Les États-Unis augmentent le risque de guerre contre l’Iran sans voie de repli


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 14 mai 2019

L’armée américaine, qui a perdu ses puissantes positions à la Maison-Blanche, essaie-t-elle de faire renvoyer le conseiller en sécurité nationale John Bacchantes Bolton ?

Une fuite dans le New York Times accuse Bolton de se préparer à la guerre contre l’Iran :

Lors d'une réunion de hauts responsables de la sécurité nationale du président Trump jeudi dernier, le secrétaire par intérim à la Défense, Patrick Shanahan, a présenté un plan militaire actualisé prévoyant l'envoi de 120 000 soldats au Moyen-Orient, si l'Iran attaquait les forces américaines ou accélérait son activité sur les armes nucléaires, ont déclaré des responsables de l'administration.
 
Cette option a été exigée par des extrémistes dirigés par John R. Bolton, conseiller en sécurité nationale de M. Trump. Elle n'envisage pas une invasion terrestre de l'Iran, ce qui nécessiterait beaucoup plus de troupes, ont déclaré des responsables.

Cette évolution reflète l’influence de M. Bolton, l’un des plus virulents faucons de l’administration contre l’Iran, dont les pressions en faveur de la confrontation avec Téhéran avaient été ignorées il y a plus d’une décennie par le président George W. Bush.

Lorsqu’on lui demande ses options, l’armée expose généralement trois scénarios. Le premier est une action minimale qui ne devrait avoir aucun effet. La seconde est ce que l’armée considère comme raisonnable ou souhaitable. La troisième option est fantastiquement exagérée. Le déploiement de 120 000 soldats est le troisième scénario. Le nombre est trop élevé pour une attaque aérienne et maritime et trop faible pour une attaque terrestre, c’est-à-dire une invasion de l’Iran. La publication du troisième scénario devrait entrainer une réaction d’opposition à un tel mouvement :

Plus d'une demi-douzaine de responsables américains de la sécurité nationale, qui ont été informés des détails des plans mis à jour ont décidé d'en discuter avec le New York Times sous couvert de l'anonymat. ...
 
M. Shanahan figurait parmi les participants à la réunion de jeudi, ainsi que M. Bolton, le général Dunford, Gina Haspel, la directrice de la CIA et Dan Coats, directeur du renseignement national.

Comme par hasard, le ministère de la Défense a présenté ses options le jour même où, finalement, Shanahan, le secrétaire à la Défense par intérim a été confirmé au poste. L’ancien secrétaire à la Défense, James Mattis, avait ignoré les demandes d’options similaires de la Maison-Blanche. Trump a renvoyé Mattis à la fin de l’année dernière.

Selon un autre point de vue, Bolton lui-même aurait divulgué le briefing pour renforcer la menace propagandiste de l’administration Trump contre l’Iran.

Néanmoins, il est évident que certaines des personnes présentes à la réunion sont en désaccord avec les plans de Bolton.

Autre signe de désaccord au sein de l’administration Trump, le département d’État vient juste de limoger un allié de Bolton :

Un haut responsable américain du contrôle des armements et éminent faucon anti-iranien a démissionné du Département d’État après un mandat d’un peu plus d’un an, ont déclaré des responsables américains et des assistants du Congrès au courant de la décision.
 
Le département d'État n'a pas publié lundi de déclaration expliquant le départ prévu de Yleem Poblete, secrétaire d'État adjoint chargé du contrôle, de la vérification et de la conformité des armements. ...
 
En avril, Reuters a rapporté que certains responsables américains étaient préoccupés par le fait que le rapport de conformité avait politisé et faussé les appréciations sur l’Iran, que le gouvernement Trump a désigné comme le principal ennemi du pays. ...
 
Poblete était un des favoris dans le groupe d'anti-iraniens extrémistes tels que la Foundation for Defense of Democracies, qui l’avait invité à prononcer un discours en juillet 2018 dans lequel Poblete louait le retrait des États-Unis de l’accord iranien.

La nouvelle intervient après l’information concernant de mystérieux dommages causés à quatre navires, dont deux pétroliers saoudiens et un navire norvégien, ancrés à Fujairah, près du port pétrolier des Émirats Arabes Unis. L’incident aurait eu lieu dimanche matin mais le rapport officiel n’est parvenu que 36 heures plus tard. Un seul des navires était photographié avec des dommages qui semblaient avoir résulté d’une collision et non d’explosifs :

uaeship2-sLe propriétaire du navire norvégien, Thome Ship Management, a déclaré que le navire avait été "heurté par un objet inconnu". Des images visionnées par Reuters montraient un trou dans la coque à la ligne de flottaison avec le métal déchiré.


Fujairah se trouve à l’est du détroit d’Hormuz. Les Émirats Arabes Unis ont construit un pipeline reliant à Fujariah leurs champs pétroliers situés sur la côte ouest, afin d’éviter que leurs exportations de pétrole passent par un détroit que l’Iran peut contrôler. L’attaque près de Fujairah sera interprétée comme un avertissement de l’Iran selon lequel aucune exportation de pétrole en provenance du Golfe n’est sans danger si l’Iran ne peut pas exporter aussi.

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Mais il est loin d’être assuré que l’Iran a été impliqué dans l’incident :

Il en était de même lorsqu'un pétrolier japonais, le M. Star, avait été endommagé par une bombe en 2010 à environ 22 kilomètres au large des Émirats Arabes Unis près de Fujairah. Les brigades d'Abdullah Azzam, un groupe djihadiste sunnite, en ont revendiqué la responsabilité.

Les EAU sont activement impliqués dans la guerre contre les Houthis au Yémen et contre les affiliés des Frères musulmans et d’Al-Qaïda en Libye. Ils entretiennent des relations hostiles avec la Turquie et le Qatar. Il y en a beaucoup qui aimeraient lui adresser un tel message.

Le fait que le dommage semble provenir d’une collision amène à penser à autre coupable possible. Les sous-marins américains sont connus pour se déplacer immergés dans le détroit d’Hormuz et autour de celui-ci. Il y a eu deux incidents connus, en 2007 et en 2009, dans lesquels des sous-marins américains submergés sont entrés en collision avec d’autres navires dans la région.

Curieusement, la nouvelle des navires endommagés a été annoncée après que de fausses informations sur un incendie aux Émirats arabes unis soient parvenues dans les médias proches des iraniens :

Un peu plus tôt, les EAU avaient fait l’objet de faux récits d’attaque après que des organes de presse ayant des liens avec le Kremlin, le Hezbollah et l’Iran aient affirmé qu’une série d’explosions s’était produite à terre dans le port de Fujairah.
 
Les informations selon lesquelles entre sept et dix pétroliers ancrés au port étaient en flammes ont été largement partagées sur les réseaux sociaux dimanche.

Selon certaines informations, des avions de combat américains et français survolaient le port au moment de l'incident. ...
Les informations faisant état d'incendies et d'explosions qui ont éclaté dimanche matin semblent provenir d'Al Mayadeen, un radiodiffuseur libanais considéré comme pro-Hezbollah.

Les navires en flammes près de Fujairah seraient largement vus de la terre, de la mer et des airs. Aucune image d’un tel incendie n’est apparue sur les médias sociaux.

Le rapport d’Al Mayadeen a peut-être fait partie d’un avertissement de l’Iran. Ou bien, c’était peut-être un geste préventif pour désamorcer un incident sous faux drapeau qui devait être imputé à l’Iran. L’Iran semblait nier toute implication dans l’incident :

Dans une déclaration publiée lundi matin, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, a qualifié l'incident de "déplorable" et "d'inquiétant" et a appelé à des enquêtes approfondies.
 
Il a également mis en garde les voisins du golfe Persique de rester vigilants face aux complots de "malfaiteurs" visant à saper la sécurité maritime.

Le 10 mai, les États-Unis ont averti que l’Iran pourrait cibler des navires de commerce. Cela, ajouté au manque d’informations et de dommages visibles sur d’autres navires, indique un incident sous faux drapeau monté pour calomnier l’Iran. Un responsable américain a blâmé l’Iran mais n’a fourni aucune preuve:

Un responsable américain à Washington a, sans présenter aucune preuve, déclaré à Associated Press que l'évaluation initiale de l'équipe américaine avait indiqué que l'Iran ou des alliés iraniens utilisaient des explosifs pour endommager les navires ...

Le secrétaire d’État Mike Pompeo a tenté lundi de rallier les pays européens contre l’Iran :

Bien que le secrétaire d’État Mike Pompeo espérait peut-être qu’une escale organisée à la hâte à Bruxelles permettrait aujourd’hui des photos et des titres montrant l’unité et l’union entre américains et européens face à la montée des tensions avec l’Iran, les alliés européens ne semblaient pas intéressés à jouer le jeu . ...

La responsable de la politique étrangère de l'UE, Federica Mogherini, n'a pas caché son irritation que les Américains aient soudainement décidé de faire semblant de consulter les Européens au sujet de la montée des tensions en Iran. ...
«On nous a dit pendant la nuit que [Pompeo] envisageait de modifier ses plans de voyage et de faire une escale ici à Bruxelles», a déclaré Mogherini aux journalistes avant la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE. "Nous serons là toute la journée avec un ordre du jour chargé et nous verrons, pendant la journée, comment et si nous parvenons à organiser une réunion. Il est toujours le bienvenu, évidemment, mais il n'y a pas de plans précis pour le moment."
 
«Toute escalade devrait être évitée», a-t-elle déclaré.

El Pais rapporte (en espagnol) que l’Espagne a retiré sa frégate « Méndez Núñez » du groupe d’attaque de porte-avions américain qui se dirige vers le golfe Persique.

Pour contrer l’intensification des propos de guerre émanant de la Maison-Blanche, l’Iran a mis certains de ses militaires en alerte :

L’Iran a déployé ses missiles balistiques et de croisière, certains à des positions visibles pour les satellites et les drones américains. Ils sont prêts à toute confrontation avec l'appareil militaire américain, au cas où l'administration américaine déciderait la guerre. L’Iran réagit à la déclaration de belligérance du président Donald Trump selon laquelle il rassemblerait davantage de forces navales dans le golfe Persique en vue de préparer la guerre. Le Grand Ayatollah Ali Khamenei a appelé à la pleine préparation du corps des gardes de la révolution iranien (CGR) et de l'armée pour le pire des scénarios. Selon des responsables iraniens, "l'Iran se considérera en guerre avec tous les pays du Moyen-Orient qui permettent aux États-Unis de les utiliser comme base pour une campagne militaire contre l'Iran, le jour où Trump décidera d'entrer en guerre".

Il est difficile de juger si la rhétorique et les mesures prises contre l’Iran, amplifiées par des médias crédules, ne sont que de la propagande visant à pousser l’Iran aux négociations, ou si elles constituent une menace militaire réaliste contre ce pays. Ce qui est assuré, c’est que la situation actuelle augmente les risques d’incidents – causés volontairement ou accidentellement par l’Iran, les États-Unis ou des tiers intéressés – qui pourraient donner lieu à une guerre ou au moins à des échanges militaires intenses. La guerre économique sans merci que les américains mènent contre le peuple iranien aggrave l’instabilité. Il n’y a pas de voie de communication entre les États-Unis et l’Iran, et l’administration Trump ne semble pas avoir de stratégie de désescalade :

"La campagne de pression maximale et les douze demandes de Pompeo à Téhéran ne laissent guère de place à l'Iran pour mener des négociations sans perdre la face", a déclaré Geranmayeh, faisant écho aux préoccupations de nombreuses personnes craignant que Washington ne laisse aucune chance à l'Iran pour reculer et venir à la table de négociation.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

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