Venezuela : Guaidó avait prévu d’utiliser des armes…


La frustration de l’impasse s’installe


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 6 mars 2019

De nouveaux rapports sur la tentative de coup d’État américain au Venezuela décrivent l’ambiance actuelle de « frustration » à Washington. Ils éclairent également d’une nouvelle lumière  la raison pour laquelle les plans de l’opposition ont échoué.

Lorsque les États-Unis se sont lancés dans la campagne faillie d’« aide humanitaire » à la frontière entre la Colombie et le Venezuela, un rôle important a été attribué à leur fantoche, le soi-disant président Juan Guaidó. C’était sa tâche de faire passer l’aide de l’autre côté de la frontière.

Le New York Times rapportait à cette époque :

« Une option, suggérée par ceux qui recherchent une confrontation plus directe avec M. Maduro, consisterait à ce que des activistes accompagnent un camion d’aide en Colombie alors qu’il se rapproche lentement du Venezuela. Selon ce plan, les manifestants du Venezuela submergeraient les soldats stationnés du côté vénézuélien et permettraient à l’aide de passer la frontière, en utilisant éventuellement un chariot élévateur à fourche pour dégager les conteneurs bloquant le pont.
 
À Curaçao, les responsables de l’opposition ont été encouragés par la volonté du ministre des Affaires étrangères du pays de déposer l’aide le long d’un corridor maritime utilisé depuis longtemps par les migrants vénézuéliens pour fuir le pays. Mais ces derniers jours, les plans ont semblé s’écrouler alors que les politiciens de Curaçao s’opposaient à l’utilisation de l’aide comme arme politique. »

En outre, l’opposition envisageait de recevoir « l’aide » du côté vénézuélien :

« Le chef de l'opposition vénézuélienne, Juan Guaido, envisage de se rendre jeudi à la frontière colombienne dans un convoi de véhicules pour recevoir une aide humanitaire en faveur de son pays en crise, malgré l'objection du président Nicolas Maduro, de plus en plus isolé. ...
 
Il entreprendra le trajet de 800 km depuis Caracas en compagnie de quelque 80 députés du congrès sous contrôle de l'opposition, qu'il préside, ont déclaré les législateurs de l'opposition. ...

'Grâce à cet appel à l'aide humanitaire, la population bénéficiera de l'arrivée de ces marchandises à la frontière vénézuélienne', a déclaré le législateur de l'opposition, Edgar Zambrano, alors qu'il attendait sur une place de l'est de Caracas, avec d'autres législateurs, pour monter à bord d'un autobus. »

Alors que Guaidó se rendait en Colombie, le convoi de Caracas à la frontière ne s’est jamais matérialisé. La tentative de quelques voyous lançant des pierres et déplaçant deux camions d’aide à travers un pont a échoué lorsque la Garde nationale vénézuélienne les a simplement bloqués. Des émeutes ont suivi et les voyous ont utilisé des cocktails Molotov pour incendier les camions.

L’acrobatie a échoué comiquement. Mais jusqu’à aujourd’hui, on ne savait pas pourquoi la question avait été si mal gérée.

Maintenant, Bloomberg rapporte que le vrai plan était très différent :

« À la fin du mois dernier, alors que des responsables américains rejoignaient le chef de l'opposition vénézuélienne Juan Guaido près d'un pont en Colombie pour envoyer une aide désespérément nécessaire aux masses, et contester le régime de Nicolas Maduro, quelque 200 soldats exilés vérifiaient leurs armes et prévoyaient d'ouvrir la route au convoi.
 
Dirigés par le général à la retraite Cliver Alcala, qui vivait en Colombie, ils allaient faire reculer les gardes nationaux vénézuéliens bloquant l'aide de l'autre côté. Le gouvernement colombien a mis fin à ce projet, qu'il a appris tardivement, craignant des affrontements violents lors d'un événement hautement public dont il avait promis qu'il serait pacifique. ...
 
Alcalá, le général à la retraite, a reconnu le plan d'accompagnement de l'aide et a indiqué qu'il comprenait pourquoi les Colombiens voulaient éviter les ennuis. »

Il semble que les responsables politiques de Bogotá ne se soient pas opposés « à l’utilisation de l’aide comme une arme politique », a rapporté le New York Times, mais ont eu froid aux yeux devant le projet, initialement gardé secret, de franchir la frontière par la force militaire. Il s’agirait d’une agression ouvertement hostile contre son pays voisin, ce que la Colombie tient absolument à éviter.

Fin janvier, CNN s’est entretenu avec de jeunes hommes en uniforme qui se sont présentés comme des transfuges de l’armée vénézuélienne. Ils ont supplié les États-Unis de leur fournir des armes et du matériel de communication – combien en ont-ils reçu ? Mais les uniformes qu’ils portaient arboraient le mauvais insigne. Sur celui-ci était écrit « FAN » qui signifie Fuerzas Armada Nacional. Il y a plusieurs années, le Venezuela a changé le nom de ses forces armées en Fuerza Armada Nacional Bolivariana et tous ses uniformes portent le sigle « FANB ». Il est toutefois possible que les personnes interrogées font partie des 200 transfuges ou « mercenaires exilés » censés prendre d’assaut la frontière.

Bloomberg rapporte en outre que certaines personnes importantes ne sont pas satisfaites des performances de Guaidó :

« Rubio, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et l’envoyé spécial, Elliott Abrams, continuent à faire bonne figure en augmentant la pression économique et diplomatique et en tweetant quotidiennement le départ certain de Maduro.
 
En coulisse, cependant, il y a de l'inquiétude et de la consternation. ...
 
Quand Guaido était en Colombie, le président du pays, Ivan Duque, lui avait exprimé sa frustration. Selon des témoins, M. Duque s’est plaint de l’échec de la promesse faite par Guaido d’emmener des dizaines de milliers de Vénézuéliens à la frontière pour recevoir l’aide humanitaire.

Il y a eu d'autres préoccupations. Guaido prévoyait de faire un tour des capitales européennes cette semaine pour renforcer le soutien international, mais les Américains lui ont dit qu’il devait retourner au Venezuela, sinon il perdrait tout son élan. »

Lors de son voyage dans plusieurs capitales d’Amérique latine, Guaido était accompagné de la secrétaire adjointe du Département d’État US aux affaires de l’hémisphère occidental, Kimberly Breier. Le ministère la décrit comme « une experte de la politique et du renseignement avec plus de 20 ans d’expérience ». Elle semble maintenant être l’ange gardien personnel de Guaidó.

La frustration du Département d’État devant l’échec de ses plans est également visible dans cette séquence de la conférence de presse du porte-parole qui a morigéné les médias pour avoir appelé Guaido « chef de l’opposition » ou « président autoproclamé » au lieu de « président par intérim ». Mark Lee, de l’agence AP, rappelle ensuite au porte-parole que quelque 140 pays ne le reconnaissent tout simplement pas.

Il est intéressant de noter que l’exutoire médiatique du Département d’État, Voice of America, a utilisé l’expression « le président autoproclamé » dans au moins deux de ses articles récents.

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Voice of America a ensuite modifié ces deux articles (ici et ) en douce pour confirmer le nouveau libellé « président intérimaire ». Il utilise encore « chef de l’opposition ».

La frustration du Département d’État ira croissant suite à cette blague (audio) de deux comédiens russes qui ont téléphoné à Elliot Abrams pour l’amener à exiger la fermeture de « comptes vénézuéliens » inexistants en Suisse :

« Les farceurs ont également eu une autre conversation avec Abrams en mars, selon Russie 24, où le représentant spécial leur a dit que les États-Unis ne prévoyaient pas d'intervention militaire au Venezuela, mais souhaitaient 'rendre nerveuse l'armée vénézuélienne', concernant les garanties éventuelles excluant les menaces militaires des États-Unis, en lui faisant croire qu'il s'agissait d''une erreur tactique'. Abrams a déclaré que les principales sources de pression exercées contre le gouvernement vénézuélien étaient toujours des pressions financières, économiques et diplomatiques. »

Le nouvel ordre de Guaido est d’inciter à une grève générale au Venezuela. Le début ne semble cependant pas encourageant :

« Le chef de l'opposition, Juan Guaidó, a intensifié ses efforts mardi pour destituer le président Nicolás Maduro, rencontrant les syndicats du secteur public et demandant des grèves tournantes afin d'affaiblir le gouvernement autoritaire.
 
Guaidó a réussi à attirer une centaine de dirigeants de syndicats d’employés d’État à la session. Mais seulement quelques centaines de travailleurs sont venus...
 
Besse Mouzo, l'une des dirigeantes syndicales participant à la réunion, a déclaré que le plan prévoyait l'organisation d'arrêts de travail susceptibles de mener à une grève générale. 'Nous devons commencer par convaincre les gens' de se joindre aux petites grèves, a-t-elle déclaré. »

Cet effort n’ira probablement nulle part. Qui paierait ces travailleurs s’ils faisaient la grève ?

Bloomberg a également déclaré qu’ils ne prévoyaient aucune agression militaire ouverte. Le plan pour l’instant est d’affamer le peuple vénézuélien pour qu’il se soumette :

« Les diplomates européens et latino-américains déclarent se préparer à un processus long et compliqué pendant lequel Maduro reste au pouvoir, malgré une économie en perte de vitesse. Un diplomate latino-américain a déclaré que Maduro avait appris de ses clients cubains à être résilient. Les sanctions et la pression internationale pourraient finir par renforcer son régime, du moins à court terme. »

Sous sanctions économiques, les personnes dépendent du gouvernement pour leurs besoins. C’est pourquoi les sanctions ne font jamais tomber un gouvernement et ne font que nuire à ceux qui sont déjà pauvres.

La situation est dans une impasse. Les États-Unis augmenteront les sanctions. Le Venezuela, comme l’Iran et la Syrie, trouvera des moyens de les contourner. Des années plus tard, rien d’essentiel n’aura changé.

Guaidó est peut-être un homme séduisant capable de charmer les fonctionnaires de Washington. Mais jusqu’à présent, il n’a rien pu faire. Il n’a que peu d’adeptes et le président Maduro l’ignore simplement.

Ce n’était pas le plan quand cette opération de changement de régime a commencé. On avait promis à Trump une action rapide au cours de laquelle l’armée vénézuélienne sauterait sur l’occasion présentée par  le mec hasardeux que les néocons lui auraient vendu en tant que « président par intérim ». Cela ne s’est pas produit. Le plan B était le gadget « aide humanitaire » qui n’allait nulle part non plus. L’idée d’inciter les travailleurs du secteur public à faire la grève n’est pas réaliste non plus. Il n’y a pas de véritable option militaire.

Combien de temps va durer la patience de Trump face à la situation actuelle ? Que fera-t-il quand elle sera épuisée ?

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

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