La restriction est en rupture de stock dans le budget 2017 du Pentagone.


Par Caroline Dorminey – Le 21 mars 2016 – The American Conservative

Jeudi dernier, le ministre de la défense, Ashton Carter, et le Directeur du Joint Chiefs of Staff [Chef d’état-major inter-armes], le général Joseph Dunford, ont témoigné devant le comité des forces armées du Sénat. Le sujet ? La demande budgétaire du président pour l’année prochaine.

Les presque trois heures d’audition ont tout couvert, depuis la lutte contre État islamique en Syrie jusqu’aux projets de recherche et développement de la NASA. Mais ce qui a été remarquable, en dehors du temps précieux utilisé par les sénateurs et le ministre Carter pour vendre ses projets, ce sont les évidentes réévaluations des menaces contre les États-Unis.

Voici ce que Carter a déclaré à l’ouverture de l’audition :

L’environnement sécuritaire de nos jours est totalement différent de ce qu’il était il y a 25 ans, nécessitant de nouvelles façons d’investir et d’agir. Cinq défis sécuritaires sont en développement, à savoir la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran et le terrorisme, et ce sont eux qui motivent la planification et le budget du Ministère de la défense.

Alors que le ministre Carter n’a passé que quelques minutes à souligner ce qui serait nécessaire pour infliger à État Islamique une défaite définitive, il s’est surtout attaché à décrire la Russie et la Chine comme des compétiteurs en émergence. Il l’a défini comme «un retour, d’une certaine manière, à la compétition entre grandes puissances». Après plus de dix ans d’opérations de contre-terrorisme au Moyen-Orient, il semble que le ministère de la Défense soit en train de changer les priorités des conflits à l’échelle nationale.

Nous devons, et serons, préparés à faire face à un ennemi de haut niveau, que l’on dénomme le spectre large (full spectrum) [compétent en tous domaines, NdT]. Dans ce contexte, la Russie et la Chine sont nos compétiteurs les plus avancés car toutes les deux développent et continuent de développer des systèmes militaires qui cherchent à menacer nos avantages dans des domaines spécifiques. Nous le voyons en mer de Chine, en Crimée et aussi en Russie.

Les réalistes apprécieront la rétrogradation du terrorisme dans le classement et la promotion d’États en compétition pouvant menacer le statut de l’Amérique dans la structure des forces en jeu. Mais pour les réalistes qui se font les avocats d’une restriction du budget militaire ou d’un rééquilibrage mondial à ce niveau-là, voilà où les bonnes nouvelles s’arrêtent.

Le ministère de la Défense prévoit, pour contrer l’agression russe, un investissement de $3,4 milliards en 2017, seulement pour l’Initiative de réassurance européenne. Cette demande est plus de quatre fois supérieure à celle de l’année précédente, qui était de $789 millions. Ce budget finance une poignée de projets : l’augmentation du nombre de troupes au sol en Europe, des escadrilles de surveillance maritime opérant du Groenland jusqu’en Norvège, et la livraison du F-35 [le JSF qui ne vole toujours pas ! NdT] à la Grande-Bretagne, ainsi que la formation et la pratique d’exercices entre les États-Unis et les différents membres de l’OTAN.

Cette initiative ne fait surtout que renforcer l’idée d’une Amérique gendarme du monde et prouve que l’administration Obama n’a pas du tout l’intention d’abandonner ce titre. La déclaration de Defense Posture éditée par le ministère de la Défense, ce mois-ci, discute de cette approche faite pour bloquer l’agression russe et commence avec cet avant-propos : «Pour être clair, les États-Unis ne cherchent pas une guerre froide, encore moins une chaude, contre la Russie. Nous ne cherchons pas à faire de la Russie un ennemi, même si celle-ci nous voit comme cela.»

Toute stratégie qui nécessite un tel avant-propos de paix avant de se présenter au monde, n’est probablement pas un bon plan. La Russie va sûrement interpréter cette augmentation drastique d’équipement et de troupes en Europe comme une agression, ce qui, en retour, va accroître les tensions et rendre la diplomatie plus difficile à une époque où l’on en aurait sévèrement besoin.

Caroline Dorminey est journaliste à The American Conservative.

Traduit par Wayan, vérifié par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone.

Note du Saker Francophone 

Cet article nous apprend plusieurs choses :

D'abord que les vrais conservateurs américains ne veulent plus des guerres sans fin des États Unis, essentiellement parce qu’elles coûtent trop cher et favorisent un gouvernement bien gras et hors de prix à entretenir, alors qu’idéologiquement, ils penchent pour un gouvernement réduit à son minimum vital. Il semble que Trump soit un de ces conservateurs, en tous cas c’est eux qu’il rallie, et cela montre leur importance numérique.

Ensuite que le parti républicain, qui vote toujours pour un gros budget de la défense, ne représente plus vraiment les conservateurs, les authentiques, comme le parti socialiste français ne représente plus les socialistes, les authentiques. Cela laisse présumer de grosses secousses telluriques dans le paysage politique des dix prochaines années. On commence d’ailleurs à les sentir.

L’Iran fait toujours partie des menaces militaires prioritaires alors que ce même gouvernement Obama vient de signer un accord de paix avec ce pays. Vous avez dit schizophrénie ? Non, j’ai dit alibi budgétaire.

Finalement que le terrorisme a toujours été un outil de guerre par procuration ou un alibi pour augmenter les budgets de la défense. Et là, avec celui de la Chine et la Russie, l’alibi terroriste est renvoyé au fond de la classe. Bref les États Unis ne sont plus qu’une énorme et démente usine d’armement, toujours prêts à chercher une guerre et des clients à fournir, aux dépens même de son propre peuple, sans parler de ceux du reste du monde. Bref une menace perpétuelle pour la paix mondiale. Seule une rupture d’anévrisme budgétaire peut l’arrêter.
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