G20 : Trump plie sur tout


Aux néocons : « Bienvenue à la fin de la présidence de Trump … Il est devenu Bush le petit avec une chevelure sans doute plus remarquable. »


Par Tom Luongo – Le 5 décembre 2018 – Source Russia Insider

Tom LuongoJe savais que quelque chose n’allait pas avec la présidence de Donald Trump le jour où il avait bombardé la base aérienne d’Al-Shairat en Syrie. C’était un tournant. Je savais que c’était une erreur au moment où il l’avait fait et j’avais argumenté en ce sens à l’époque.

Aucun acte de sa part n’a été plus controversé.

Cela m’a coûté des centaines d’adeptes, gagnés au cours de la campagne, qui voulaient croire que Trump jouait aux échecs en 4D. Mes périscopes se sont détournés des événements passés pour s’occuper des arrières-pensées.

Mes adeptes qui sont partis devaient y croire, car ils avaient tellement investi en lui. Ils devaient croire qu’il jouait avec Poutine pour rétablir la paix dans la région. Ce n’était pas le cas.

J’avais raison et la vérité est douloureuse. La nécessité pour lui d’être le Jésus Orange était si forte qu’ils ont créé Qanon [une théorie du complot] et la science de l’horoscope politique, aussi lentement mais sûrement que Trump a été dépossédé de tout son pouvoir, sauf celui de se plaindre de l’injustice de son sort.

Ce jour-là, il a fait quelque chose sur le coup, avec de mauvais renseignements, en laissant partir des missiles tomahawks que les défenses antiaériennes russes et syriennes ont déviés ou abattus.

Un président creux

Son but était de montrer à tout le monde qu’il y avait un nouveau shérif fort en ville. Tout cela n’a fait que l’affaiblir.

Les néocons l’ont vanté comme président. Et, après l’avoir hameçonné, ils ont commencé à ferrer. Mais, à vrai dire, Trump était déjà cuit avant son entrée en fonction, lorsqu’il a abandonné Michael Flynn, expulsé les diplomates russes et compromis la possibilité de choisir son gouvernement.

Parce que faire la guerre est le seul véritable test d’un président pour les va-t-en-guerre en chambre qui contrôlent la politique étrangère US. À partir de ce seul acte, les jours de Trump en tant qu’agent indépendant à Washington DC ont été comptés.

Et depuis lors, l’espoir a été que, compte tenu de l’énormité de l’opposition à sa présidence, il se battrait toujours pour ses promesses de campagne : fin des révolutions de couleur, retour de l’empire à la maison, protection des frontières et éradication de la corruption.

Il a fait quelques changements mineurs mais pas suffisants pour impacter le cours de ce pays et, par extension, du monde. Les gens veulent ce changement. Ceux qui ont le pouvoir ne le font pas.

Un G20 fantôme

Donc nous en arrivons à un Trump pathétique surclassé au G20, une réunion qu’il devrait dominer mais, au contraire, il papillonnait de-ci de-là parmi les invités, comme un enfant, attirant peu d’attention et un peu perdu. Ses tireurs de ficelles ne l’ont autorisé qu’une seule fois à assister à une rencontre, celle avec le Chinois Xi Jinping.

Parce que cette réunion ne s’achèverait par rien de dommageable pour le plan à long terme. Le jeu des tarifs douaniers de Trump est usé et il ne fera qu’accélérer la disparition de la compétitivité américaine dans les industries mêmes dans lesquelles il souhaite que nous soyons concurrentiels.

Parce que les taxes douanières ne sont qu’un pansement sur les véritables problèmes de bureaucratie, de corruption, de gaspillage et de paresse dans l’économie. Ces vrais problèmes ne sont pas dûs au vol de notre technologie par les chinois – bien qu’ils l’aient fait.

Et ce déficit du budget à hauteur de 1 000 milliards de dollars que Trump installe ? C’est une musique douce aux oreilles des mondialistes qui veulent que les États-Unis soient diminués. Encore plus de dépenses militaires, plus de gaspillages pour engraisser les banques avec de la monnaie bidon imprimée sans risque. Cela peut durer encore quelques années, jusqu’à ce que cela ne soit plus un problème.

La dérobade de Trump à sa rencontre avec Poutine est le dernier clou du cercueil de sa présidence. Il n’est même plus autorisé à faire des déclarations sur cette question. C’est Sarah Sanders, Mike-le-Pompeux et John-Bolt-Tête-de- Pioche qui s’en chargent.

Vous connaissez des adultes dans la pièce ?

Non. Poutine et Trump se sont rencontrés une fois quand ils n’étaient pas supposés le faire et depuis lors, Trump est devenu de plus en plus petit. Bien sûr, il a organisé des rassemblements aux élections de mi-mandats pour renforcer sa base pendant quelques semaines, alors que les démocrates ont volé plus d’une douzaine de sièges à la Chambre, trois gouverneurs et quelques sièges au Sénat, mais il travaille toujours dur sans rémunération.

Par pitié…

Trump devait faire preuve d’un véritable courage moral et parler avec Poutine de l’incident du détroit de Kertch, d’homme à homme, sans bouder dans son coin au sujet de deux navires. Et pourtant, il offre tout son soutien au boucher  Mohammed bin Salman, à cause des ventes d’armes et de l’Iran.

Poutine, pour sa part, ne cache pas sa volonté de faire affaire avec les Saoudiens. Il sait que bin Salman est en train de créer un bourbier pour Trump en rendant fou l’État profond américain et européen.

Poutine refuse de s’excuser pour avoir contrecarré nos plans de le renverser en Russie et voler l’Ukraine.

Assez de temps pour gagner

Là-dessus, le secrétaire à la Défense, James Mattis, qualifie Poutine : « de dur à la comprenette » C’est une alarme absolue pour signaler que Mattis à encore plus de chemin à faire. Car c’est en fait Mattis qui apprend lentement, ne voit toujours pas que Poutine a trois longueurs d’avance sur lui.

Ce qui est vrai.

Le jeu n’est qu’une question de temps et d’argent. Et grâce à Mattis et, oui, aussi à Trump, Poutine va gagner la guerre d’attrition à laquelle il joue.

Parce que c’est ce qui se passe ici depuis le début. L’Iran, la Chine et la Russie savent ce que veulent les courtiers en énergie américains et ils savent que Trump leur cédera toujours. Ils savent donc exactement comment amener Trump à s’engager de manière excessive dans une stratégie qui ne peut être, et ne sera jamais concrétisée.

J’ai prévenu que le point aveugle de Trump concernant l’Iran était sa faiblesse. J’ai annoncé qu’il justifierait finalement la rupture de toutes ses promesses électorales en politique étrangère, afin de réaliser son plan d’unir le monde sunnite derrière lui et Israël, en leur donnant l’Iran.

La fin du début

Bienvenue dans le présent.

Et bienvenue à la fin de la présidence de Trump, car il a maintenant trop misé sur le changement de régime [en Iran], tandis que les vautours volent autour de lui. Il est devenu Bush le petit avec une chevelure sans doute plus remarquable.

Il s’est aliéné le monde entier avec des sanctions et des droits de douane, d’où son exclamation « sortez moi d’ici » alors que le G20 s’achevait. Personne ne croit qu’il a encore quelque importance. En s’attachant aux Saoudiens et aux Israéliens comme il l’a fait, le négociateur en chef ne s’est laissé aucun espace pour négocier.

Alors il provoque la défiance de tout le monde, au lieu de travailler sur des accords pour sculpter le monde, mettre fin à l’empire et rentrer à la maison.

Trump ne dirige pas. Il est conduit. Et le changement nécessite des dirigeants. Il a été conduit sur la voie que beaucoup de présidents ont suivie, plus de militarisme, plus d’empire. Parce que quand tu es l’empereur, tout le monde est ton ennemi. C’est la paranoïa d’un état d’esprit impérial avancé.

C’est certainement l’état d’esprit des plus proches conseillers de Trump : Mattis, Bolton et Pompeo.

Ainsi, la pulsion « America First » de Trump, aussi authentique soit-elle, a été transformée en quelque chose de pire que le mal, elle est maintenant la gardienne inefficace du statu quo qui alimente les rêves ruineux des néocons d’une domination sur l’Asie centrale.

Et Trump n’a personne à blâmer d’autre que lui-même.

Tom Luongo

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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