Assange : nous vivons sous une dictature, c’est maintenant incontestable


Par Eric Zuesse − Le 23 octobre 2019 − Source thesaker.is 

Eric ZuesseComment pouvons-nous qualifier cela ? Un éditeur a fait ce que le New York Times a lui-même fait lorsqu’il a publié les Pentagon Papers et que la Cour suprême en 1971 – cas New York Times Co. contre États-Unis – a jugé qu’il était protégé par le premier amendement, mais aujourd’hui l’éditeur dont nous parlons a malgré tout subi, pendant des années, divers modes d’emprisonnement sans procès et a été détruit au point que, lors de sa première comparution devant un tribunal pour se défendre il semble avoir été drogué, car pour une raison quelconque «lorsqu’on lui a demandé de donner son nom et sa date de naissance, il a visiblement lutté pendant plusieurs secondes pour se souvenir des deux … Il a eu beaucoup de difficulté à articuler les mots et à centrer ses idées.» L’événement s’est produit le 21 octobre.

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Ici – je me sers de caractères gras, uniquement pour souligner les noms des principaux participants à l’audience – nous trouvons d’autres points saillants du récit fourni le 22 octobre par l’ancien ambassadeur du Royaume-Uni, Craig Murray, sous le titre « Assange devant la Cour » :

Extrait

Après avoir assisté aux procès en Ouzbékistan de plusieurs victimes de torture extrême et avoir travaillé avec des survivants de Sierra Leone et d'ailleurs, je peux vous dire qu'hier, j'ai complètement changé d'avis et que Julian a exposé exactement les symptômes d'une victime de torture, en particulier en termes de désorientation, de confusion et de véritable lutte pour affirmer le libre arbitre à travers le brouillard de l’impuissance forcée.

Tous les membres de ce tribunal ont constaté hier que l'un des plus grands journalistes et dissidents, le plus important de notre époque était torturé à mort par l'État, sous nos yeux. Voir mon ami, l'homme le plus agile d'esprit, le plus vif des penseurs que j'ai connu, réduit à cette état d'épave bouleversante et incohérente était insupportable. Pourtant, les agents de l'État, en particulier l'impitoyable juge, la magistrate Vanessa Baraitser, n'étaient pas seulement préparés, mais désiraient faire partie de cette corrida sanglante.

L'accusation portée contre Julian est très spécifique : conspiration avec Chelsea Manning pour la publication des rapports de guerre de l'Irak, de l'Afghanistan et des câbles du département d'État.

Les points principaux en litige mis en avant par la défense de Julian Assange étaient la demande de plus de temps pour préparer ses preuves ; et le fait que les infractions politiques étaient expressément exclues du traité d'extradition. Ils ont donc argumenté qu'une audience préliminaire devrait être organisée pour déterminer si le traité d'extradition est applicable ou non. Les raisons évoquées par l’équipe de la défense d’Assange pour avoir plus de temps pour se préparer étaient convaincantes et surprenantes.

Les preuves présentées à la justice espagnole incluaient également un complot de la CIA visant à kidnapper Assange, qui montraient l’attitude des autorités américaines quant à la légalité de son cas et au traitement auquel il pourrait s’attendre aux États-Unis. L’équipe de Julian a expliqué que la procédure judiciaire espagnole était en cours et que les éléments de preuve fournis seraient extrêmement importants, mais que cela pourrait ne pas être terminé et que donc les éléments de preuve ne seraient pas entièrement validés et disponibles à temps pour le calendrier proposé pour les audiences d’extradition d’Assange. Pour l’accusation, James Lewis QC [conseil de la reine] a déclaré que le gouvernement s’opposait fermement à tout retard pour la préparation de la défense.

Il y avait cinq représentants du gouvernement américain présents.

En fait, Lewis a dit au juge qu’il prenait les instructions de ceux qui étaient derrière.

Le gouvernement américain dictait ses instructions à Lewis, qui les transmettait à Baraitser, qui les statuait comme décision légale.

Baraitser a ensuite résumé le tout en disant que l'audience de février aurait lieu, non pas devant la Cour de magistrats de Westminster, relativement ouverte et accessible, mais à la Cour de magistrats de Belmarsh, le sinistre centre de haute sécurité utilisé pour le traitement judiciaire préliminaire des terroristes, rattaché à la prison à sécurité maximale où Assange est détenu. Même le plus grand tribunal de Belmarsh ne compte que six sièges pour le public et l’objet est clairement d’échapper à la surveillance du public.

L’équipe de défense d’Assange s’est vivement opposée au déménagement à Belmarsh, en particulier au motif qu’il n’y avait pas de salle de réunion disponible pour consulter leur client.

Finalement, Baraitser s'est tournée vers Julian et lui a ordonné de se lever et lui a demandé s'il avait compris la procédure. Il a répondu par la négative, a déclaré qu'il ne pouvait pas penser et a donné toutes les apparences de désorientation. … Il est devenu de plus en plus confus et incohérent.

Je répertorie, et je proteste depuis des années contre les pouvoirs de plus en plus autoritaires de l’État britannique, mais le fait que les abus les plus grossiers puissent être aussi ouverts et flagrants reste un choc.

À moins que Julian ne soit libéré sous peu, il sera détruit. Si l'État peut le faire, alors qui est le suivant ?

Dans le compte-rendu de Murray, il y en a encore plus qui choquerait tout lecteur intelligent, mais l’ extrait présenté constitue ce que je considère comme les points principaux.

Pour ce qui est de savoir si le gouvernement des États-Unis est une dictature : des analyses socio-scientifiques quantitatives et rigoureuses ont déjà été menées sur cette question, et tous les éléments de preuve indiquent clairement une réponse affirmative à cette question, du moins à l’égard de ce gouvernement.

Nous sommes donc clairement arrivés au point où nous vivons dans un État totalitaire : l’État profond américain et ses alliés. Appeler cela une ‘démocratie’, c’est insulter ce mot magnifique. Certaines révolutions authentiques ont été déclenchées par des tyrannies qui n’étaient pas aussi viles que celle-ci.

Le complexe militaro-industriel (CMI) ne contrôlait pas entièrement le gouvernement américain en 1971 lorsque le droit de censure absolu du CMI a été rejeté par la Cour suprême américaine dans l’affaire des Pentagon Papers ; mais finalement, après le 11 septembre, c’est finalement le cas, et la démocratie est donc totalement éradiquée dans l’Amérique d’aujourd’hui.

Eric Zuesse

Traduit par jj, relu par Kira pour le Saker Francophone

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