Descente dans le trou noir qui a mené à la victoire de Trump

Down the Rabbit-Hole to Trump’s Victory


Eric Zuesse

Par Eric Zuesse – Le 25 janvier 2017 – Source Strategic Culture

Il y a plusieurs raisons principales pour lesquelles Donald Trump l’a emporté, par exemple il a remporté une victoire populaire avec une avance de 1 405 004 sur l’ensemble de tous les États sauf la Californie, où il a perdu par une énorme marge de 4 260 978 voix à Hillary Clinton (ainsi Hillary l’a battu dans l’ensemble des États de 2 855 974 voix), mais le Collège électoral représente les 50 États, et pas seulement un.

Toutes les raisons ne peuvent pas – comme celle-là – être comprises que par les chiffres. Mais une raison particulièrement importante de sa victoire a trait au niveau le plus profond auquel le peuple américain analyse ce qu’il lit, voit et entend dans la presse nationale, et donc interprète, à partir de la presse, ce qui se passe dans son pays. Ce sera le sujet de l’article.

Je vous invite donc à me suivre maintenant dans le trou noir des média américains, afin de mettre l’accent sur les zones sombres du gouvernement des États-Unis. En chemin, vous rencontrerez différentes personnes et leurs équipes qui luttent pour le pouvoir et qu’il est essentiel de connaître, afin de comprendre le niveau inférieur suivant à travers ces passages souterrains, au fond desquels gît la preuve qui pourrait aider à expliquer pourquoi Trump a été effectivement élu président.

Au début – à l’entrée de ce trou – se trouve un rapport inhabituellement honnête qui provient de l’agent dissident de la CIA, Philip Giraldi, et qui s’intitule « La guerre bipartisane : une nouvelle étude appelle à plus d’interventions américaines ». Il résume un document de recommandation politique récemment publié par le principal responsable de la propagande de l’OTAN, le Conseil atlantique. Le 25 juillet 2016, le blog de Paul Craig Roberts a opportunément fait sa manchette sur l’organisation en question : « Conseil atlantique de l’OTAN : le bras commercial du complexe militaire et de sécurité », et il a lié cela à ce qui était alors leur dernier  « succès de vente d’armes US à la Pologne », comme étant un exemple typique de connivence – ce que c’était effectivement.

Le document auquel ce réfère Giraldi dans son rapport (mais sans lien ni même mention de son titre) émane du Conseil atlantique le 1er décembre 2016 intitulé   « Une stratégie américaine à deux volets pour le Moyen-Orient ». Il pompe et fait des liens vers le document complet de 66 pages de propagande de l’OTAN intitulé « Groupe de travail sur la stratégie pour le Moyen-Orient : Rapport final des coprésidents ». Ces deux coprésidents sont deux puissants opposants haïssant la Russie (plus simplement appelés néocons), l’équipe Clinton-Madeleine K. Albright, et l’équipe Bush-Stephen J. Hadley. Puisque les équipes de Clinton et de Bush y sont représentées, le document d’orientation est qualifié de bipartisan, malgré le fait qu’il soit rageusement néocon et reflète des points de vue que les sondages révèlent être très éloignés de ceux du public américain que le gouvernement est censé représenter. Quiconque affirmerait que le néoconservatisme représente le public américain au lieu de l’aristocratie américaine serait, au choix, un fou ou un menteur, parce qu’il ne représente que l’aristocratie.

Les deux coprésidents ont consacré leur carrière à isoler et à affaiblir la Russie et l’Iran en détruisant leurs alliés, et à faciliter l’armement d’Israël et de l’Arabie saoudite par les États-Unis, de sorte que le gouvernement américain a été un agent servant l’aristocratie israélienne, mais surtout la famille Saoud. Ces Saoud sont les propriétaires royaux de l’Arabie saoudite et les principaux bailleurs de fonds d’al-Qaïda et des attaques du 11 septembre 2001 qui ont donné un énorme coup de pouce aux fabricants d’armes américains. À savoir les entreprises d’armement, qui servent les pays de l’OTAN et qui perçoivent donc des revenus des contribuables, non seulement aux États-Unis, mais aussi en Arabie saoudite et chez les autres alliés américains, en particulier les pays membres de l’OTAN, et les pays membres du Conseil de coopération du Golfe composés des royaumes pétroliers fondamentalistes sunnites qui ont fourni le reste (la partie non saoudienne) du financement à al-Qaïda et à d’autres groupes djihadistes internationaux, comme ISIS.

En outre, Israël est allié et aide militairement les familles royales sunnites fondamentalistes des royaumes pétroliers arabes, qui peuplent le Conseil de coopération du Golfe (CGC) en les aidant à renverser le gouvernement laïque de la Syrie. Le CGC est dirigé par la famille Saoud, dont la foi sunnite fondamentaliste condamne les chiites, l’Iran étant la principale nation chiite, désignée à la fois par les Saoud royaux et par les aristocrates d’Israël comme une « menace existentielle » à la prolongation de leurs règnes dans leurs pays respectifs. Ainsi, aujourd’hui, le gouvernement des États-Unis sert les aristocraties d’Israël et de l’Arabie saoudite. Le document que Giraldi résume est un énoncé sur la politique de l’OTAN – techniquement un document du Conseil atlantique – qui est politiquement bipartisan et représente la vision aristocratique, partagée par les Démocrates et les Républicains, de ce que doit faire, au Moyen-Orient, le club militaire anti-russe que représente l’OTAN.

Bien que le Moyen-Orient soit en dehors de la zone de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, l’aristocratie américaine veut clairement étendre au Moyen-Orient la guerre de l’OTAN – froide et / ou chaude – contre sa cible, l’ennemi qu’elle s’est désigné, la Russie. Cela inclurait la guerre contre les alliés de la Russie au Moyen-Orient : l’Iran et la Syrie.

À l’origine, l’OTAN était l’équipe des États-Unis, et le Pacte de Varsovie était l’équipe soviétique, de sorte que l’OTAN était anti-soviétique et anticommuniste par construction. Mais, en 1991, l’Union soviétique, son communisme et son Pacte de Varsovie ont tous disparu. Pourtant l’OTAN a continué, mais spécifiquement contre la Russie. Sous Obama, l’organisation est devenue extrêmement hostile envers la Russie, à la fois au sujet de l’Ukraine, à la frontière de la Russie, et de la Syrie au Moyen-Orient. Ce document politique particulier, venant du Conseil atlantique, aurait été, probablement immédiatement, la feuille de route de la politique gouvernementale américaine si Hillary Clinton avait remporté la course à la présidentielle de 2016. Mais, bien sûr, cela ne s’est pas produit. Il y a maintenant un énorme conflit au sein de l’aristocratie américaine quant à savoir si, oui ou non, ce document deviendra la politique du gouvernement américain au Moyen-Orient.

Ce document d’orientation de l’OTAN est résumé avec précision par Giraldi comme étant « une maigre pitance à utiliser comme justification pour aller en guerre contre la Syrie et éventuellement la Russie ». La Syrie est un allié de la Russie et de l’Iran, donc l’aristocratie américaine veut l’envahir, mais Hillary n’a pas été élue, et ce document politique est maintenant dans les limbes.

Giraldi précise que le rapport, écrit avant le résultat de l’élection présidentielle de 2016, est devenu public à une époque où l’on s’attendait à ce que Hillary Clinton soit élue :

Écrit avant l’élection présidentielle, les co-auteurs ne pouvaient pas anticiper une victoire de Donald Trump, mais ils pouvaient espérer que cela servirait de guide pour la nouvelle administration. Espérons qu’ils auront tort dans cette attente, mais il est difficile à ce stade de voir où la prochaine Maison Blanche va se diriger dans sa politique au Moyen-Orient.

Les politiques proposées par Hillary Clinton pour le Moyen-Orient étaient, en fait, identiques à celles qui sont énoncées dans ce document néoconservateur et qui a été bien résumé ici par Giraldi.

Ce dernier a cependant manqué de noter que le Conseil atlantique est le principal bras de propagande de l’OTAN et que les publications du Conseil sont 100% néoconservatrices, hostiles à la Russie et fortement en faveur des Saoud – et aussi de l’aristocratie d’Israël – contre l’Iran. Peut-être a-t-il supposé que ses lecteurs savaient déjà tout cela. Mais tant que cela n’est pas pointé du doigt, il est impossible de continuer à creuser dans le trou noir, ce qui sera fait ici.

La partisanerie extrême et l’hostilité réciproque qui existent maintenant entre l’équipe Clinton-Bush-Obama et l’équipe Trump sont intimement liées au fait que Clinton était la candidate de l’OTAN, et que Trump avait contesté la pertinence de l’OTAN pour les intérêts réels de la sécurité nationale des États-Unis. Il avait, de plus, suggéré que la menace principale pour la sécurité nationale de l’Amérique venait du « terrorisme radical islamique » – c’est sa vague expression – qui, dans les esprits endoctrinés depuis des décennies par la CIA, se réfère à des alliés de la Russie, y compris l’Iran chiite, mais qui, dans le monde réel, se réfère uniquement aux fondamentalistes sunnites et autres <