Bibi Netanyahou en Ukraine nazie ou l’importance des mots


Par The Saker − Le 28 août 2019 − Source thesaker.is via Unz Review

2015-09-15_13h17_31-150x112Le Premier ministre israélien s’est rendu à Kiev aujourd’hui, où il a été accueilli par le – pseudo – slogan «traditionnel» ukronazi « Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! ». Pour quelqu’un comme moi qui n’aime ni le sionisme, ni le nazisme, il était ironique de voir un premier ministre israélien se rendre officiellement en Ukraine, occupée par les nazis, pour commémorer le massacre des Juifs à Babii Iar, salué par le même slogan que celui entendu par les Juifs assassinés à Babii Iar de la bouche des bourreaux banderites, alors qu’ils se faisaient tirer dessus.

STOP !

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Entendez-vous déjà le groupe de voix qui protestent : comment ceux qui s’attendent à être pris au sérieux peuvent-ils écrire un texte sur la guerre civile en Ukraine contenant tous les mots suivants : ukronazi, sionisme, nazisme, occupation nazie, juifs et banderites ?

C’est une très bonne question.

Mais j’en ai une meilleure !

Comment ceux qui s’attendent à être pris au sérieux peuvent-ils écrire un texte sur la guerre civile en Ukraine sans tous les mots suivants : ukronazi, sionisme, nazisme, occupation nazie, juifs et banderites ?

Commençons par la première question. La critique implicite évidente derrière la première question est très simple et suppose qu’il existe une contradiction profonde et inhérente entre tout ce qui est nazi d’un côté, et ce qui est juif ou sioniste de l’autre. Parler d’un «Juif nazi» ou d’un «sioniste nazi» est aussi absurde que de parler d’eau sèche ou de diamants qui pleuvent du ciel !

Sauf que l’eau sèche et les diamants qui tombent du ciel existent réellement dans la nature, alors ne sautons pas aux conclusions trop hâtivement et voyons quelles contradictions sont réelles et lesquelles ne sont qu’apparentes.

Je n’entrerai même pas dans le sujet – délicieusement controversé – du fait historique de la collaboration des nazis allemands avec diverses organisations sionistes qui, assez naïvement, pensaient qu’un nationaliste comme Hitler comprendrait leur propre nationalisme et les aiderait à émigrer en Palestine. Mais cela va encore plus loin, comme l’a dit Hannah Arendt dans son superbe livre “Eichmann in Jerusalem” (voir un extrait ici ou, mieux encore, lire le livre complet – gratuitement ! Diverses organisations juives ont continué à travailler avec – pour ? – les nazis bien avant le soi-disant « Holocauste ».

Aparté

Pour être honnête, je ne pense pas que nous, assis en sécurité dans le confort de notre foyer, devrions être trop prompts à condamner ces organisations juives. Oui, bien sûr, beaucoup d’entre elles étaient «naïves» - et je suis poli ici -, mais d’autres ont dû se rendre compte que les Juifs européens étaient en grand danger et devaient être évacués à tout prix, et si le seul moyen de réaliser une telle évacuation était de traiter avec les nazis, alors tant pis ! Ce n'est pas différent que d'offrir un pot-de-vin à un gardien de prison pour obtenir une sorte de faveur. Ainsi, je pense que les organisations juives qui nient aujourd'hui catégoriquement avoir collaboré avec les nazis se trompent, non pas pour une mais pour deux raisons : premièrement, la vérité est connue et il est impossible de la supprimer et, deuxièmement, il n'y rien de honteux à avaler son dégoût pour sauver quelqu'un. Sauf que pour les esprits racialement biaisés des sionistes modernes, un tel aveu détruirait leur stupide notion de supériorité raciale. D'où la nature catégoriquement criminelle de parler de cela.

Non, ce que je veux suggérer ici est très différent : au XXIe siècle, l’essentiel de la terminologie idéologique du XXe siècle a perdu son sens. Qu’est-ce qu’un libéral ? … non, pas Hillary ! Qu’est-ce qu’un communiste ? … non, pas Obama ! Qu’est-ce qu’un chrétien ? … non, pas le pape ! Qu’est-ce qu’un démocrate ?…  non, pas Kamala Harris ! Qu’est-ce qu’un patriote ? … non, certainement pas Trump ! Qu’est-ce qu’un dictateur tyrannique ? … non, pas Poutine !

Vous pensez que je suis facétieux ?

Alors, expliquez-moi comment un régime takfiriste enragé, comme celui d’Arabie saoudite, peut obtenir de l’aide d’un Israël sioniste ? Ou comment «l’Occident démocratique» a apporté son soutien total aux takfiristes en Tchétchénie, en Bosnie, au Kosovo, en Libye et en Syrie ? Comment se fait-il que lors de la prétendue «guerre mondiale contre le terrorisme» – censée être officiellement menée contre Al-Qaïda et ses différentes filiales locales, en représailles au 11 septembre -, les différents groupes Takfiri furent sans cesse renforcés ? Maintenant, ce que nous constatons réellement, c’est que les États-Unis assurent la formation, le financement, la coordination et même un appui aérien rapproché à presque tous les avatars d’Al Qaïda.

Deux phénomènes expliquent cette dissolution progressive des significations en catégories insignifiantes et insipides : premièrement, le sens correct de nombreux termes a été couvert par une épaisse couche d’impératifs idéologiques et, deuxièmement, la plupart des hommes politiques du XXIe siècle se moquent bien de ce que les mots signifient vraiment. Tout ce qui les intéresse, c’est d’encadrer la discussion de manière à ce qu’il leur soit facile de dissimuler leurs nombreux crimes.

Zhidobandera
« Jewbanderite »

La vérité sur l’Ukraine est très simple : oui, il y a des nazis convaincus en Ukraine et, oui, ils ont beaucoup d’influence en raison de leur quasi monopole sur la violence et de l’effondrement total de l’État. Certes, ces monstres inconditionnels ukronazis constituent une petite minorité, mais elle est bien organisée, bien financée et parfaitement préparée à faire usage de la violence.

Il y a aussi beaucoup de sionistes en Ukraine. Et tandis que ces gens se détestent silencieusement, ils détestent – et craignent ! – la Russie, beaucoup, beaucoup plus ; tout comme les gangsters peuvent se battre entre eux, mais aussi s’unir contre toute menace commune – comme, par exemple, un chef de la police honnête.

Oh, et oui, il y a aussi beaucoup de Juifs très influents en Ukraine – Kolomoiskii et Zelenskii étant les deux plus connus à l’heure actuelle – et ils ont le soutien total de l’empire anglosioniste et de tous les intérêts sionistes de l’Ouest. Et je pense que la plupart des gens le comprennent parfaitement. La vraie raison derrière toutes les protestations contre moi, quand j’utilise des termes tels que «ukronazi», provient d’une cause très différente.

Le problème est que vous ébouriffez beaucoup de plumes lorsque vous suggérez que les États-Unis, qui sont supposés être une sorte de «pays de la liberté et le foyer des braves», autrement dit «la nation indispensable», se trouve au lit avec les mêmes personnes que la machine de propagande américaine décrit comme des méchants : les nazis, bien sûr, mais aussi les takfiris. Pour ce qui est des sionistes, il serait faux de dire que les États-Unis sont «au lit» avec eux. Non, c’est encore pire : le terme tant décrié et ridiculisé de ZOG – “Zionist Occupation Government” – est beaucoup plus précis, mais il choque ceux qui se considèrent plutôt comme les «dirigeants du monde» que comme les serfs sans voix d’un régime d’occupation étrangère !

Les Américains aiment se frapper la poitrine tout en scandant des bêtises telles que «Les États-Unis sont le numéro un !» Et ils deviennent vraiment furieux quand on leur dit que «la fête est finie», ce que j’ai fait dans un article où j’ai écrit :

Les Américains et les Européens devront, pour la toute première fois de leur histoire, se comporter en citoyens civilisés, ce qui signifie que leur "modèle de développement" traditionnel - piller la planète entière et voler tous les aveugles - devra être remplacé par un autre, dans lesquels ces Américains et ces Européens devront travailler comme tout le monde pour accumuler des richesses.

Et, par hasard, Paul Craig Roberts a récemment écrit un article intitulé «Le capitalisme américain est basé sur le pillage», dans lequel il expliquait que la politique étrangère des États-Unis est fondamentalement dictée par un impératif de pillage et que, si cet impératif ne peut être réalisé à l’étranger, il sera mis en œuvre à la maison – je me demande s’il sera accusé d’être anti-américain ou même «communiste» ? Il est assez frappant de voir un paléo-conservateur comme Paul Craig Roberts paraphrasant Lénine et sa déclaration selon laquelle « L’impérialisme est le stade ultime du capitalisme », un truisme historique que le système de propagande occidental fait de son mieux pour enterrer, obscurcir, ridiculiser, etc.

Écrire de telles choses aboutit généralement à un barrage d’attaques ad hominem ce qui, en soi, est assez révélateur, et ce sont généralement les mêmes deux ou trois personnes, certaines rémunérées probablement pour leurs efforts. Il existe un dicton russe qui dit «le chapeau brûle sur la tête du voleur» – voir ici pour l’explication de cette expression plutôt étrange – et c’est exactement ce qui se passe ici : les gens qui protestent le plus fort sont toujours ceux qui s’opposent le plus à la fin du pillage de la planète, de l’arrogance messianique et de l’orgueil impérial dans lequel ils ont été éduqués. Ce ne sont pas seulement leurs moyens de subsistance qui sont menacés, mais leur identité même. D’où le niveau très réel et très élevé de rage qu’ils ressentent.

Enfin, il y a tous les sympathisants nazis qui détestent absolument les Juifs et pour lesquels toute notion de collaboration nazie avec les sionistes est aussi fantaisiste que le fait pour les Juifs sionistes d’admettre qu’ils ont collaboré plusieurs fois avec des nazis authentiques dans le passé.

Cependant, si nous mettons de côté les entraves idéologiques idiotes, nous pouvons immédiatement constater que le type d’idéologie de supériorité raciale, pour laquelle les nazis sont connus, se retrouve aussi dans les idéologies judaïque – religieuse – et sioniste –  laïque. En fait, le nazisme et le sionisme ne sont que deux des nombreux types de nationalismes européens qui trouvent leur origine dans les catégories idéologiques du XIXe siècle.

Essayons une approche différente : qu’est-ce que les «dobrobats» Ukie, les forces de al-Qaïda en Syrie, les unités de l’ALK au Kosovo et les colons israéliens en Palestine ont en commun ? Correct ! Ce sont tous des voyous qui s’attaquent aux faibles et aux gens sans défense. En d’autres termes, ils sont l’instrument idéal pour forcer les civils à se rendre et à accepter une sorte de domination étrangère. Cette férule étrangère est, dans chaque cas, celle de l’empire anglosioniste, bien entendu. Ceci, à son tour, signifie que leurs idéologies officielles sont presque sans importance, car en réalité, ils sont tous au service de l’Empire – qu’ils le comprennent ou non.

Conclusion : tout ça est un énorme mensonge !

Oui, c’est un gros mensonge. Tout ça. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons avec un Premier ministre israélien qui, quel que soit le critère retenu, est non seulement fasciste, mais aussi nazi, pour autant que nous annoncions clairement que son nazisme est juif et non germanique. Et ce n’est pas seulement Bibi Netanyahou qui ne craint pas de traiter avec les Ukronazis, mais aussi le Grand Rabbin de l’Ukraine – voir les détails ici. Quant aux dits Ukronazis, ils s’efforcent maintenant de nier que Bandara et son gang ont massacré des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour ce qui est de Zelenskii, il n’est certainement pas un nazi, mais il a déjà cédé à l’idéologie ukrainienne – c’est-à-dire une forme de nazisme, qui substitue les mythes des «anciens Ukr» aux mythes germaniques plus traditionnels, au sujet de la «race» aryano-germanique. Ensuite, il y a Kolomoiskii qui est simplement un gangster juif typique qui n’a aucune idéologie personnelle et qui n’a aucun attrait pour la bonne foi des ukronazis, mais qui fait très attention à la façon de les purger du pouvoir de peur qu’ils ne le frappent à nouveau [au portefeuille]. Et au-dessus de tout, nous avons les dirigeants de l’Empire qui utilisent les catégories idéologiques comme des insultes mais qui se moquent bien de leur soutien tant qu’elles sont dirigées contre la Russie.

Dans ce contexte, il convient de poser une question simple : ces mots ont-ils une importance ? Ont-ils encore une sorte de signification ?

Deuxième conclusion : oui, les mots comptent toujours !

Je le crois, vraiment ! C’est précisément pour cette raison que les médias du système, et les personnes qui ont subi leur lavage de cerveau, sont paniqués de voir des expressions telles que «anglosioniste»«ukronazi» ou même le plutôt sournois « lobby israélien ». Quand quelqu’un arrive avec un descripteur puissant et correct, par exemple «ZOG» – Zionist Occupation Government – la machine de propagande passe immédiatement en mode turbo pour descendre en flammes tout auteur ou article qui a osé l’utiliser. En fait, il existe au moins deux types de censeurs de mots en vogue :

TYPE 1 : le vrai McCoy [personne authentique]. Ce sont des gens sincères – de conviction nazie ou sioniste – qui sont vraiment outrés et offensés que des mots «sacrés» comme nazis / sionistes – en choisir un – puissent être combinés à des «abominations» comme nazis / sionistes – choisir l’autre. Ce sont tous les nostalgiques du Troisième Reich, les défenseurs d’un «Occident chrétien blanc» et tous les autres néonazis.

TYPE 2 : les trolls payés. Ce sont ces personnes qui ont pour tâche d’embrouiller les vrais problèmes, de les enterrer sous des tonnes de sottises idéologiques insipides ; la meilleure façon de le faire est d’orienter toute discussion en dehors du sujet initial et de la détourner dans un barrage d’attaques ad hominem ou de clichés idéologiques.

Sérieusement, nous assistons aujourd’hui à une nouvelle ère de censure dans laquelle le gouvernement et les entreprises travaillent main dans la main pour écraser – bannir, censurer, démonétiser, purger par algorithme et réduire au silence – tous ceux qui contestent l’idéologie officielle et ses nombreux récits. Il serait naïf à l’extrême de supposer que les soi-disant «médias alternatifs» et la blogosphère ont été épargnés par un tel effort pour faire taire les hérésies idéologiques.

La prochaine fois que ces défenseurs autoproclamés de la doxa politiquement correcte la ramèneront, essayez cette expérience : lorsque vous lisez leurs commentaires, ne vous contentez pas de regarder ce qu’ils écrivent, essayez également de deviner pourquoi ils écrivent ce qu’ils écrivent, et ensuite placez mentalement le signe T1 -Type 1 – ou T2 -Type 2 – à côté de leurs commentaires et vous verrez bientôt qu’ils suivent un modèle bien précis :-)

The Saker

Traduit par jj, relu par San pour le Saker Francophone

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