L’ONU complice d’un génocide


Le Programme alimentaire mondial, corrompu par des Saoudiens, menace les Yéménites d’une nouvelle famine


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama  – Le 1er janvier 2019

Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies est censé venir en aide aux populations qui ont un besoin urgent de vivres. Ce n’est pas censé être une organisation partisane. Mais dans la guerre contre le Yémen, elle a maintenant pris parti pour un côté du conflit et menace l’autre de mourir de faim.

La longue famine au Yémen se poursuit sans relâche. Les habitants du nord du Yémen, sous le contrôle des Houthis, et assiégés par la coalition saoudienne, sont affamés. Ceux qui vivent dans les zones contrôlées par le gouvernement dans le sud ont des problèmes similaires. Il existe de nombreuses parties en conflit, ce qui rend difficile la distribution de l’aide. Il y a de la nourriture sur les marchés mais les gens n’ont pas d’argent pour la payer.

Beaucoup d’hommes pauvres, même des enfants, sont recrutés pour combattre de part et d’autre. La coalition de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et des États-Unis compte peu de soldats sur le terrain. Ils embauchent des mercenaires pour faire la guerre.

Les États-Unis mènent surtout la guerre aérienne contre le Yémen, au profit des Saoudiens :

Lorsqu’un avion de combat saoudien F-15 décolle de la base aérienne du roi Khalid dans le sud de l’Arabie saoudite pour bombarder le Yémen, il ne s’agit pas uniquement d’un avion et de missiles américains.

Des mécaniciens américains entretiennent le jet et effectuent des réparations au sol. Des techniciens américains mettent à niveau le logiciel de ciblage et d’autres technologies classifiées, que les Saoudiens ne sont pas autorisés à installer. Le pilote a probablement été formé par l’armée de l’air américaine.

Et dans la salle des opérations aériennes de la capitale, Riyad, des commandants saoudiens sont assis à côté de responsables militaires américains qui fournissent des renseignements et des conseils tactiques, …

Tandis que l’armée américaine prétend vouloir empêcher les attaques contre des cibles civiles, les résultats ne montrent aucune influence de ce type. La guerre contre les Houthis et leurs alliés au Yémen est une guerre de siège depuis le début. Elle a été conçue pour utiliser la famine comme une arme contre la population des zones contrôlées par les Houthis.

Les Saoudiens ne bombardent pas seulement des puits et des installations de production alimentaire à terre, ils tuent également des pêcheurs yéménites qui osent prendre la mer. La coalition saoudienne a également engagé des mercenaires du Soudan, et d’ailleurs, comme chair à canon pour l’infanterie. Certains d’entre eux ont douze ans. Les Houthis recrutent également des jeunes.

Les EAU, qui profitent le plus de la guerre, ont engagé des dirigeants et des combattants d’Al-Qaïda pour mener à bien leurs tâches. Abu al-Abbas, qui est à la tête de quelque 3 000 combattants locaux, en est un très connu. L’année dernière, le gouvernement Trump a condamné al-Abbas pour le financement d’al-Qaïda. Mais son allié, les Émirats Arabes Unis, lui verse des millions par mois pour lutter à ses côtés.

Le 9 décembre, les parties belligérantes ont tenu leurs premiers pourparlers directs dans le cadre des efforts de paix menés par les États-Unis en Suède. Bien que l’ONU ait affirmé que plusieurs accords avaient été conclus, aucun n’a été publié et les deux parties semblaient être en désaccord sur le résultat. La question la plus importante est le contrôle exercé sur le port de Hodeidah, par lequel transite l’essentiel de l’aide alimentaire au Yémen. Les Saoudiens et les Émirats Arabes Unis ont essayé pendant des mois de prendre le port, tandis que les Houthis le défendaient à tout prix, car leur ligne de vie en dépendait.

Le nouvel accord aurait donné à l’ONU le contrôle du port. Les forces contrôlées par les Houthis ainsi que par les Saoudiens et les Émirats arabes unis se retireraient du port et de la ville et laisseraient une force non armée de l’ONU diriger le port. Mais les Houthis disent que l’ONU ne ferait que surveiller le port alors que les forces armées resteraient.

Le 29 décembre, Associated Press rapporta tout d’abord que les Houthis avaient confié le contrôle du port à la garde côtière, contrôlée par le gouvernement. Après quelques moqueries des Yéménites, l’agence a révisé son rapport :

Les rebelles chiites du Yémen ont annoncé samedi avoir confié le contrôle du port principal de la ville de Hodeidah, sur la mer Rouge, à la garde côtière et aux administrateurs locaux, mais le gouvernement a démenti cette affirmation en  déclarant qu’il s’agissait d’un stratagème de la part des rebelles alignés avec l’Iran pour maintenir le contrôle d’une installation stratégique.

« C’est une comédie dans laquelle les Houthis ont confié le port à leurs combattants après avoir revêtu les uniformes de la garde côtière », a déclaré le gouverneur de Hodeida, al-Hassan Taher.

En effet, une photo publiée montrait un « général de brigade » en uniforme de garde-côte « prenant le contrôle du port ». La garde côtière du Yémen n’a pas de généraux. La veille, le « général » était un commandant Houthi.

L’ONU n’a pas du tout apprécié le stratagème et tente maintenant de punir les Houthis, tout comme le font les Saoudiens, en menaçant de les affamer davantage.

Juste hier, Associated Press et le Pulitzer Center ont publié un rapport d’enquête sur le vol des approvisionnements en vivres fournies par les organisations humanitaires lors de leur distribution au Yémen :

Des documents examinés par Associated Press et des entretiens avec al-Hakimi et d’autres responsables et travailleurs humanitaires montrent que des milliers de familles à Taiz ne reçoivent pas l’aide alimentaire internationale à leur intention, souvent parce qu’elle a été saisie par des unités armées alliées aux Saoudiens, appartenant à la coalition soutenue par les États-Unis au Yémen.

« L’armée, qui devrait protéger l’aide, la pille », a déclaré al -Hakimi à l’agence de presse.

L’enquête a révélé des cas similaires de pillage de l’aide livrée à la partie houthie. Au lieu d’être distribuée aux personnes dans le besoin, une grande partie de l’aide alimentaire est vendue sur les marchés locaux. Ce n’est pas vraiment étonnant. Tout programme d’aide important dans une zone de conflit présente des problèmes similaires. Une partie des fournitures tombe toujours du camion.

Mais l’ONU a ignoré le rapport de l’AP selon lequel les deux côtés pillent l’aide alimentaire. Quelques heures après sa publication, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a exclusivement accusé la partie houthie de détourner son aide :

Le Directeur exécutif du PAM, David Beasley, a averti les autorités houthies à Sanaa que, si elles ne prenaient pas des mesures immédiates pour mettre fin au détournement de l’aide, le PAM « n’aurait d’autre choix que de cesser de travailler avec ceux qui conspirent pour priver un grand nombre de personnes de la nourriture dont elles dépendent ».

Tout comme les Saoudiens, le PAM de l’ONU menace d’affamer ceux qui vivent dans la zone contrôlée par les Houthis :

« Si vous n’agissez pas dans un délai de 10 jours, le PAM n’aura d’autre choix que de suspendre l’assistance… cela concerne près de trois millions de personnes », indique la lettre.

Les Houthis protestent contre un ultimatum aussi partisan :

Les rebelles houthis du Yémen ont déclaré mardi qu’ils étaient « surpris » par les accusations de vol de l’aide humanitaire émanant de l’agence alimentaire des Nations Unies, l’accusant de prendre parti dans la guerre qui dure depuis près de quatre ans.
Le Programme alimentaire mondial a menacé lundi de suspendre certaines expéditions d’aide au Yémen si les rebelles n’enquêtaient pas et n’arrêtaient pas le vol et la fraude dans la distribution de vivres, avertissant que la suspension toucherait quelque 3 millions de personnes.

La menace du PAM est scandaleuse. « Nous laisserons 3 millions de personnes mourir si vous ne faites pas ceci ou cela » n’est pas la façon dont l’ONU devrait parler à la partie la plus faible du conflit. (Curieusement, le compte Twitter @WFP_Yemen est maintenant fermé).

Les Saoudiens et les EAU utilisent leur porte-monnaie pour influencer le PAM. Il y a deux mois, ils promettaient 500 millions de dollars supplémentaires :

« Ce dont le Yémen a le plus besoin, c’est la paix, car cela ferait la différence pour chaque vie yéménite », a déclaré David Beasley, Directeur exécutif du PAM. « En attendant, ce don important nous aidera à sauver des enfants au seuil de la mort. Je remercie les Émirats arabes unis et le Royaume d’Arabie saoudite pour leur contribution qui permettra véritablement de sauver des vies. »

Je trouve inconcevable que l’ONU, ou ses sous-organisations, utilisent d’importantes sommes d’argent saoudien pour éviter une famine que les Saoudiens ont volontairement provoquée. L’ONU devrait rejeter une telle corruption. Menacer ensuite le côté affamé du conflit sous des prétexte de pillage de l’aide est irresponsable.

Le directeur du PAM, David Beasley, un ancien gouverneur de la Caroline du Sud, nommé au poste de directeur du PAM par l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU, Nikki Haley, devrait être suspendu de ses fonctions. Son comportement partisan est exactement la raison pour laquelle les Houthis ne peuvent pas et ne donneront pas à l’ONU, ni à aucune de ses organisations, le plein contrôle de Hodeidah. C’est le seul port par lequel ils peuvent recevoir des vivres pour les habitants de leur région. Si les organisations des Nations Unies qui sont manifestement influencées par l’argent saoudien et par des menaces partisanes contrôlent le port, le siège des zones de Houthi serait complet.

Tôt ou tard, ils devront concéder leur défaite. D’ici là, des millions d’autres seront morts.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

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