On sait que certains de ces groupes soutenus par la Turquie ont des liens avec des réseaux terroristes interdits sur le plan international.

Au cours du sommet d’Ankara, Poutine a critiqué de manière voilée le rôle ambigu de la Turquie. Le dirigeant russe a souligné comment les groupes terroristes djihadistes avaient accru leur activité agressive depuis leurs bases à Idlib au cours de l’année écoulée, en dépit d’un précédent accord conclu entre Moscou et Ankara pour la création de zones démilitarisées.

Il incombe donc à la Turquie de mettre en œuvre son engagement déclaré en faveur des zones démilitarisées et – à l’instar des Américains – de retirer finalement ses troupes du nord de la Syrie dans le respect de l’intégrité territoriale du pays.

« Il est inacceptable de soutenir des organisations terroristes sous le prétexte de combattre des terroristes », a déclaré Erdogan dans un discours ciblant apparemment les États-Unis et leur soutien aux militants kurdes. Les mêmes mots pourraient ironiquement être appliqués à la Turquie pour ses relations secrètes avec des groupes djihadistes.

La Russie, la Turquie et l’Iran ont certainement eu des points de vue opposés sur la guerre en Syrie. Cependant, il convient de se féliciter de ce que, malgré les divergences passées, le trio s’est publiquement engagé à œuvrer en faveur d’un règlement politique durable en Syrie, qui respecte l’autorité du gouvernement de Damas. Le processus de dialogue, de diplomatie et d’engagement politique est le seul moyen de garantir la stabilité de la Syrie.

Pas seulement pour la stabilité de la Syrie, mais pour la région dans son ensemble.

La Russie peut se vanter d’avoir acquis un énorme crédit pour avoir forgé ce processus et rapproché les parties en conflit. Cela étant dit, le sommet d’Ankara est convenu que les forces de l’État syrien conservent toujours le droit d’éradiquer les groupes terroristes interdits par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Ces groupes incluent tous les militants affiliés à Al-Qaïda.

Il y a de bonnes raisons de se féliciter de l’expansion du format Astana pour aider à résoudre d’autres conflits dans la région. Le Liban et l’Irak doivent se joindre au processus en tant qu’observateurs du processus d’Astana. Le rôle de confiance acquis par la Russie en tant qu’interlocuteur pourrait mener à l’application du processus visant à mettre fin à la guerre au Yémen. Il peut également être appliqué pour aider à structurer un processus de paix en Afghanistan ou pour désamorcer les tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite. La Russie pourrait peut-être combler de manière constructive le vide dans la résolution du conflit perpétuel israélo-palestinien.

Une chose semble sûre cependant : les États-Unis ont perdu leur rôle de médiateur autoproclamé dans cette région déchirée par la guerre. Washington ne semble capable que d’inciter à des tensions, de déclencher des guerres et de prolonger les inimitiés. Son art obsolète de la diplomatie est devenu inutile depuis de nombreuses années. Il semble ne connaître que les artefacts sinistres du subterfuge, de l’intrigue et du chaos. Même ses prétendus alliés ne font plus confiance à Washington.

En revanche, la Russie a la stature croissante d’un véritable acteur de la médiation. Elle a le mérite d’intervenir avec des principes auprès de nations aux positions très polarisées, de l’Arabie saoudite à Israël en passant par la Turquie, la Syrie et l’Iran. Moscou est idéalement placé pour jouer un rôle encore plus important pour la détente et le progrès dans cette région tumultueuse et dévastée.

Une note amusante pour finir : il convient de noter le hiatus éclatant entre les actions de conciliation de la Russie et la caricature présentée dans les médias occidentaux qui dépeignent Moscou et Vladimir Poutine comme un acteur pervers. Pour tout observateur objectif, le rôle de la Russie donne des résultats pacifiques grâce à une diplomatie diligente et à une adhésion sans faille aux principes de souveraineté et au respect du droit international. La caricature de la Russie sur les médias occidentaux devrait en réalité être appliquée aux États-Unis, auquel cas ce ne serait pas une caricature, mais plutôt une constatation exacte, et de bon sens.

Strategic Culture

Traduit par jj, relu par San pour le Saker Francophone

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