Dépeuplement et monétisation… comme les pois et les carottes


Par Chris Hamilton – Le 28 janvier 2019 – Source Econimica

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Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le processus de dépeuplement est le déclin du nombre de naissances face à l’allongement de l’espérance de vie de la population actuelle. Dans ces conditions, le dépeuplement commence par la diminution du nombre de jeunes et il remonte lentement dans les différentes couches de la population. Ainsi, au fur et à mesure que le dépeuplement se produit, il est suivi par le déclin des naissances, et éventuellement par le déclin des populations âgées de 0 à 64 ans par rapport aux populations de 65 ans et plus qui continuent de croître. Le dépeuplement pur et simple ne prend le dessus qu’une fois que les baisses chez les moins de 65 ans l’emportent sur la croissance en cours chez les plus de 65 ans.

En 2011, un seul État, Porto Rico, connaissait l’expérience d’un dépeuplement réel. Cependant, en 2018, ce nombre est passé à 9 États (Alaska ; Connecticut ; Hawaï ; Illinois ; Louisiane ; Mississippi ; New York ; Virginie-Occidentale, Wyoming), plus Porto Rico qui sont en train de se vider (voir graphique ci-dessous).

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En 2018, 16 autres États (Maine ; New Jersey ; Pennsylvanie ; Ohio ; Michigan ;  Indiana ; New Hampshire ; Rhode Island ; Vermont ; Connecticut ; Kentucky ;  Nouveau Mexique ; Kansas ; Missouri ; Wisconsin, Alabama) connaissent maintenant les signes précurseurs d’un dépeuplement complet ; les populations de 0 à 64 ans sont en baisse par rapport à une légère croissance chez les plus de 65 ans. En termes simples, la moitié des États plus Porto Rico connaissent un dépeuplement avancé ou précoce (dépeuplement des moins de 65 ans).

En parlant de Porto Rico, le flot des départs semble être en marche. Le graphique ci-dessous montre le déclin annuel net de la population qui a commencé en 2005 et qui a atteint une rupture en 2018. Depuis 2005, la population portoricaine a chuté d’environ 16% !!!!!

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Mais le graphique ci-dessous montre l’évolution de la population entre les différents segments de la population portoricaine. Alors que la population des 65 ans et plus continue de se maintenir et même de croître (+3%), l’exode galopant et l’effondrement de tous les segments de la population des moins de 65 ans sont d’une proportion épique. Le graphique ci-dessous ne montre la situation que jusqu’en 2017, mais en 2018, la population des moins de 65 ans est en baisse de 17% … et ces tendances négatives ne feront que s’accélérer en raison d’une combinaison de la baisse de la population infantile, des taux de natalité profondément négatifs et de l’émigration croissante.

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De retour sur le continent, la Virginie-Occidentale est l’étalon du dépeuplement. Alors que le déclin total de la population de la Virginie-Occidentale est « juste un peu » au dessus de -2%, c’est la nature du déclin qui compte vraiment. Depuis 2010, la population des moins de 65 ans a diminué de 91 000 personnes, soit une baisse de 5 %, tandis que la population des 65 ans et plus a augmenté de plus de 50 000, soit une hausse de 3 %. Là encore, les deux tendances s’accélèrent dans les 2 segments.

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Étant donné que les données d’une année sur l’autre peuvent être désordonnées et trompeuses, les graphiques ci-dessous montrent l’évolution des populations des moins de 65 ans par rapport à celles des plus de 65 ans entre 2010 et 2017. Les 10 États ayant les pires caractéristiques démographiques sont présentés ci-dessous, plus la variation nette au cours de cette période. Bien que des États comme le Michigan et l’Ohio ne se dépeuplent pas (encore), le déclin des populations de moins de 65 ans n’est masqué que par la croissance encore plus rapide des populations de plus de 65 ans.

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Et les dix États suivants, tous avec des populations de moins de 65 ans en déclin, se placent sur les rangs pour être les prochains États victimes d’un dépeuplement net (ci-dessous).

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Précédemment lié ci-dessous, j’ai détaillé la situation des régions des États-Unis au niveau des changement dans leur population, la fuite urbaine, les emplois, la création de logements :

Mais une économie nationale est un ensemble de nombreuses petites économies, chacune ayant sa propre assiette fiscale et ses propres retraités. En Amérique, il y a 3 142 comtés (arrondissements, paroisses, etc.). Ce qui se produit en plus des taux de natalité négatifs, c’est une fuite des jeunes adultes des zones rurales vers les zones urbaines à la recherche d’opportunités. Cela signifie qu’un nombre relativement restreint de comtés urbains situés dans les grands centres métropolitains connaissent une croissance rapide (Portland ; Boston ; Dallas ;  Houston ; The Bay Area ; New York ; Miami, etc.). Cependant, les taux de natalité négatifs couplés à l’exode urbain laissent la majorité des comtés américains avec un dépeuplement net, purement et simplement. D’après mes estimations, 60% à 80% des comtés américains sont victimes d’un dépeuplement réel (les populations de moins de 65 ans diminuent plus rapidement que les populations de plus de 65 ans qui continuent elles d’augmenter). Quelques implications du dépeuplement parmi ces plus petites unités économiques (diminution des 0 à 64 ans contre croissance des 65 ans et plus) :

  • Le rétrécissement de la main-d’œuvre rurale potentielle ;
  • Le rétrécissement de la base de consommateurs ruraux potentiels ;
  • La réduction de l’assiette fiscale rurale ;
  • Le nombre croissant de vendeurs ruraux par rapport au nombre décroissant d’acheteurs ruraux [Immobilier, NdT] ;
  • Le nombre croissant de bénéficiaires âgés de l’aide sociale et de retraités en milieu rural par rapport à celui des régimes de retraite mal financés et sous-financés.

Les impôts fonciers constituent le principal moyen de recouvrer ces impôts pour financer entièrement les pensions des administrations locales. Des décennies de baisse des taux hypothécaires ont permis d’éviter que les prix des propriétés privées en milieu rural ne s’effondrent et de maintenir des impôts fonciers anormalement élevés. Cependant, le dépeuplement actuel, le déclin des économies rurales et des emplois, ainsi que la stagnation ou la hausse des taux hypothécaires, font que les prix de l’immobilier rural ne sont plus maintenables. La chaîne de dépeuplement, le déclin de l’activité économique rurale (diminution des emplois et des bases de consommation, sans compter le commerce électronique remplaçant de nombreuses entreprises locales traditionnelles), entraînent une augmentation des impôts fonciers qui ne fera que faire baisser davantage les prix des logements ruraux. L’augmentation rapide des charges fiscales face à la diminution des possibilités d’emploi ne fera qu’accélérer la fuite des ruraux vers les villes, ce qui entraînera un ralentissement économique plus marqué, un plus grand effondrement des prix et des hausses de taxes encore plus importantes… etc…

Les 20% de la population américaine vivant dans les zones rurales d’Amérique qui ont connu le moins d’essor économique des bulles et des boums sont tristement en ligne pour se faire écraser.  Bien sûr, cette fuite des jeunes de la campagne vers la ville est une aubaine pour les économies urbaines, car cela stimule encore davantage la demande de logements, de loyers, d’emplois, etc.

Alors que le Texas ; la Floride ; l’État de Washington ; l’Oregon ; l’Utah ; le Colorado ; l’Arizona ; le Nevada, les Carolines et la Géorgie continuent tous de croître bien au-dessus de la moyenne nationale… il y a un leader historique qui est en retard. La croissance annuelle actuelle de la population californienne s’est ralentie pour atteindre des niveaux qui n’existaient auparavant que dans les périodes post-récession. Si cette tendance se poursuit, la Californie rejoindra bientôt la liste des États en cours de dépeuplement. Mais ce n’est pas seulement un problème américain, c’est une affaire mondiale.

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Enfin, pour brosser un tableau d’ensemble de la décélération de la croissance démographique dans l’optique du ratio de la dette sur PIB, le graphique ci-dessous met en évidence cette dualité depuis 1790. La ligne noire correspond à la croissance annuelle totale de la population américaine et la ligne jaune à la croissance annuelle de la population de 0 à 64 ans (les deux incluant l’immigration légale/illégale).

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Penser global

Si l’on se souvient que le dépeuplement moderne est un processus qui commence par le déclin des naissances (masqué par des personnes âgées qui vivent des décennies de plus que leurs prédécesseurs), le graphique ci-dessous montre les naissances annuelles mondiales des nations dont le revenu par habitant dépasse 775 $/an. Cela représente 91% de la population mondiale et ces nations gagnent 99% du revenu, épargnent 99% du total de l’épargne, et consomment 99% de l’énergie et des matières premières terrestres. Ainsi, le fait que les naissances au sein de cette population aient culminé il y a 30 ans et continuent de baisser signifie que cette baisse de la base de consommation (dépeuplement) déprime maintenant la demande mondiale. De 1989 à 1996, ces pays ont connu une baisse de 16% des naissances, puis un rebond partiel jusqu’en 2014, mais aujourd’hui les naissances sont de nouveau en baisse rapide. Étant donné que cette base de consommateurs beaucoup plus restreinte, née il y a plus de 20 ans, entre maintenant dans l’âge adulte, chaque année représente une baisse importante de la demande potentielle d’une année à l’autre. Cela comprend les États-Unis/UE ; le Japon ; la Russie ; le Brésil ; la Chine ; l’Inde ; le Pakistan ; l’Iran ; le Mexique, etc. (essentiellement tous les pays sauf l’Afrique subsaharienne, l’Afghanistan et les plus pauvres des pays pauvres). Plus inquiétant encore, la ligne verte du graphique ci-dessous représente la trajectoire si les tendances baissières actuelles se maintiennent.

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Prenons les mêmes nations représentant 91% de la population de la planète, mais concentrons-nous sur le changement annuel en % de la population âgée de 15 à 64 ans. Traçons cette variation annuelle à côté du taux des fonds fédéraux et, voilà, une très belle corrélation.

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Conclusion

Le dépeuplement moderne est un processus ascendant qui est en cours depuis des décennies. La monétisation (c’est-à-dire la création par les banques centrales de monnaie avec laquelle elles « gèlent » leurs actifs) est l’action inverse qui consiste à continuer de faire monter les prix des actifs face au dépeuplement et au ralentissement de la demande. On s’attend à ce que ces deux tendances s’inversent au cours des prochaines années… jusqu’à ce que quelque chose se brise.

Note de l'auteur

Toutes les données démographiques américaines proviennent du Census Bureau, toutes les données démographiques mondiales de l'ONU.

Chris Hamilton

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

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