Les États-Unis enjoignent à l’Iran de «se comporter comme un pays normal». C’est quoi un pays normal?


Par Danielle Ryan – Le 9 novembre 2018 – Source RT

Mike Pompeo – © Reuters / Jonathan Ernst

Après avoir réimposé cette semaine des sanctions dévastatrices à l’Iran, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo lui a enjoint de « se comporter comme un pays normal », ajoutant que « dans le cas contraire, l’Iran verrait son économie s’effondrer ». Mais, comment se comporte exactement un pays « normal » ?

Puisque le diktat vient de Washington, cela me semble normal de commencer par eux. Et donc les États-Unis sont-ils un pays « normal » ? Qu’est-ce qui fait qu’un pays est « normal » ou qu’il est « anormal »?

La politique étrangère

Si les États-Unis sont bien un pays « normal », on peut en déduire beaucoup de choses, y compris qu’une politique étrangère militariste et menaçante, régulièrement assortie de bombardements, d’invasions et du parrainage d’opérations de changement de régime dans le monde entier, est un comportement normal. Si c’est normal, Mike Pompeo suggère-t-il que l’Iran se mette à envahir ses voisins et à fomenter des coups d’État dans d’autres pays?

L’idéologie de l’« exceptionnalisme américain », la croyance que les États-Unis sont parfaits et irremplaçables, est si répandue dans la société et les médias étasuniens, qu’un politicien qui n’y adhèrerait pas corps et âme se verrait traité d’anti-américain ou d’antipatriotique.

L’exceptionnalisme américain permet aussi de considérer comme « normal », et même louable, que le gouvernement étasunien consacre plus de 650 milliards de dollars par an à l’armée – plus que les sept pays suivants réunis. Pompéo lui-même adhère totalement à cette idéologie, il a d’ailleurs parlé récemment du « bien-fondé absolu » de tout ce que font les États-Unis dans le monde. Mais ce que l’un considère comme normal d’autres le voient comme du militarisme impérialiste.

Les crimes

Les États-Unis publient régulièrement des avertissements aux voyageurs sur les taux de criminalité, les cas de violence politique, etc. des pays où ils se rendent, mais quelles notes les États-Unis obtiendraient-ils si d’autres pays faisaient la même chose ?

Il y a eu plus de 300 fusillades de masse aux États-Unis rien qu’en 2018. C’est près d’une fusillade de masse par jour depuis le début de l’année (nous en sommes au 311e jour). Ces attentats sont devenus si « normaux » qu’il y a un site web uniquement dédié à les couvrir au fur et à mesure qu’ils se produisent.

Il y a eu 11 000 décès liés aux armes à feu en 2016 et les statistiques montrent que les Étasuniens ont deux fois plus de chance de mourir d’une balle que d’un accident de voiture, de camion ou de camionnette, selon le National Center for Health Statistics.

Les brutalités policières

La police américaine a abattu 987 personnes l’année dernière. Dans le même temps, la police allemande a abattu 14 personnes. La population de l’Allemagne est quatre fois moins importante, mais ramenée à celle des États-Unis, cela ne ferait encore que 56 personnes tuées. Aux États-Unis, les statistiques montrent également que le nombre d’hommes noirs abattus est anormalement élevé par rapport au reste de la population.

En fait, en 2017, les hommes noirs (armés et non armés) représentaient 22 % du nombre total de personnes tuées par la police – mais ils ne représentent que 6 % de la population. On a vu, sur des vidéos poignantes, des policiers tirer dans le dos d’hommes noirs non armés qui essayaient de fuir ou en étouffer d’autres parce qu’ils avaient vendu des cigarettes au noir. Pourtant, très peu de policiers sont traduits en justice pour ces assassinats – et encore moins  sont condamnés. C’est ça que Pompéo appelle « normal » ?

La santé

Les Étasuniens ont dépensé environ 3,4 milliards de dollars en soins de santé en 2017, ce qui fait 10 350 dollars par personne en moyenne. Ce chiffre est le double de ce que tout autre pays développé dépense – et malgré cela, le système est si inadapté et inefficace qu’il y a environ 30 millions d’Américains sans assurance maladie.

Certains d’entre eux sont forcés de choisir entre acheter de la nourriture ou acheter des médicaments parce que les médicaments qui leur sont prescrits coûtent très cher. On estime que 45 000 Étasuniens meurent chaque année simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de se payer une couverture santé. Est-ce ainsi que les choses doivent fonctionner dans un pays « normal » ? C’est aussi le seul pays développé où les femmes n’ont pas droit à un congé de maternité.

L’éducation

Recevoir une bonne éducation universitaire aux États-Unis peut coûter très cher.

Si cher en fait que les étudiants finissent souvent par s’endetter pour des décennies. Les Étasuniens doivent actuellement 1 500 milliard de dollars en prêts étudiants.

Par ailleurs, l’éducation publique manque tellement de moyens aux États-Unis que des écoles s’écroulent. Une étude a révélé que 94 % des enseignants des écoles publiques étasuniennes sont obligés de payer les fournitures scolaires de leurs propres deniers. En avril, les enseignants de l’Oklahoma ont entamé une grève de neuf jours parce qu’ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Pendant la grève, ils ont posté en ligne des photos de manuels scolaires en lambeaux, ce qui a fait dire à une élève que « c’était la première fois qu’elle voyait des manuels scolaires avec des couvertures et qu’elle croyait jusque-là qu’ils n’en avaient pas. »

Tout peut devenir normal avec l’habitude.

Traduction : Dominique Muselet

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1 réflexion sur « Les États-Unis enjoignent à l’Iran de «se comporter comme un pays normal». C’est quoi un pays normal? »

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