Le Brexit est le symptôme, pas le problème


Par Tom Luongo − Le 29 octobre 2019 − Source Strategic Culture

Tom LuongoDepuis le moment où les votes ont été totalisés, lors du référendum sur le Brexit de juin 2016, il n’y a eu que des lamentations sur ce que cela impliquait. Le vote sur le Brexit a clairement montré que le développement des unions politiques était insoutenable.

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© Photo: Wikimedia

C’était la première d’une série de défaites électorales au cours desquelles la population a finalement dit « Ça suffit ! » à une Union européenne en expansion.

Quatre mois plus tard, les États-Unis, tout le peuple, ont élu Donald Trump à la Maison-Blanche, brandissant les deux doigts de la victoire sous les yeux de l’establishment politique occidental qui souhaitait supprimer les frontières et effacer les limites entre les États.

Les premières démarches de Trump ont été d’annuler l’Accord de Paris sur le changement climatique ainsi que le TTIP et le PTP. Ce sont tous des traités mondialistes et transnationaux conçus pour usurper les gouvernements nationaux et confier le contrôle de l’économie mondiale aux entreprises, laissant peu de recours aux tribunaux pour les victimes.

En 2017, la Catalogne a organisé un référendum sur l’indépendance, contre la volonté du gouvernement espagnol qui a eu recours à la force pour l’empêcher. Aujourd’hui, les dirigeants de ce mouvement indépendantiste sont des criminels condamnés à l’exil, risquant plus de dix ans de prison, alors que les rues de Barcelone sont remplies de gens indignés.

En Italie, suite aux conditions économiques désastreuses grâce à l’euro, à la politique d’immigration d’Angela Merkel découlant d’une tentative infructueuse d’atomisation de la Syrie, et à l’intégration politique grandissante de l’Union européenne, les élections de 2018 se sont terminées par la fusion de deux populismes extrémistes opposés. Cette coalition a finalement été trahie par un parti, le Mouvement 5 étoiles, sous le prétexte non démocratique d’un refus de nouvelles élections, parce que les sondages s’étaient éloignés de la position pro-UE.

Les sondages n’ont pas reculé même si Matteo Salvini et la Lega ont été écartés du pouvoir.

Les élections allemandes de 2017 se sont achevées avec la formation d’une autre coalition impopulaire, devenue désormais nettement minoritaire, visant à empêcher le parti eurosceptique Alternative for Deutscland  (AfD) de prendre le pouvoir. Les Verts remontent lorsque les sociaux-démocrates s’effondrent. Merkel préside un Bundestag zombie.

Et aujourd’hui, trois ans après la victoire du Brexit et de Trump, des forces puissantes s’emploient expressément à renverser ces deux résultats par des actes de vandalisme cyniques et répréhensibles, entravant le leadership sans tenir compte des dommages à long terme qu’ils causent à la société.

En fait, je dirais que les dommages sociétaux sont l’objectif de ces actions, pour contrecarrer le désir des gens, dans l’espoir qu’ils s’étriperont mutuellement plutôt que de s’en prendre, pour commencer, à ceux qui mettent le couvert.

Les manœuvres sans fin du Parlement britannique pour bloquer toute forme de Brexit significatif ont mis le Premier ministre Boris Johnson dans une position qui lui impose de sacrifier une partie de son pays pour avoir une chance de réussir.

Et quel que soit le succès qu’il a obtenu, il laisse encore le destin du Brexit dans les limbes. Donc, en réalité, il remporte la victoire ultime à la Pyrrhus qui le laissera dans un no man’s land politique après la tenue d’élections générales où les conservateurs devront s’allier au parti anti-européen de Nigel Farage pour former un gouvernement capable de gouverner.

Tous ces événements sont des symptômes du vrai problème que ceux qui tirent les ficelles en coulisses ne veulent pas admettre : la plupart des gens les détestent, eux et leurs grands projets.

Nous vivons à une époque où la décentralisation est rapide et où la technologie nous donne accès à des informations en temps réel qui mettaient autrefois des mois, voire des années, à se disséminer, et uniquement à ceux qui voyageaient avec d’autres compagnons voyageurs.

Et cela s’est renforcé au point qu’aucune personne qui détient actuellement le pouvoir n’est à l’aise avec lui.

Il n’était tout simplement pas possible, même il y a dix ans, de convaincre en masse les acteurs politiques et socio-économiques du débat sur le bien-fondé de changer le cours de la société.

Et aujourd’hui, ces forces de la décentralisation constituent le véritable problème auquel sont confrontées ces élites qui jouissent de l’illusion de diriger le monde depuis quelques générations.

Mais ces événements comme le Brexit, Trump, la Catalogne et d’autres sont considérés comme les véritables problèmes, et non comme les symptômes de problèmes beaucoup plus profonds causés par des systèmes politiques et économiques insoutenables fondés sur la fraude, l’argent bon marché, le vol et la propagande.

George Galloway, écrivant pour Russia Today, a identifié une fracture réelle au Royaume-Uni, révélée par le Brexit, à savoir que l’Irlande est composée de deux pays distincts.

Les six comtés du nord-est de l’Irlande ont été arrachés de manière anormale à la mère patrie irlandaise il y a un siècle, mais son statut a toujours été condamné au point de vue historique.

En dépit de circonscriptions électorales, dont les contours ont été sculptés de manière tortueuse pour assurer une majorité au protestantisme unioniste pro-britannique, et du traitement de quasi-apartheid pour sa minorité catholique, notamment le retrait du droit de vote, l’écriture était déjà sur le mur. Comme le démontre ma propre famille, les catholiques ont simplement des familles plus nombreuses que les protestants, et l’émigration d’un flot continu de protestants éduqués qui ne veulent pas rester dans le petit royaume complètement anormal qu’ils appellent l’Irlande du Nord, n’étant ni Irlandais, ni Britanniques, dominés par une sorte de politique sectaire et un embarras datant d’au moins d’un demi-siècle, ont simplement voté avec leurs pieds et pris un ticket pour l’Angleterre.

George Galloway poursuit en affirmant que, malgré les bruits du Parti national écossais (SNP), il est peu probable que l’Écosse échange le soutien actuel en provenance de Westminster contre l’austérité exigée par Bruxelles.

Je ne discuterai pas avec George à ce sujet, il connaît son peuple beaucoup mieux que moi. Mais je dirais que les divisions entre ces pays – Angleterre, Écosse et Pays de Galles – sont suffisamment profondes pour que la possibilité d’une rupture ne soit pas exagérée.

Mais ce qui me semble tout à fait clair, c’est que même des vieux regroupements non naturels de «pays» comme le Royaume-Uni, montrent la volonté de tenir leur place dans un monde où la technologie permet rapidement aux individus de commercer au-delà des frontières politiques arbitraires.

Cela va fortement à l’encontre des arguments de l’Union européenne qui prétend que les petits pays européens ont besoin d’une grande structure politique commune pour concurrencer les États-Unis, l’Inde, la Russie et la Chine.

Mais la réalité est que ces grands pays se trouvent tous, à des points différents, sur le même chemin que le Royaume-Uni vis-à-vis de l’Irlande. De mon point de vue, les États-Unis sont en train de devenir de multiples fiefs régionaux, tout comme le Royaume-Uni.

Nous sommes en train de devenir des peuples séparés par une langue commune, pour invoquer George Bernard Shaw, qui sèment l’inimitié et la division entre les États à un niveau qui n’existait pas depuis la course à ce qui est improprement appelé la guerre civile aux États-Unis.

Correctement recadrée, cette guerre a été menée par le président Lincoln pour préserver l’Union et non pour empêcher une attaque contre Washington par des forces qui voulaient prendre le contrôle du gouvernement. C’est une guerre de sécession, pas une guerre civile.

Les guerres menées aujourd’hui par les dirigeants de Bruxelles sont similaires à celles que Lincoln a menées. Ce sont des guerres politiques, menées contre la volonté actuelle des peuples, pour empêcher la sécession – Brexit, Italeave, Catalogne.

Cependant, lorsque les gens se voient refuser leurs droits par le biais du processus politique, la prochaine étape inévitable est la violence. Et c’est ce qui va suivre à moins que les membres du pouvoir accèdent à la réalité.

Pour sa part, Donald Trump commence à se rendre compte de cela avec l’occupation américaine de pays étrangers comme la Syrie et l’Afghanistan. Dans les semaines à venir, l’Irak pourrait essayer de prendre cette décision à sa place.

Les événements survenus en Irak et au Liban, grâce à des actes de guerre invalidants connus sous le nom de «sanctions», doivent être surveillés de près, car toute résolution abrogeant la dette et les alliances politiques existantes aura d’immenses conséquences en aval pour la région.

Mais d’ici là, nous pouvons parier sur le même comportement de la part de politiciens déconnectés et corrompus qui sont tellement pris au piège de leur propre univers solipsiste 1 qu’ils ne verront pas la fin de leur vie politique avant que les guillotines ne soient installées sur la place du Capitole.

Tom Luongo

Traduit par jj, relu par Kira pour le Saker Francophone

Notes

  1. Penser qui il n’existe pas d’autre réalité que soi-même
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