Les options iraniennes en cas d’attaques asymétriques


Par Axis of Logic – Le 9 juillet 2007 – Source The Saker

L’une des voies navigables les plus vitales de la planète, le détroit d’Ormuz est bordée par l’Iran d’un côté et les États du Golfe que sont les Émirats arabes unis, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et le Koweït de l’autre.

L’opinion publique internationale est visiblement préoccupée par les perspectives d’une agression américaine contre l’Iran et de nombreux observateurs soulignent le risque pour l’économie mondiale d’une tentative iranienne de bloquer le détroit d’Ormuz. Certains craignent également que l’Iran puisse couler un porte-avions américain en utilisant une combinaison de missiles, de sous-marins et de petites embarcations d’attaque. Il est également souvent suggéré qu’Israël pourrait devenir la première victime d’une telle contre-attaque iranienne et que l’Iran pourrait « faire pleuvoir des missiles sur Israël ». Il est vrai que la plupart sont des réponses iraniennes possibles, aussi improbable qu’elles puissent paraître. Cependant, il y a de bonnes raisons de douter que la direction iranienne choisirait de répondre à une attaque américaine de cette façon.

L’option du détroit d’Ormuz

Tout d’abord, considérons l’option « Détroit d’Ormuz ». Dans un article précédent intitulé Comment ils pourraient le faire, j’ai décrit comment le Pentagone pourrait essayer de faire la guerre à l’Iran, tout en empêchant les Iraniens de fermer le détroit d’Ormuz :

« La première phase commencerait par 2-3 jours de frappes avec des missiles de croisière combinées à des frappes aériennes. L’objectif serait de dégrader autant que possible les capacités C3I iraniennes [Command, Control, Communications & Intelligence, NdT] et, plus important encore, d’isoler les zones côtières iraniennes des principaux centres de commandement et des routes de ravitaillement. Cette dégradation des capacités de défense aérienne iraniennes serait suivie par des bombardements et des frappes intenses tout au long de la côte du détroit d’Ormuz, coté iranien, combinée à un effort pour détruire tous les sous-marins diesel d’attaque de classe Kilo. Il est raisonnable de s’attendre à des « bruits de bottes » avant que cette phase ne soit achevée : les forces marines et aériennes des États-Unis débarqueraient sur des positions clés le long de la côte et encercleraient les poches de résistance. Une fois que les têtes de pont auraient été sécurisées, les troupes de l’armée américaine débarqueraient des équipements lourds et établiraient des bases avancées. L’objectif final de cette première phase consisterait à contrôler la plupart des côtes iraniennes (mais pas nécessairement), dans l’espoir de protéger les lignes maritimes du golfe Persique contre une menace d’attaque iranienne. Cet objectif devrait être atteint en 4 à 6 semaines pour obtenir l’effet désiré. »

Une fois les batteries de missiles concentrées le long de la côte (et sur une profondeur d’environ 10 à 20 km selon le terrain) et une fois les capacités iraniennes de détection actives/passives suffisamment dégradées, les États-Unis pourraient annoncer que les voies maritimes sont sûres, ouvertes et protégées contre toute nouvelle frappe.

La deuxième phase passerait aux frappes contre l’infrastructure nationale (comprendre : terroriser la population civile et la soumettre, dans l’espoir que le peuple se révoltera contre ses dirigeants) et à un soutien proactif aux diverses forces anti-gouvernementales (Kurdes, etc.) appuyé par un blocus aérien/terrestre/maritime contre la partie restante de l’Iran. Cette deuxième phase pourrait durer très longtemps. Dans un autre article intitulé Plans du Pentagone selon Scott Ritter (et le Saker), j’ai ajouté :

« Le détroit d’Ormuz est en effet étroit, et l’Iran a des mines et des missiles capables de frapper les pétroliers dans le détroit. L’Iran a également de très bons sous-marins russes de classe Kilo qui, à bien des égards, sont mieux adaptés aux opérations côtières et en « eau verte » que les SSN étasuniens. Le problème est le ciblage: en termes de portée des armes, le détroit d’Ormuz est minuscule, en termes de ciblage il est énorme. »

Pour déployer des mines, l’Iran peut utiliser des embarcations de petite taille ou des sous-marins. La marine américaine est cependant plus que capable de trouver et de détruire de tels poseurs de mine. Les missiles doivent contenir les données de ciblage, vous ne pouvez pas simplement en tirer vers le détroit avec l’espoir de frapper un pétrolier. En cas d’attaque, c’est exactement là où la Marine américaine va déposer une énorme couverture de brouillage électronique sur l’ensemble de la voie navigable, combinant à la fois des contre-mesures électroniques (telles que le brouillage) et des frappes (avec des missiles anti-rayonnement). Dernièrement, les Iraniens pouvaient utiliser l’artillerie côtière. C’est là que les 17 000 marins militaires actuellement basés au large de la côte perse entrent en jeu : en prenant physiquement en charge des sections clés de la côte iranienne et un certain nombre d’îles dans le détroit, la marine américaine espère rendre beaucoup plus difficile pour les Iraniens la possibilité de fermer le trafic. Une fois que le détroit est déclaré « sûr », l’Empire pourrait alors prendre son temps pour battre le « régime » iranien (dans le langage américain, tous les gouvernements non contrôlés par la Maison Blanche sont des « régimes »), dans l’espoir de déclencher une révolte populaire contre les « mollahs » (encore une fois, le langage américain pour désigner n’importe qui à l’intérieur du gouvernement iranien).

Cette stratégie « fonctionnera » dans le sens étroit du terme : elle permettra de maintenir ouvertes les lignes maritimes de communication (SLOC). Dans un sens plus large cependant, je pense que cette stratégie est basée sur un certain nombre d’hypothèses erronées, les deux principales étant la longueur probable du conflit et les réponses iraniennes probables à une agression américaine. Je reviendrai sur cette question dans un instant, mais regardons d’abord les deux autres options qui semblent inquiéter tant d’experts en Occident.

Attaquer un porte-avion américain

L’Iran pourrait-il vraiment couler un porte-avion américain? Pour répondre à cette question, nous devons nous souvenir de la stratégie de la Marine américaine pendant la Guerre froide.

Entre autres choses, les États-Unis avaient décidé qu’en cas de guerre avec l’Union soviétique en Europe, il était important, en fait crucial, de protéger les lignes maritimes qui traversent l’Atlantique et pour cela, des groupes de combat de porte-avions américains devaient être positionnés dans l’Atlantique Nord, juste en face de la péninsule (alors) soviétique de Kola. L’objectif fondamental de cette stratégie était de « porter la lutte sur le terrain soviétique » et d’empêcher leurs sous-marins d’atteindre l’Atlantique. Cette stratégie aurait nécessité que la marine américaine place son porte-avions à bonne distance de frappe des bombardiers supersoniques soviétiques armés de missiles de croisière supersoniques avancés (équipés d’ogives conventionnelles ou même nucléaires). On supposait que ces bombardiers seraient guidés par des avions AWACS et des sous-marins cachés (eux-mêmes armés de missiles de croisière anti-navires mortels et de torpilles puissantes) et protégés par des intercepteurs avancés de longue portée comme le MiG-31 et le SE-27. Enfin, on supposait également que les Soviétiques auraient recours à divers types de satellites qui leur permettraient de suivre les forces navales américaines. En d’autres termes, la marine américaine s’est entraînée pendant des décennies à affronter un environnement beaucoup plus dangereux que celui que les Iraniens ne pourront jamais espérer créer.

À vrai dire, en tant qu’analyste militaire, j’ai toujours considéré cette stratégie comme une folie absolue – le genre d’empressement impérial typique de l’ère Reagan, comme beaucoup d’autres analystes le considèrent aussi (y compris dans la marine américaine elle-même). Beaucoup m’ont dit, hors micro, que des attaques par saturation de bombardiers soviétiques avaient été simulées et que ces simulations avaient systématiquement montré la vulnérabilité des porte-avions américains si une telle stratégie avait été effectivement mise en œuvre. Certains ont ajouté que les commandants de la Marine américaine n’étaient pas si stupides et qu’une telle stratégie n’aurait jamais été utilisée en cas de guerre. Mais la politique et la guerre sont deux arts très différents et, au moins officiellement, la marine américaine avait l’intention de faire exactement cela et donc, elle s’est entraînée pour ce type d’environnement à haut risque. Souvent. Donc, à moins que la marine américaine ne reçoive l’ordre de faire quelque chose de vraiment fou, il n’y a simplement aucun moyen pour que les Iraniens puissent se rapprocher des navires de haute valeur de la Navy (qui resteront bien loin de la côte iranienne ou du détroit d’Ormuz lui-même). L’idée de l’Iran coulant un porte avion américain fait partie du monde de la fantaisie, pas d’une véritable guerre navale.

Une pluie de missiles sur Israël

Il nous reste donc l’option « pluie de missiles sur Israël ». Je ne voudrais pas totalement écarter la possibilité pour l’Iran d’envoyer un couple de missiles sur Tel Aviv en représailles à toute participation israélienne à l’agression américaine sur leur pays. Ce serait un geste politique purement symbolique et non une stratégie de combat. Les Iraniens comprennent parfaitement qu’ils ne tireront aucun avantage militaire ou politique en infligeant de lourds dommages et pertes à Israël. Autrement dit, l’Iran n’est pas le Hezbollah, même l’Iran a le même nombre de missiles que le Hezbollah avait l’été dernier (et encore aujourd’hui). Pour le Hezbollah, le tir de missiles Katioucha à courte portée sur Israël faisait parfaitement sens, car cela a forcé la population du tiers nord du pays à se cacher dans des abris et à fuir ses maisons, faisant ainsi payer un lourd prix économique et politique aux Israéliens pour leur guerre contre le Liban. L’Iran, en revanche, n’a pas le même nombre de missiles capables d’atteindre Israël et ceux-ci seraient beaucoup mieux utilisés ailleurs (plus sur ce sujet dans un instant).

Le Hezbollah, bien sûr, pourrait commencer à tirer ses nombreux missiles sur Israël comme l’été dernier, et il est certain que si le chef suprême de l’Iran, l’Ayatollah Ali Khamenei, faisait cette demande, le Hezbollah y répondrait : on affirme souvent, à tort, que le dirigeant spirituel du Hezbollah est Sayyid Hussein Fadlallah. Ce n’est pas le cas. Le Hezbollah est un mouvement populaire et son secrétaire général, le cheikh Hassan Nasrallah en particulier, est un adepte de l’ayatollah Ali Khamenei. Ses membres le reconnaissent lui, et non Fadlallah, comme la vraie autorité religieuse suprême. Cependant, je pense que les dirigeants iraniens garderaient une telle option en magasin, ne serait-ce que parce qu’ils ont le choix entre plusieurs autres options, beaucoup plus efficaces.

D’une manière générale, nous voyons l’Empire des néoconservateurs avoir deux options d’attaque contre l’Iran.

  1. Une attaque courte et limitée à certaines installations nucléaires et gouvernementales iraniennes. Les objectifs de ce type d’attaque seraient purement politiques : sembler avoir « fait quelque chose », donner aux Américains et aux Israéliens découragés des drapeaux à agiter, « montrer de la résolution » et « envoyer un message ferme », le type d’absurdité habituelle du Département d’État. Ils peuvent toujours espérer tuer certains dirigeants iraniens, par hasard (ce que cela leur rapporterait, je vous en laisse juge). Finalement, cela ne serait qu’une punition pour le « mauvais comportement » des Iraniens.
  2. Une attaque militaire plus importante, qui ne pourrait se limiter à une campagne aérienne et qui devrait inclure au moins une certaine invasion par des forces terrestres, serait similaire à la stratégie décrite dans mon article sur « comment ils pourraient faire ». L’objectif de cette option serait radicalement différent de celui de la première.

« Punir la population iranienne pour son soutien électoral aux « mollahs » (selon l’expression étasunienne). C’est exactement la même logique qui a amené les Israéliens à frapper tout le Liban avec des bombes, des missiles et des mines, la même logique avec laquelle ils ont tué plus de 500 personnes à Gaza, la même logique par laquelle les États-Unis ont bombardé la Serbie et le Monténégro et la même logique qui explique l’embargo bizarre de Cuba. Le message au peuple est : si vous soutenez les méchants, vous allez payer pour cela. »

La réponse iranienne à une attaque américaine dépendra de leur analyse du type d’attaque à laquelle ils sont soumis, suivant l’un ou l’autre scénario. La première option (une attaque limitée contre l’Iran) comporte de forts facteurs d’escalade/inhibition. Elle offrirait à l’Empire la capacité d’augmenter considérablement le rythme et la nature de ses opérations contre l’Iran en passant à la deuxième option. Si les États-Unis commençaient par la deuxième option, la seule restante serait l’utilisation d’armes nucléaires. J’aborderai le choix nucléaire plus tard.

Les réponses iraniennes à une attaque américano-israélienne courte et limitée

En gardant à l’esprit ces deux situations très différentes, examinons maintenant les réponses iraniennes possibles. Il existe deux stratégies défensives de base dans toutes les situations : le déni et la punition. Le déni consiste à essayer d’empêcher l’ennemi de toucher ses cibles, alors que la punition est simplement un coup rendu pour chaque attaque.

En cas d’attaque israélo-américaine courte et limitée contre l’Iran, la meilleure option pour ce dernier serait paradoxale : s’en tirer au mieux et ne rien faire d’autre que de fortes déclarations d’indignation. Bien sur, les Iraniens devraient essayer d’utiliser la réponse du « déni » du mieux possible. Par exemple, en utilisant leurs défenses aériennes (limitées). Une telle action serait semblable à ce que les Serbes ont fait en Bosnie et ne représenterait pas plus qu’une nuisance pour les forces impériales.

Les États-Unis sont en état de siège en Irak : au moment où j’écris ceci [juillet 2007, NdT], les forces américaines sont déjà assiégées dans la majeure partie du pays. Le siège a été particulièrement efficace dans les régions sunnites d’Irak où l’insurrection a été très réussie dans ses opérations militaires contre les forces d’occupation et ses alliés. Dans les régions chiites, il y a un calme relatif mais des tensions énormes. Moqtada al-Sadr a refusé de tomber dans le piège des nombreuses tentatives des États-Unis pour attirer l’armée du Mahdi dans une confrontation. Dans la région de Bassora, les lignes de ravitaillement américaines fortement protégées ont été éventrées par la population chiite locale. Cela, bien sûr, pourrait changer du jour au lendemain. Moqtada al-Sadr a déjà déclaré que son armée du Mahdi irait attaquer les forces américaines en Irak en cas d’attaque contre l’Iran. Il ne fait aucun doute que les Brigades Badr, qui, à la différence de l’Armée du Mahdi, sont vraiment des extensions de la Garde révolutionnaire iranienne, rejoindraient aussi les forces du Mahdi et les forces sunnites dans une « chasse au Yankee ». En comparaison, une telle manœuvre ferait ressembler le sort actuel des forces américaines à des vacances. Dans un tel cas, les lignes de ravitaillement américaines du Koweït seraient sévèrement perturbées ou totalement coupées et les forces américaines dans le centre de l’Irak seraient coupées de leur principale ligne de sauvetage logistique. La Zone Verte et l’aéroport de Bagdad se transformeraient en bunkers assiégés et les forces américaines du « surge » passeraient la plupart de leur temps dans une position totalement défensive, faisant de leur mieux pour éviter d’être dépassées. Encore une fois, pour que tout cela se produise, les Iraniens n’auraient pas besoin de faire autre chose que d’exprimer leur indignation d’être attaqués.

Les faiblesses d’une attaque limitée : La principale faiblesse conceptuelle de l’option « courte et limitée » est l’absence de stratégie de sortie viable et aucun résultat clairement défini. La question « Ok, maintenant que nous avons bombardé les Iraniens, que faisons-nous ensuite? » ne reçoit aucune réponse, car il n’y aurait pas d’incitation quelconque pour les Iraniens à faire quoi que ce soit, encore moins à se conformer aux exigences impériales officielles. Les États-Unis ne peuvent pas simplement bombarder les objectifs nucléaires iraniens et certains bureaux gouvernementaux, puis s’attendre à ce que les Iraniens promettent de cesser d’enrichir l’uranium. Même les néocons aveuglément arrogants ne peuvent pas être aussi naïfs. Une telle attaque limitée et courte ne ferait que renforcer la détermination des dirigeants iraniens et de la population en général, à résister à toute sorte de revendications impériales.

Les Iraniens sont des durs : Une courte digression est ici nécessaire pour réaffirmer un fait bien connu, mais souvent négligé: les Iraniens sont des gens extrêmement durs. Encore une fois, l’histoire est pleine d’enseignements. Au cours de la guerre Iran-Irak, les Iraniens, bien que leur pays ait été très ébranlé par une révolution sanglante et beaucoup de turbulences internes, ont résisté avec succès, non seulement contre l’Irak mais aussi contre tous les autres pays dont les plans étaient, à l’époque, exécutés par Saddam Hussein. Les Irakiens avaient accès aux armes américaines, soviétiques et françaises, à l’argent saoudien, aux données satellitaires américaines, aux rapports des services de renseignement américains et israéliens, alors que les Iraniens ne luttaient essentiellement qu’avec leur courage, leur intelligence et leur nombre. Cette guerre a tué plus d’un million de personnes, la plupart du côté iranien, mais les Iraniens ont toujours réussi à résister. Il n’y a rien que l’Empire puisse faire contre eux, de nos jours, pour les « effrayer », tout au contraire. Les chiites ont un dicton: « Chaque jour est Achoura, chaque lieu est Kerbala », qui se réfère au jour (Achoura) et au lieu (la ville de Kerbala) du martyre de l’imam Hussein aux mains de l’énorme armée du Calife Yazid en 680. Ce qui veut dire que chaque pieux musulman chiite doit être prêt à mourir pour défendre la vérité, n’importe quand et n’importe où. Des gens comme eux ne vont tout simplement pas être intimidés par un Empire dont l’objectif le plus élevé est la «poursuite du bonheur». L’année dernière, il a fallu au Hezbollah (qui a aussi cette éthique de résistance commune à tous les chiites) moins de 2000 combattants, pour vaincre l’armée israélienne financée et fournie par l’Empire, au Liban. Les forces armées iraniennes comptent plus de 500 000 soldats (dont au moins 100 000 hautement qualifiés) soutenus par 350 000 réservistes et peuvent atteindre plus de 1 000 000 de soldats en cas de mobilisation complète. Gardez à l’esprit que ce sont ces personnes qui ont formé le Hezbollah, au début.

Par contre, l’Empire a déjà perdu trois guerres de suite (le Liban en 2006, l’Afghanistan et l’Irak), a de gros problèmes politiques à Gaza et dans les territoires occupés et est déjà dangereusement en surcapacité. Enfin, et ce n’est pas rien, une forte majorité de la population étasunienne est ostensiblement contre la guerre en Irak et désire que ses soldats rentrent à la maison. Dans aucun des scénarios le temps ne joue en faveur de l’Empire.

Les multiples alternatives iraniennes en cas de guerre majeure et durable contre les États-Unis et Israël

Voyons maintenant ce qui pourrait arriver en cas de guerre majeure et soutenue des États-Unis contre l’Iran.

The Shahab-3 Missile is one of Iran’s longest range missiles

 

Les missiles à longue portée: L’Iran aurait d’autres alternatives à la fermeture des lignes maritimes du golfe Persique, au choix des stratèges iraniens. La plus évidente serait d’attaquer activement les forces américaines basées dans les pays voisins en utilisant des missiles. L’Iran a beaucoup de missiles qui peuvent toucher une série de cibles, comme la Zone verte [à Bagdad, NdT], les installations et les forces américaines au Koweït ou en Arabie saoudite, en Turquie, ou n’importe où dans la péninsule arabique. Par exemple, l’un des missiles iraniens ayant la plus longue portée (environ 2 100 km), le Shahab-3, peut atteindre n’importe quel pays du Moyen-Orient, avec une précision allant de 2 000 mètres à 30 mètres (selon la version). Cela suffit pour frapper et détruire précisément même une cible bien protégée. Il ne s’agit certainement pas d’un genre de missile « Scud » à longue portée, comme ceux lancés par l’Irak contre Israël lors de la première guerre du Golfe. Selon certains rapports, ces missiles ont même des buses de direction sur leur véhicule de rentrée, qui les rendent capables de manœuvres évasives interdisant l’interception par des systèmes de défense aérienne du genre Patriot. Compte tenu de l’inutilité totale des missiles Patriot utilisés dans la première guerre du Golfe, cette capacité des Shahab-3 pourrait ressembler à du surarmement. Cependant, les Patriots ont été substantiellement améliorés depuis 1991 et sont probablement plus performants de nos jours.

Les missiles de portée plus courte : Pour frapper les forces américaines, l’Iran n’aurait même pas besoin d’utiliser de tels missiles avancés. Des missiles à plus courte portée pourraient être utilisés pour attaquer les forces américaines dans le centre de l’Irak et Bagdad, et même l’artillerie pourrait être utilisée pour engager les forces américaines dans la région de Bassora. En outre, les forces terrestres iraniennes pourraient passer la frontière et engager directement les forces américaines dans le sud de l’Irak. Il ne fait aucun doute qu’une telle opération serait confrontée à une véritable tempête de feu de la part des forces du CENTCOM basées dans la région et qu’il y aurait des pertes énormes parmi les forces iraniennes. La question n’est pas la riposte elle même, mais plutôt si le CENTCOM peut rassembler suffisamment de puissance de feu pour refuser une telle option à l’Iran. Le fait d’infliger de lourdes pertes aux forces iraniennes pourrait nourrir un sentiment de puissance, mais ne suffirait pas à empêcher la chute de Bassora et si les Pasdaran prenaient position à Bassora (avec l’aide des milices chiites locales), les lignes de ravitaillement américaines seraient gravement compromises et la panique s’emparerait du haut commandement impérial.

La lutte à l’intérieur du chien : L’histoire est remplie d’exemples d’opérations militaires qui ont été jugées « impossibles », jusqu’au moment où elles ont été exécutées avec succès par un ennemi imprévisible. Comme le disent les États-uniens : « Ce n’est pas la taille du chien dans la lutte, c’est la taille de la lutte à l’intérieur du chien » qui détermine le résultat du combat. Rappelons ici qu’en 1991, les États-Unis ont parachuté le 82e bataillon aéroporté en Arabie saoudite, sans aucune option de soutien en cas d’attaque blindée irakienne traversant la frontière saoudienne, à part l’utilisation d’armes nucléaires tactiques. Quelle serait la réponse de Washington, en cas d’attaque iranienne contre les forces américaines de l’autre côté de la frontière? Et si une telle attaque est soutenue par de lourdes attaques de missiles contre, disons, des cibles américaines au Koweït et à Bagdad? Encore une fois, nous allons examiner l’option nucléaire plus tard, mais nous devrions garder ces choses à l’esprit, quand nous considérons chaque alternative.

Options étrangères pour l’Iran: Une autre option iranienne qui n’a jamais été sérieusement envisagée serait de déclencher une crise majeure ailleurs, et je ne parle pas d’une « attaque terroriste iranienne » sur Disneyland ou tout autre scénario imaginé par le Département à la Sécurité intérieure. Je parle du Pakistan, le pays qui a déjà des armes nucléaires et dont le chef, le général Musharraf, a déjà été la cible d’au moins une douzaine d’attentats. Tout ce que l’Iran aurait à faire, pour déclencher une véritable panique dans le haut commandement impérial, serait soit de tuer soit de renverser Musharraf. Bien que l’on ne sache pas si l’Iran en a les moyens, il ne fait guère de doute que les forces spéciales iraniennes, qui sont considérées comme parmi les meilleures au monde, pourraient le faire. En fait, les forces armées pakistanaises, extrêmement anti-occidentales, le tout-puissant service de renseignement (ISI) et les diverses milices salafistes du Pakistan pourraient même finalement réussir à tuer Musharraf sans aucune aide iranienne. Ce qui est certain, c’est que quiconque succéderait à Musharraf prendrait une position anti-américaine extrêmement virulente et que la guerre contre les talibans deviendrait immédiatement une catastrophe, avec l’OTAN en Afghanistan et les forces américaines qui devraient mener encore une autre guerre, contre le Pakistan et les différents groupes salafistes du pays.

Le théâtre saoudien: L’Iran pourrait aussi tenter de déclencher une insurrection au sein de l’Arabie saoudite, dont les forces armées surpayées sont totalement ineptes et dont la seule véritable force de combat, la Garde nationale, est entièrement consacrée à la protection du régime. En cas de guerre avec l’Iran, l’Arabie saoudite dépendrait totalement des États-Unis pour sa défense nationale. Il se trouve que les principales cibles pétrochimiques saoudiennes sont situées dans le nord de l’Arabie saoudite, très proche de l’Iran – une zone où la population est principalement composée de chiites musulmans, qui ont été brutalement opprimés par le régime saoudien wahhabite pendant des décennies.

Le théâtre afghan : Un autre endroit où l’Iran pourrait créer une crise est l’Afghanistan où la principale force politique et militaire, outre les Talibans, est l’Alliance du Nord. L’Alliance du Nord a des liens très étroits avec l’Iran. À l’heure actuelle, la marionnette impériale, Hamid Karzaï, a si peu de pouvoir en Afghanistan, qu’il est surnommé « le maire de Kaboul », où il est protégé par l’OTAN et les forces spéciales américaines. La seule véritable base de pouvoir de Karzaï est l’Alliance du Nord qui, bien qu’elle soit composée de Tadjiks, d’Ouzbeks et de Hazaras, tolère ce « président » pachtoune habillé par Yves St-Laurent, juste pour apaiser Washington. Cela peut changer du jour au lendemain.

Les Iraniens pourraient même corrompre, cajoler et forcer les Pachtounes et l’Alliance du Nord à trouver un modus vivendi pour que l’OTAN soit chassée de Kaboul. L’Afghanistan a une longue histoire d’alliances changeantes et de dirigeants corrompus, et puisque tout le monde ici déteste l’Empire (cela inclut les dirigeants de l’Alliance du Nord qui sont beaucoup plus proches de Téhéran et de Moscou que de Washington), une sorte d’accord pourrait être relativement facile à trouver. Vous pouvez compter sur les Iraniens pour savoir quelles ficelles tirer.

Tout cela montre simplement que toute agression américaine contre l’Iran pourrait avoir des conséquences imprévues, qu’il est très difficile de prévoir. Par son incompétence incomparable, l’Empire néoconservateur a réussi à éliminer tous les principaux obstacles à l’hégémonie iranienne au Moyen-Orient : Saddam Hussein (évincé!), les talibans (évincés!) et les forces américaines du CENTCOM, maintenant coincées et vulnérables en Irak et dans le reste de la région. Il n’est pas étonnant qu’après avoir mis tous les avantages du côté de Téhéran, l’Empire n’ait plus aucune option militaire viable contre l’Iran. Ce qui soulève la question de l’utilisation d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran.

Une attaque nucléaire contre l’Iran

Quels seraient les avantages de l’utilisation d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran?

Considérons deux situations :

– L’utilisation de munitions nucléaires par Israël

– L’utilisation de telles munitions par les États-Unis (aucun autre pays n’envisagerait une telle folie de toute façon, pas même la Grande-Bretagne).

Une attaque nucléaire israélienne

Pour le gouvernement israélien, une attaque nucléaire sur l’Iran aurait de nombreux aspects positifs.

Une attaque nucléaire d’Israël :

  • N’impliquerait pas les forces américaines déjà surchargées (du moins pas officiellement);
  • Fournirait à l’administration Olmert la « victoire » tant nécessaire;
  • Servirait de démonstration de force et de résolution de la part des militaires israéliens humiliés et
  • Pourrait alimenter la croyance, chèrement entretenue par de nombreux Israéliens, que « les Arabes ne comprennent que la force » (même si les Iraniens sont des Persans, pas des Arabes).

Le prix politique d’une telle agression serait vraiment minime pour Israël.

Israël est déjà le pays le plus détesté sur la planète, et le seul pays dont l’opinion publique est importante pour les dirigeants israéliens serait les États-Unis, où les mantras « Holocauste », « nouvel Hitler » et « menace existentielle » vont rallier l’ensemble des médias américains et du Congrès. Le public américain pourrait ne pas être pleinement convaincu cette fois-ci, mais comme les néocons ont une emprise sur les deux partis politiques, le public aurait peu à dire à ce sujet.

Le principal problème pour Israël est qu’il ne peut exécuter qu’une frappe nucléaire très limitée qui, même si elle détruit quelques installations iraniennes profondément enfouies ou tue certains dirigeants iraniens, ne parviendra pas vraiment à accomplir quelque chose de significatif au-delà du court terme. Si horrible que cela puisse paraître, une attaque nucléaire israélienne contre l’Iran serait probablement le résultat d’un mélange de psychothérapie pour ses dirigeants sans espoir et d’une campagne de relations publiques pour la population israélienne confuse et frustrée. Je doute vraiment que les commandants militaires israéliens acceptent cela, même si la direction politique le demandait.

Une frappe nucléaire étasunienne

Une attaque nucléaire par les États-Unis serait d’une nature totalement différente. D’une part, cela pourrait faire partie d’une stratégie militaire globale visant à détruire des cibles très protégées (les dirigeants, le nucléaire ou autre). Bien sûr, personne à la Maison Blanche ne croit vraiment que l’Iran développe des armes nucléaires sous le nez des inspecteurs de l’AIEA – ce genre de non-sens n’est que pour la consommation publique. Cependant, détruire des objectifs nucléaires civils de grande valeur pourrait très bien faire partie d’une campagne visant à renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre » (pour utiliser la menace de James Baker contre Tarek Aziz en 1991). Par contre, je pense que les néocons sont totalement capables de croire que l’utilisation d’armes nucléaires pourrait soumettre les Iraniens. Ils pensent au moins que l’utilisation des armes nucléaires servirait de « signe ferme montrant notre résolution aux mollahs iraniens ». Même si cette logique est visiblement tordue, les néocons ont démontré à maintes reprises leur capacité à nier l’évidence (aller se fourvoyer en Irak sera probablement consigné dans les livres d’Histoire comme la pire décision de politique étrangère de l’histoire américaine).

Contrairement à Israël, les États-Unis ne sont pas la nation la plus détestée sur terre (ils ne détiennent que la deuxième position). Néanmoins, les néoconservateurs prendraient un risque politique énorme à utiliser des armes nucléaires contre l’Iran. Alors que je prédis personnellement une réponse européenne plutôt maladroite à une agression américaine contre l’Iran, l’opinion publique européenne réagirait, je crois, avec un tel degré d’indignation à une attaque nucléaire non provoquée contre toute nation sur terre, que les dirigeants de l’UE auraient à réagir fortement ou à se retrouver pris dans une crise politique massive. Il en va de même pour l’Asie et l’Amérique du Sud, où une attaque nucléaire américaine sur l’Iran déclencherait une réaction politique en chaîne, qui porterait gravement atteinte aux intérêts américains. Autrement dit, si Israël peut compter sur les États-Unis pour le protéger contre toute crise politique, qui protégera les États-Unis ?

Bien que je pense qu’une attaque nucléaire américaine contre l’Iran soit une possibilité, je suis convaincu qu’une telle attaque entraînerait également un effondrement politique général, économique et même militaire de l’Empire néoconservateur. Actuellement, alors que la plus grande partie du monde déteste les États-Unis, cette haine est principalement dirigée contre la personne de Bush et son administration. Si les États-Unis deviennent les premiers à utiliser les armes nucléaires dans une guerre, l’ensemble des États-Unis, en tant que nation, prendrait le statut de paria dans le monde entier et cela porterait fatalement atteinte à ses propres intérêts politiques et économiques vitaux.

Il est à noter qu’une attaque nucléaire américaine contre l’Iran ne porterait nullement atteinte ni n’affaiblirait la direction politique iranienne, au contraire, elle unifierait probablement tous les Iraniens en un bloc redoutable et enragé, qui mènerait une guerre totale contre les intérêts impériaux dans tout le Moyen-Orient. Dans une telle situation, une attaque massive du Hezbollah contre Israël serait pratiquement certaine.

Conclusions

En conclusion, nous avons vu que l’Iran n’aurait pas à faire quelque chose de très actif pour faire payer à l’Empire son attaque courte et limitée. Résister à l’attaque et laisser les néocons payer le prix politique de leur folie serait la réponse iranienne la plus probable. Dans le cas d’une guerre impériale majeure à long terme contre l’Iran, les Iraniens auraient une large variété d’options « asymétriques », aucune d’entre elles n’impliquant la fermeture du détroit d’Ormuz ou la chasse aux porte-avions américains dans le golfe Persique.

Dans n’importe quel scénario, le temps serait toujours du côté iranien, tandis que l’Empire serait très rapidement à court d’options pour essayer de forcer un résultat acceptable.

Cette absence de « stratégie de sortie » viable obligerait rapidement le Haut Commandement impérial à envisager l’utilisation d’armes nucléaires pour éviter de s’embourber dans une situation qui s’aggrave rapidement. Toute utilisation réelle d’armes nucléaires entraînerait un effondrement général de tout l’empire néoconservateur, d’une ampleur similaire à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. En d’autres termes, il n’existe pas de stratégies gagnantes possibles pour une agression impériale contre l’Iran.

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Note du Saker Francophone

Le texte date de 2007 mais la situation militaire de l'Iran, sortant à peine des sanctions n'a pas beaucoup bougé, sauf peu-être le développement ou le transfert de technologies russes ou chinoises de torpilles à cavitation par exemple.

Ce qui a beaucoup bougé, ce sont les conditions géopolitiques mondiales qui sont elles radicalement différentes. La position de Trump au sujet de l'Iran semble étrange stratégiquement. Elle est donc politique, un message pour les Israéliens ou un bout de gras pour l'establishment neocon à Washington.

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

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