Les Maldives n’entreront pas tout de suite dans le giron indien


Andrew Korybko
Andrew Korybko

Par Andrew Korybko – Le 29 septembre 2018 – Source orientalreview.org

L’opposition a remporté par surprise l’élection présidentielle aux Maldives le week end dernier.

Ibrahim Mohamed Solih a écrasé le président sortant Abdulla Yameen avec une avance de 16 points, alors que les USA, l’Inde, et nombre de pays occidentaux anticipaient que ce dernier allait trafiquer les élections pour rester au pouvoir. Pour cette raison, nombre d’entre eux s’étaient refusés à dépêcher des observateurs pour ce scrutin ; ils craignaient que cela ne « légitime » les activités frauduleuses qu’ils croyaient voir venir, mais la guerre de l’information sur ce scénario non réalisé ne s’est pas arrêtée là. De fait, les USA et l’Inde semblent avoir influencé les élections en émettant des communiqués provocateurs, qui auraient pu contribuer au résultat final.

L’archipel des Maldives. Source : wikipedia.org

Par exemple, les USA ont menacé de sanctionner les dirigeants maldiviens en cas de soupçons de fraude, message que la population aurait pu interpréter comme signal que des retombées économiques pourraient lui être également infligées. Et par dessus le marché, Subramanian Swamy, membre influent du BSP, parti au pouvoir en Inde, a invoqué l’esprit du défunt John McCain en appelant publiquement son pays à envahir son relativement minuscule voisin du sud, au nom de la « démocratie » et des « droits de l’homme ». Nul doute que cela ait eu un effet sur les électeurs, dont beaucoup étaient déjà mécontents de Yameen sans cela ; et les conséquences en seront sans doute profondes.

Les USA et l’Inde semblent avoir travaillé en duo à façonner les conditions internationales d’occurrence de l’élection aux Maldives, tout comme ils l’avaient fait il y a trois ans et demi jusqu’en janvier 2015, moment où le président Srilankais Rajapaksa avait perdu son siège de manière inattendue d’une manière assez proche. Comme en ces lieux et en ces temps, la situation environnant les Maldives englobe des réalités bien plus vastes que l’État insulaire en lui-même, son implication dans la nouvelle guerre froide, sur toile de fond d’une compétition entre Chine et Inde pour l’Océan Indien. Yameen était considéré comme partenaire proche de la Chine, et positionnait son pays sur le cadre des routes de la soie, chose qui provoquait l’ire côté indien, au vu de la position stratégique qu’occupent les Maldives « sur le perron de la porte », et en plein au milieu de quelques-unes des voies de communication maritimes les plus importantes au monde.

Le président maldivien Abdulla Yameen et le président chinois Xi Jinping

 

Le nouveau gouvernement va probablement accorder rapidement l’amnistie à Mohamed Nasheed, ancien président et critique notoire de la Chine, tout en se tournant vers l’Inde, mais il ne faut pas croire que la transformation du pays en « satellite indien » relève du tout-cuit. La Chine a évité cet écueil avec le Ski Lanka en s’engageant astucieusement avec le gouvernement post-Rajapaksa du président Sirisena, et elle est peut être capable de tirer le même genre de ficelles diplomatiques avec les Maldives post-Yameen. Autre point d’importance, les services de sécurité des Maldives étaient considérés comme très alignés sur les positions du président sortant, si bien qu’il faudra voir si l’« État profond » accompagnera le pivot assujettissant le pays à son grand voisin du nord.

Une combinaison de guerres de l’« État profond » et d’une diplomatie chinoise habile pourraient épargner aux Maldives de perdre leur indépendance stratégique après le choc qu’ont constitué ces élections, et la réorientation apparente du pays vers l’Inde qui s’ensuivra, mais comme toujours dans le domaine des relations internationales, rien n’est complètement certain.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 28 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

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