Des troupes chinoises en Syrie…s’il le faut


Par Philippe Grasset – Le 25 septembre 2015 – Source: Dedefensa

Il y a des nouvelles selon lesquelles autour de 3 500 combattants ouïghours (Chinois musulmans) ont été rassemblés en Syrie par le Turkistan Islamic party (TIP), près de la frontière turque, sous l’égide des services de renseignement turcs, dans l’intention de les faire participer à la bataille des djihadistes contre Assad. C’est un aspect de plus de la politique à la fois erratique et extrémiste que la Turquie mène sous la direction d’un Erdogan de plus en plus coupé des réalités de son pays (la Turquie) et des conditions de désordre qui s’y répandent à cause des remous causés par la politique turque en Syrie et contre les Kurdes. La présence de ces Ouïghours a évidemment résonné comme un très grave signal d’alerte dans la direction chinoise, explique Christina Lin, experte de l’université John Hopkins, sur son blog de Times of Israel, le 20 septembre 2015.

Il en résulte, selon Lin, que l’on se trouve désormais devant la possibilité d’une intervention militaire chinoise en Syrie, si Assad le demandait. Les Chinois suivent en général avec rigueur le principe de non-intervention, sauf lorsque leur sécurité nationale est en jeu. De telles actions indirectement déstabilisantes pour les provinces musulmanes de Chine représentent effectivement une menace pour la sécurité nationale chinoise, exactement de la même façon que les Tchétchènes présents en Syrie au nom du djihadisme représentent une menace similaire contre la sécurité nationale de la Russie. La Syrie ne cesse de se transformer un chaudron multinational où la plupart des puissances vont se trouver de plus en plus impliquées, jusqu’à bouleverser l’ordre international… En effet, d’un autre côté, les perspectives évoquées par Lin peuvent se faire avec l’habillage d’une intervention chinoise en Syrie du légalisme de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai), où la Syrie est observatrice et veut devenir membre, de même que l’Égypte. Le conflit syrien pourrait dans les mois qui viennent, voir une transformation radicale de l’OCS en alliance militaire, maintenant que la Chine et la Russie ont pris la mesure du danger djihadiste.

«… Maintenant que le TIP a établi une base en Syrie et qu’il augmente son influence et son recrutement grâce à ses sponsors turcs, la Chine va devoir appliquer sa recommandation de 2013 : «Prendre les armes contre le Turkestan oriental (ETIM) avant que la menace ne s’étende» et déployer des troupes en Syrie. La non-ingérence ne signifie pas ne pas défendre ses intérêts.

» Certains experts considèrent peut-être que le principe de non-ingérence de la Chine l’empêche d’agir. Mais le principe de non-ingérence de la Chine porte davantage sur l’ingérence dans la politique intérieure des autres pays, comme les États-Unis et l’Occident ont l’habitude de le faire en violant la souveraineté d’autres pays pour renverser les régimes autocratiques qui leur déplaisent. La politique de non-ingérence ne signifie pas l’inaction en cas de menace sur la sécurité et les intérêts de la Chine. La Chine n’a pas de difficulté à prendre des mesures lorsque ses intérêts fondamentaux sont menacés – c’est-à-dire, la violation de sa souveraineté, son intégrité territoriale, son développement économique et la survie de son régime.

» Lors du Sommet de l’Asie sur la sécurité organisé par l’International Institute for Strategic Studies (IISS) en 2011, le ministre chinois de la Défense Liang Guanglie, a parlé les intérêts fondamentaux de la Chine en ces termes : «Nos intérêts essentiels incluent tout ce qui touche à la souveraineté, la stabilité et le mode de gouvernement. La Chine suit maintenant une course socialiste. Toute tentative de rejeter cette voie, menace les intérêts fondamentaux de la Chine. De même, toute tentative d’encourager une partie de la Chine à faire sécession menace les intérêts fondamentaux de la Chine liés à notre territoire, notre espace maritime et aérien. Ensuite, tout ce qui a rapport au développement économique et social national de la Chine touche également les intérêts fondamentaux de la Chine.»

» Si le TIP continue de consolider son pouvoir au sein de l’Armée de conquête, un ramassis de djihadistes de différentes filiales d’al-Qaïda et d’extrémistes salafistes, Xinjiang pourrait devenir le prochain Afghanistan, et se mettre à ressembler à la zone Afpak, (Syrie / Irak), avec des forces militantes et des zones de refuges transnationales qui attirent des combattants étrangers et qui jouissent du soutien matériel et diplomatique de la Turquie et d’autres puissances extérieures dont l’idéologie et les intérêts sont semblables. En outre, le régime de Assad est toujours le gouvernement légal de la Syrie, reconnu par l’ONU, en dépit du fait qu’il ne tient qu’un tiers de son territoire. Si Assad demande et permet à la Russie, la Chine et d’autres membres de l’OCS de l’aider militairement, ce serait conforme au droit international.

» Ceci diffère des frappes aériennes actuelles de la coalition anti-ISIS dirigée par les Etats-Unis en Syrie qui opère sans mandat de l’ONU ni autorisation du gouvernement souverain, bien qu’elle bénéficie, dans une certaine mesure, d’une autorisation implicite du régime Assad pour combattre ISIS. En 2014, le britannique David Cameron a hésité à participer à des frappes aériennes en Syrie parce qu’il craignait précisément de violer le droit international. Du fait que Erdogan mène une guerre islamiste par procuration contre la Chine, les Kurdes, Assad, Sisi et Netanyahou via les affiliés de al-Qaïda, l’Armée de conquête, les Frères musulmans et le Hamas, il est pas étonnant qu’à la fois la Syrie et l’Égypte aient demandé à rejoindre L’Organisation de coopération de Shanghai (OCC) en juin de cette année.»

Traduction des parties en anglais : Dominique Muselet

 

 

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