«L’homme de l’année» 2016 du Saker : Le «panier de déplorables» américain


Par The Saker – Le 8 décembre 2016 – Source The Saker

Et oui, une fois de plus je vais m’engager dans cette affaire idiote où je prétends que mon blog est un « média respectable » et alors, pour me donner la crédibilité et la gravité appropriées, je dois copier Time magazine et d’autres et choisir un « homme de l’année ». Cette année, cependant, ce fut vraiment une évidence. L’« homme de l’année » 2016 est, bien sûr, le « panier de déplorables » américain.

Non, pas Trump. Trump peut bien être l’homme de l’année du Time, mais en ce qui me concerne, cet homme n’est encore qu’une promesse, et il le restera pour moi jusqu’à ce qu’il accomplisse ce qu’il a promis à l’électeur américain. Non, les véritables héros de notre histoire d’aujourd’hui sont, bien sûr, les millions qui ont osé défier l’Empire et qui ont voté pour Trump.

L’électeur américain qui a infligé la pire baffe que la machine de propagande américaine (alias « les grands médias ») ait jamais reçue. Ce qui s’est passé lors de cette élection n’est rien de moins que la plus grande défaite de l’histoire de la propagande.

En tant qu’ex-guerrier de la Guerre froide ayant été payé pour étudier les médias soviétiques, je peux dire que les médias américains actuels sont infiniment pires dans leur volonté non seulement de mentir, mais aussi de nier l’évidence avec condescendance, montrant ainsi leur manque total de conscience ou même de décence minimale. Les pressetitués américains salissent même la prostitution.

L’électeur américain a été soumis au barrage de propagande le plus intensif (et probablement le plus coûteux) de l’histoire. Gardez à l’esprit que dans les régimes ouvertement dictatoriaux, la plupart des adultes se rendent compte qu’on leur ment. Aux États-Unis, tous les Américains subissent un lavage de cerveau dès leur naissance pour croire que la presse américaine est la meilleure et la plus libre du monde et que la démocratie américaine est aussi la meilleure et la plus libre du monde. Pour voter pour Trump, l’électeur américain a dû aller à l’encontre de tous les dogmes sacrés avec lesquels l’Empire américain a essayé de l’endoctriner. C’est beaucoup plus difficile qu’on ne le pense. Ceux qui s’intéressent à ce sujet peuvent consulter cet article sur les expériences de conformité d’Asch ou la fameuse expérience de Milgram sur l’obéissance et l’autorité.

Voici ce que l’Empire a fait des États-Unis

En outre, la pression psychologique était si intense que je peux témoigner du fait que beaucoup d’Américains avaient réellement peur d’admettre qu’ils voteraient pour Trump. L’atmosphère de haine vindicative contre Trump, sa diabolisation et l’intolérance totale envers ses partisans étaient telles que beaucoup d’Américains ont décidé de cacher leur préférence pour Trump. Certains prétendaient même qu’ils voteraient pour Hillary. Je connais des gens qui ont même menti aux propres membres de leur famille.

Et comme on pouvait s’y attendre, dans un style typiquement néoconservateur, dès qu’il est devenu clair que Trump serait élu, les pressetitués états-uniens ont commencé à déverser leur haine contre le peuple américain. Si en Grande-Bretagne seules les personnes âgées pouvaient voter pour le Brexit, aux États-Unis, tous les électeurs Trump ont été décrits comme des racistes mal éduqués (« racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes », pour citer Hillary). Je ne me souviens pas avoir jamais vu une telle effusion de haine envers une nation entière (sauf, peut-être, la haine typique des libéraux russes pour le peuple russe « de base »).

Mais, apparemment, le peuple américain a été trop gavé de mensonges. Des divagations pseudo-patriotiques de Dubya [GW Bush, NdT] jusqu’à la liste interminable des promesses trahies par Obama – les gens « ordinaires » que Hillary a appelé le « panier de déplorables » ont finalement lutté de la seule façon qu’ils pouvaient ; ils ont voté non seulement pour Trump et contre Hillary, mais aussi contre le régime, la structure politique, la structure du pouvoir et les 1% qui la contrôlent.

La principale conséquence de ce vote ne sera probablement pas une étonnante présidence Trump (j’ai les plus grandes réserves sur l’homme et son entourage) mais, qu’une fois de plus, la légitimité même du système politique étasunien a été discréditée.

Pensez-y : grâce au mouvement Occupy Wall Street, il est devenu de notoriété publique que les États-Unis sont dirigés par environ 1% de sa population (en réalité, c’est beaucoup moins que 1%, mais ce n’est pas grave). Loin d’être un régime « populaire, pour le peuple et par le peuple », nous savons tous que c’est un régime « des 1%, par les 1% et pour les 1% ». Première leçon. Avec l’élection de Trump, nous savons aussi que les États-Unis sont maintenant dirigés par un cocktail bizarre de minorités qui n’ont qu’une chose en commun : leur haine de la majorité. Deuxième leçon. Enfin, il est clair que les médias américains sont la machine de propagande la plus odieuse, la plus immonde et la plus arrogante de l’histoire du monde. Troisième leçon.

Quelle idée cela laisse-t-il de l’Empire ? Celle d’une plaisanterie ou celle d’une abomination ? Probablement un mélange des deux.

Et les États-Unis eux-mêmes ? Ils sont clairement un pays occupé, occupé non pas par une force d’invasion extérieure, mais par un ennemi intérieur qui les soumet à son propre ordre du jour et à sa vision du monde.

Quant au peuple américain, au moins celui du « panier de déplorables », il est maintenant l’allié objectif de toutes les autres nations de la planète qui luttent pour se libérer du joug de l’Empire anglo-sioniste.

En votant contre l’Empire, le peuple américain a envoyé un message puissant au reste du monde : « pas en mon nom ». En Russie, ce message a été reçu avec enthousiasme par le peuple, même si les experts sont restés beaucoup plus prudents. J’ai toujours dit qu’il y avait un « autre Occident », l’Occident des gens ordinaires qui ne soutiennent pas ce que font leurs dirigeants, mais qui sont incapables de s’y opposer sérieusement. Le vote contre Hillary a montré au monde que le peuple américain ne veut pas d’Empire, tout ce qu’ils veulent, c’est faire que l’Amérique (c’est-à-dire les États-Unis, par opposition à l’Empire mondial) soit de nouveau un grand pays.

Oh, je sais, je vois déjà la tendance dans les nominations faites par Trump. Et oui, croyez-moi, je suis extrêmement sceptique à ce sujet. Mais ce scepticisme ne change rien au fait que le vote contre Hillary et les dirigeants anglo-sionistes des États-Unis a été un moment séminal, beau, libérateur et héroïque, non seulement pour les États-Unis, mais pour le reste de la planète (avec Hillary, nous nous dirigions vers une guerre nucléaire contre la Russie).

La façon dont le « panier de déplorables » américain a défié ses oppresseurs est absolument magnifique. Et c’est pourquoi le « panier de déplorables » américain est mon « homme » de l’année 2016.

The Saker

PS : pour tous ceux qui se mettront en colère contre mon mot « américain », je viens d’ajouter le paragraphe suivant à ma page « terminologie » :

Ajout : 

Américain. Je suppose que je devrais aussi expliquer pourquoi j'utilise le mot « américain » quand le mot correct serait « USAn » ou « United Statesian » ou quelque chose d'aussi laid. Eh bien, précisément: ces mots sonnent mal. Hélas, il n'y a pas d'équivalent en anglais à l'espagnol « Estadounidense » [ou au français « étasunien », NdT]. La même chose pour le russe qui manque aussi d'un tel mot et utilise « Amerikanets / Amerikanskii » à la place. Bon, je sais. Les USA sont une petite sous-section des Amériques et les Américains sont désagréables (et ignorants) pour s'auto-appeler « Américains ». Mais, en vérité, les « États-Unis » sont « américains » puisqu'ils vivent dans les Amériques, c'est simplement l'exclusion implicite des autres de cette catégorie qui est si irritante. Donc, de toute façon, je m'excuse pour cette reddition au langage moderne, mais je n'ai tout simplement pas le courage de lutter contre cette bataille perdante et, franchement, j'ai plus de gros poissons à frire. D’accord, je suis donc coupable :-)

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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