Troubles en Iran : Dissimulation de tueries de masse, ou conspiration de guerre de l’information ?


Par Andrew Korybko — Le 5 décembre 2019 — Source oneworld.press

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Les médias dominants mettent en avant des récits relevant du domaine de la guerre de l’information, selon lesquels le gouvernement iranien tiendrait une chape de plomb sur des tueries de masse, supposément réalisés pendant les troubles récents. En réalité, il ne s’agit que d’une conspiration manipulant de l’information pour amener la majorité des citoyens non-violents qui ont manifesté récemment dans les cortèges en Iran à devenir méfiants envers l’État iranien, et essayer de discréditer la réputation du pays sur la scène internationale.


Amnesty International a scandaleusement cité de troubles « rapports crédibles » non publiés pour affirmer que plus de 200 personnes seraient mortes au cours des désordres récemment survenus en Iran, ajoutant que « les vrais nombres sont sans doute plus élevés ». Cette accusation s’intègre dans la Guerre Hybride renouvellée contre l’Iran, qui essaye de capitaliser sur l’échec de la tentative de Révolution de couleur du mois dernier, au cours de laquelle des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues en protestation contre la décision gouvernementale de faire baisser les subventions à l’achat de carburant au bénéfice d’un projet d’aide aux familles les plus nécessiteuses du pays. Il faut bien dire que la majorité des gens ayant pris part à ces grandes manifestations ne se sont pas engagées dans des actions violentes, mais leur présence dans ces événements a servi involontairement de couverture à une frange de provocateurs professionnels et d’agents de services de renseignements étrangers, désireux de mener des assauts contre les forces de l’ordre et les biens publics en se servant des manifestants comme boucliers humains derrière qui se réfugier.

Comme l’auteur l’avait écrit précédemment, « Les manifestations qui se déroulent actuellement en Iran ne sont pas pilotées depuis l’étranger« , non sans prévenir, dans une interview exclusive tenue pour le « Young Journalists Club«  iranien que l’Iran constituait la victime d’une guerre hybride fomentée par les États-Unis d’Amérique. Ces deux analyses peuvent paraître incompatibles, mais tel n’est pas le cas. Des griefs légitimes ont amené spontanément une masse critique de manifestants à descendre dans les rues, et ces manifestations ont vu l’immense majorité des participants pris involontairement comme boucliers humains par des « cellules dormantes » de Guerre Hybride qui attendaient le moment opportun pour lancer des activités terroristes contre l’État, comme celles qui ont été décrites. Les autorités iraniennes ont finalement réussi à restaurer la loi et l’ordre, mais on pense que certains des provocateurs les plus radicaux ont pu être blessés ou même tués dans le cadre des opérations de rétablissement de l’ordre, chose qui pourrait naturellement se produire dans tout pays confronté à des troubles du même ordre.

Les États-Unis et leurs alliés dans la régions soutenant les forces responsables des violences récentes voulaient désespérément filmer, monter en coupant sélectivement, puis propager des extraits hors contexte de ces individus s’en prenant à l’État, afin de pouvoir présenter ces éléments comme « preuves » que l’Iran « tue des manifestants désarmés », dans l’espoir que cette guerre de l’information pourrait amener la majorité des citoyens non-violents ayant pris part aux manifestations à remettre en cause l’État, et dans l’espoir de porter le discrédit sur la réputation internationale de l’Iran. Ce projet a échoué, et le plan B est de continuer d’affirmer les mêmes éléments, en dépit de l’absence de « preuves », tout en avançant que la cause d’absence de telles « preuves » provient de la coupure de l’internet pratiquée par l’Iran durant sa « période de répression ». Bien que certains aient pu critiquer cette décision de couper le réseau, celle-ci s’est avérée fort sage, elle a permis d’enrayer le scénario que nous venons de décrire, même si elle a involontairement servi à nourrir les récits de guerre de l’information du plan B.

Mais cela n’en fait pas pour autant une mauvaise décision, les bénéfices d’avoir empêché de nouvelles provocations pendant cette période très sensible dépassant de beaucoup les « coûts », qui constitueraient à laisser les adversaires de l’Iran développer leur complot en propageant leurs « preuves » fabriquées selon lesquelles les forces de l’ordre auraient « tué des centaines de manifestants innocents ». Vu de plus haut, il est nettement préférable de prendre la décision d’étouffer dans l’œuf les désordres de Révolution de Couleur, et de gérer les affirmations non étayées émises par des forces internationales faisant valoir leurs intérêts, que d’avoir peur de se voir critiqué pour avoir coupé Internet et avoir ensuite à faire face aux conséquences des « preuves » fabriquées en vue de soutenir les affirmations programmées à l’avance voulant que « des centaines de manifestants innocents ont été tués ». Si l’on prend en compte tous ces éléments, aucun crédit n’est à porter aux accusations occidentales voulant que l’Iran serait en train d’étouffer des tueries de masses pratiquées lors des manifestations récentes ; ces accusations relèvent purement et simplement d’un complot de guerre de l’information.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

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