La rumeur en provenance de Corée du Sud disant que le leader nord-coréen, Kim Jong Un, était proche de la mort affriole les médias étatsuniens


2015-05-21_11h17_05Moon of Alabama – Le 21 avril 2020

kim jong dead
Le leader nord-coréen est cliniquement mort selon deux fonctionnaires étasuniens. Il a récemment subi une chirurgie cardiaque et est tombé dans le coma.
CNN Breaking News @cnnbrk - 1:49 UTC - Apr 21, 2020

Les États-Unis suivent de près les informations selon lesquelles le dirigeant nord-coréen, Kim Jong Un, serait en grave danger après une opération chirurgicale, selon un responsable américain https://cnn.it/2KkCVph
The New York Times @nytimes - 4:00 UTC - 21 avr. 2020

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, reçoit un traitement après avoir subi une procédure cardiovasculaire au début du mois, selon un rapport des médias sud-coréens, nourrissant les spéculations sur la santé de Kim suite à son absence lors d'une importante cérémonie https://nyti.ms/2RW1GMN

Ce que CNN, NBC News et le NY Times ne disent pas, c’est que le « rapport des médias sud-coréens » sur la grave maladie de Kim Jong Un, sur lequel se base leur reportage, provenait du site web Daily NK, rapport lui-même basé sur une seule source anonyme, prétendument de Corée du Nord.

Le gouvernement sud-coréen et le gouvernement chinois ont tous deux rejeté ces infos :

Deux responsables du gouvernement sud-coréen ont rejeté une info de CNN citant un responsable américain non nommé disant que Washington "suivait de près les renseignements" selon lesquels Kim était en grave danger après une opération, mais ils n'ont pas précisé si Kim avait subi une opération. La Maison bleue présidentielle a déclaré qu'il n'y avait pas de signes inhabituels en provenance de Corée du Nord. ...
Un responsable du Département des liaisons internationales du Parti communiste chinois, qui s'occupe de la Corée du Nord, a déclaré à Reuters que sa source ne pensait pas que Kim était gravement malade. La Chine est le seul allié majeur de la Corée du Nord.

Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Geng Shuang, a déclaré que Pékin était au courant des informations sur la santé de Kim, mais qu'il n’en connaissait pas la source, sans préciser s'il disposait eux même d'informations sur la situation.

Ces articles furent mauvais pour les marchés sud-coréens :

Les actions sud-coréennes exposées à la Corée du Nord ont chuté, ainsi que le won coréen à la suite de ces communiqués de presse. Le won a chuté de plus de 1 % par rapport au dollar, alors même que des sources provenant du gouvernement sud-coréen affirmaient que Kim n'était pas gravement malade.

Le DailyNK a depuis publié une correction. Il dit maintenant que Kim aurait pu avoir un problème cardiaque mais qu’il se rétablit bien. La correspondante de NBC News, Katy Tur, a supprimé son tweet par un risible « excès de prudence ».

Lorsqu’ils ont publié ces informations sensationnalistes, aucun des médias occidentaux n’a mentionné que le DailyNK n’est pas un organe d’information régulier. Il s’agit d’un site web situé à Séoul et géré par des transfuges nord-coréens. Depuis des années, il est financé par le gouvernement américain par l’intermédiaire du National Endowment for Democracy, qui est une émanation de la CIA. Extrait du rapport de subvention 2018 du NED :

The Daily NK - 270 000 dollars

Faire connaître et comprendre les conditions de vie en Corée du Nord en diffusant des nouvelles et des informations précises, opportunes et pertinentes sur le pays. Le projet produira un journal en ligne au service des lecteurs de la Corée du Sud et de la communauté internationale, et offrira une formation au journalisme aux Nord-Coréens travaillant comme journalistes citoyens ainsi qu'un développement professionnel continu à ses correspondants régionaux et aux reporters pigistes.

Le DailyNK n’est qu’une organisation de propagande américaine qui prépare une opération américaine de « changement de régime » en Corée du Nord.

Des documents antérieurs montrent que le DailyNK reçoit de l’argent de la NED depuis au moins 2006. Entre 2016 et 2019, il a reçu un total de 1 120 000 dollars.

Lorsque les responsables américains affirmaient qu’ils « suivaient de près les renseignements » sur la santé de Kim Jong Un, ils voulaient dire qu’ils lisaient les infox produites par des personnes travaillant dans le bureau d’à coté.

Le New York Times ayant été pris en flagrant délit de colporter une rumeur de la CIA, s’est livré à une gesticulation à la Trump en accusant la Corée du Nord d’avoir fait de faux reportages : la spéculation sur la santé de Kim Jong-un est alimentée par la propre culture du secret de la Corée du Nord.

La rumeur actuelle pourrait être le fruit d’une intention malveillante. Le président sud-coréen, Moon Jae-in, n’est pas très apprécié des faucons américains. La semaine dernière, le parti au pouvoir de Moon a remporté la majorité absolue aux élections législatives. Cette victoire écrasante est le résultat du grand succès du aux récents efforts pour contenir le coronavirus en Corée du Sud.

Il y a une guerre silencieuse entre l’administration Trump, représentée par l’ambassadeur américain à Séoul, Harry Harris, et le gouvernement Moon.

Trump exige que la Corée du Sud paie 5 milliards de dollars par an pour le stationnement des troupes d’occupation américaines dans le pays. C’est cinq fois plus que ce que la Corée du Sud paie actuellement. La Corée du Sud a rejeté une telle augmentation et les États-Unis ont mis à pied 5 000 travailleurs sud-coréens qui étaient employés dans ses bases. Depuis, les négociations sont au point mort.

L’ambassadeur Harris s’est engagé dans le sabotage de la politique sud-coréenne. En voici un exemple. Le pays a récemment acquis un drone de reconnaissance Global Hawk mais voulait en garder le secret. Malgré les demandes pressantes de garder le secret de la part du gouvernement Moon, Harris a tweeté sur l’arrivée du drone :

L'ambassadeur américain Harry Harris a révélé la livraison du Global Hawk (RQ-4), un outil de surveillance américain, à l'armée sud-coréenne et a partagé une photo de celui-ci malgré les efforts des responsables militaires sud-coréens pour l’en dissuader, a-t-on appris. Les observateurs ont critiqué sa décision unilatérale de divulguer des informations sur l'armée de son pays hôte au mépris des souhaits de ce pays, estimant que cela outrepassait son autorité en tant que représentant diplomatique. ...
De nombreuses personnes, au sein de l'armée et ailleurs, ont considéré le tweet de Harris comme "irrégulier".

"Le Global Hawk est introduit en Corée du Sud par le biais de procédures de ventes militaires à l'étranger (FMS) supervisées par le gouvernement américain, mais c’est sans aucun doute un outil de surveillance de l'armée de l'air sud-coréenne, et non de l'armée américaine", a déclaré un responsable militaire.

"En tant qu'ancien commandant du Commandement indo-pacifique américain, l'ambassadeur Harris peut être très intéressé par les questions militaires, mais il a franchi une ligne en divulguant unilatéralement des informations militaires sud-coréennes", a poursuivi le fonctionnaire.

Il ne serait pas inenvisageable pour Harris de lancer des rumeurs sur le dirigeant de la Corée du Nord, ne serait-ce que pour déséquilibrer le gouvernement sud-coréen.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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