Hillary Clinton : élection d’une espionne étrangère à la présidence des États-Unis ?


Par James Petras – Le 7 juin 2016 – Source ICH

Au cours des quatre ans où elle a occupé le poste de secrétaire d’État (2009-2014), Hillary Clinton contrôlait la politique étrangère des États-Unis. Elle avait accès à l’information et aux documents d’État les plus confidentiels : des dizaines de milliers venant des principaux ministères et organismes gouvernementaux, du renseignement, du FBI, du Pentagone, du Trésor et du bureau du président.

Elle avait un accès sans restriction aux informations vitales et secrètes touchant à la politique étasunienne concernant toutes les régions clés de l’empire.

Aujourd’hui, les critiques contre Mme Clinton mettent l’accent sur les aspects techniques : ses violations de procédures et des lignes directrices du Département d’État concernant le traitement des correspondances officielles, ses mensonges éhontés à propos de l’utilisation de son serveur courriel privé pour des affaires d’État, y compris la violation des lois fédérales concernant le maniement de documents classés hautement confidentiels, la dissimulation de documents officiels au regard de la loi sur La liberté de l’information (Freedom of information Act) et l’organisation de son propre système, en marge de la surveillance officielle, règlement auquel tous les autres fonctionnaires sont soumis.

Pour de nombreux analystes, par conséquent, la question est d’ordre procédural, moral et éthique. Mme Clinton s’était érigée au-dessus et au-delà des normes de discipline du Département d’État. Cette preuve de son arrogance, de sa malhonnêteté et de son flagrant mépris des règles devrait la disqualifier de la charge de président des États-Unis. Alors que des révélations sur sa mauvaise utilisation de documents officiels, son système privé de communication et de correspondance, ainsi que sa destruction des dizaines de milliers de ses échanges officiels, y compris des documents hautement confidentiels, sont des questions importantes qui méritent une investigation. Toutefois ceci ne répond pas à la question politique primordiale : pour le compte de qui la Secrétaire d’État Clinton exerçait-elle les affaires de politique étrangère des États-Unis, à l’insu de la surveillance du gouvernement ?

La signification politique et la motivation des crimes de Clinton contre l’État

La manipulation illégale et privée, par la Secrétaire d’État Clinton, de documents officiels a suscité une enquête majeure du FBI concernant la nature de ses activités. Cette enquête est distincte de l’enquête menée par le Bureau de l’Inspecteur général et implique des violations de sécurité nationale.

Il y a plusieurs directions à l’enquête contre Mme Clinton :

1. A-t-elle travaillé avec des gouvernements et des services de renseignement étrangers – encore inconnus – dans le but de renforcer leurs positions contre les intérêts des États-Unis?

2. A-t-elle fourni des informations sur les opérations et les positions politiques des différents décideurs étasuniens, à des concurrents, adversaires ou alliés, minant les activités des militaires, du renseignement et des fonctionnaires du Département d’État?

3. A-t-elle cherché à rehausser son pouvoir personnel, au sein de l’administration étasunienne, pour forcer sa politique agressive de guerres préventives en série, sur et contre des fonctionnaires vétérans du Département d’État et du Pentagone qui étaient favorables à la diplomatie traditionnelle et une confrontation moins violente?

4. A-t-elle préparé une équipe secrète à l’aide d’un opérateur étranger ou de double nationalité, afin de jeter les bases de sa candidature à la présidence et son but ultime, le pouvoir suprême politique et militaire?

Contextualiser les opérations clandestines de Clinton

Il ne fait aucun doute que Mme Clinton a échangé des documents et des lettres officiels de faible et de majeure importance, par l’intermédiaire de son système de courriel privé. Des communications familiales et même intimes pourraient avoir été transmises par le même moyen. Mais la question essentielle est qu’un grand volume d’informations gouvernementales hautement confidentielles arrivait à Clinton par un canal dérobé privé, non-sécurisé, lui permettant de conduire les affaires d’État en secret avec ses correspondants.

Qui étaient exactement les correspondants de la secrétaire d’État Clinton les plus durables, persistants et influents ? Quels types d’échanges avaient cours, pour qu’ils exigent le contournement d’une surveillance normale, tout en manifestant une insouciance condamnable pour la sécurité ?

Les politiques de guerre clandestine de Clinton, qui comprenaient le renversement violent du gouvernement ukrainien normalement élu, ont été menées par son lieutenant, la Sous-secrétaire d’État Victoria Nuland, un virulent vestige néo-conservateur de la précédente administration Bush, quelqu’un d’engagé à provoquer la Russie et à rehausser la puissance d’Israël au Moyen-Orient. L’idée originale, très dangereuse et économiquement déstabilisante de Clinton, de militairement encercler la Chine, la politique de pivot vers l’Asie, aurait nécessité des échanges clandestins avec des éléments du Pentagone – en dehors de la surveillance du Département d’État et éventuellement du contrôle.

En d’autres termes, dans le circuit politique de Washington, l’escalade par la Secrétaire Clinton des politiques de guerre nucléaires contre la Russie et la Chine exigeait des correspondances secrètes qui ne se conformaient pas nécessairement aux politiques et aux estimations du renseignement d’autres agences gouvernementales étasuniennes et des intérêts commerciaux privés.

Clinton s’est profondément engagée dans des échanges privés avec plusieurs régimes politiques étrangers peu recommandables, dont l’Arabie saoudite, Israël, le Honduras et la Turquie, concernant des activités secrètes violentes et illégales. Elle a travaillé avec des parties grotesquement corrompues de l’opposition du Venezuela, de l’Argentine et du Brésil.

La correspondance de Clinton avec les forces armées du Honduras et les oligarques brutaux, ont conduit au coup d’État militaire contre le président élu Zelaya, aux conséquences violentes et à l’élection bidon d’une marionnette malléable. Compte tenu de la campagne gouvernementale des escouades de la mort contre des militants de la société civile hondurienne, Clinton voudrait certainement couvrir son rôle direct dans l’organisation du coup d’État. De même, Mme Clinton aurait détruit ses communications avec le président turc concernant les opérations de renseignement, et l’appui des terroristes mercenaires islamistes en Syrie et en Irak.

Les courriels de la secrétaire Clinton auraient montré son engagement vis-à-vis des Saoudiens, alors qu’ils avaient brutalement envahi le Bahreïn et le Yémen pour réprimer les organisations civiles indépendantes et des rivaux politiques régionaux.

Mais l’engagement au long terme et à grande échelle de Clinton avec Israël va bien au-delà de ses discours publics de loyauté et de vassalité à l’État juif. Toute la carrière politique d’Hillary Clinton a été intimement dépendante de l’argent sioniste, la propagande médiatique de masse sioniste et les opérations du Parti démocratique sioniste.

En échange de la dépendance de Clinton au soutien politique à la prégnance du pouvoir sioniste aux États-Unis, elle serait devenue le principal canal d’informations confidentielles des États-Unis vers Israël et la courroie de transmission pour la promotion de politiques centrées sur Israël au sein du gouvernement des États-Unis.

L’ensemble complexe des liens et des correspondances Clinton-Israël a compromis les services de renseignement étasuniens, le Département d’État et le Pentagone.

La secrétaire Clinton a mis en œuvre des moyens extraordinaires pour servir Israël, même en portant atteinte aux intérêts des États-Unis. Il est bizarre qu’elle ait recouru à de telles mesures grossières, comme la mise en place d’un serveur de courriels privé pour conduire les affaires de l’État. Elle a allègrement ignoré la politique et la supervision officielle du Département d’État et transmis plus de 1 300 documents confidentiels et 22 documents hautement confidentiels très sensibles liées au Special Access Program (Programme d’accès spécial). Elle a détaillé des documents militaires et de renseignement sur les politiques stratégiques des États-Unis sur la Syrie, l’Irak, la Palestine et d’autres régimes vitaux. Le rapport de l’Inspecteur général indique «qu’elle avait été avertie» à propos de ses pratiques. Si ses actions ne sont pas poursuivies comme de la haute trahison, c’est uniquement dû à la mainmise extraordinaire de Tel Aviv et de la cinquième colonne israélienne aux États-Unis, sur le gouvernement et la justice étasuniens. C’est le comble de l’hypocrisie que les lanceurs d’alertes au sein du gouvernement aient été persécutés et emprisonnés par l’administration Obama, pour avoir fait part au système de surveillance de l’Inspecteur général de leurs préoccupations, alors que la secrétaire Clinton est en route pour devenir présidente des États-Unis !

Conclusion

Beaucoup parmi les plus grands critiques de Clinton, dont deux douzaines d’anciens agents de la CIA, ont forgé le mythe présentant l’infraction principale d’Hillary comme de la négligence dans le traitement de documents officiels et ses tromperies délibérées vis-à-vis du gouvernement comme insignifiantes.

Ces critiques ont banalisé, personnalisé et moralisé ce qui est en fait un comportement étatique délibéré et hautement politisé. La secrétaire d’État Hillary Clinton n’a pas du tout été «négligente dans l’usage d’un serveur de messagerie non-sécurisé». Si Clinton était engagée, était en liaison politique avec des fonctionnaires étrangers, elle a délibérément utilisé un serveur de messagerie privée pour éviter la détection politique par les organes de sécurité au sein du gouvernement des États-Unis. Elle a menti au gouvernement des États-Unis sur l’utilisation et la destruction de documents officiels de l’État, parce que les documents étaient des échanges politiques entre un traître et son hôte.

Les 22 plus importants rapports secrets sur les «programmes d’accès spéciaux» que Clinton avait manipulés au moyen de son ordinateur privé, fournissaient à des gouvernements étrangers les noms et les dates d’agents opérateurs et mandataires étasuniens, et ont permis des contremesures infligeant des pertes se comptant en milliards de dollars, en dommages à des programmes et peut-être en pertes de vies.

Le Rapport de l’Inspecteur général (IGP) traite uniquement des méfaits en surface. Le Federal Bureau of Investigations (FBI) a franchi une étape supplémentaire dans l’identification des liens politiques, mais rencontre d’énormes obstacles de la part des alliés domestiques d’Hillary dans la poursuite d’une enquête criminelle. Le FBI, dont le directeur est nommé par la voie politique, a subi une série d’échecs dans ses tentatives d’enquêter et de poursuivre l’espionnage en faveur d’Israël, y compris dans l’affaire d’espionnage AIPAC – Rosen et Weismann –, ainsi que dans son opposition à la libération de l’espion notoire israélo-étasunien, Jonathan Pollard. Le pouvoir des sionistes au sein du gouvernement a mis un terme à l’enquête sur une douzaine d’espions israéliens capturés aux États-Unis juste après les attentats du 11 septembre 2001. Le choix de Clinton de mener des communications privées secrètes, en dépit de plusieurs années de mises en garde par le Département d’État lui enjoignant de se conformer aux strictes règles de sécurité, est une indication de son allégeance au pouvoir sioniste, et non pas un simple reflet de son hubris personnelle ou de son arrogance individuelle.

Clinton a divulgué des documents et du matériel classés hautement confidentiels, plus vitaux que ceux qu’avait communiqués Jonathan Pollard.

Le président Obama et d’autres hauts responsables du Cabinet partagent ses alliances politiques, mais ils opèrent par des canaux légaux et sans compromettre le personnel, les missions, le financements ou les programmes.

La direction exécutive doit maintenant se confronter au problème :  comment réagir face à un traître, qui sera peut-être le candidat du Parti démocrate à la présidence, sans porter atteinte à la prétention des États-Unis au pouvoir mondial ? Comment les dirigeants de l’exécutif et les agences du renseignement peuvent-ils soutenir un espion étranger comme président, alors qu’elle a été profondément compromise et peut être soumise à un chantage ? Cela peut expliquer pourquoi le FBI, la NSA et la CIA hésitent à porter plainte ; hésitent même à enquêter sérieusement, malgré le caractère évident de ses infractions. Cela explique surtout pourquoi il n’y a aucune indication sur l’identité des correspondants de la secrétaire Clinton dans les différents rapports disponibles à ce jour.

Comme disait Sherlock Holmes : «Nous entrons dans des eaux profondes, Watson.»

James PETRAS est professeur émérite de sociologie à l’Université de Binghamton, New York.

Traduit par Alexandre Moumbaris, relu par Marie-José Moumbaris pour le Saker Francophone

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