Le « groupe de surveillance » Arms Research fait du lobbying pour la guerre contre le Yémen et l’Iran


Moon of Alabama
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Par Moon of Alabama – Le 27 mars 2018

Cet article d’Associated Press est loin d’être objectif.

Selon le groupe de surveillance, les bombes camouflées en rochers prouvent l’implication de l’Iran.

 

Une lecture attentive de l’article de l’AP, montre que le « groupe de surveillance » en question est en fait une société à but lucratif anti-iranienne rémunérée par les Émirats arabes unis. Les Émirats arabes unis, avec l’Arabie saoudite, les États-Unis et la Grande-Bretagne, font la guerre au Yémen et considèrent l’Iran comme un ennemi.

DUBAI, Émirats arabes unis (AP) – Les bombes maquillées en rochers qu’on trouve sur le bord de la route au Yémen ressemblent à celles qui sont utilisées par le Hezbollah dans le sud du Liban et par les insurgés en Irak et au Bahreïn, ce qui suggère une certaine influence iranienne dans leur fabrication, a déclaré lundi un groupe de surveillance.

Le rapport de Conflict Armament Research sort au moment même où l’Occident et les investigateurs de l’ONU accusent l’Iran de fournir des armes aux rebelles chiites du Yémen connus sous le nom de Houthis, qui tiennent la capitale du pays depuis septembre 2014.

(…)

« Nous espérons que cela mettra fin aux dénégations » a déclaré Tim Michetti, le chef des opérations régionales de Conflict Armament Research. « On ne peut plus vraiment nier l’implication de l’Iran lorsqu’on voit que les composants de ces bombes proviennent de distributeurs iraniens. »

L’organisation de Michetti, un groupe de surveillance indépendant qui reçoit des fonds des Émirats arabes unis, de l’Allemagne et de l’Union européenne pour faire des recherches sur les armes récupérées au Yémen, a déclaré avoir examiné une bombe camouflée en rocher en janvier près de Mokha, à quelques 250 kilomètres au sud-ouest de la capitale, Sanaa.

Conflict Armament Research n’est pas un « groupe de surveillance indépendant » mais une société britannique à but lucratif dûment établie et enregistrée à la Companies House du gouvernement britannique sous le numéro 07762809. L’unique propriétaire est James Bevan, un ressortissant britannique né en 1977.

En 2002, James Bevan a commencé à travailler pour l’ONG suisse Small Arms Survey. Il a ensuite travaillé pour l’ONU et dans d’autres projets de recherche sur les armes financées par des fonds publics.

Sa propre entreprise a commencé à se développer vers 2015, au début de la guerre contre le Yémen. Elle mène quelques recherches sur les armes grâce à des subventions publiques, mais elle est aussi un cabinet de conseil à but lucratif. Au cours de l’exercice se terminant le 31 mars 2017, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 1,4 million de livres sterling dans le cadre de projets financés par des subventions, et de 710 000 livres sterling dans le cadre de projets de conseil. Sept personnes travaillaient pour l’entreprise, dont le propriétaire, James Bevan. Cette année-là, Bevan, en plus du montant inconnu de son salaire, s‘est octroyé 177 593 livres sterling de dividendes en tant qu’administrateur.

Tim Michetti de Conflict Armament Research (CAR), qui est cité par AP, est également co-auteur du rapport Pushback – Exposing and countering Iran du think tank Atlantic Council. Les Émirats arabes unis sont en tête du tableau d’honneur des donateurs du Conseil de l’Atlantique avec plus de 1 000 000 de dollars de dons annuels.

Les EAU sont en guerre au Yémen et accusent régulièrement l’Iran de soutenir la résistance houthie contre les envahisseurs. Le Yémen est sous blocus et il y a peu de preuves que l’aide iranienne parvienne aux Houthis.

Le rapport actuel de CAR s’intitule « Radio pilotage, Système de déclenchement à infrarouge d’engins explosifs improvisés – les dernières contributions technologiques de l’Iran à la guerre au Yémen » (pdf) :

Ce rapport présente des résultats comparatifs entre les projectiles formés par explosion (PFE) documentés par Conflict Armament Research (CAR) au Yémen, et des dispositifs similaires documentés par des équipes d’enquête sur le terrain de CAR ailleurs au Moyen-Orient.

Les engins explosifs improvisés récupérés au Yémen sont équipés de projectiles formés par explosion (PFE)  qui ont été camouflés pour ressembler à des roches naturelles. Ces dispositifs sont armés d’une radiocommande (RC) et déclenchés à l’aide de commutateurs infrarouges passifs (CIP). Ils peuvent être classés en tant qu’engins improvisés radio-commandés (RCIED en anglais).

L’ouverture automatique d’un garage et le déclenchement d’une barrière photo-électrique sont évidemment des technologies trop complexes pour pouvoir être utilisées par les Yéménites dans la fabrication de bombes, sans que l’Iran leur apporte une aide décisive. (Faux !)

La façon la plus facile d’apprendre à fabriquer des engins explosifs improvisés avec des PFE et divers dispositifs d’armement et de déclenchement est de lire les manuels déclassifiés de la CIA. Je recommande de commencer par « Explosifs pour le sabotage » qu’on trouve sur archive.org.

Pour ce qui est de l’idée de cacher des choses dans des « rochers » de fibre de verre et de mousse, il suffit de lire les journaux britanniques :

La Grande-Bretagne était à l’origine d’un complot pour espionner les Russes grâce un dispositif caché dans un faux rocher en plastique, a admis un ancien fonctionnaire clé du gouvernement britannique.

(…)

Il y a eu une querelle diplomatique, il y a six ans, après la diffusion à la télévision d’État russe d’un film affirmant que des agents britanniques avaient caché un émetteur très ingénieux à l’intérieur d’un faux rocher trouvé dans une rue de Moscou.

Le rapport de CAR montre certaines similitudes entre le déclencheur d’un engin explosif improvisé trouvé au Yémen et un autre qui aurait été trouvé au Bahreïn. Mais comment cela mène-t-il à l’Iran ? Pourquoi ne pas raisonnablement assumer que divers groupes travaillent tout simplement à partir des mêmes idées à l’aide des mêmes manuels ?

Le rapport n’examine jamais cette possibilité. Au lieu de ça, il nous sert ces inepties :

« Les kits électroniques utilisés dans les RCIED comportent des revêtements de fils thermorétractables, qui sont fabriqués par la société chinoise WOER. La gaine thermorétractable de la marque WOER est une caractéristique constante du matériel d’origine iranienne récupéré au Yémen et au Bahreïn, y compris les RCIED, les véhicules aériens sans pilote et les équipements à double usage soupçonnés d’être utilisés dans la production de propulseurs de fusée. »

WOER est l’un des plus gros producteurs mondiaux de gaines thermorétractables. D’après son site web, il compte 3000 concessionnaires et 40 bureaux de vente officiels, y compris en

Iran, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Liban, Israël, Syrie, Palestine, Qatar.

Certains produits de WOER sont disponibles sur Amazon. Cette marque est bien connue et si largement disponible au Moyen-Orient qu’il est tout à fait ridicule d’attribuer le matériel de WOER à l’Iran.

Le rapport énumère quelques similitudes entre les Engins explosifs improvisés (EEI) trouvés au Liban, en Irak, au Bahreïn, au Yémen et ailleurs. Mais les types d’EEI qu’il décrit présentent également des différences. Le Hezbollah est le seul groupe à utiliser des dispositifs de visée dans ses engins explosifs improvisés. À première vue, le déclencheur électronique du Bahreïn, montré dans le rapport, ressemble à ceux du Yémen, mais les composants et des câblages sont en fait légèrement différents.

En mettant l’accent uniquement sur les similitudes, CAR donne l’impression que les bombes proviennent de la même source. Mais il est plus vraisemblable qu’elles aient été fabriquées localement à partir de matériaux largement disponibles en suivant les mêmes manuels ou instructions. Une recherche sur les forums de langue arabe permettra probablement de trouver un équivalent de l’ancien manuel de la CIA avec les plans de ces bombes et de leur déclencheur électronique.

Un rapport antérieur de CAR sur l’Interdiction maritime de fournitures d’armes à la Somalie et au Yémen (pdf) souffrait aussi du même manque d’objectivité. Il insinuait que l’Iran faisait de la contrebande d’armes avec le Yémen mais ne prenait pas la peine d’envisager d’autres explications. Il disait que des boutres yéménites privés faisaient de la contrebande d’armes légères entre peut-être (!) l’Iran et la Somalie. Il y a quelques preuves plus ou moins glauques à l’appui de cette conclusion. Mais le rapport affirme ensuite que ces armes ont été transportées plus loin et expédiées de la Somalie vers le Yémen. Aucun élément de preuve n’a été fourni à l’appui de cette allégation. Plusieurs guerres sont en cours en Somalie. Leurs nombreux acteurs achètent toutes les armes qu’ils peuvent trouver. Les Houthis au Yémen ont toutes les armes légères dont ils ont besoin. Ils saisissent ou achètent tout simplement les grands stocks d’armes que les Saoudiens et les Émirats arabes unis fournissent à leurs forces locales.

Mais si l’on réfléchit un peu, est-il vraiment indispensable que le public soit informé de tous les détails qu’un lobbyiste des Émirats arabes unis a rassemblés sur quelques engins explosifs improvisés et quelques mitrailleuses AK utilisées par le peuple yéménite, alors que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis envahissent le pays avec des forces armées puissantes et bombardent son peuple affamé depuis trois longues années, pour le réduire en miettes ?

Les données du [Yemeni Data Project] montrent que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a effectué en moyenne 15 raids aériens par jour. Au total, 16 749 raids aériens ont été enregistrés entre le 26 mars 2015 et le 25 mars 2018. Près d’un tiers de tous les raids aériens (31 %) visaient des sites non militaires.

Le port yéménite vital d’Hodeida n’est toujours pas utilisable :

Les livraisons de carburant n’ont représenté que 24 % des besoins du Yémen en février, tandis que les produits alimentaires ont répondu à 51 % des besoins, ce qui a entraîné une forte hausse des prix de ces deux catégories de marchandises.

« Pour une raison inconnue, la quantité de nourriture et de carburant nécessaire pour répondre aux besoins au Yémen ne passe pas par Hodeida et il est probable que cela soit la conséquence de mesures délibérées » a déclaré van Meegen,[conseiller auprès du Conseil norvégien pour les réfugiés].

« On ne peut pas dire que le blocus est levé. Le blocus de facto est toujours en place » et les gens meurent de faim parce qu’on ne peut pas décharger les navires d’aide humanitaire.

Pour ma part, cela ne me dérangerait pas du tout que l’Iran fournisse aux Yéménites tout ce qu’il leur faut pour abattre les bombardiers saoudiens qui les attaquent, et expulser les envahisseurs de leur pays. Malheureusement, le Yémen est soumis à un blocus sévère et l’Iran semble incapable de passer à travers.

Le fait de pointer du doigt l’Iran en fournissant si peu de preuves et en publiant des rapports biaisés, comme le font CAR et d’autres lobbys, n’a qu’un seul but : étendre la guerre et préparer l’esprit des gens à une agression illégale contre encore une autre nation.

Traduction Dominique Muselet

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