Premières impressions concernant le cessez-le-feu surprise entre les États-Unis et l’Iran


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Par Andrew Korybko — Le 8 avril 2026 — Source korybko.substack.com


On ne pourra véritablement désigner de vainqueur qu’une fois un accord de paix signé, en examinant les décisions concernant l’uranium enrichi, le programme nucléaire, le programme de missiles de l’Iran, ses exportations pétrolières vers la Chine, et le pétroyuan.

Les États-Unis et l’Iran ont accepté un cessez-le-feu de deux semaines, dont les détails restent à confirmer par les deux parties, mais qui permet de parer la menace de Trump de détruire l’Iran. La déclaration supposée du Conseil de Sécurité National Suprême iranien, partagée par CNN et d’autres médias, a été déclarée comme fausse par Trump, qui a préféré partager le vague post sur X publié par le ministre des affaires étrangères Seyed Abbas Araghchi sur son compte Truth Social. Quelle que soit la teneur réelle de ce cessez-le-feu, les pourparlers étasuno-iraniens reprendront vendredi à Islamabad. Voici cinq remarques préliminaires :

1. Israël ne va pas faire la guerre à l’Iran sans les États-Unis

Israël aurait voulu que les États-Unis atteignent leurs objectifs communs par des moyens militaires, mais ne va pas odieusement empêcher la mise en œuvre du cessez-le-feu, afin de ne pas prendre le risque que les États-Unis l’abandonnent sur le terrain. C’est la raison pour laquelle Israël a accepté cette décision, ce qui facilite la reprise des négociations vendredi. Si les négociations entre États-Unis et Iran se bloquent, Israël pourrait essayer de provoquer une reprise des hostilités à grande échelle contre l’Iran sur la base d’un ressenti que les États-Unis reprendraient les armes, mais il est peu probable qu’Israël agisse ainsi si les discussions se déroulent correctement.

2. Des garanties de sécurité multipartites seront sans doute nécessaires

L’Iran exige que les États-Unis retirent leurs forces du Golfe, soit pour revenir à la situation d’avant-guerre, soit davantage que cela, soit même totalement. De leur côté, les États-Unis et Israël exigent le retrait de l’uranium enrichi iranien, au moins une supervision internationale du programme nucléaire du pays, et à minima des limitations sur son programme de missiles. Les sanctions étasuniennes, y compris les sanctions secondaires, pourraient être rétablies si la guerre reprenait. Quant au Golfe, les Émirats Arabes Unis et Israël pourraient conclure une alliance militaire, le reste de la région se consolidant sous la gouverne saoudienne.

3. Les États-Unis n’accepteront sans doute pas le Pétroyuan

Le pétroyuan, c’est-à-dire la demande supposée de l’Iran d’un paiement en yuans comme droit de passage pour traverser le détroit, ne figurera sans doute pas dans l’accord de paix, quel qu’il soit. Les États-Unis préféreraient que les droits de passages à partager en l’Iran et Oman, établis comme une forme de réparation, se versent en dollars, ce qui renforcerait également le rôle du pétrodollar, plutôt que laisser le pétroyuan concurrent émerger. De même, les États-Unis pourraient également exiger que l’Iran finisse par tarir ses ventes de pétrole à la Chine en échange d’une levée des sanctions, même si cela pourrait n’être convenu qu’à titre informel.

4. On ne peut exclure que les pourparlers soient un piège

L’Iran n’a eu de cesse de rappeler à chacun durant le conflit que les États-Unis l’avaient déjà attaqué par deux fois durant la tenue de négociations, et il est donc possible qu’ils le fassent une troisième fois. Selon cette hypothèse, Trump aurait pu prononcer sa menace de détruire l’Iran sans se coordonner avec Israël ni les Royaumes du Golfe, ce qui les aurait laissés plus vulnérables que s’ils avaient eu davantage de temps pour se préparer convenablement aux représailles iraniennes. Le cessez-le-feu pourrait leur laisser le temps nécessaire, même s’ils préfèreraient que les États-Unis ne s’engagent pas dans cette séquence.

5. Reste l’épée de Damoclès d’un changement global radical

Sur la même note, les États-Unis ont les capacités et l’intention de détruire l’Iran, ce qui pourrait amener ce pays à tout faire pour amener dans sa chute les Royaumes du Golfe avec lui. L’Afrique et l’Eurasie se verraient projetées dans le chaos pour suite du tarissement des exportations énergétiques de ces régions, cependant que dans l’hémisphère occidental, la « Forteresse Amérique » jouerait le diviser pour mieux régner sur l’hémisphère oriental. Cette épée de Damoclès d’un changement global radical reste donc, et il convient de ne pas l’oublier.

Les deux parties ont affirmé tenir la victoire, mais la guerre ne prendra fin qu’à la conclusion d’un accord étasuno-iranien précis, qui pourrait sans doute intégrer des éléments issus de la proposition de l’ancien premier ministre Mohammad Javad Zarif, publiée la semaine passée dans Foreign Affairs. Il est donc prématuré de prononcer un vainqueur, que seule la conclusion d’un accord de paix pourra déterminer, en prenant en compte les éléments clés suivant pour l’Iran : l’uranium enrichi, le programme nucléaire, le programme de missiles, les exportations pétrolières vers la Chine, et le pétroyuan.

Andrew Korybko est un analyste politique étasunien, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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