De nouveaux documents de la CIA déclassifiés


Ils montrent que la CIA travaille en étroite collaboration avec les propriétaires et journalistes des grands médias. Et cela depuis des décennies.


Par George Washington — Le 5 mars 2017 – Source Zero Hedge

Des documents nouvellement déclassifiés montrent qu’un agent de la CIA et un directeur adjoint à la Direction du renseignement ont travaillé en étroite collaboration avec les propriétaires et les journalistes des plus grands médias :

La Commission spéciale du Sénat des États-Unis pour étudier les opérations gouvernementales en matière d’activités de renseignement a révélé, en 1975, que la CIA avait soumis des articles à la presse américaine.

Wikipedia ajoute des détails :

Après 1953, le réseau a été supervisé par Allen W. Dulles, le directeur de la CIA. À cette époque, l’Opération Mockingbird avait une influence majeure sur 25 journaux et agences de presse. La méthodologie habituelle consistait à fournir des articles rédigés à partir de renseignements fournis par la CIA à des journalistes, volontaires ou pas. Ces articles seraient alors répétés ou cités par les autres journalistes, qui seraient à leur tour cités dans tous les services de presse.

Le Bureau de la coordination des politiques (OPC) a été financé par des prélèvements sur les fonds destinés au Plan Marshall [c.-à-d. La reconstruction de l’Europe par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale]. Une partie de cet argent servait à corrompre journalistes et éditeurs.

En 2008, le New York Times écrivait :

« Pendant les premières années de la guerre froide, [des écrivains et artistes éminents, d’Arthur Schlesinger Jr. à Jackson Pollock] ont été financés, quelquefois somptueusement, toujours secrètement, par la C.I.A. dans le cadre de sa campagne de propagande contre l’Union soviétique. C’est peut-être l’utilisation la plus réussie du soft power dans l’histoire américaine. »

Un agent de la CIA a déclaré au propriétaire du Washington Post, Philip Graham […] dans une conversation sur la volonté des journalistes de vendre la propagande de la CIA et ses histoires montées de toutes pièces : « Vous pouvez vous payez un journaliste pour moins cher qu’une escort girl, juste pour quelques centaines de dollars par mois. »

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Le célèbre journaliste du Watergate, Carl Bernstein, écrivait en 1977 :

« Plus de 400 journalistes américains […] au cours des vingt dernières années, ont secrètement effectué des missions pour la CIA, selon des documents provenant du siège de la CIA. »

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Dans de nombreux cas, selon des documents de la CIA, des journalistes ont été engagés pour accomplir des tâches pour la CIA avec le consentement des directions des principales organisations médiatiques américaines.

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Parmi les cadres qui ont prêté leur concours à l’Agence figuraient les dirigeants de CBS, de Time, du New York Times, du Journal de Louisville Courier, et de Copley News Service. Parmi les autres organisations qui ont collaboré avec la CIA, citons ABC, NBC, AP, UPI, Reuters, Hearst Newspapers, Scripps Howard, le magazine Newsweek, le Mutual Broadcasting System, le Miami Herald,  l’ancien Saturday Evening Post et le New York Herald Tribune.

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Il est amplement prouvé que les principaux éditeurs américains et les dirigeants de médias se sont autorisés, à eux-mêmes et à leurs organisations, à servir les services de renseignement. « Ne nous contentons pas de mauvais journalistes, pour l’amour de Dieu », s’écriait William Colby à un moment donné aux enquêteurs du Church Comittee, « montons directement à la direction ».

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La CIA a même dirigé un programme de formation officiel dans les années 1950 pour enseigner à ses agents à être journalistes. Les officiers de renseignement ont été « entraînés à faire du bruit, comme des journalistes », a expliqué un haut fonctionnaire de la CIA, et ont ensuite été placés dans les principales organisations médiatiques, avec l’aide de la direction.

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Une fois par an, pendant les années 1950 et le début des années 1960, les correspondants de CBS se réunissaient avec la hiérarchie de la CIA pour des dîners privés et des séances d’information.

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Allen Dulles entretenait de fréquents contacts avec son bon ami, le regretté Henry Luce, fondateur des magazines Time et Life, ce qui a facilement permis à certains membres de son personnel de travailler pour l’Agence. Il a aussi accepté de fournir des emplois et des lettres de recommandation à d’autres agents de la CIA qui manquaient d’expérience journalistique.

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Dans les années 1950 et au début des années 1960, les correspondants étrangers du magazine Time ont assisté à des dîners d’information de la CIA semblables à ceux que la CIA tenait pour CBS.

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Lorsque Newsweek a été acheté par la Washington Post Company, l’éditeur Philip L. Graham a été informé par les représentants de l’Agence que la CIA utilisait parfois le journal à des fins de couverture, selon des sources de la CIA. « Il était largement reconnu que Phil Graham était quelqu’un toujours prêt à vous aider », a déclaré un ancien directeur adjoint de l’Agence. « C’est Franck Wisner qui s’arrangeait avec lui ». (Wisner, directeur adjoint de la CIA de 1950 à peu de temps avant son suicide en 1965, était le premier organisateur des « opérations noires » de l’Agence, dont nombreuses impliquaient des journalistes. Wisner aimait se vanter de son « tout puissant Wurlitzer », un instrument de propagande merveilleux qu’il a construit, et utilisé, avec l’aide de la presse).

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En novembre 1973 − après que la CIA a prétendu avoir mis fin à ce programme − Colby a déclaré aux journalistes et éditeurs du New York Times et du Washington Star que l’Agence avait « environ trois douzaines » de journalistes américains « dans le fichier des salaires de la CIA », dont cinq qui travaillaient aussi pour des « organismes de presse à diffusion générale ». Pourtant, au moment même où le Comité sénatorial de renseignement tenait ses audiences en 1976, selon des sources de haut niveau de la CIA, la CIA continuait de maintenir des liens avec soixante-quinze à quatre-vingt dix journalistes de toutes fonctions, des cadres, des reporters, des pigistes, des photographes, des chroniqueurs, des commis de bureau et des membres des équipes techniques de radiodiffusion. Plus de la moitié d’entre eux avaient été retirés des contrats de la CIA et de la masse salariale, mais ils étaient encore liés par d’autres accords secrets avec l’Agence. Selon un rapport inédit de la commission parlementaire sur le renseignement, présidé par le représentant Otis Pike, encore au moins une quinzaine d’organismes de presse continuaient à fournir une couverture pour les agents de la CIA en 1976.

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Les responsables les plus compétents sur le sujet disent que le chiffre de 400 journalistes américains est une estimation faible.

Beaucoup de gens pensaient que si que si ce fait était connu, quelques-uns des plus grands noms du journalisme seraient foutus  […]

Un expert sur la propagande a témoigné sous serment pendant un procès que la CIA emploie maintenant des milliers de journalistes et possède ses propres organisations médiatiques. Que son estimation soit exacte ou non, il est clair que de nombreux journalistes éminents font toujours un rapport à la CIA.

Un documentaire de la BBC en 4 parties intitulé Century of the Self montre qu’un américain, Edward Bernays, le neveu de Freud, a créé la technique moderne de manipulation des perceptions du public et que le gouvernement américain a largement utilisé ses techniques.

John Pilger est un journaliste très réputé (John Simpson, rédacteur en chef des affaires mondiales de la BBC, a déclaré: « Un pays qui n’a pas de John Pilger dans son journalisme est un pays très faible »). Pilger a déclaré en 2007 :

Nous savons maintenant que la BBC et d’autres médias britanniques ont été utilisés par un service secret britannique, le MI-6. Dans ce qu’ils appelaient Operation Mass Appeal, les agents du MI-6 ont fabriqué des histoires au sujet des armes de destruction massive de Saddam, telles que les armes cachées dans ses palais et dans des bunkers souterrains secrets. Toutes ces histoires étaient fausses.

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Une de mes histoires préférées au sujet de la guerre froide concerne un groupe de journalistes russes qui faisaient un tour des États-Unis. Le dernier jour de leur visite, ils ont été invités par l’hôte pour faire part de leurs impressions. « Je dois vous dire, a dit le porte-parole, que nous sommes étonnés de constater, après avoir lu tous les journaux et regardé la télévision jour après jour, que toutes les opinions sur tous les points importants sont les mêmes. Pour obtenir ce résultat dans notre pays, nous envoyons des journalistes au goulag. Nous arrachons même leurs ongles. Ici, vous n’avez rien à faire. Quel est votre secret ? »

En 2008, Nick Davies écrit dans The Independent :

« Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il existe une stratégie concertée pour manipuler la perception des masses. Et les mass media fonctionnent comme des assistants complaisants, négligeant de résister en révélant ce fait.

La facilité avec laquelle ce système peut établir son emprise reflète une faiblesse structurelle rampante qui afflige maintenant la production de nos informations. J’ai passé les deux dernières années à la recherche d’un livre sur le mensonge, la distorsion et la propagande dans les médias globalistes.

La « lettre de Zarqawi », qui fut publiée en première page du New York Times en février 2004, faisait partie d’une série de documents hautement suspects qui auraient été écrits par, ou à, Zarqawi et qui ont alimentés les médias.

Ce matériel est produit, en partie, par des agences de renseignement qui continuent de travailler sans surveillance efficace ; Et aussi par une structure nouvelle de « communications stratégiques » qui a été initialement conçue par des colombes du Pentagone et de l’Otan qui voulaient utiliser des tactiques subtiles et non violentes pour faire face au terrorisme islamiste mais dont les efforts sont mal réglementés et mal supervisés, entraînant comme résultat que certains de ses pratiquants se déchaînent et s’engagent dans les arts noirs de la propagande.

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