L’État islamique bat en retraite

Le 8 février 2015 – Source Moon of Alabama

Les Peshmergas kurdes ont repris à l’État islamique plusieurs villes du nord de l’Irak. Ce dernier est attaqué au centre et à l’ouest de l’Irak par les forces de sécurité et les milices irakiennes. En Syrie, les attaques aériennes américaines et les YPG (unités de protection du peuple) kurdes soutenues par les États-Unis ont défendu (et détruit) Kobani, et l’EI a dû renoncer à son projet de conquérir cette route frontalière vers la Turquie. Les forces kurdes ont désormais repoussé l’État islamique loin des quelques 75 villes et villages de la région de Kobani.

Au moment où l’attaque très médiatisée de Kobani avait lieu, l’État islamique tentait de prendre la ville de Deir Ezzor dans l’est de la Syrie et l’importante base de l’armée de l’air syrienne qui la jouxte. On a cru pendant quelques jours que la base aérienne allait tomber, mais le soutien de l’armée de l’air syrienne et de puissantes contre-attaques ont desserré l’étreinte de l’EI, et la base aérienne et la ville sont au moins partiellement sous contrôle de l’armée syrienne.

Au cours des deux derniers jours, l’État islamique a abandonné plusieurs zones du centre et de l’ouest de la Syrie. Il abandonne des positions qu’il avait conquises et les rend de fait aux islamistes ou aux seigneurs de guerre locaux à qui il les avait prises précédemment. On pense qu’il y a deux raisons à cela: l’État islamique ne peut plus approvisionner ses forces à l’ouest et au centre de la Syrie et il doit rassembler ses forces pour défendre les territoires essentiels qu’il tient encore – Mossoul et Falloujah en Irak, et Raqqa en Syrie.

L’État islamique est sous le feu des attaques aériennes de la Syrie, des États-Unis et maintenant à nouveau des forces jordaniennes. Bien que ces attaques ne soient pas aussi intenses qu’elles pourraient l’être, elles détruisent cependant assez de matériel et tuent assez de gens pour compliquer considérablement les mouvements des combattants de l’État islamique.

Le Pentagone affirme (mais c’est à prendre avec des pincettes) qu’il a endommagé ou détruit 3 222 cibles de l’État islamique depuis août, dont 58 tanks, 184 Humvees, 673 positions de combat, 980 bâtiments ou casernes, 26 véhicules APC, 303 véhicules techniques, 94 autres véhicules, 79 pièces d’artillerie, armes anti-aériennes ou mortiers, 41 zones de transit, 11 dispositifs improvisés d’engins explosifs, 16 postes de commandement, 92 points de contrôle, 17 cabanes de garde, 52 bunkers, 14 bateaux, 23 arsenaux, 259 infrastructures pétrolières. Selon le chef de la Royal Air Force jordanienne, l’État islamique a perdu 20% de ses capacités militaires au total. Je crois que l’ampleur des dégâts est supérieure à 20% en ce qui concerne les armes lourdes comme les chars, qui sont faciles à détruire du ciel, et inférieur en ce qui concerne les combattants de l’EI. L’État islamique a une large infanterie du fait qu’il peut recruter des combattants parmi les millions de personnes qu’il tient sous sa coupe, mais il lui est beaucoup plus difficile de se procurer du matériel.

Au cours des deux derniers jours, l’État islamique a abandonné environ 15 villages dans le district Al-Qamishli de l’est de la Syrie. Il a offert le poste frontière de Al-Bab avec la Turquie au nord-est du gouvernorat d’Alep et l’aéroport militaire de Qweiris à l’est d’Alep au groupe islamiste local Jamat Ansar-eddine. Il a retiré ses forces de Jarabulus, près de la Turquie, de Ayn Issa et de Sarrin. Toutes ces positions étaient celles les plus au nord et les plus à l’ouest que l’État islamique contrôlait en Syrie. Ce sont toutes des positions stratégiques, mais l’État islamique n’a plus les ressources nécessaires pour les tenir. Il avait versé beaucoup de sang pour conquérir ces positions, mais il vient maintenant de les abandonner sans combattre.

La raison de tous ces mouvements est peut-être que l’EI veut consolider et concentrer ses forces pour une nouvelle attaque contre  la Jordanie ou l’Arabie Saoudite, éventuellement, mais je pense que ses capacités matérielles ont maintenant fort décliné et que l’État islamique n’est plus en mesure d’envoyer au loin de larges contingents d’hommes et des équipements lourds, ni de les approvisionner sur de longues distances.

Traduit par Dominique, relu par jj pour le Saker Francophone

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