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andrew-korybkoPar Andrew Korybko – Le 30 janvier 2017 – Source Oriental Review

La guerre hybride peut être décrite comme un conflit d’identité fabriqué ou provoqué dans le but de perturber, de contrôler ou d’influencer des projets d’infrastructures de raccordement transnationaux multipolaires par le biais des méthodes de modification, changement ou redémarrage de régime dans des États géostratégiques de transit. Cela peut être appelé la loi de la guerre hybride.

Pouvez-vous expliquer brièvement le concept de la Guerre hybride et ses éléments les plus importants ?

Les organisateurs exploitent les différences religieuses, ethniques, historiques, socio-économiques, administratives et géographiques afin de parvenir à des concessions politiques (changement de régime), changement de leadership (changement de régime) et / ou réforme constitutionnelle (régime de redémarrage, dans un parti fédéral divisé) contre le pays ciblé afin de saper les nouvelles routes de la soie de la Chine et les projets de connexions des autres grandes puissances.

La guerre de communication, le pré-conditionnement social et structurel et les provocations physiques sont les itérations tangibles de ce stratagème, et leur escalade tactique est généralement marquée par le passage d’une révolution de couleur défaillante à une guerre non conventionnelle dans le cas où les objectifs politiques anticipés ne sont pas facilement atteints.

Dans la pratique, la guerre de terreur sur la Syrie est un parfait exemple d’une guerre hybride, où les États-Unis et leurs alliés régionaux « Lead From Behind » [dirigés dans l’ombre, NdT] ont violemment provoqué un changement de régime afin de punir le président Assad de refuser le gazoduc qatari et d’empêcher la construction de son alternative, le pipeline de l’amitié entre l’Iran, l’Irak et la Syrie. Le terrorisme urbain connu sous le nom de « EuroMaidan » est un autre exemple de guerre hybride où les États-Unis alimentent le conflit d’identité entre les Ukrainiens hyper-nationalistes dans la moitié occidentale du pays et les pro-russes multiculturels dans la partie orientale comme moyen de subvertir le projet d’intégration de l’Ukraine dans l’Union eurasienne de la Russie.

D’autres exemples moins médiatisés de la guerre hybride sont les déstabilisations consécutives qui ont eu lieu dans la République de Macédoine en 2015-2016, afin de saper l’influence de la Russie et les méga projets chinois dans les Balkans. De même les émeutes de l’année dernière qui ont éclaté en Éthiopie et visaient à atténuer l’attractivité de l’un des principaux partenaires économiques de la Chine en Afrique et du chemin de fer Addis-Abeba–Djibouti récemment terminé, un maillon de la Route de la soie dans la Corne de l’Afrique. À vrai dire, de nombreux pays de l’hémisphère oriental sont vulnérables à la guerre hybride, car l’approche adaptative et structurée, appliquée dans les exemples précédents pour fomenter les conflits d’identité, est pertinente pour la plupart d’entre eux et pourrait être déployée contre eux dans le cas où ils s’aligneraient sur un projet multinational d’infrastructure connexe transnationale qui menace l’hégémonie unipolaire des États-Unis dans leur région.

Vous avez écrit que les États-Unis sont pratiquement le seul pays capable de provoquer, et provoque effectivement, des guerres hybrides. Pourquoi les États-Unis ont-ils adopté cette nouvelle approche ?

Les guerres hybrides sont indirectes et nécessitent donc moins de ressources de l’État instigateur que les conflits conventionnels, tout en ayant simultanément une plus grande chance d’atteindre les objectifs politiques envisagés en raison de leur imprévisible asymétrie qui surprend les défenses de sécurité militaire de la cible. Les États-Unis ont le monopole des guerres hybrides en raison de leur visée stratégique mondiale, de leur boîte à outils préexistante et raffinée (capacité de propagande, agents sur le terrain / ONG, subversion économique par le pétrodollar, sanctions, etc.) et des intérêts globaux fondés sur le maintien perpétuel de leur hégémonie unipolaire partout dans le monde.

Les États-Unis ont commencé à dépendre davantage de la guerre hybride après la coûteuse débâcle subie pendant la guerre de 2003 contre l’Irak et l’occupation subséquente, ce qui leur a enseigné la leçon inoubliable de l’importance qu’il y a à sous-traiter les conflits à des alliés régionaux partageant les mêmes idées. En d’autres termes, les États-Unis ont décidé de se détourner de la guerre conventionnelle à grande échelle et d’organiser des guerres par procuration, en comptant sur leurs partenaires régionaux « Lead From Behind » pour faire publiquement le travail difficile pendant que les armes, la propagande, la stratégie etc…, viennent des coulisses. La seule différence avec la guerre conventionnelle, cependant, est qu’au lieu de provoquer un conflit d’État à État entre l’allié des États-Unis et le gouvernement ciblé, la guerre naît à l’intérieur des frontières de l’État victimisé par la perception manipulée qu’il s’effondre ou implose parce que les rebelles et les combattants de la liberté s’opposent au régime.

En bref, la guerre hybride est moins chère et exige un engagement moins conventionnel que les conflits ordinaires et a le potentiel de récolter rapidement des récompenses astronomiques pour les auteurs. Leur essence même est que ce sont des guerres civiles internes asymétriques que les services de sécurité militaire ciblés ne sont généralement pas préparés à gérer et qu’ils souhaitent éviter, car la plupart des gouvernements préféreraient ne jamais être confrontés à la possibilité d’ordonner des combats mortels contre leurs propres citoyens. Néanmoins, une telle éventualité pourrait finalement s’avérer inévitable si des individus sont engagés dans des activités anti-étatiques et terroristes, mais les forces étrangères tenteront certainement de transformer toute opération d’application de la loi en déclencheur d’un cycle autosuffisant de violence alimenté de l’étranger par la propagande, la manipulation narrative et l’aide secrète aux rebelles.

Quels sont les pays qui composent, comme vous l’avez dit, les cibles centrales des guerres hybrides américaines ? Quel est le but ultime de ce nouveau type de guerre ? Le changement de régime ?

Pour revenir à la loi de la guerre hybride, l’accent est mis sur l’intensification des conflits identitaires afin de prévenir l’intégration eurasienne, aujourd’hui principalement matérialisée par les Nouvelles routes de la soie financées par la Chine, qui sont construites partout dans le monde mais ne sont pas réservées exclusivement aux Eurasiens. D’autres grandes puissances multipolaires s’efforcent de sécuriser, de stabiliser et de développer leurs voisinages régionaux, ce qui fait d’elles et de leurs partenaires des cibles pour les guerres hybrides américaines. Les deux exemples les plus marquants sont le début de la guerre de terreur de 2011 contre la Syrie qui a été menée indirectement contre le pipeline de l’amitié avec l’Iran et l’explosion du terrorisme urbain « EuroMaidan » en 2013 visant à saboter les efforts d’intégration de l’union eurasienne avec l’Ukraine.

Concernant l’Iran, la République islamique est en fait doublement sensible à la guerre hybride pour les deux raisons susmentionnées. On a déjà vu, avec des conséquences mortelles, comment les États-Unis déploient la guerre hybride contre les intérêts régionaux de l’Iran, en Syrie et ailleurs dans le Moyen-Orient. Mais le pays lui-même doit encore souffrir d’une guerre hybride à part entière dans ses propres frontières visant à interférer avec les grandes ambitions intercontinentales de la connectivité pan-eurasienne sous l’égide de la Chine. L’Iran est le portail géostratégique qui relie l’Asie de l’Ouest (le Moyen-Orient) à l’Asie centrale, méridionale et même orientale, ce qui lui permet de jouer un rôle irremplaçable dans les futurs projets d’intégration eurasiatique. La Chine et l’Iran sont déjà reliés entre eux par l’intermédiaire d’un réseau ferroviaire transitant à la périphérie du Kazakhstan et du Turkménistan, mais des plans ont déjà été proposés pour rationaliser cette voie grâce à la construction, à terme, d’un chemin de fer à grande vitesse à travers le cœur densément peuplé de l’Eurasie.

S’il est laissé à lui-même, sans aucune intervention extérieure, le projet de chemin de fer à grande vitesse Chine–Iran envisagé pourra finalement continuer à travers la Turquie et plus loin dans les Balkans et dès lors dans l’UE, faisant ainsi de l’Iran l’un des trois seuls États de transit qui doivent absolument participer aux projets d’infrastructures trans-eurasiens de la Chine. La Russie se trouvant au nord de l’Eurasie est donc la gardienne géostratégique de cette partie du continent pour tous les réseaux UE–Chine entrecroisés, tandis que l’Iran et la Turquie jouent le même rôle dans le sud.

Pour prévenir activement la réalisation de ces projets d’infrastructures multipolaires à travers le Moyen-Orient, les États-Unis doivent coopérer avec la République islamique d’Iran, ou la détruire. La première option est celle que l’administration Obama rêvait de mettre en œuvre après l’accord nucléaire ; si elle échoue, alors la seconde option de secours est la guerre hybride. L’intrigue d’infiltration stratégique de Washington n’a pas réussi à séduire Téhéran, il semble donc probable que l’Iran sera visé par une guerre hybride punitive des États-Unis dans un proche avenir. En fait, les États-Unis ont déjà travaillé sur les préparatifs nécessaires et organisent actuellement leurs forces en prévision de la tenue de ce type de conflit lors de la prochaine présidence Trump.

Par exemple, il y a déjà eu une recrudescence notable de l’activité insurrectionnelle dans la périphérie iranienne (Kurdes, Arabes, Baloutches, etc.) que ce soit à des fins séparatistes ou fédéralistes (cloisonnement interne), alors que la menace d’une attaque interne de Daech est plus pertinente que jamais. De même, les États-Unis ont essayé de conditionner structurellement l’État iranien, par des sanctions étendues, et d’autres types d’activités économiques subversives qui se produisent parallèlement à l’opération de pré-conditionnement social menée par la guerre de l’information (propagande) et les espérances incroyablement élevées que l’Occident a encouragé parmi les moins de 30 ans (la majorité de la population iranienne) après l’accord nucléaire. Les États-Unis planifient d’influencer et d’induire en erreur les jeunes adultes d’Iran afin de provoquer une révolution