Le Camp de Yarmouk et les Palestiniens en Syrie


Par Mo Sahli – Le 11 avril 2015 – Source candobetter

De nombreux défenseurs des réfugiés semblent totalement ignorer que la Syrie – constamment condamnée par les médias dominants – est le seul pays ayant accordé un statut permanent aux Palestiniens qui ont perdu leur pays au profit d’Israël.

Savoir cela explique pourquoi les USA/Israël/Otan ont tellement envie de détruire la Syrie: leur cible principale est de réduire à néant toute chance de rétablir la Palestine depuis la Syrie. Dans cet article, l’auteur, un ancien résident d’Alep, avec encore des parents en Syrie, décrit une partie de l’histoire de la coopération palestino-syrienne et comment le récent argent étranger du Printemps arabe a radicalisé, sur le plan religieux, les mouvements de résistance dans les camps de réfugiés palestiniens de Syrie, afin qu’ils se retournent contre le gouvernement syrien laïc, à la grande satisfaction des ennemis de la Palestine. Nom de l’auteur mis à jour le 12 avril 2015.

 

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La situation à Yarmouk (sinon dans toutes les régions) est si surréaliste que je ne peux ni l’imaginer ni la décrire sans me sentir en état d’ébriété ou sujet à des hallucinations provoquées par des drogues. Tout cela me semble incohérent.

Le gouvernement a aidé le Hamas depuis des décennies et a subi pour cela des sanctions internationales. Il l’a soutenu et lui a donné refuge, alors que toutes les autres nations arabes avaient refusé.

Le gouvernement syrien a formé le Hamas à creuser des tunnels souterrains pour résister à Israël, en tant que mouvement de résistance. Ensuite, le Printemps arabe a commencé, et les dirigeants du Hamas, qui sont à l’origine des Frères musulmans, ont changé de loyautés, grâce à la tentation de l’argent du Qatar, à l’attrait du grand néo-ottoman Erdogan et à la perspective glamour de gouverner tout le Moyen-Orient, en commençant par l’Égypte et la Tunisie (par leurs collègues, les Frères musulmans). Ils ont pensé qu’ils étaient devenus un super pouvoir qui n’avait plus du tout besoin de l’aide iranienne, ni d’un refuge en Syrie, ni de la formation du Hezbollah.

Il aurait mieux valu qu’ils quittent simplement la Syrie lorsqu’elle avait besoin d’amis à ses côtés dans ces temps de crise, ou s’ils étaient simplement restés neutres et n’avaient pas rejoint le gouvernement ou les rebelles.

Au lieu de quoi, ils ont poignardé le gouvernement dans le dos! Toutes les techniques conçues par les Syriens, les Libanais et les Iraniens pour être utilisées contre les Israéliens, ils les ont utilisées, les mêmes, contre les Syriens! Ils ont répandu la technique du percement de tunnels et l’ont enseignée à l’Armée syrienne libre et à tous ces rebelles fous; ils leur ont enseigné comment construire des bombes d’une certaine manière, dont à la fois le Hezbollah et les services de renseignement syriens savaient que personne d’autre que le Hamas ne la connaissait!

Ensuite, ils ont créé une faction militaire nommée Aknaf Beit al-Maqdes # Les Environs de Jérusalem (ABM), entre le 26 décembre 2012 et le début de mai 2013, qui a occupé le camp de réfugiés al-Yarmouk, et en ont fait leur base contre le gouvernement syrien. Leur nom signifie qu’ils se battraient à Jérusalem, pas dans un camp de réfugiés de Damas, mais c’est logique: nous vivons un cauchemar surréaliste où rien n’a plus aucun sens! ABM a empêché toute relation avec le gouvernement syrien pour la raison qu’il allait tomber tôt ou tard, ou parce qu’il était infidèle, et qu’ils n’ont pas besoin de son aide! Les gens dans le camp commençaient à mourir de faim, et beaucoup sont morts à cause d’une famine extrême car il n’y a aucun moyen de faire entrer de la nourriture dans le camp.

Des douzaines de tentatives de conciliation ont été rejetées à la dernière minute à cause de la milice ABM irritable et insaisissable, tout en imputant la faute au régime meurtrier des médias dominants. Le gouvernement syrien a choisi de recourir à d’autres mouvements palestiniens pour tenter de reprendre le camp à l’ABM, et l’Armée arabe syrienne (l’armée de la Syrie) a assiégé tout le camp pour le maintenir isolé de Damas, bien que ce ne soit pas facile parce que le camp fait presque partie du grand Damas aujourd’hui. Avant ces crises, sauf si vous étiez un des habitants du camp, vous n’auriez jamais su si vous étiez à l’intérieur ou à l’extérieur des limites du camp.

En 1948 et en 1967, Yarmouk se trouvait à 8 km de Damas, mais pas plus, à cause de l’expansion urbaine au fil des décennies. Le président syrien ne voulait pas être impliqué dans une guerre contre aucun mouvement palestinien, parce qu’il ne voulait pas que l’histoire dise qu’une fois, il avait tué un réfugié palestinien. Ils ont défendu la ville de Damas si nécessaire, et ils ont préféré s’adresser à d’autres mouvements palestiniens loyaux pour faire le travail. (Une guerre par procuration en mode mineur? Qu’il en soit ainsi.)

Pendant tout ce temps, le Hamas a refusé d’admettre sa relation avec les milices ABM, soutenant que c’étaient des individus du Hamas qui avaient pris leurs propres décisions, et qu’ils n’étaient pas coordonnés avec la direction du Hamas. Mais tout le monde savait que le fameux Khaled Mish’al, l’un des principaux chefs du Hamas, qui vivait en Syrie depuis plus de dix ans (de 2001 à 2012), et qui vit aujourd’hui au Qatar, était le fondateur d’ABM! Il y a quelques jours, Mish’al aurait pris contact avec l’un des dirigeants de la résistance palestinienne loyaliste à Damas, Ahmed Jibril, pour lui demander d’aider ABM contre ISIS! Depuis deux ans, il a soutenu qu’ABM ne faisait pas partie du Hamas, mais ces derniers temps, il semble plus responsable et conscient.

Les rebelles ont refusé d’utiliser les champs de bataille attribués, ils préféraient les zones civiles

De nombreuses villes et petites villes voisines avaient réussi dans leurs tentatives de conciliation, acceptant que tous les gangs armés de al-Nusra/al-Qaida puissent partir pacifiquement et se rendre dans d’autres régions. Il y avait un plan du gouvernement pour les pousser vers certaines zones arides où il n’y avait pas de civils, où les combats seraient plus faciles et où des victimes civiles ne seraient pas impliquées.

Alors où ces groupes armés sont-ils allés? Directement au camp de réfugiés de Yarmouk, où l’ABM les a accueillis comme des frères !

Eh bien, ces mêmes frères (qui incluaient des Palestiniens, des Syriens et des étrangers de multiples nationalités) ont promis allégeance à personne d’autre qu’au riche État islamique (ISIS), qui paie beaucoup plus que tout autre groupe terroriste ces jours, et qui était dans la ville voisine de el-Hajar el-Aswad.

Depuis el-Hajar el-Aswad, 400 militants de l’ISIS ont envahi le camp de réfugiés la nuit, aux premières heures du 1er avril, où 200 autres combattants de al-Nusra les ont rejoints, et ils ont commencé leur habituelle orgie de meurtre contre tout ce qui restait du malheureux peuple et les combattants insaisissables de l’ABM.

Le résultat a été que les combattants ABM se sont divisés en trois factions: une division a rejoint ISIS; une autre lui a résisté et l’a combattu; et la troisième s’est rendue aux partis palestiniens loyaux qui ont assiégé le camp, et par conséquent à l’armée syrienne.

ISIS a envahi la plus grande partie du camp, et ses membres ont coupé les têtes des fugitifs des milices ABM. Ils ont décroché les drapeaux palestiniens des toits des bâtiments et les ont piétinés!

La population de Yarmouk, avant la crise syrienne, comptait environ 150 000 personnes. Bien que composée en majorité de Palestiniens, de nombreux Syriens y vivaient aussi, familles syriennes individuelles ou issues de mariages avec des Palestiniens. La plupart d’entre eux ont fui ces dernières années. Certains ont même fait tout le chemin vers Gaza. Là-bas, ils ont souffert de la dernière guerre avec Israël, donc ils ont dit que, où qu’ils aillent, la guerre leur courait après. Certains sont partis pour d’autres régions en Syrie. Certains ont complètement quitté la Syrie. D’autres sont allés dans des camps de réfugiés palestiniens au Liban, où ils ont découvert la grande différence entre les camps de réfugiés palestiniens en Syrie et ces camps au Liban. Dans les camps de réfugiés syriens, ils vivaient bien, jouissant de tous les droits sauf du droit de vote et de citoyenneté, exactement comme les détenteurs de la green card aux États-Unis, ou les résidents permanents au Canada, avec encore un passeport spécial qui leur permettait de voyager. Ils avaient droit à l’éducation et aux soins médicaux gratuits, comme les citoyens syriens. Dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban, ils n’avaient que les droits minimum en tant qu’êtres humains, ce qui ne comprend pas le droit de travailler. Ils ont souffert de la double stigmatisation raciale, étant à la fois Syriens et Palestiniens – les deux nationalités si haïes par la moitié des Libanais. (C’est une autre longue histoire, pour une prochaine fois.)

Après tous ces événements, le nombre de ceux qui étaient restés à Yarmouk avant ISIS était de moins de 20 000.

Maintenant, parce que ISIS est dans le camp, c’est une histoire tout à fait différente pour l’Armée arabe syrienne. Ils ne vont pas attendre que ISIS menace Damas. L’autorité palestinienne à Ramallah a dit au gouvernement syrien de faire le nécessaire. [ 1 ] Cela signifie que le camp est près d’être rasé comme un parking très bientôt, malheureusement.

Le Hamas a une attitude différente. Il demande à toutes les parties combattantes de mettre fin au bain de sang entre les frères! Je parie qu’ils vont encore utiliser n’importe quelle attaque syrienne contre le camp comme une nouvelle bavure pour diaboliser le régime syrien!

Comme le secrétaire de l’OLP Khaled ‘Abdel-Majeed l’aurait dit, «si l’Armée arabe syrienne était en train de répandre du parfum, elle serait probablement accusée d’utiliser des armes chimiques». Les médias dominants parlent de ces mystérieuses bombes baril comme si elles étaient bien plus dangereuses que n’importe quelle bombe atomique! Comme des perroquets, ils continuent à parler de cette arme insaisissable comme si c’était l’arme la plus dangereuse jamais utilisée dans les guerres!  [ 2 ]

Les réfugiés palestiniens de Syrie, cible principale de la guerre d’Israël, des États-Unis et de l’Otan contre la Syrie

Israël vit son véritable printemps! L’un des buts principaux de cette guerre contre la Syrie était de détruire les banlieues de réfugiés palestiniens (connues comme camps) qui y existent, et de provoquer la haine et l’inimitié entre les Palestiniens et les Syriens. Chaque camp de réfugiés en Syrie et dans d’autres États voisins est un lieu de mémoire pour les gens. Ils sont les racines et les graines d’une future résistance contre Israël, une incitation pour tous les Palestiniens à retourner chez eux un jour.

Il n’est donc pas surprenant que ces camps aient été attaqués partout en Syrie, pour nulle autre raison que de disperser leurs habitants et les transformer en doubles ou triples réfugiés, et peut-être leur faire quitter leur terre pour partir aussi loin qu’en Amérique latine où, en effet, on accepte les réfugiés palestiniens!!!

La guerre par procuration d’Israël contre les Palestiniens

Mais Israël n’a pas réalisé ces actes lui-même. Il a mené une guerre par procuration. En coordination avec tout l’Axe (Otan, États du Golfe, ISIS), il a atteint un de ses buts. Soit le Hamas le savait et s’en fichait parce qu’il était ivre de sectarisme et de pétrodollars sales; soit il ne savait pas et pensait qu’il faisait ce qu’il fallait pour son peuple: le résultat est une catastrophe totale pour les Palestiniens!

Aujourd’hui, la plupart des Syriens disent qu’ils ne se soucient plus des Palestiniens, qu’il faut les laisser partir et libérer eux-mêmes leur pays. Je refuse de parler comme ça parce que je sais que c’est exactement ce que veut Israël, cependant j’ai un vrai problème avec quelques-uns des chefs et des dirigeants corrompus du Hamas. Si le mouvement ne décide pas de les exclure, ou de faire scission avec le Hamas pour créer un autre groupe sous un autre nom, il n’y aura pas de solution à ce problème complexe.

La blessure est tellement profonde, et une telle trahison n’a généralement pas de remède pour les nombreuses générations à venir. J’ai entendu dire depuis huit mois qu’une scission avait déjà eu lieu au sein du Hamas, car les gens qui combattent sur le terrain à Gaza sont très en colère contre leurs dirigeants corrompus au Qatar et en Turquie. Les combattants à Gaza ont encore de bonnes relations avec l’Iran et le Hezbollah, tandis que ce n’est pas le cas de leurs dirigeants, qui rêvent encore de Frères musulmans contrôlant États et pays, et pensent que c’est une chance qui n’arrive qu’une fois en un siècle. Ils ne peuvent laisser faire sans mettre toutes leurs ressources en jeu. La Turquie et le Qatar feraient vivre Khaled Mish’al dans des hôtels cinq étoiles avec un compte en banque à sept chiffres, une vie bien meilleure que dans le camp de réfugiés de Yarmouk.

Mais ni la Turquie ni le Qatar ne lui donneront une balle pour combattre Israël.

En plus, ces États font chanter ces dirigeants et font pression sur eux en utilisant la carte du populisme: ils sont prêts à reconstruire Gaza et à nourrir les Palestiniens, mais ce n’est pas gratuit. En échange, je parie qu’ils doivent se transformer en autorité politique, exactement comme celle de Ramallah, et se débarrasser de leurs armes et de leurs missiles [et abandonner leurs droits sur les gisements de gaz au large de Gaza, NdT]. Plus d’illusions, plus de promesses, plus de vœux pieux et de blablabla.

Nous avons tous vu ce qui est arrivé après les Accords d’Oslo du début des années 1990 jusqu’à aujourd’hui: RIEN! Ou, disons, rien pour les Palestiniens, mais des bénéfices constants pour les Israéliens.

C’est une situation surréaliste qui montre combien les êtres humains peuvent devenir stupides. Au sujet des Palestiniens, l’axe Israël–États du Golfe–Otan a gagné à 100%, malheureusement.

Notes

  1. ↑  Voir « PLO: Syrian leadership deals with Yarmouk Camp with sensitivity, any decision will be jointly made. »
  2. ↑ 
    En ce qui concerne l’arme mythique et légendaire que sont les bombes baril. Il semble que tout le monde, partout sur la terre, parle de ces armes, et je me demande, si une telle arme existe en Syrie, pourquoi les Syriens ne l’ont pas utilisée contre Israël pour libérer au moins les Hauteurs du Golan. Ou bien cette arme mythique est-elle un prétexte pour tenter d’empêcher l’armée syrienne d’envoyer ses forces aériennes contre les terroristes? Que devrait utiliser l’armée syrienne? Des épées et des poignards? C’est une guerre, et c’est une guerre très sale, contre des terroristes criminels sans pitié. Ces terroristes bombardent au hasard quotidiennement avec ce qu’ils appellent des canons célestes. Un canon céleste est une arme utilisée contre des civils, pour les punir de ne pas avoir rejoint la Sainte Révolution et parce qu’ils ont soutenu le régime infidèle! L’ONU ne voit pas ces armes, ni les exécutions, ni les massacres, ni les attentats suicide dans les écoles et sur les marchés bondés. Elle ne voit que les puissantes bombes baril!

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

 

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