La promesse de Biden de « ne rien changer fondamentalement » s’étend à sa politique étrangère


Par Moon of Alabama – Le 4 mars 2021

« L’Amérique est de retour », a déclaré Joe Biden, ce qui n’a amusé personne. Mais le monde a changé après quatre ans de Trump et qu’une pandémie a bouleversé le monde. La position des États-Unis dans ce monde et le rôle qu’ils y jouent ont donc également changé. Prétendre être de retour sans s’adapter à la nouvelle situation promet un échec.

En tant que candidat, Joe Biden a promis qu’il n’y aurait pas de changement.

Joe Biden aux riches donateurs : « Rien ne changera fondamentalement » s’il est élu

L'ancien vice-président Joe Biden a assuré aux riches donateurs, lors d'une chic soirée de collecte de fonds à New York, que "rien ne changerait fondamentalement" s'il était élu.

Biden a déclaré aux donateurs lors d'un événement au Carlyle Hotel de Manhattan mardi soir qu'il ne "diaboliserait" pas les riches et a promis que "le niveau de vie de personne ne changera, rien ne changera fondamentalement", a rapporté Bloomberg News.

Cette déclaration de Biden a détruit l’illusion de ceux qui avaient espéré qu’il élèverait le niveau de vie de l’Américain moyen.

Biden est resté fidèle à ses mots prononcés pendant la collecte de fonds. Il n’y aura pas d’augmentation du salaire minimum. Les chèques de 2 000 dollars qu’il avait promis à tous les électeurs ne sont plus que des chèques de 1 400 dollars. Ils seront également conditionnés à une forte contrainte de ressources. Ceux qui ont gagné plus de 80 000 dollars en 2019 mais ont perdu leur revenu en 2020 n’auront pas de chèque du tout.

Même s’ils détiennent la majorité à la Maison Blanche, à la Chambre des représentants et au Sénat, les Démocrates ne peuvent ou ne veulent pas faire de progrès fondamentaux. Cela leur coûtera probablement leur majorité à la Chambre en 2022 et la présidence en 2024.

La promesse de « ne rien changer fondamentalement » s’étend aussi à la politique étrangère.

Secrétaire Pompeo @SecPompeo - 0:29 UTC – 21 Dec. 2019

Aujourd'hui, le procureur de la #CPI [Cour Pénale Internationale] a soulevé de sérieuses questions sur la compétence de la CPI pour enquêter sur #Israël. Israël n'est pas un État signataire à la CPI. Nous nous opposons fermement à cette enquête injustifiée qui vise injustement Israël. La voie vers une paix durable passe par des négociations directes.
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Secrétaire Antony Blinken @SecBlinken - 1:34 UTC – 4 Mar. 2021

Les États-Unis s'opposent fermement à une enquête de la @CourPenIntl sur la situation palestinienne. Nous continuerons à maintenir notre ferme engagement envers Israël et sa sécurité, notamment en nous opposant aux actions qui cherchent à cibler Israël injustement.

Avec cela, et son absence de punition envers le prince saoudien, l’administration Biden a cédé sur les droits de l’homme qu’elle avait pourtant affirmé soutenir dans des déclarations précédentes.

Le fait que rien ne changera est également montré par deux documents politiques que l’administration Biden a publiés hier. L’accent qu’elle mettait à l’origine sur les droits de l’homme, ce qui la distinguait de l’administration Trump, a déjà disparu.

Le thème commun est désormais la « démocratie », comme si celle-ci n’était pas seulement une forme de gouvernement mais une valeur en soi.
La Maison Blanche a publié une orientation stratégique provisoire en matière de sécurité nationale (pdf). Ce document dégouline de « librulisme » idéologique LGBTQWERTY. Son sujet central est que la « démocratie » est menacée :

À un moment où le besoin d'engagement américain et de coopération internationale est plus grand que jamais, les démocraties du monde entier, y compris la nôtre, sont de plus en plus assiégées. Les sociétés libres ont été remises en question de l'intérieur par la corruption, l'inégalité, la polarisation, le populisme et les menaces illibérales à l'État de droit. Les tendances nationalistes et nativistes - accélérées par la crise COVID-19 - produisent une mentalité du chacun pour soi qui nous laisse tous plus isolés, moins prospères et moins en sécurité. Les nations démocratiques sont également de plus en plus contestées de l'extérieur par des puissances autoritaires antagonistes. Les forces antidémocratiques utilisent la désinformation, la propagande et fait de la corruption une arme pour exploiter les faiblesses perçues et semer la division au sein des nations libres et entre elles, éroder les règles internationales existantes et promouvoir des modèles alternatifs de gouvernance autoritaire. Il est essentiel pour notre sécurité nationale de renverser ces tendances.

Il vise ensuite la Chine :

Nous devons également faire face à la réalité que la répartition du pouvoir dans le monde change, créant de nouvelles menaces. La Chine, en particulier, s'est rapidement affirmée. Elle est le seul concurrent potentiellement capable d'associer sa puissance économique, diplomatique, militaire et technologique pour lancer un défi durable à un système international stable et ouvert. La Russie reste déterminée à renforcer son influence mondiale et à jouer un rôle perturbateur sur la scène internationale. Pékin et Moscou ont tous deux beaucoup investi dans des efforts visant à mettre en échec les forces américaines et à nous empêcher de défendre nos intérêts et nos alliés dans le monde entier. Des acteurs régionaux comme l'Iran et la Corée du Nord continuent de chercher à acquérir des capacités et des technologies qui changent la donne, tout en menaçant les alliés et partenaires des États-Unis et en mettant en péril la stabilité régionale. Nous sommes également confrontés à des défis au sein de pays dont la gouvernance est fragile, et de la part d'acteurs non étatiques influents qui ont la capacité de perturber les intérêts américains.

Pour lutter contre la Chine, les États-Unis abuseront de/utiliseront leurs alliés :

Nous ne pouvons pas faire tout ce travail seuls. C'est pourquoi nous allons revigorer et moderniser nos alliances et partenariats dans le monde entier. Pendant des décennies, nos alliés ont été à nos côtés face à des menaces et des adversaires communs, et ont travaillé main dans la main pour faire progresser nos valeurs et nos intérêts partagés. Ils sont une formidable source de force et un avantage américain unique, qui nous aide à assumer les responsabilités nécessaires pour assurer la sécurité de notre pays et la prospérité de notre peuple. Nos alliances démocratiques nous permettent de présenter un front commun, de produire une vision unifiée et de mettre nos forces en commun pour promouvoir des normes élevées, établir des règles internationales efficaces et demander des comptes à des pays comme la Chine.

Bonne chance. Ni les alliés européens des États-Unis, ni les alliés asiatiques n’ont intérêt à suivre les États-Unis dans une confrontation contre la Chine. Il s’agit de leur plus grand partenaire commercial et ils ne le perçoivent pas comme une menace idéologique ou sécuritaire.

Un discours du secrétaire d’État Anthony Blinken, prononcé hier, aborde les mêmes points. Il est intitulé « Une politique étrangère pour le peuple américain »
Le thème principal est à nouveau la « démocratie » :

Plus nous et les autres démocraties pourrons montrer au monde que nous sommes capables de tenir nos promesses, non seulement pour notre peuple, mais aussi les uns pour les autres, plus nous pourrons réfuter le mensonge que les pays autoritaires aiment à dire, à savoir que leur façon de faire est la meilleure pour répondre aux besoins et aux espoirs fondamentaux des gens. C'est à nous de leur prouver qu'ils ont tort.

La question n'est donc pas de savoir si nous allons soutenir la démocratie dans le monde, mais comment.

Nous utiliserons la force de notre exemple. Nous encouragerons les autres à entreprendre des réformes essentielles, à renverser les mauvaises lois, à lutter contre la corruption et à mettre fin aux pratiques injustes. Nous encouragerons les comportements démocratiques.

Mais nous ne favoriserons pas la démocratie par des interventions militaires coûteuses ou en tentant de renverser des régimes autoritaires par la force. Nous avons déjà essayé ces tactiques par le passé. Même si elles étaient bien intentionnées, elles n'ont pas fonctionné. Elles ont donné une mauvaise réputation à la promotion de la démocratie et elles ont perdu la confiance du peuple américain. Nous ferons les choses différemment.

Le « mensonge que les pays autoritaires aiment à dire, que leur façon de faire est la meilleure pour répondre aux besoins fondamentaux et aux espoirs de la population » vise la Chine. Mais le fait que la Chine ait fait et fasse beaucoup mieux que les États-Unis pour répondre aux besoins et aux espoirs de sa population n’est pas un mensonge. La pandémie l’a une nouvelle fois démontré.

Le dernier paragraphe cité a suscité une certaine attention positive sur les médias sociaux. Mais il est basé sur un mensonge. Les États-Unis n’ont pas utilisé une seule fois des moyens militaires pour « promouvoir la démocratie ». Jamais. Ils ont utilisé la guerre pour gagner des marchés et du pouvoir, pour détruire leur concurrence. Les néo-conservateurs ont prétendu être motivés par la « promotion de la démocratie ». Mais cela n’a toujours été qu’un prétexte pour cacher les véritables raisons de faire la guerre. Si l’Irak est devenu démocratique, ce n’est pas parce que les États-Unis le voulaient. En fait, après l’invasion de l’Irak, le pro-consul américain Paul Bremer a tenté d’empêcher la tenue d’élections au suffrage universel dans ce pays. Seule l’insistance de l’ayatollah Sistani sur un vote à suffrage universel a conduit à un système quelque peu démocratique en Irak.

Blinken est, tout comme Pompeo avant lui, concentré sur la Chine :

Et huitièmement, nous allons gérer le plus grand test géopolitique du 21e siècle : notre relation avec la Chine.

Plusieurs pays nous posent de sérieux défis, dont la Russie, l'Iran, la Corée du Nord. Et nous devons faire face à de graves crises, notamment au Yémen, en Éthiopie et en Birmanie.

Mais le défi posé par la Chine est différent. La Chine est le seul pays disposant de la puissance économique, diplomatique, militaire et technologique nécessaire pour remettre sérieusement en question le système international stable et ouvert - toutes les règles, valeurs et relations qui font que le monde fonctionne comme nous le voulons, parce qu'il sert en fin de compte les intérêts et reflète les valeurs du peuple américain.

Le fait qu’il n’y ait pas de changement de l’administration Trump à l’administration Biden dans l’hostilité envers la Chine est décevant seulement pour ceux qui s’y attendaient :

Pang Zhongying, spécialiste des relations internationales à l'université chinoise Ocean, a déclaré que Pékin sera déçu par l'approche de l'administration Biden qui consiste à "poursuivre et même à intensifier" les politiques dures de l'ère Trump et à renforcer ses alliances pour contrer la Chine.

"Il ne semble pas y avoir encore de changement dans l’aggravation des relations entre la Chine et les États-Unis", a-t-il déclaré. "Je pense qu'il peut y avoir une certaine frustration du côté de Pékin du fait qu'après plus de 40 jours [de la nouvelle administration] ils n'ont pas vu de changement mais en réalité subit plus de pression de la part des Etats-Unis".

Pékin va gérer le conflit et il est probable qu’il le considère comme une opportunité.

L’incapacité des États-Unis à s’adapter aux nouvelles circonstances accélérera sa chute. L’empire américain était une anomalie historique et son crépuscule est proche :

[Les professeurs réalistes de relations internationales David Blagden et Patrick Porter] observent que "la position de "leader mondial" de l'Amérique est fondée sur un ensemble de conditions impermanentes et atypiques de l’époque de l'après-guerre", mais "les jours d'unipolarité incontestable sont révolus et on ne peut pas leur souhaiter de revenir".

Il en résulte que "l'extension excessive à l'étranger, l'épuisement et la pression fiscale dans le pays, et le désordre politique se nourrissent mutuellement dans une spirale descendante, menaçant cumulativement la survie de la république".

L'empire américain se trouve donc dans une impasse. Sa justification morale et politique de la supervision d'un ordre mondial de démocratie libérale universelle - l'équivalent le plus proche dans le monde réel de la paix perpétuelle kantienne qui a à la fois motivé et échappé aux idéalistes libéraux au cours des deux derniers siècles - est maintenant au-delà de ses capacités à se maintenir.
...
Comment cela finira-t-il pour l'Amérique ? Biden et les présidents qui lui succéderont seront contraints de faire un choix difficile : soit se retrancher dans un empire plus petit et plus gérable, soit risquer un effondrement bien plus important et plus dramatique pour défendre l'hégémonie mondiale.

Biden a fait son choix. Rien ne changera fondamentalement sous sa direction. Il est donc probable qu’il répète tous les échecs de la politique étrangère de Trump.

Il n’y aura pas de nouveau JCPOA avec l’Iran, ni de victoire pour les États-Unis au Moyen-Orient. La Corée du Nord continuera à tester des bombes et des missiles. Les États-Unis continueront à être coincés en Afghanistan. L’alliance sino-russe va se renforcer. Les alliés américains vont s’éloigner encore plus.

Nous ne pouvons pas encore savoir ce qui causera l’effondrement de l’hégémonie américaine, ni à quel moment. Mais nous nous en rapprochons de plus en plus.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

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