As USual : quand la propagande est un « Renseignement »


Selon les services de renseignement américains eux-mêmes, il n’y a aucune preuve d’ingérence étrangère dans les élections américaines


Par Moon of Alabama – Le 8 août 2020

Hier, les agences américaines dites de « renseignements », pourtant bien mal renseignées, ont encore fait des déclarations absurdes à propos d’interférences étrangères dans les élections américaines.

Le New York Times a pondu un gros titre à sensations : « La Russie continue d’interférer dans les élections pour essayer d’aider Trump, selon les services de renseignements américains »

Mais une nouvelle évaluation indique que la Chine préférerait voir le président battu, bien que l’on ne soit pas sûr que Pékin s’immisce dans la campagne 2020 pour aider Joseph R. Biden Jr.

Mais quand on lit l’article lui-même, on ne trouve aucun fait montrant que « la Russie continue à s’ingérer » :

La Russie utilise toute une série de techniques pour dénigrer Joseph R. Biden Jr, ont déclaré vendredi des responsables des services de renseignement américains dans leur première évaluation publique disant que Moscou continue à essayer d'interférer dans la campagne 2020 pour aider le président Trump.

Dans le même temps, les responsables ont déclaré que la Chine préférait que M. Trump soit battu en novembre et qu'elle réfléchissait à la possibilité de prendre des mesures plus agressives pour les élections.

Mais les fonctionnaires informés de ces renseignements ont déclaré que la Russie était la menace la plus grave et la plus immédiate. Alors que la Chine cherche à gagner de l'influence dans la politique américaine, ses dirigeants n'ont pas encore décidé de se lancer directement dans la course à la présidence, même s'ils n'aiment pas M. Trump, ont déclaré les responsables.

L'évaluation, incluse dans une déclaration publiée par William R. Evanina, le directeur du National Counterintelligence and Security Center, a suggéré que la communauté du renseignement fasse preuve de prudence, vue l’ébullition politique générée par les conclusions précédentes.

Les auteurs soulignent les propos alarmistes de « fonctionnaires informés de ces renseignements » – c’est-à-dire des membres Démocrates du Congrès – sur la Russie, mais n’ont rien pour les étayer.

Quand on lit la déclaration d’Evanina, on n’y trouve rien sur les tentatives russes d’ingérence dans les élections américaines. Voici la seule « preuve » que l’on y trouve :

Par exemple, le parlementaire ukrainien pro-russe Andriy Derkach répand des accusations de corruption - notamment en rendant publics des appels téléphoniques ayant fait l'objet de fuites - pour saper la candidature de l'ancien vice-président Biden et le Parti démocrate. Certains acteurs liés au Kremlin cherchent également à promouvoir la candidature du président Trump sur les médias sociaux et la télévision russe.

A la demande de Rudy Giuliani, l’avocat personnel du président Trump, un parlementaire ukrainien a publié des preuves ukrainiennes de l’ingérence très réelle de Biden en Ukraine. De même, un invité d’une émission de télévision russe a donné son opinion. En quoi l’un ou l’autre de ces deux éléments est-il une « preuve » de l’ingérence russe dans les élections américaines ?

La déclaration affirme ensuite :

À l'approche des élections américaines de 2020, les États étrangers continueront à utiliser des mesures d'influence secrètes, ou publiques, dans leurs tentatives pour influencer les préférences et les perspectives des électeurs américains, modifier les politiques américaines, accroître la discorde aux États-Unis et saper la confiance du peuple américain dans notre processus démocratique.

Mais comment les agences de « renseignements » savent-elles que des États étrangers veulent « influencer les préférences », « accroître la discorde » ou « saper la confiance » dans les élections ?

Comme le notait un récent article de Foreign Affairs :

Selon l'opinion générale dans les médias et celui du gouvernement américain, le Kremlin mène une campagne de longue haleine pour miner et déstabiliser la démocratie américaine. Poutine veut voir les États-Unis brûler, et des élections controversées offrent une occasion toute trouvée d'attiser les flammes.

Mais il est difficile d'attribuer un motif et une intention, car l'impact perçu est souvent confondu avec l'intention réelle. [...] Où sont les preuves que la Russie veut réellement faire tomber l'ordre mondial libéral et regarder les États-Unis brûler ?

Eh bien, il n’y en a pas. Et c’est pourquoi les agences de « renseignements » ne présentent aucune preuve.

Même les auteurs du NYT doivent admettre qu’il n’y a rien :

Le communiqué de vendredi manquait de détails, ...

et

Les agences de renseignement concentrent leur travail sur les intentions des gouvernements étrangers, et évitent d'évaluer si ces efforts ont un réel effet sur les électeurs américains.

Comment les agences de renseignement connaissent-elles les « intentions » russes, chinoises ou iraniennes ? Existe-t-il un document politique secret du gouvernement russe qui dit qu’il devrait « accroître la discorde » aux États-Unis ? Y a-t-il un rapport d’un groupe de réflexion chinois qui dit que saper la confiance des Américains dans leur processus démocratique serait bon pour la Chine ?

Si les services de renseignement ont des copies de ces documents, pourquoi ne pas les publier ?

Laissez-moi deviner. Les agences de « renseignements » n’ont rien, zéro, nada. Elles ne font que des suppositions sauvages débiles sur les « intentions » d’ennemis présumés, juste pour impressionner les personnes qui approuvent leur budget.

De nos jours, cela semble être leur principal objectif.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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