Les États-nations, c’est fini ? La nouvelle géopolitique multipolaire


Par Laurent Guyénot − Mai 2024

Dans son nouvel essai, La Défaite de l’Occident, Emmanuel Todd remet en question « l’axiome » de l’État-nation qui règle les relations internationales depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui (axiome fondateur des « Nations unies »). Il propose « une interpréta­tion pour ainsi dire post-euclidienne de la géopolitique mondiale », qui ne repose pas sur l’État-nation, mais fait plutôt l’hypothèse de sa disparition prochaine1.

Todd dissipe au passage un malentendu largement partagé par une dissidence française qui s’imagine que la « multipolarité » qui se met en place sera compatible avec la « souveraineté » d’un pays européen comme la France. La multipolarité est un ordre mondial dont les acteurs principaux seront de grands ensembles civilisationnels régionaux. La France n’en fait pas partie, pas plus qu’aucune autre nation européenne. L’Europe, qui se veut une multipolarité à elle toute seule, peut-elle devenir un pôle civilisationnel dans la multipolarité globale ?

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  1. Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024, p. 24-25.

Raymond Abellio et l’établissement du communisme sacerdotal en Europe


Mai 2024 – Source Nicolas Bonnal

Nicolas Bonnal

L’Europe se retrouve soumise à une dictature technocratique et socialiste, mais aussi à une dictature de manipulateurs de symboles (Robert Reich) qui usent de l’informatique pour réordonner le monde un peu comme la théologie fut usée jadis. Voyons quel inspirateur peut nous expliquer ce projet.

Je j’ai rencontré en 1984-85 quand je découvrais joyeusement ces thèmes. D’un manière amusante, cet écrivain collaborateur, extrémiste (comme tous les anciens socialos) pendant la guerre, marginal, trempé d’ésotérisme, de sexualisme, de socialisme, d’européisme et de « communisme sacerdotal », ancien précepteur du fils Mitterrand, et tireur de cartes pour les filles de Mme Claude (ne le niez pas, je les ai vues) dans son studio de la rue des Bauches (sic) face au cimetière de Passy, a titillé mes souvenirs récemment ; car tout comme son disciple et ami Parvulesco, Abellio (alias Georges Soulès), était un partisan enjoué des grandes phrases, de romans du huitième jour (j’en écrivais alors…), des grandes constructions, de la métapolitique européenne et de la néo-grande synthèse hermétique post-guénonienne.

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Watzlawick et le rejet du père dans le monde américain-occidental


Mai 2024 – Source Nicolas Bonnal

Nicolas Bonnal

Dans son guide non conformiste pour l’usage de l’Amérique, Watzlawick règle ses comptes avec la matrice de Palo Alto qui fit sa fortune et sa célébrité. Le bouquin est un règlement de comptes digne de figurer dans le répugnant brulot de Philippe Roger sur les anti-américains de tout poil, qui comme on sait ont perdu la partie en France et en Europe – car plus l’Amérique sombre et devient folle (militairement, démographiquement, politiquement, culturellement et économiquement), plus elle fascine et domine les esprits européens réduits à l’état de zombis et de miséreux bellicistes.

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Bernanos et la « conquête juive » (horresco referens) décrite par Drumont


Avril 2024 – Source Nicolas Bonnal

Nicolas Bonnal

On ne fera aucun commentaire (on pourrait se demander narquoisement pourquoi on publie encore l’auteur de la France contre les robots. Mais…) Voici ce que Bernanos écrit à ce sujet dans sa Grande peur des bien-pensants (livre de poche préfacé par Elie Wiesel et Bernard Frank) :

 

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Réflexions géopolitiques sur la guerre en cours


Par Emmanuel Leroy − Le Avril 2024

A lire et écouter assidument ce qui se passe depuis février 2022, je suis assez surpris de découvrir qu’aucun constat n’a encore été fait sur l’un des enseignements majeurs de la guerre en Ukraine, à savoir que les marines de guerre n’étaient plus aujourd’hui une composante essentielle des conflits du XXIème siècle. En effet, cet affrontement a prouvé que la flotte russe de la Mer Noire avait perdu – au moins provisoirement -sa suprématie dans ce lac intérieur face à une marine ukrainienne désormais inexistante depuis sa disparition quasi-totale dès le début des hostilités. En revanche, les armes anti-navires, missiles et drones navals, ont prouvé leur extrême efficacité pour réduire de manière très efficace le danger et les capacités de frappe (ou de débarquement) des flottes de surface.

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Bernanos et la destinée bancaire-totalitaire de la république


Avril 2024 – Source Nicolas Bonnal

Nicolas Bonnal

C’est dans son livre sur Drumont, le plus important du point de vue de l’analyse mondaine de la modernité républicaine et donc de la Fin de l’Histoire – et des chrétiens qui allaient avec. On y voit le gogo (c’est le chapitre sur Panama, effarant avec ce cortège de sacrifices humains pour creuser leur canal – des milliers d’ouvriers et d’ingénieurs morts tués par les conditions…climatiques), le requin, le chéquard, la crapule (Oh, Clemenceau…) et avec cet État qui se mêle mal de tout (on n’a pas attendu Macron, je ne cesse de le répéter, ce gars n’est qu’une cerise –sic- sur le catho) l’avènement d’un certain communisme de la fin, qui prendra tout, liberté et propriétés, les économies de mille ans, comme dit Bernanos.

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Julius Evola et la race de l’homme fuyant


Avril 2024 – Source Nicolas Bonnal

Nicolas Bonnal

L’occident dégénéré paie sans s’en rendre compte des générations de déchéance accélérée laquelle a commencé dans les années soixante, qui sonnèrent les débuts du « wokisme » ou de ce que Thomas Frank a appelé la conquête du cool. A la même époque le penseur traditionaliste Julius Evola évoque l’émergence d’un homme fuyant (le « peuple nouveau » de l’autre) qu’il définit très bien en ces termes – dans son excellent et toujours actuel recueil l’Arc et la massue :

L’avènement de la démocratie est quelque chose de bien plus profond et bien plus grave que ce qu’elle paraît être aujourd’hui du seul point de vue politique, c’est-à-dire l’erreur et la prétention infiniment stupide d’une société qui creuse sa propre tombe. En effet, on peut affirmer sans nul doute que l’atmosphère «  démocratique » est telle qu’elle ne peut exercer, à la longue, qu’une influence régressive sur l’homme en tant que personnalité et jusque sous les aspects proprement « existentiels » : précisément parce qu’il y a, comme nous l’avons rappelé, des correspondances entre l’individu comme petit organisme et l’Etat  comme grand organisme.

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La peur des Juifs et le dieu terroriste


“It’s time for Jews to be feared!”« Il est temps pour les juifs d’être craints », a déclaré le Rabbi Shmuley récemment. Les Juifs n’ayant pas réussi à venir à bout de l’antisémitisme en essayant de se faire aimer ou admirer, doivent maintenant se faire craindre. C’est le nouveau mot d’ordre.


Par Laurent Guyénot − Avril 2024

Karl Golovin sur X : « Psychopath @RabbiShmuley is a key advisor to @RobertKennedyJr, and would likely be appointed to a prominent position in an « RFK Jr. Administration. » Oh hell no. » / X (twitter.com)

Le problème est que, si les juifs veulent être craints, alors ils doivent aussi accepter d’être détestés. La « crainte des juifs » peut se traduire, littéralement, par « judéophobie » (du grec phobos, craindre). Pour se faire craindre, il faut avoir le pouvoir de nuire, et il faut le montrer. Bref, si les juifs veulent se faire craindre pour lutter contre l’antisémitisme, alors l’antisémitisme a de beaux jours devant lui.

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