Lavrov prévoit une nouvelle ère de développement mondial


Par M.K. Bhadrakumar – Le 13 février 2026 – Indian Punchline

La rare apparition du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la Douma d’Etat est toujours une occasion spéciale de lire le marc de café de la politique russe. L’importance ici, à mon avis, réside dans la confirmation, s’il en était besoin, que le Kremlin observe avec une anxiété croissante la transition de la politique étrangère américaine qui, contrairement aux affirmations énoncées par l’administration Trump au cours de la dernière année annonçant une sorte de retrait de la politique internationale, se dirige en réalité vers une nouvelle forme de domination mondiale des États-Unis.

Il est tout à fait concevable que la capitulation de l’Inde ait été un grand choc pour Moscou et cela si peu de temps après la fanfaronnade théâtrale du Premier ministre Modi au sommet de l’OCS à Tianjin en août/septembre. Les remarques prudentes de Lavrov sur le saut périlleux de l’Inde vis-à-vis de l’achat de pétrole russe sont teintées de déception – du genre popularisée par Shakespeare dans sa pièce où César, en voyant son ami de confiance Marcus Brutus parmi ses assassins a assimilé le choc ultime, l’incrédulité et la trahison par un proche allié en rappelant la phrase latine « Et tu, Brute » [Toi aussi, Brutus?].

La voix de Lavrov semblait distante. Il est concevable que ce moment aussi passera dans la saga des relations russo-indiennes, mais il n’en reste pas moins que le monde de demain que le grand maître de la diplomatie internationale décrit ici – reliant le Venezuela, Cuba, le Groenland, le Conseil de Paix, l’Iran, le détroit de Taiwan et la mer de Chine Méridionale comme des maillons inséparables d’une chaîne d’événements, montre bien que l’Inde vit sur une autre planète, dans un état d’abondon langoureux désirant seulement vivre dans une indolente aisance.

EXTRAITS DES DÉCLARATIONS DU MINISTRE RUSSE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES SERGUEÏ LAVROV LORS DES AUDITIONS LORS D’UNE SESSION PLÉNIÈRE DE LA DOUMA D’ETAT, MOSCOU, 11 FÉVRIER 2026

Sergueï Lavrov :

  1. UNE NOUVELLE PHASE DU DÉVELOPPEMENT MONDIAL :

Les événements dramatiques du début de cette année, y compris l’invasion armée du Venezuela par les États-Unis, l’escalade de la pression américaine sur Cuba, les tentatives de déstabilisation de la situation en Iran et la crise autour du Groenland – dont vous avez tous entendu parler – ont confirmé notre évaluation selon laquelle le monde est entré dans une ère de changements rapides et profonds. Certains experts avancent même une ère de bouleversements. Une chose est claire, cependant. Ce n’est pas un développement éphémère ou temporaire, mais une nouvelle phase du développement mondial, peut-être même une ère, qui peut durer de nombreuses années, voire des décennies.

La tendance principale à la formation d’un système multipolaire plus juste et durable se fera parallèlement à un face-à-face entre les dirigeants existants, ou même les anciens, (dont la plupart, comme je l’ai dit plus tôt, se trouvent en Occident) et les nouveaux centres de croissance émergents représentant la majorité mondiale. Cette opposition prend de l’ampleur et touche pratiquement toutes les régions géographiques.

Vu à travers ce prisme, il devient clair pourquoi une ancienne puissance coloniale telle que la France tente de déposer des gouvernements à orientation nationaliste, dans le Sahel et d’autres régions africaines, avec lesquelles elle n’est pas d’accord. Ces pays ont depuis longtemps rejeté l’idée de suivre les diktats de leurs anciens dirigeants coloniaux. Pourtant, Paris persiste, cherchant du soutien non seulement parmi les groupes d’opposition dans les pays africains, mais aussi parmi les organisations ouvertement terroristes et, comme vous le savez peut-être, les hommes armés des formations ukrainiennes. Malheureusement, les élites françaises continuent d’appliquer leurs méthodes coloniales, y compris le fameux principe du diviser pour mieux régner, qui a déjà coûté des millions de vies aux peuples africains. Poussée par ses fantasmes revanchards, Berlin n’est pas loin derrière Paris. Comment expliquer autrement la déclaration d’intention du chancelier Friedrich Merz de faire à nouveau de l’armée allemande la plus forte d’Europe ? La génération actuelle de politiciens allemands, français et européens a clairement oublié Poltava, la Bérézina, Stalingrad et la bataille de Koursk.

Cette difficile stabilité stratégique n’incite pas non plus à l’optimisme… Nous partons du principe que le moratoire annoncé par le président Poutine reste en vigueur de notre côté, mais seulement tant que les États-Unis ne dépassent pas les limites susmentionnées. Nous agirons de manière responsable et équilibrée sur la base d’une analyse quotidienne de la politique militaire américaine et de l’environnement stratégique global.

Les revendications de Washington sur le Groenland sont assez remarquables. Comme l’a noté le président Poutine, nous partons du principe que cette question ne nous concerne pas directement. Les États-Unis, le Danemark et le Groenland doivent la résoudre par eux-mêmes, en tenant compte des points de vue des habitants de la plus grande île que Copenhague a traités assez durement pendant de nombreuses années et décennies. On pourrait même dire comme des citoyens de seconde classe. Il y a suffisamment de faits pour étayer cela.

Si le Groenland se militarise effectivement et que des capacités militaires destinées à la Russie y sont créées, nous prendrons les contre-mesures appropriées, y compris de nature militaro-technique. Néanmoins, notre position de principe est que l’Arctique doit rester une zone de paix et de coopération.

Nous soulignons constamment qu’un règlement durable de la crise provoquée par l’Occident collectif en Ukraine est impossible sans en éliminer les causes profondes. Comme vous le savez peut-être, cette approche a été reconnue par l’administration Trump. Sur cette base, lors de la rencontre entre le président de la Russie et le président des États-Unis en Alaska en août 2025, des accords ont été conclus sur les moyens d’assurer un règlement durable de la question ukrainienne. Ces ententes restent sur la table.

Nos liens croissants avec la Chine ont un effet stabilisateur sur l’ensemble du système des relations internationales et jouent un rôle crucial dans la formation d’une ceinture de bon voisinage le long des frontières de la Russie.

À cette fin, nous promouvons également les initiatives phares avancées par le président Poutine visant à bâtir une architecture de sécurité égale et indivisible et une vaste coopération pratique dans toute l’Eurasie. Cela comprend l’harmonisation des projets d’intégration existants, le développement de liens de coopération horizontale entre les organismes multilatéraux et la création d’un système complet de garanties de sécurité pour tous les pays eurasiens. Notre concept inclut également les pays de l’UE et de l’OTAN qui abandonneront les politiques hostiles et reconnaitront le caractère non alternatif de la mise en œuvre du principe de sécurité indivisible dans la pratique – un principe maintes fois proclamé au sein de l’OSCE mais jamais observé par l’Occident collectif.

Une contribution significative à la construction de l’architecture eurasienne est apportée par le traité de garantie de sécurité avec la Biélorussie et les traités de partenariat stratégique global avec la RPDC et la République islamique d’Iran.

Les documents doctrinaux approuvés par l’administration Donald Trump, à savoir la Stratégie de sécurité nationale et la stratégie de défense, contiennent l’idée maîtresse selon laquelle les États-Unis ne veulent pas que leur politique étrangère soit idéologisée. Leurs intérêts nationaux étant au-dessus de tout. Par conséquent, les États-Unis doivent reconnaître les intérêts nationaux d’autres acteurs majeurs sur la scène internationale.

La soi-disant “Doctrine Donroe“, également appelée doctrine Monroe mise à jour, stipule que les États-Unis s’occuperont eux-mêmes des problèmes de l’hémisphère occidental et ne veulent pas y voir d’autres acteurs. Cette doctrine a été confirmée par le fait qu’après ce qui s’est passé au Venezuela, les États-Unis lèvent les barrières sur l’industrie pétrolière vénézuélienne.

Par décision directe du secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, la Russie, la Chine et l’Iran ont été interdits d’opérations liées à la production et au commerce de pétrole avec le Venezuela. C’est une discrimination pure et simple qui se produit malgré le fait que la Russie, la Chine et l’Iran ont déjà investi dans le secteur de l’énergie pétrolière du Venezuela.

Si vous regardez les autres mesures pratiques des États-Unis, elles signifient autre chose que d’abandonner l’idéologie et de se concentrer sur ses intérêts. Les États-Unis ont peut-être dit que l’hémisphère occidental était leur domaine, mais dans la pratique, Washington promeut activement ses intérêts au Moyen-Orient : le Conseil de Paix, la situation autour de l’Iran, la Région Asie-Pacifique, le détroit de Taiwan et la mer de Chine Méridionale ont également été déclarés zones clés des intérêts américains. C’est bien une revendication de domination mondiale.

Dans nos contacts avec les collègues américains, nous essayons de promouvoir l’idée que le travail doit être basé sur le respect mutuel, sans empiéter sur les régions du monde éloignées des États-Unis qui sont sans rapport avec sa sécurité.

Sur le plan pratique, nous sommes sérieusement préoccupés par l’intention déclarée de l’OTAN d’établir ses instruments d’influence sur tout le continent eurasien, en se basant sur l’hypothèse que les menaces pesant sur les États membres de l’Alliance de l’Atlantique Nord proviennent désormais également du détroit de Taiwan, de la mer de Chine Méridionale et de l’Asie du Sud-Est.

  1. PÉTROLE INDIEN ET RUSSE

Question : Ma question concerne la situation économique de la République de l’Inde. Le président américain Donald Trump a publié une déclaration disant que l’Inde avait abandonné les importations de pétrole russe, suivie d’une autre déclaration des États-Unis sur l’abolition de l’augmentation des droits de douane de 25% sur les produits indiens. Que pensez-vous de cette information ? Quelles pourraient être les conséquences de cette étape pour le partenariat stratégique entre la Russie et l’Inde que vous avez également couvert dans votre rapport ?

Par exemple, l’une des priorités actuelles de l’industrie aéronautique est la fourniture et, de manière prospective, la fabrication d’avions Ilyushin Il-114 et Sukhoi Superjet en Inde, ainsi que l’expansion du programme de main-d’œuvre indienne en Russie, du programme étudiant et d’autres projets stratégiques. Ces programmes nécessiteront-ils des ajustements ou tout évoluera-t-il comme convenu ?

LAVROV : Nous n’avons aucune raison de croire que les accords conclus au plus haut niveau entre les gouvernements russe et indien sont menacés.

Vous avez mentionné que le président américain Donald Trump avait annoncé que l’Inde n’achèterait plus de pétrole russe. Je n’ai entendu de telles déclarations de personne d’autre, y compris du Premier ministre Narendra Modi et d’autres représentants indiens.

Ce n’est que récemment que l’Inde a accueilli le premier événement des BRICS dans le cadre de sa présidence des BRICS. Le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a pris la parole lors de l’événement. Dans son discours d’ouverture, il a clairement déclaré que la sécurité énergétique figurerait parmi les priorités de la présidence indienne des BRICS. Je n’ai reçu aucun signal concernant les interdictions ou la volonté de s’y conformer.

Certes, cette déclaration a été publiée. Elle a été confirmée par le fait que les droits de douane sur les produits indiens exportés vers les États-Unis sont désormais réduits de 25% à 17% – mais pas jusqu’à zéro. Pendant ce temps, les marchandises américaines seront importées en Inde sans droits de douane. Nous considérons cela comme des relations bilatérales entre notre partenaire stratégique privilégié et les États-Unis.

Je répète que nous n’avons aucune raison de croire que les accords Russie-Inde à quelque niveau que ce soit ne sont pas respectés. Nous n’avons aucune raison de le penser. Vous avez mentionné la coopération militaire et technique, la coopération humanitaire et la migration de la main-d’œuvre. Tous ces programmes sont régis par des accords et des documents correspondants.

En ce qui concerne la migration, c’est l’une des formes relativement nouvelles de notre coopération. Nous supposons que les deux parties souhaitent que cette coopération soit respectueuse des lois russes et des accords bilatéraux.

Un sommet régulier Russie-Inde s’est tenu en décembre 2025. Tous les accords confirment notre engagement à approfondir notre partenariat stratégique privilégié spécial, tel qu’il a été défini dans les documents bilatéraux.

  1. CORÉE DU NORD :

La principale garantie de prospérité dans le monde d’aujourd’hui – malheureusement, mais de manière appropriée – reste la possession d’armes nucléaires par Pyongyang. Nous reconnaissons objectivement cette réalité et croyons que, dans les conditions actuelles, lorsque l’Occident mène une campagne active contre nos voisins nord-coréens, c’est une réalité qui ne peut tout simplement pas être souhaitée. Parler de la pertinence des appels à la dénucléarisation au moment où les États-Unis et la République de Corée élargissent activement leur coopération militaire, y compris sa composante nucléaire, et où le Japon s’apprête à rejoindre cette coopération tout en déclarant même son intention de s’éloigner des principes qui sous-tendaient sa constitution après sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale, serait faire preuve d’un manque de respect pour nos amis coréens.

En ce qui concerne l’impact des sanctions, il est irréaliste de s’attendre à ce qu’une résolution soutenue par la Russie sur la levée des sanctions soit adoptée.

  1. RELATIONS AMÉRICANO-RUSSES :

La stratégie de sécurité nationale des États-Unis est différente par rapport aux documents doctrinaux de l’administration Joe Biden.

Cette doctrine ne désigne pas la Russie comme un adversaire et est décrite comme un partenaire potentiel, ou une sorte de compagnon de route. Je crois que cela démontre l’intérêt de l’administration de Donald Trump à travailler avec nous. C’est déjà quelque chose. Il est toujours préférable d’être prêt à travailler ensemble sur des questions où les intérêts de la Russie et des États-Unis convergent plutôt que de ne pas avoir de communications, ce qui était le cas lorsque Joe Biden était président des États-Unis.

Jusqu’à présent, nous n’avons vu aucun résultat pratique ou tangible. En outre, nous avons salué à plusieurs reprises les efforts visant à relancer le dialogue sous différents formats, non seulement sur l’Ukraine mais également sur les questions relatives à nos relations bilatérales. J’espère que ce dialogue aboutira un jour à des résultats tangibles, y compris en ouvrant la voie à des projets économiques mutuellement bénéfiques. On en a tellement parlé au cours de la dernière année.

Je parlerai encore une fois de l’expiration de New START. Pour l’instant, la Russie respecte son moratoire sur le respect des limitations quantitatives prévues par ce traité. Nous avons des raisons de croire que les États-Unis ne sont pas pressés de rejeter ces limitations et qu’ils les respecteront dans un avenir prévisible.

Nous surveillerons de près l’évolution de la situation. Si nos collègues américains réaffirment leur engagement à continuer à travailler ensemble sur ce sujet, nous travaillerons dur pour concevoir un nouvel accord et régler les questions en suspens qui n’ont pas été abordées dans le cadre de l’accord sur la stabilité stratégique.

Bien entendu, nous honorerons toutes nos obligations concernant la sécurité de nos alliés de l’OTSC et d’autres pays, y compris la RPDC. À ce stade, nous n’avons pas encore vu les étapes pratiques visant à remplir les principes généraux conformément à ces documents doctrinaux.

L’administration de Joe Biden visait à isoler la Russie sur la scène internationale. L’administration de Donald Trump reconnaît par ses actions qu’il n’est pas possible de gérer les problèmes internationaux sans la Russie.

La mondialisation a déjà entraîné une fragmentation. La régionalisation des relations internationales est en marche. Il n’y a pas une seule économie, aussi grande soit-elle, qui puisse se développer toute seule. Nous avons des partenaires au sein des BRICS, l’OCS et l’UEE, ce qui signifie que nous ne souffrirons pas d’isolement. Il n’y aura pas d’autarcie pour nous. Tout ce que nous avons à faire est d’affiner la division internationale du travail au sein de structures égalitaires sans revenir aux pratiques discréditées. Je fais référence à un système qui a été créé puis détruit par l’Occident.

  1. UE ET RUSSIE :

L’Europe a fait le tour et essaie d’envoyer des signaux, comme en témoignent le président français Emmanuel Macron et le président, carrément russophobe, de Finlande Alexander Stubb, qui ont déclaré qu’un jour, la Finlande parlerait à nouveau à la Russie mais que le moment n’était pas encore venu. De quel genre de déclaration s’agit-il ? Est-ce qu’ils nous font une faveur ? C’est encore un cas d’auto-congratulation tout en essayant de passer pour un gars cool devant ses électeurs et ses collègues. Le chancelier allemand Friedrich Merz a également déclaré qu’un jour ils devraient parler à Moscou. C’est juste un discours vide. Il n’est jamais arrivé qu’un dirigeant mondial demande une communication avec notre président et soit rejeté. Au cours des premiers mois de l’opération militaire spéciale, nous avons eu des contacts respectifs avec les Européens, à leur propre demande.

L’Europe s’est totalement discréditée à nos yeux. Tous les mécanismes de coopération avec l’Europe – quatre espaces partagés, 20 dialogues industriels, un dialogue sur la sécurité et des sommets semestriels – ont été mis à feu et à sang dès le début de l’opération militaire spéciale. L’Europe a implicitement soutenu le régime nazi après avoir joué un certain rôle en le nourrissant avec l’administration de Joe Biden.

Le gel de nos réserves d’or et de devises en est un exemple suffisamment éloquent. Ils disent que, selon les règles, ils n’utilisent les intérêts qu’au-delà de ce que notre investissement est censé rapporter. Quel que soit le taux d’intérêt, il provient de notre argent dont nous ne pouvons pas disposer. Vous pouvez être certain que nous ne laisserons pas cette situation s’éterniser. Il n’y aura aucune allusion ou initiative de notre part. S’ils reviennent à la raison, ils peuvent venir à nous. Nous examinerons leurs demandes en fonction de nos intérêts.

  1. BRICS ET SÉCURITÉ ÉNERGÉTIQUE

La sécurité énergétique est l’une des priorités fondamentales des BRICS. Cette question est devenue une priorité bien avant l’entrée en fonction de l’administration de Donald Trump. Les tentatives de l’Occident d’imposer égoïstement ses intérêts dans la sphère énergétique – parfois même en se faisant du mal dans le processus – ont commencé il y a longtemps.

Nous savons bien que l’Union européenne est fière de payer maintenant des prix exorbitants pour le GNL américain, qu’elle utilise pour remplacer notre gazoduc. Les responsables de l’UE paniquent maintenant, affirmant qu’ils ont troqué une dépendance pour une autre – qu’ils seraient passés de la dépendance à la Russie à la dépendance aux États-Unis. Les installations de stockage de gaz s’épuisent rapidement. Les ministres d’Allemagne, de France et d’autres pays déplorent que leurs économies ne puissent pas supporter le fardeau de prix de l’énergie aussi élevés. C’est leur problème. Ils ont cherché à créer des difficultés pour les autres mais se sont retrouvés dans une situation “intéressante”, aggravée par des contradictions au sein de l’Occident soi-disant collectif lui-même.

Dans ce contexte, les BRICS ne travaillent contre personne. Le groupe discute de la manière de se prémunir contre ces actions discriminatoires gérées à coup de sanctions par les pays occidentaux et d’établir des chaînes d’approvisionnement énergétiques mutuelles indépendantes du bon vouloir et des caprices de nos homologues occidentaux. Nous comprenons parfaitement la nécessité de développer des chaînes d’approvisionnement, des itinéraires et des infrastructures d’accompagnement.

Une route ferroviaire transfrontalière pour le fret conteneurisé a déjà été testée dans le cadre du Conseil d’affaires des BRICS, facilité par les chemins de fer russes. La Plate-forme de coopération en matière de recherche énergétique des BRICS, établie de longue date, reste opérationnelle. Nous ne doutons pas que d’autres résultats tangibles dans ce domaine verront le jour cette année. Ces efforts impliquent une restructuration sérieuse de l’ensemble de la fondation énergétique qui sous-tend les pays des BRICS.

M.K. Bhadrakumar

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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