La pensée à court terme étatsunienne met la stratégie anti chinoise en échec


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 12 décembre 2018

Les États-Unis ont émis un mandat d’arrêt contre le directeur financier et héritier présumé de Huawei, Mme Meng Wanzhou. La raison en est une violation présumée, il y a six ans de cela, des sanctions contre l’Iran. Mme Meng a été arrêtée au Canada. Elle a été libérée contre une caution sévère de 10 millions de dollars. Un procès pour extradition suivra en février ou mars.

Il est sans précédent que le dirigeant d’une grande entreprise soit personnellement mis en accusation pour violations alléguées des sanctions par une filiale :

Les États-Unis arrêtent rarement des hommes d’affaires de haut rang, américains ou étrangers, pour des crimes présumés commis par leurs entreprises. Les dirigeants d’entreprise sont généralement arrêtés pour des crimes personnels supposés (tels que détournement de fonds, corruption ou violence) plutôt que pour les méfaits présumés de leur entreprise. …

Meng est accusée d’avoir violé les sanctions étasuniennes contre l’Iran. Pourtant, considérons son arrestation dans le contexte du grand nombre d’entreprises, américaines et non américaines, qui ont violé les sanctions américaines contre l’Iran et d’autres pays. En 2011, par exemple, JPMorgan Chase a payé 88,3 millions de dollars d’amendes pour violation des sanctions américaines contre Cuba, l’Iran et le Soudan. Pourtant, son président-directeur général, Jamie Dimon, n’a pas été extirpé d’un avion pour être placé en détention.

Les États-Unis ont inculpé des douzaines de banques pour avoir violé leur régime de sanctions. Elles ont dû payer d’énormes amendes (pdf) mais aucun de leurs hauts dirigeants n’a jamais été sanctionné.

Nous avons qualifié cette opération américaine de prise d’otages pour faire chanter la Chine. Le Président Trump a confirmé que c’est effectivement le cas :

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi à l’agence Reuters qu’il interviendrait dans la procédure engagée par le ministère américain de la Justice contre Meng si cela pouvait servir les intérêts de la sécurité nationale ou aider à conclure un accord commercial avec la Chine.

L’arrestation de Meng fait partie d’une campagne politique plus vaste menée contre la Chine depuis le bureau du conseiller à la sécurité nationale, John Bolton :

L’administration Trump prépare cette semaine une série d’actions contre Pékin car, selon elle, la Chine cherche sans arrêt à voler les secrets commerciaux américains, ses technologies avancées et à saboter les ordinateurs sensibles du gouvernement et des entreprises.

On s’attend à ce que de nombreux organismes gouvernementaux condamnent la Chine, avec comme argument une campagne documentée d’espionnage économique et de violation présumée d’un pacte historique, conclu en 2015, visant à s’abstenir de pirater à des fins commerciales.

Dans un style de propagande classique, les médias américains dépeignent les Chinois comme des ennemis :

Prises dans leur ensemble, ces annonces représentent une attaque de grande envergure contre la Chine en raison de son agression croissante contre l’Occident et de ses tentatives de supplanter les États-Unis en tant que leader mondial de la technologie, ont déclaré des responsables. …

Ces actions s’inscrivent dans un contexte de renseignements indiquant de plus en plus un effort soutenu de piratage informatique par les chinois dans le but d’acquérir des technologies américaines sophistiquées de toutes sortes. Un certain nombre d’organismes – dont les ministères de la Justice, de l’État, du Trésor et de la Sécurité intérieure – font pression en faveur d’une nouvelle réaction agressive des États-Unis. Un comité du Conseil national de sécurité coordonne les actions.

On se demande ce que ces « agressions » sont censées être. Les États-Unis n’espionnent-ils pas et ne piratent-ils pas eux-mêmes constamment, à des fins économiques et politiques ?

D’autres informations faisant état aujourd’hui d’un piratage informatique présumé par la Chine s’inscrivent évidemment dans le cadre de cette campagne anti-chinoise concertée. Comme d’habitude, aucune preuve n’est présentée à l’appui de vagues allégations :

Les enquêteurs du gouvernement américain pensent de plus en plus que ce sont des pirates informatiques de l’État chinois qui sont responsables de l’intrusion massive signalée le mois dernier dans le système de réservation d’hôtels de la chaîne Starwood du Marriott, une brèche qui a révélé les informations privées et les plans de voyage de 500 millions d’individus, selon deux personnes ayant été informées de cette enquête gouvernementale.

Ces personnes ont averti que l’enquête n’était pas encore terminée, de sorte qu’il est impossible de tirer des conclusions définitives. Mais la technique de piratage, qui a été utilisée pendant quatre ans avant d’être découverte, a immédiatement fait penser qu’elle aurait été effectuée par un gouvernement national.

La nouvelle campagne anti-Chine fait suite à une poussée de propagande anti-Russie identique, il y a trois mois.

La Chine a pris les premières contre-mesures. Elle a arrêté Michael Kovrig, un ancien diplomate canadien qui travaille maintenant pour l’International Crisis Group (ICG). Pékin suggère que l’ICG opère illégalement en Chine :

« L’organisation concernée a violé les lois chinoises parce qu’elle n’est pas enregistrée en Chine « , a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lu Kang, lors d’une conférence de presse mercredi.

La Chine a, l’année dernière, fortement renforcé ses règles concernant les ONG opérant dans le pays.

Ce ne sera pas la seule mesure chinoise contre le Canada pour son rôle dans cette affaire.

La série d’accusations et de mesures étasuniennes contre la Chine vise, d’une part à protéger la part de marché des entreprises américaines contre les produits chinois meilleurs et moins chers, mais a, d’autre part, des arrières pensées géopolitiques. Cela n’a rien à voir non plus avec la protection de l’État de droit international.

Après trois siècles d’impérialisme anglo-américain, le centre de gravité économique du monde retourne à l’Est.

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Les États-Unis s’y prennent beaucoup trop tard pour empêcher ce changement. Leur meilleure chance n’est pas de le contester, mais de s’y accommoder. Mais déjà, il faudrait respecter les lois internationales et les obligations découlant des traités. Les États-Unis ne sont pas non plus disposés à le faire.

Rien, si ce n’est une guerre à grande échelle qui entraînerait la destruction des centres industriels de l’Asie de l’Est, tout en maintenant les États-Unis et l’Europe à l’abri, ne pourra inverser cette tendance. Les armes nucléaires aux mains des deux bords et le principe de la destruction mutuelle assurée ont rendu une telle guerre impensable. Ce que nous verrons probablement à la place ce seront des conflits par procuration dans divers autres pays.

La stratégie actuelle des États-Unis consiste à restreindre l’accès de la Chine aux marchés étrangers, aux technologies de pointe, aux services bancaires mondiaux et à l’enseignement supérieur. Bien que cela puisse pour un moment ralentir l’ascension de la Chine, à long terme cela la renforcera encore davantage. Au lieu de s’intégrer dans l’économie mondiale, elle développera ses propres capacités et systèmes internationaux.

Les États-Unis peuvent temporairement gêner le fournisseur d’équipement de télécommunication Huawei en lui refusant l’accès aux puces conçues aux États-Unis. Ils le feront probablement.  Mais cela ne fera qu’inciter Huawei à lancer sa propre production de puces. Dans quelques années, elle sera de retour et surpassera les entreprises américaines avec des produits encore meilleurs et moins chers.

C’est typique des États-Unis actuels de rechercher un avantage à court terme tout en ignorant les effets négatifs à long terme de leur action. C’est l’une des principales raisons de la montée en puissance de la Chine et de sa future suprématie.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

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