Prévision 2016 : boire le calice jusqu’à la lie – 2/2

Note du Saker Francophone

C'est peu dire que James H. Kunstler est pessimiste sur la suite des événements. Autant vous le dire tout de suite, tout le monde en prend pour son grade, les américains, les arabes, les français, pas de jaloux. La traduction n'est pas édulcorée. Elle n'est pas là pour choquer gratuitement, plutôt pour faire réfléchir. Même si certains de ses arguments sont très discutables, l'auteur dépeint sa vision du monde et donc celle d'une partie des américains qui vont voter dans quelques mois. Accrochez vous !
James Howard Kunstler

James Howard Kunstler

Par James Howard Kunstler– Le 4 janvier 2016 – Source kunstler.com

Partie 1

Géopolitique suite…

En 2015, le théâtre des opérations entre les États-Unis et la Russie s’est déplacé vers la Syrie. Nos maladresses monumentales au Moyen-Orient, qui ont permis la création d’ISIS, nous ont laissés dépourvus de tout moyen cohérent pour contrer la barbarie et l’animosité de l’islam radical.

Alors, notre adversaire M. Poutine est intervenu, sur la prémisse que déstabiliser ce qui reste du gouvernement syrien de M. Assad n’était pas une si bonne idée, comme il l’a expliqué très clairement à l’Assemblée générale de l’ONU. Il reste à voir si la Russie sera en mesure de pacifier la Syrie, dont une grande partie se trouve maintenant en ruines. Mais contrairement aux États-Unis, la Russie n’a pas d’intentions ambivalentes concernant ISIS. Nous avons fait semblant de croire que n’importe quel ancien gang en vadrouille et adversaire d’Assad, était notre ami. Les objectifs de la Russie sont assez simples : soutenir Assad, sauver ce qui reste des institutions souveraines en Syrie et briser ISIS. En échange, ils ont obtenu une base navale en eau chaude sur la Méditerranée. Et cela est censé être une menace existentielle pour les États-Unis.

La base du conflit régional, de toute façon, reste entre les sunnites et les chiites, ce qui veut dire des maniaques islamiques parrainés par l’Arabie Saoudite face à d’autres maniaques islamiques parrainés par les perses. Malheureusement, cela se traduit par un conflit d’intérêts entre l’Arabie Saoudite et les États-Unis d’un côté, l’Iran et la Russie de l’autre. Ajoutez à cela quelques joueurs ayant un joker dans la manche comme le Hezbollah et Israël, et vous avez un cocktail assez relevé pour faire monter la température. Malheureusement, les États-Unis ne parviennent pas à formuler une stratégie qui ne va pas empirer les choses pour les gens de la région ou pour le territoire américain (ou pour nos alliés en Europe, en proie à un afflux de réfugiés qu’ils ne peuvent pas absorber correctement et à une terrible menace d’événements violents).

Je pense qu’en 2016, la politique d’Obama aura pour seul objectif de s’écarter du chemin de Poutine et regarder ce qui se passe. Il n’a pas grand chose en réserve pour l’instant. La pire chose qui pourrait sortir de cette situation pour Obama, vraiment, serait de voir Poutine réussir à pacifier la Syrie. Les dirigeants américains en seraient quittes pour apparaître pour ce qu’il sont, incompétents et stupides, évidemment. Peut-être que parfois vous devez juste assumer vos erreurs. Même si Obama déteste Hillary, je doute qu’il veuille bouleverser l’ensemble de la pyramide népotique gémissante qu’est devenu le Parti démocratique de Washington DC. Il pourrait aussi être prudent et ne pas commencer la troisième guerre mondiale au cours d’une année d’élection. Il peut laisser cela à Hillary, dont le couronnement sera effectif le 20 janvier 2017.

Tout pourrait se produire dans le monde islamique en 2016. Toutes les nations islamiques sont largement surpeuplées, compte tenu de la mauvaise qualité des sols. La plupart d’entre elles occupent un territoire qui a été horriblement dégradé lors de l’explosion de la population durant ces cent dernières années, et sont en passe de souffrir face aux importantes anomalies climatiques et météorologiques qui viennent. Les gouvernements vont tomber et ne peuvent pas être remplacés par quelque chose ressemblant à une entité politique cohérente. L’Algérie, la Libye, l’Égypte, l’Irak , le Pakistan, la Malaisie, l’Indonésie ne sont que marginalement stables pour le moment. L’Afghanistan est un cas désespéré. Nous ne pourrons jamais contrôler le terrain ni les gens qui y vivent. Mais nous allons continuer à maintenir une garnison pour défendre Kaboul, prétendant que le contrôle de la capitale est suffisant.

Et puis il y a le Grand Sachem : l’Arabie saoudite, avec ses revenus pétroliers en baisse et la multitude croissante de parasites qui en dépendent. La mésaventure du roi Salman avec sa guerre civile au Yémen, a donné naissance à un autre État défaillant et a entamé les ressources de l’Arabie saoudite. Si les autres clans de l’Arabie, quels qu’ils soient, renversent Salman, ils vont également créer une ouverture aux éléments non-membres de la royauté comme ceux aromatisés ISIS pour inciter à une guerre civile multi-dimensionnelle. Un bouleversement dans le royaume saoudien produirait sûrement un trouble profond sur les marchés pétroliers. Les USA seraient perdus dans ce match de pitbulls. La tentative de stabiliser notre vieil «allié» avec des troupes sur le terrain devrait probablement marcher aussi bien que notre aventure, à côté, en Irak. Le résultat qui suivra sera plus de conflits dans cette vaste bande du monde avec de si maigres ressources, notamment en eau, avec en parallèle une guerre chaude à différentes échelles, et des mouvements de plus en plus massifs de populations fuyant la tourmente. S’ils voyagent en Europe, ils seront refoulés. Le Camp des saints devient une émission de télé-réalité.

La Turquie, avec la deuxième plus grande armée de l’Otan, aurait pu être une force pour la stabilité au Moyen-Orient, mais le président Recep Tayyip Erdogan, son homme fort, ne peut pas sortir de son propre chemin. Il ne peut pas décider s’il est au côté des islamistes ou de l’Occident et ses tentatives pour faire du pied au deux à la fois, tout en empilant un butin privé, ont laissé les deux camps soupçonneux. Dernièrement, il s’est aventuré trop loin, abattant un avion de guerre russe et recelant des biens volés sous la forme de livraisons de pétrole d’ISIS provenant de puits syriens et irakiens. Il a été incapable de mobiliser l’Otan pour se joindre à lui sur la base de l’argument du viol de l’espace aérien turc et il s’est mortellement aliéné les auditeurs occidentaux par ses actions. Il a de la chance que Poutine n’ait pas réduit Ankara en cendres. Les Kurdes à la frontière sud de la Turquie menacent de déclencher une guerre civile en affirmant leur propre nation, maintenant, comme ça, de facto. Pendant ce temps, l’économie turque est à nouveau chancelante, renforçant son statut de longue date «d’homme malade de l’Europe».

Les décennies durant lesquelles l’Europe était vue comme le délicieux parc à thème touristique à l’Ouest appartiennent au passé. Le continent est de retour dans une dangereuse mêlée générale des nations, tribus et factions, avec l’ajout d’intrus étrangers islamiques pour corser les choses. Qui sait ce qui va exploser là-bas, et où ? Quand il deviendra évident en 2016 que l’afflux de réfugiés de 2015 n’a pas été un événement unique que la zone euro pourrait absorber confortablement, les nations débuteront individuellement les déportations. En arriver là a été un chemin difficile, avec à l’esprit la mémoire de l’Holocauste. Mais, contrairement aux Juifs des années 1930, les islamistes massacrent des amateurs de concerts, piègent des métros, tirent sur des civils dans des restaurants, décapitent des journalistes, et menacent explicitement l’existence même de la société européenne. Ce qui se passe avec l’Islam est différent et nous sommes maintenant quatre générations après Auschwitz. Les Européens devraient juste revenir à la réalité pour penser sérieusement à la défense de leurs cultures nationales respectives mais aussi de la culture européenne collective.

2016 sera le prélude à l’élection présidentielle française de 2017. François Hollande a toute l’année à venir pour démontrer sa faiblesse. Mais est ce que les Français vont digérer le parti semi-fasciste de Marine Le Pen, le Front National ? La droite française n’a pas pour objectif d’affaiblir le gouvernement, mais simplement d’organiser un jeu de chaise musicale. Comme 2016 avance, regardez ce bon vieux Sarko (Nicolas Sarkozy) les talonner tous les deux. Sarko est un peu truand et aussi volontaire que Marine Le Pen, mais pas aussi fou. Les électeurs français en auront marre du style mollasson de Hollande, mais ils ne sont pas prêts pour un Hitler féminin. Sarko est un diable qu’ils connaissent et ils pourraient vouloir le voir revenir.

Note du Saker Francophone

L'auteur se fait sans doute plaisir sur le coup avec de biens grands mots. Mais cela dénote peut-être d'un atout de Sarko l'américain. Il reste que les signaux faibles indiquent que l'establishment bancaire américain aurait choisi Juppé son french-american young leader.

La même échéance électorale se profile en Allemagne. Il y aura de plus en plus d’électeurs à se révolter contre ce que représente Mutti Merkel, comment elle a fait avaler un million de réfugiés islamiques à l’Europe. Ils ne sont pas prêts pour s’offrir un nouvel Hitler, soit, mais ils seront à la recherche d’une personne à forte volonté pour protéger le Volk, le peuple, contre les hordes étrangères, dont ils sont vaccinés pour de bon. Il y a aussi la question de l’Allemagne qui fait du baby-sitting avec toutes les nations en faillite au sud.

Vu comme 2016 se présente, les PIIGS vont finir aux soins financiers intensifs. Espagne, Italie, Portugal, Grèce finiront par avoir à faire face à l’absence d’acheteurs pour leurs obligations et à la mascarade de leurs faibles taux d’intérêt. L’Espagne, pour ne parler que d’elle, n’en a pas fini avec le problème de la sécession catalane. Le Portugal a besoin de retourner à son 18ème siècle. Les clowns de Bruxelles n’ont pas de plan pour réparer les finances de la zone euro au-delà d’un assouplissement quantitatif massif qui ne peut pas être éternel. Celui qui remplacera Merkel comme chancelier pourrait être celui qui va sentir que l’Allemagne doit mener l’Europe vers le chemin de la sortie de cette monnaie fantaisie qu’on appelle Euro et de toutes les terribles obligations qui en découlent.

La Grande-Bretagne est à part, encore à la recherche d’un terrain d’atterrissage. Elle n’a pas d’économie en dehors des escrocs de la City, sa version de Wall Street. Les élites, droguées, perdent leur emprise sur cette capitale financière revendiquée après des années de pratique aux limites, alors qu’une bonne partie de son activité se déplace vers Shanghai. Le Premier ministre conservateur David Cameron est l’obligé des grandes banques. Le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn est un unioniste romantique de gauche de la vieille école dans un pays où il ne reste que peu de main-d’œuvre industrielle. Contrairement à la France ou l’Allemagne, le système parlementaire de la Grande-Bretagne peut amener un nouveau gouvernement sans préavis. L’implosion de la dette en 2016 et la Grande Dépression 2.0 qui est en route vont pousser Nigel Farage du parti UKIP «UK Independence Party» sous les projecteurs pour sauver ce qui reste de la vieille Angleterre.

La grande question au sujet de l’Asie est de savoir si la Chine peut trouver son chemin pour sortir de l’impasse dans laquelle elle est prise au piège : un système bancaire ancré dans la corruption clientéliste, de la mauvaise dette partout, et des investissements improductifs comme jamais vus ailleurs dans le monde auparavant. Le pays est étouffé par un excès de capacité industrielle alors que le monde entre dans une contraction épique avec la saturation partout. Peuvent-ils continuer à pousser à la consommation des végétariens diarrhéiques et des clones de Han Solo [Référence à Star Wars, NdT] dans un monde noyé dans la merde en plastique et trop abîmé pour acheter quoi que ce soit ? Ils ont encore 3 400 milliard de dollars de réserves de change pour se renflouer, en théorie. Mais cela commence à affecter la valeur de leur monnaie adossée au dollar, et leur principal partenaire commercial (nous, les USA) peut jouer sans fin au jeu de la guerre des monnaies avec eux pour les dissuader de se débarrasser du reste des bons du Trésor américain qu’ils ont accumulés. Cela devrait les faire enrager encore plus et leur donner une motivation supplémentaire pour chercher des moyens alternatifs de se battre. C’est ça la guerre des monnaies en fin de compte. C’est aussi exactement pour ça que la Chine (avec la Russie et d’autres) créent leur propre version asiatique du FMI, la Banque de développement des BRICs, et une alternative au système international de compensation SWIFT.

Les statistiques économiques et financières chinoises sont encore moins fiables que les ratatouilles indigestes offertes par les agences américaines, mais l’index du fret de transport des matières premières à travers le monde raconte assez bien l’histoire : la Chine ne croît plus comme par le passé, au temps des bon vieux jours, voire plus du tout. Cela aura été  une belle balade qui se finit trop tôt. La fin est arrivée juste avant que le monde n’atteigne les limites bona fide de la croissance. La contraction de la Chine peut être aussi rapide que son ascension, et si tel est le cas, elle sera entraînée dans le même tourbillon récessionniste que celui dans lequel tout le monde est entré.

Ma prédiction à vue de nez pour la Chine en 2016 : après que Kim Jong-Un [Dirigeant de la Corée du Nord, Ndt] ait fait un faux pas contre son voisin du sud, la Chine envahit la Corée du Nord et y installe un système de gestion plus rationnel. Kim Jong-Un termine comme chanteur dans un cabaret à Macao. Heureux garçon.

Pour les amuse-bouches maison

Ayez très peur. Donald Trump n’est plus du tout drôle. C’est Hitler mais sans le cerveau, ni le charme. Mais il est là ou il est pour une raison. Il exprime parfaitement la dépravation de la culture dont il a jailli : narcissique, immoral, vulgaire, sans vergogne, perdu dans le fantasme et sadique. Hillary (son patronyme est connu) n’est pas beaucoup mieux mais elle est loin d’être aussi stupide, seulement plus minutieusement corrompue. Ce sont les avatars de nos deux principaux partis politiques. Ayez très peur et pleurez !

La bonne nouvelle c’est que les partis politiques explosent parfois et disparaissent de la scène, et ce serait un résultat intéressant possible à l’issue des élections nationales de 2016. Trump pourrait accomplir cela beaucoup plus brusquement avec les républicains. Il a précisé qu’il ne se sent aucune loyauté envers l’équipe rouge [Parti Républicain, NdT], et des bruits entendus dans les coulisses disent que les fidèles du parti chercheraient un moyen, soit de l’expulser, soit de mettre fin à la Créature Donald [ou The Donald, NdT]. Compte tenu de notre société américaine procédurière, le résultat direct serait de laisser prendre cette élection en otage par les tribunaux. Dieu nous préserve ! Une autre possibilité est qu’un message serait transmis à l’équipe de Trump de la part d’une combinaison d’éléments incontrôlés de la NSA et de l’armée américaine qu’il ferait mieux d’abandonner ou sinon… Cela serait fait d’une manière telle que Trump ne serait pas en mesure de l’utiliser pour épater la galerie avec des rodomontades narcissiques. Si cela ne se produit pas, et que Trump soit en mesure de se faire élire, je prédis qu’il y aura un coup d’état contre lui en avril 2017. Bonjour la crise constitutionnelle. Où cela pourrait aller à partir de là, personne ne peut le dire.

Parmi les adversaires de Trump pour l’investiture républicaine, le seul à qui je peux porter un intérêt, est Rand Paul, qui est une figure vraiment perturbatrice sans être un maniaque. En fait, je pense qu’il ferait un bon président, sobre, réfléchi, sans obligations envers les racketteurs. Mais il semble avoir une chance quasi nulle de gagner l’investiture du parti.

Hillary est le contraire d’une perturbatrice ; elle est la marraine des racketteurs. Comme les choses se présentent, cependant, elle ne ferait que présider à la Grande Dépression 2.0. Contrairement à Roosevelt lors de la Grande Dépression 1.0, Hillary n’inspirerait aucune confiance à une population hargneuse qui ne chercherait qu’à se venger des facilitateurs de son élection, à savoir les banquiers de Wall Street. La nation pourrait être entraînée dans des combats entre factions avec une possible sécession régionale où chacun voudrait avoir son heure de gloire. Mais je m’avance…. La question à portée de main pour 2016 est : peut-on arrêter Hillary ? À ce stade, je ne vois pas comment, compte tenu de tout le poids de l’appareil de parti calibré en sa faveur par l’odieux président du Parti National, membre du Congrès, j’ai nommé Debbie Wasserman Schultz.

Bernie Sanders a monté une campagne d’opposition noble, et peut-être qu’il est trop tôt pour le radier ici avant les caucus de l’Iowa et les primaires du New Hampshire. Peut-être que quelque chose peut arriver et il peut au moins tuer la candidature de Rodan, le reptile volant, mon autre surnom pour la Créature Hillary. En dehors de cela, il y a mon aversion fondamentale à la philosophie politique de Bernie auto-proclamé socialiste. Je sais que ça sonne comme une révocation facile avec une étiquette politique caricaturale, mais cette étiquette revendiquée par Bernie implique de plus en plus d’intrusion dans la vie de cette nation par un gouvernement encore plus hégémonique. L’Histoire veut nous emmener dans une autre direction maintenant, loin d’un tel contrôle hyper-centralisé, et nous y allons à contre-courant à nos risques et périls. Bien que j’admire la présence de Bernie comme une opposition vocale à Hillary, je ne suis pas chaud avec ce qu’il a à vendre.

Je sais que Martin O’Malley traîne toujours dans le coin, mais c’est une cartouche à blanc, ou un six-pack à la recherche d’une vision du monde, et je ne crois pas, comme certains observateurs l’ont expliqué que cela soit la faute des médias. Dans les quelques débats démocrates tenus à l’automne dernier, il n’a offert à peu près rien en dehors d’une liste classique de récriminations de centre-gauche issue d’une idéologie défraîchie, sans aucune identification des problèmes extraordinaires auxquels ce pays est confronté avec le point culminant de son idylle techno-industrielle, et le grave état d’urgence qui en découle.

Et voilà c’est tout ce que vous obtenez du côté démocrate pour le moment : une puissante sensation que la solution est là. Pourtant, il y a le problème très réel du côté répugnant d’Hillary et comment cela va se répercuter dans les urnes. Il y a même une assez bonne chance pour que beaucoup de femmes votent contre elle. Donc, ma conclusion provisoire / prédiction pour le concours de novembre est qu’Hillary va concourir et perdre contre un candidat encore inconnu qui ne sera pas Trump. Président Cruz ? Beurk ! Rubio ? Retour au jardin d’enfant ! Christie ? «Laisse ton flingue, prends un macaron…!» [Cure d’amaigrissement ? NdT] Jeb [Bush, NdT]? «El pendejo Supremo» [Le trou du cul suprême, NdT] ! À suivre….

Les relations raciales et la lâcheté des classes pensantes

2015 a été une mauvaise année pour les différents groupes d’Américains qui ont essayé (ou non) de s’entendre, en particulier les personnes noires et blanches. La société américaine est traversée avec force par des idéologies identitaires forgées sur les campus universitaires au cours des dernières décennies, et qui maintenant brûlent dans une orgie de plaidoiries et de victimes, la démagogie identitaire, l’hystérie sexuelle, les boucs émissaires, le despotisme intellectuel, le chantage juridique, et (ne l’oublions pas) les gesticulations des arrivistes. Plus l’enseignement supérieur devient hors-sujet, plus les inquisiteurs de la justice sociale organisent énergiquement leurs persécutions contre ceux qui n’achètent pas la ligne du parti des discriminations positives de race et de genre. En 2015, cela s’est transformé en une campagne contre la liberté d’expression et le libre examen. Les mandarins en diversité se multiplient comme les mouches sur les fruits.

Je fis l’erreur l’année dernière de suggérer que les Américains noirs y gagneraient si l’enseignement de l’anglais parlé devenait une priorité dans la scolarité primaire et secondaire et j’ai été vilipendé pour avoir dit cela. Mes adversaires n’ont pas proposé de contre-idées utiles au-delà des injures. Je soupçonne que beaucoup de gens avec de bonnes intentions sont à court de patience devant ce chantage, et c’est un chantage pour extorquer un traitement préférentiel et de l’argent de blancs culpabilisés.

Dans le domaine de la criminalité et de la police, la situation est particulièrement mauvaise. Les vies noires comptent mais pas tellement pour les Noirs eux-mêmes qui se massacrent ardemment les uns les autres dans des endroits comme Baltimore, St. Louis, Detroit, Milwaukee, et «Chi-raq» à un taux proportionnellement beaucoup plus grand que les autres groupes ethniques du pays. Les martyrs du mouvement agissent d’une façon qui peut les mettre en danger, comme par exemple, le malheureux enfant de 12 ans, Tamir Rice, tué en brandissant un fusil à plombs conçu pour ressembler exactement au calibre ACP de l’US Army de 1911, ou Michael Brown battu par l’agent Darren Wilson, ou Trayvon Martin plombé par George Zimmerman. Les flics présents sur plusieurs incidents notoires incluent des officiers noirs ; c’est un sergent femme noire qui supervisait l’action sur le trottoir à Staten Island quand ses collègues ont étouffé Eric Garner (elle n’a rien fait pour intervenir) ; les quelques policiers à Baltimore qui ont emmené Freddy Gray pour sa promenade fatale dans un panier à salade étaient noirs. C’est une scène très ambiguë, pour rester politiquement correct.

Où allons-nous avec les relations raciales dans ce pays ? Pour l’instant, pas dans le bon sens. La tendance serait, pour la police, de considérer certains quartiers comme des zones de non droits − ne serait-ce que pour éviter les gigantesques litiges à plusieurs millions de dollars qui se produisent lors de confrontations ambiguës. Certains peuvent considérer cela comme une bonne chose, mais cela va seulement accentuer l’esprit décadent que des choses se passent mais que rien ne compte dans ce pays. La grande question est de savoir si, à l’avenir, l’Amérique noire va continuer à insister dans cette culture d’opposition. Voilà ce qu’il en est advenu, même si les classes bien pensantes ne le reconnaissent pas. Ils ne vont pas non plus reconnaître la nécessité d’une culture commune dans ce pays, un ensemble de valeurs et de normes de conduite véritablement partagées.

Changement climatique

Ceci est la sous-couche de désespoir à laquelle les personnes sensées ne peuvent pas éviter de penser quand tous les autres petits problèmes de relations humaines sont résolus et que le projet de civilisation est défini. Météo surnaturelle ? Inondations bibliques ? Fontes des calottes glaciaires ? Niveau de la mer qui bouge ? Il faisait 21° à la veille de Noël ici dans l’État de New York, les pissenlits étaient en fleur dans le jardin juste une semaine auparavant. Certaines personnes que je connais ne peuvent pas s’arrêter de penser au changement climatique. Quelque part, je parviens à me le sortir de l’esprit et à ruminer sur d’autres choses, ou même à me sentir bien à propos de ce qui se passe dans le présent, un bon repas, un rassemblement d’amis, une soirée musicale en direct …. Mais c’est toujours là, tapi au fond comme la capuche de la mort dans un dessin du New Yorker.

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Relax, je viens pour ton  logiciel

Malgré le battage autour du changement climatique à la conférence de Paris, je ne suis pas convaincu que les gouvernements nationaux vont vraiment faire quelque chose, ou même que tout ce qu’ils pourraient faire permettrait d’améliorer les choses. Je ne suis même pas tellement préoccupé de savoir si le changement climatique est d’origine anthropique ou pas. Je reconnais simplement que quelque chose est en place et que comme les choses changent, nous devrons les régler. Il me semble que l’ajustement ne sera pas facile et que d’ici à cinq cents ans à partir de maintenant, il y aura beaucoup moins d’êtres humains dans le coin, s’il en reste. Du point de vue du bien-être de la planète, c’est probablement une bonne chose.

Dans le même temps, nous allons faire de notre mieux pour continuer et être aussi bons que possible pour notre prochain.

Bonne chance en 2016 !

James Howard Kunstler

Traduit par Hervé, vérifié par jj, relu par Literato pour le Saker Francophone

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