Les États-Unis perdent encore un important allié du sud est asiatique : la Malaisie


Par Alex Gorka – Le 7 novembre 2016 – Source Strategic Culture

La Malaisie est un autre ancien allié des États-Unis en train de s’éloigner de l’orbite américaine après les Philippines. Le Premier ministre malaisien Najib Razak s’est rendu en Chine du 31 octobre au 6 novembre pour signer 14 accords totalisant 143,64 milliards de ringgit (34,25 milliards de dollars), dont un accord de défense. La Malaisie a accepté d’acheter quatre navires de guerre chinois. Deux seront construits en Chine et deux en Malaisie.

Ce rapprochement a eu lieu en dépit des différends territoriaux à propos de la mer de Chine méridionale. Pendant la visite, les deux pays ont promis une coopération plus étroite pour traiter le problème bilatéralement, afin de contrer l’influence américaine dans la région.

Najib Razak a déclaré que la Malaisie a accueilli la Banque asiatique d’investissement pour l’infrastructure soutenue par la Chine, qui marque un tournant «de dialogue pacifique et non d’intervention étrangère entre les États souverains». Les institutions mondiales doivent inclure «les pays qui n’ont pas eu leur mot à dire dans l’infrastructure légale et sécuritaire qui a été mise en place par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale», a-t-il noté.

La Chine investit de plus en plus en Malaisie et met en œuvre d’importants projets d’infrastructures et autres, dans le pays. Les entreprises chinoises sont bien placées pour gagner un projet de ligne ferroviaire à grande vitesse de 15 milliards de dollars reliant Kuala Lumpur à Singapour – une nouvelle ligne de chemin de fer sur la côte est de la Malaisie. Le Partenariat transpacifique (TPP) étant menacé, les États-Unis semblent avoir peu d’influence sur la politique étrangère malaisienne.

Ce voyage marque un autre revers potentiel pour la politique états-unienne de «pivot» vers l’Asie. L’événement a eu lieu dans le contexte de l’aggravation des relations entre les États-Unis et les Philippines. Le président philippin Rodrigo Duterte a fait des déclarations sur son intention de briser l’alliance militaire avec les États-Unis et de passer au partenariat avec la Chine et la Russie. Il a déjà rendu visite à Pékin pour défier l’Amérique, juste deux semaines avant le voyage de M. Razak.

Bridget Welsh, une analyste politique spécialisée sur l’Asie du Sud-Est, a déclaré : «C’est la nouvelle norme régionale. Maintenant, la Chine exerce son pouvoir et les États-Unis sont en retraite», ajoutant que le pivot asiatique de Washington était «bel et bien mort».

Les relations entre la Russie et la Malaisie se renforcent également. En 2017, les deux pays marqueront le 50e anniversaire du début de leurs relations diplomatiques en 1967.

En mai, le Premier ministre malaisien a visité Sotchi, en Russie, à la tête d’une délégation au Sommet commémoratif de l’ANASE-Russie. À l’époque, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré: «Nous serons heureux de développer des relations dans les domaines humanitaire, économique, les investissements et bien sûr dans le domaine militaire ou dans le domaine de la coopération militaro-technique.»

Le Sukhoi Su-30MKM russe est l’avion de chasse le plus avancé de l’inventaire de la Royal Malaysian Air Force. Le contrat de livraison de 18 jets a été signé en 2003, lors de la visite officielle du président russe en Malaisie. L’achat de jets russes Su-34 et Su-35 est à l’ordre du jour.

Le ministre de la Défense malaisien, Hishamuddin Hussein, estime que son pays doit «se tourner vers l’avenir, vers une nouvelle ère de coopération militaire et technique avec la Russie». La Russie a participé à la 15e exposition et conférence des services de défense en Asie, du 18 au 21 avril 2016 à Kuala Lumpur, pour y exposer l’hélicoptère Mi-171Sh, le char T-90MS, le véhicule blindé BTR-82A et le système de défense aérien Pantsir-S1.

La Malaisie va étudier la possibilité de signer un accord de libre-échange (ALE) avec l’Union économique eurasienne (EAEU) dirigée par la Russie.

Il y a d’autres faits qui montrent que les États-Unis perdent leur influence dans la région Asie-Pacifique. Les banques japonaises et les institutions de développement peuvent offrir des prêts aux banques régionales russes. Le ministre japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, Hiroshige Seko, l’a déclaré au cours d’une interview à TASS.

Il a également été signalé que la Banque japonaise de Coopération internationale (JBIC), soutenue par le gouvernement, fournira environ 4 milliards de yens (38,5 millions de dollars) de financement à la Sberbank de Russie, en défiant ouvertement les sanctions occidentales. Les États-Unis et l’Union européenne ont effectivement interdit les prêts à certaines sociétés et institutions financières russes, y compris Sberbank, dans le cadre des sanctions imposées à la Russie en 2014. L’annonce vient avant la visite du président Poutine au Japon en décembre.

La JBIC prévoit également d’investir dans le projet gazier de GNL (Gaz naturel liquéfié) à Yamal. La JBIC est susceptible de créer un fonds spécial pour investir dans des projets russes avec le Russian Direct Investment Fund.

La coopération économique avec la Russie menace définitivement le front unique de sanctions du Groupe des Sept. Le mouvement va certainement provoquer la colère de Washington, mais Tokyo trouve le développement des liens avec la Russie assez important pour en prendre le risque. L’influence américaine dans la région n’est pas assez forte pour empêcher le Japon de poursuivre ses intérêts nationaux.

Avec les Philippines et la Malaisie s’éloignant de l’orbite américaine, Washington se retrouve avec de moins en moins d’alliés dans la région. Le «pivot» vers l’Asie-Pacifique semble être un autre échec de sa politique étrangère, en plus de la débâcle au Moyen-Orient. En outre, les États-Unis sont confrontés à un revers majeur, car l’Europe rejette le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP).

L’Amérique est une puissance mondiale en retraite. Le nouveau président américain devra faire face à cette réalité. Les événements dans la région Asie-Pacifique fournissent un bon exemple pour appuyer ce fait évident. En très peu de temps, les États-Unis ont perdu deux alliés importants dans la région. Le Japon défie le régime de sanctions contre la Russie. Le siècle américain semble se dissiper, alors que d’autres pôles de pouvoir émergent sur la carte du monde.

Alex Gorka

Article original publié dans Strategic Culture

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

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