Les rebelles ukrainiens pourraient passer à l’offensive en mai


Par Yurasumy – Le 27 mars 2015 – Source: Russia Insider

En ce moment-ci, aucune des parties à la guerre civile en Ukraine ne possède la force nécessaire pour lancer une offensive à grande échelle. Mais d’ici la fin avril, les rebelles auront formé et mis en place de nouvelles unités.

Kiev peine à remplacer les pertes subies cet hiver

L’auteur de cet article est Yurasumy, un des blogueurs russes les mieux connus qui suivent la guerre au Donbass. Ses sympathies vont aux rebelles, mais il est capable d’analyses intéressantes non partisanes.

Quand des opérations offensives dans le Donbass seront-elles menées? Par qui? Quelle en sera l’ampleur ? Les interrogations et les supputations ne manquent pas à ce sujet et il y en aura encore plus à l’approche du déclenchement de ces opérations.

Du côté du gouvernement

Il serait naïf et stupide de croire à une offensive à grande échelle de la part de la junte au cours des prochaines semaines. La débâcle de Debaltsevo a non seulement sapé le moral et la confiance des troupes, mais a aussi causé des pertes matérielles colossales aux Forces armées de l’Ukraine (FAU). La campagne hivernale leur a coûté plus du quart de leurs véhicules blindés et chars et jusqu’au sixième de leur artillerie. La majeure partie de ces pertes sont totales et irréversibles.

Le matériel endommagé pouvant être réparé a bien sûr déjà été remis en état, mais les pertes de l’hiver ne peuvent être remplacées. Les unités des Forces armées de l’Ukraine ont adopté de nouvelles structures organisationnelles : batteries d’artillerie de quatre pièces ; bataillons qui ne sont plus mécanisés constitués essentiellement d’infanterie ; formation de nouvelles unités qui sont toutes désignées dès le départ comme des unités d’infanterie. Il n’y a même plus personne pour prétendre qu’elles sont mécanisées.

L’état de l’artillerie est plus ou moins stable. Mais des changements significatifs ont été apportés là aussi. L’artillerie des Forces armées de l’Ukraine est de plus en plus tractée, ce qui la rend plutôt vulnérable dans une guerre moderne. Il y a aussi une pénurie de certains canons montés sur véhicule (p. ex., obusiers mobiles Msta-B de 152 mm).

Le nombre de véhicules prêts au combat des unités de blindés est constamment revu à la baisse. L’époque où les Forces armées de l’Ukraine pouvaient engager simultanément dix bataillons de chars tout équipés et leurs équipages dûment formés est bel et bien révolue. Dans les deux cas, la pénurie était déjà visible pendant la campagne hivernale. Les équipages en cours de formation ont été envoyés au combat pour renforcer la ligne de front. Il n’y a pas assez de matériel et de personnel pour constituer de nouvelles unités. Il n’y a plus de matériel entreposé à long terme qui pourrait servir. Tout le matériel qui était en état de fonctionner a déjà été envoyé aux unités opérationnelles et on en a perdu une partie dans la bataille. Le nombre de chars nouvellement construits peut se compter sur les doigts d’une seule main. Tous les chars qualifiés de neufs ne sont en fait que des vieilles coques entièrement reconstituées. Il en reste encore environ 2 000. Sauf qu’il n’y a pas de pièces de rechange, pas de capacité de production et pas d’argent pour assurer une production de masse. Par conséquent, les Forces armées de l’Ukraine ne peuvent regrouper que l’équivalent de 6 ou 7 bataillons de chars, y compris le matériel des unités en formation. On compte officiellement 12 ou 13 bataillons de chars, mais leur potentiel se situe autour de 50 %. En outre, le rythme de construction permet aux Forces armées de l’Ukraine d’ajouter, tout au plus, un bataillon tous les deux mois si elles ne subissent pas de pertes au front.

La situation n’est guère meilleure pour ce qui concerne les autres véhicules blindés, dont les livraisons sont retardées. La raison est banale et même un peu comique: en imposant des sanctions contre la Russie, l’Occident a de facto créé un blocus militaro-technique de l’Ukraine. Beaucoup de composants d’une importance capitale, à commencer par les moteurs, qui ne sont pas montés en Ukraine, ne peuvent être acquis de l’étranger. Les fournisseurs occidentaux ont tous refusé d’en livrer. Cela a entraîné l’abandon de nombreux programmes importants : les livraisons de véhicules blindés Dozor-B n’ont jamais commencé ; le nombre de camions KrAZ fournis à des fins militaires se chiffre à quelques dizaines par mois même si, en théorie, l’industrie peut en construire des centaines ; et la production de véhicules de transport de troupes de type BTR est retardée en raison d’une pénurie de pièces de rechange, qui sont absolument nécessaires pour réparer le matériel endommagé.

L’ensemble de ces facteurs a privé la junte de la mobilité indispensable non seulement pour les nouvelles unités, dont bon nombre ne sont pas encore créées, mais aussi pour les unités mécanisées des anciennes brigades des Forces armées de l’Ukraine. Je suis tout à fait d’accord avec le rédacteur en chef de Tsenzor.net, Yuriy Butusov, qui dit que l’écrémage partiel d’une ressource aussi coûteuse que le matériel lourd en vue de le remettre à des unités nouvellement formées est une mesure plus dommageable qu’utile. Les nouvelles unités ne seront pas prêtes au combat avant l’été, et l’absence de blindés dans les anciennes unités va réduire considérablement leur capacité offensive.

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. La première vague de démobilisation s’accélère. Kiev a décidé de ne pas prendre le risque de garder ces militaires en uniforme. Cela aura pour effet, temporairement du moins, de réduire les effectifs en personnel de ceux qui sont en première ligne au front (qui ne comptaient tout au plus que 30 000 à 35 000 soldats en janvier). Les effectifs en personnel ne pourront augmenter tant que les nouveaux contingents n’auront pas terminé leur formation (mai ou juin). Même leur capacité à maintenir leurs effectifs reste à voir. De plus, les soldats d’expérience démobilisés seront remplacés par n’importe quel quidam qui se sera fait pincer un peu partout en Ukraine et qu’on affublera d’un uniforme.

Conclusion. Je suis toujours d’avis que la junte ne mènera pas d’opérations offensives. Elle n’a la capacité pour le faire. Jusqu’en mai ou juin, elle n’arrivera même pas à maintenir ses effectifs en personnel militaire, bien que ce ne soit pas le facteur principal. C’est le manque de matériel et de fournitures qui empêche vraiment la junte de déployer une force militaire d’envergure. De plus, le nombre d’unités prêtes poursuit son déclin amorcé en juillet 2014. La force de campagne en activité comptait alors 50 000 soldats, elle en dénombre tout au plus à 30 000 aujourd’hui, le reste étant formé d’unités de soutien.

Il n’en demeure pas moins que la paix au Donbass ne plaît pas à l’ensemble des forces armées. Beaucoup de dirigeants des unités de volontaires [ultra-nationalistes, NdT] savent très bien qu’une paix durable signera leur arrêt de mort (peut-être même au sens physique du terme). La guerre peut prolonger leur agonie et même rendre leur existence utile pour les marionnettistes qui s’activent en coulisse. Ils ne peuvent rater cette chance.

Du côté des rebelles

On ne peut pas dire que tout baigne dans l’huile ici aussi au chapitre des préparatifs en vue d’une participation active dans des opérations offensives. Cependant, les rebelles sont confrontés à des problèmes de nature différente. La junte est DÉJÀ incapable de lancer une attaque et son potentiel militaire s’amenuise après chaque campagne, tandis que les unités républicaines ne sont PAS ENCORE prêtes à mener des offensives à grande échelle.

Pourquoi les Forces armées de la Novorussie ont-elle pu mener une offensive à grande échelle en été, mais pas en hiver ? Pour deux raisons. En été, les Forces armées de l’Ukraine, qui ne s’attendaient pas à être la cible d’attaques par les unités formant le Vent du nord (Boreas), ont été prises par surprise et complètement démolies. Pendant l’hiver, la jeune armée républicaine devait percer des défenses hermétiques. De plus, on avait décidé de ne pas engager les unités Boreas dans la bataille et le potentiel militaire des Forces armées de la Novorussie n’est pas encore suffisant pour mener une offensive à grande échelle.

La planification d’une deuxième campagne estivale suppose la formation d’un nombre important de nouvelles unités par les Forces armées de la Novorussie (5 à 7 nouvelles brigades de fusiliers motorisées; 2 ou 3 bataillons de chars; nouvelles unités d’artillerie). D’où la mobilisation à grande échelle, qui se traduira non seulement par une hausse des effectifs en personnel, mais aussi de la puissance de feu, grâce à la grande quantité de matériel capturé, qui a fait augmenter le nombre de pièces d’artillerie et de chars, et au soutien technique de la Russie. La mise en place et la formation des nouvelles unités devraient être chose faite à la fin d’avril (ou peut-être en mai). Les Forces armées de la Novorussie seront alors nettement supérieures aux Forces armées de l’Ukraine, tant du point de vue technique qu’en nombre. En comptant aussi l’aide passive des unités Boreas dans les zones secondaires du front, cette supériorité sera assez perceptible.

Conclusion. Les forces armées de la Novorussie ne devraient pas mener d’opérations offensives à grande échelle avant la fin d’avril. D’autant plus que des opérations prématurées pourraient retarder la démobilisation des Forces armées de l’Ukraine. Elles auront ainsi le temps de faire un travail de reconnaissance et de préparer leur puissance de feu, ce qui requiert plusieurs semaines si l’on se fie aux batailles qui se sont déroulées en hiver.

Je ne m’attends pas à des opérations offensives à grande échelle avant plusieurs semaines, même avec des objectifs limités (p. ex., la libération d’une ville). La situation va tout de même devenir de plus en plus tendue. Le chaos en cours au sein de la junte (la lutte entre Porochenko et Kolomoisky) pourrait entraîner une chute prématurée de la junte, mais même là, ce serait stupide de la part des Forces armées de la Novorussie de passer à l’attaque. Je ne crois pas qu’elles vont agir stupidement. De toute façon, rien ne presse. La junte s’affaiblit encore plus à chaque mois qui passe.

Article original paru sur le blog de Yurasumy. Traduction du russe à l’anglais par J.Hawk de Fort Russ.

Traduit par Daniel, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone pour Le Saker Francophone

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