La longue agonie de la liberté d’expression en France


Par Guy Millière − Le 13 octobre 2019 − Source Gatestone Institute

Défendre quelqu’un qui est accusé de « racisme » implique le risque d’être accusé également de « racisme ». La terreur intellectuelle règne en France.

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La France passe d’une « presse muselée à une presse qui muselle et détruit la liberté d’expression ». – Alain Finkielkraut, écrivain et philosophe.

Des écrivains autres qu’Éric Zemmour ont été traînés en justice et totalement exclus de tous les médias, simplement pour avoir décrit la réalité.

Dans une société où la liberté d’expression existerait, il serait possible de discuter de ces déclarations, mais aujourd’hui en France, la liberté d’expression a été presque complètement détruite.

Bientôt en France, personne n’osera dire qu’une attaque inspirée ouvertement par l’islam a un lien avec l’islam.

Le 28 septembre, une « Convention de la droite » s’est tenue à Paris, organisée par Marion Marechal, ancienne députée au Parlement français et désormais directrice de l’Institut des sciences sociales, économiques et politiques (ISSEP). Le but de la convention était de réunir les factions politiques de la droite française. Dans un discours liminaire, le journaliste Éric Zemmour a sévèrement critiqué l’islam et l’islamisation de la France. Il a décrit les « zones interdites » du pays (Zones Urbaines Sensibles) comme des « enclaves étrangères » sur le territoire français et décrit, comme un processus de « colonisation », la présence croissante en France de musulmans qui ne s’intègrent pas.

Zemmour a cité l’écrivain algérien Boualem Sansal, qui a déclaré que les zones interdites sont « de petites républiques islamiques en devenir ». Zemmour a déclaré qu’il y a quelques décennies, les Français pouvaient parler librement de l’islam mais qu’aujourd’hui c’est impossible. Il a dénoncé l’utilisation du « concept flou  d’islamophobie pour rendre impossible la critique de l’islam, rétablir la notion de blasphème a bénéficié à la religion musulmane seule … « 

« Tous nos problèmes sont aggravés par l’islam. C’est un double péril … Les jeunes Français seront-ils disposés à vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? Si oui, ils méritent d’être colonisés. Sinon, ils devront combattre… [Les] vieux mots de la République, laïcité, intégration, ordre républicain, ne veulent plus rien dire… Tout a été renversé, perverti, vidé de sens. « 

Le discours de Zemmour a été retransmis en direct sur la télévision LCI. Les journalistes d’autres chaînes ont immédiatement accusé LCI d’avoir contribué à diffuser une « propagande haineuse ». Certains ont dit que LCI devrait perdre sa licence de radiodiffusion. Une journaliste, Memona Hinterman-Affegee, ancienne membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel de France, l’organe qui réglemente les médias électroniques en France, a écrit dans le journal Le Monde :

"LCI utilise une fréquence qui fait partie du domaine public et qui appartient donc à l'ensemble de la nation ... LCI a failli dans sa mission et a perdu le contrôle de son programme et doit être sanctionnée de manière exemplaire".

Les journalistes du Figaro, le journal employant Zemmour, ont écrit un communiqué de presse exigeant son renvoi immédiat. Des appels entendus sur le boycott total de Zemmour sur la plupart des stations de radio et de télévision ont souligné qu’il avait été condamné à plusieurs reprises pour « racisme islamophobe ».

Alexis Brézet, le directeur de la publication du Figaro, a déclaré qu’il avait exprimé sa « désapprobation » à Zemmour et lui avait rappelé la nécessité d’un « strict respect de la loi », sans toutefois le licencier. SOS Racisme, un mouvement de gauche créé en 1984 pour lutter contre le racisme, a lancé une campagne visant à boycotter les entreprises qui publient des annonces au Figaro et a déclaré que son objectif était de contraindre la direction du journal à renvoyer Zemmour. La radio grand public RTL qui employait Zemmour, a décidé de le licencier immédiatement, affirmant que sa présence sur les ondes était « incompatible » avec l’esprit de cohabitation « qui caractérise la station ».

Jean-Michel Aphatie, journaliste travaillant pour RTL et LCI, a déclaré que Zemmour était un « récidiviste » qui ne devrait pouvoir parler nulle part et l’a comparé au négationniste antisémite de l’Holocauste, Dieudonné Mbala Mbala :

"Dieudonné n'est pas autorisé à parler en France. Il doit se cacher. C'est bon, car il veut répandre la haine. Éric Zemmour devrait être traité de la même manière"

Des caricatures ont été publiées représentant Zemmour dans un uniforme de Waffen SS. Un autre journaliste, Dominique Jamet, ne rencontrant apparemment aucun problème pour comparer un Juif à un nazi, a déclaré que Zemmour lui rappelait le ministre de la Propagande de Hitler, Joseph Goebbels. Sur Internet, les menaces de mort contre Zemmour se sont multipliées. Certains ont signalé les horaires où Zemmour prend le métro, à quelles stations, et suggère que quelqu’un le pousse sous une rame.

Le gouvernement français a officiellement porté plainte contre Zemmour pour « injures publiques » et « provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence ». L’enquête a été confiée à la police. Un Français accusé de « provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence » peut encourir une peine d’un an de prison et 45 000 euros d’amende.

Quiconque lira le texte du discours de Zemmour le 28 septembre pourra voir que ce discours n’incite pas à la discrimination, à la haine ou à la violence, et ne fait pas une seule déclaration raciste : l’Islam n’est pas une race, c’est une religion.

Le discours de Zemmour décrit une situation déjà discutée par divers écrivains. Zemmour n’est pas le premier à dire que les zones interdites d’accès sont des zones dangereuses où la police ne peut plus entrer, ou qu’elles sont sous le contrôle d’imams radicaux et de gangs musulmans qui agressent et chassent les non-musulmans. Zemmour n’est pas le seul écrivain à avoir décrit les conséquences de l’immigration massive de musulmans qui ne s’intègrent pas dans la société française. Le sondeur Jérôme Fourquet, dans son livre récent, L’archipel français, souligne que la France est aujourd’hui un pays où musulmans et non-musulmans vivent dans des sociétés séparées « hostiles les unes aux autres ». [Ainsi que Gérard Collon, ancien ministre de l’Intérieur, NdT] Fourquet souligne également qu’un nombre croissant de musulmans vivant en France déclarent vouloir vivre selon la charia et la placer au-dessus de la loi française. Fourquet note que 26% des musulmans français nés en France ne souhaitent obéir qu’à la charia ; pour les musulmans français nés à l’étranger, ce chiffre s’élève à 46%. Zemmour a simplement ajouté que ce qui se passait était une « colonisation ».

Zemmour a été traîné devant les tribunaux plusieurs fois, il a dû payer de lourdes amendes. Le 19 septembre, il a été condamné à une amende de 3 000 euros pour « incitation à la haine raciale » et « incitation à la discrimination », pour avoir déclaré en 2015 que « dans d’innombrables banlieues françaises, où de nombreuses jeunes filles sont voilées, se déroule une lutte pour l’islamisation du territoire ».

Des écrivains autres que Zemmour ont été traduits devant un tribunal et totalement exclus de tous les médias, simplement pour avoir décrit la réalité. En 2017, le grand historien Georges Bensoussan a publié un livre Une France soumise, aussi alarmant que ce que Zemmour a dit il y a quelques jours. Dans une interview, Bensoussan a cité un sociologue algérien, Smaïn Laacher, qui avait déclaré que « dans les familles arabes, les enfants boivent l’antisémitisme avec le lait de leur mère ». Laacher n’a jamais été inculpé. Bensoussan a cependant dû comparaître devant un tribunal pénal. Bien qu’il ait été acquitté, il a été limogé par le Mémorial de l’Holocauste à Paris, qui l’avait employé jusque-là.

En 2011, un autre auteur, Renaud Camus, a publié un livre Le grand remplacement. Il y parle du déclin de la culture occidentale en France et de son remplacement progressif par la culture islamique. Il a également noté la présence croissante en France d’une population musulmane qui refuse de s’intégrer et a ajouté que les études démographiques montrent un taux de natalité plus élevé dans les familles musulmanes que dans les non-musulmans.

Immédiatement, des commentateurs dans les médias ont accusé Camus de « racisme anti-musulman » et l’ont qualifié de « théoricien du complot ». Ses études démographiques ont été ignorées. Il n’avait jamais mentionné la race ou l’appartenance ethnique, mais avait néanmoins été décrit comme un défenseur du « suprématisme blanc » et immédiatement exclu de la radio et de la télévision. Il ne peut plus rien publier dans un journal ou un magazine français. En fait, il n’a plus d’éditeur du tout ; il doit s’auto-publier. Dans les débats en France, il est qualifié d‘ »extrémiste raciste » et crédité de dire des choses qu’il n’a jamais dites. Il se voit alors refuser la possibilité de répondre.

La différence entre Eric Zemmour et Georges Bensoussan ou Renaud Camus, est que Zemmour avait publié des livres qui étaient devenus des best-sellers avant de parler explicitement de l’islamisation de la France.

Ceux qui ont détruit la carrière d’autres écrivains pour avoir énoncé des faits politiquement incorrects ont fait de leur mieux pour condamner Zemmour au même sort. Jusqu’à présent, ils n’ont pas réussi et ont donc décidé de lancer une offensive majeure contre lui. Ils veulent clairement sa destruction personnelle, voire physique.

Zemmour ne fait pas que risquer une interdiction professionnelle ; comme de nombreux autres écrivains qui sont réduits au silence par une « foule de lyncheurs » intolérants, il risque sa vie.

Presque personne ne s’intéresse à sa défense, tout comme personne n’a défendu Georges Bensoussan ni Renaud Camus. Défendre une personne accusée d’être « raciste » implique le risque d’être accusé aussi de « racisme ». La terreur intellectuelle règne maintenant en France.

Il y a quelques jours, l’écrivain et philosophe Alain Finkielkraut a déclaré qu’il est scandaleux de suggérer que « l’islamophobie est l’équivalent de l’antisémitisme d’hier ». Il a déclaré que « les musulmans ne risquent pas l’extermination » et que personne ne devrait « nier que l’antisémitisme actuel est un antisémitisme arabo-musulman ». Il a ajouté que la France est en train de passer d’une « presse muselée à une presse qui muselle et détruit la liberté d’expression ».

La France, écrit Ghislain Benhessa, professeur à l’Université de Strasbourg, n’est plus un pays démocratique et devient peu à peu quelque chose de très différent :

"Notre modèle démocratique basé sur la libre expression des opinions et la confrontation des idées cède la place à autre chose ... Des condamnations morales implacables infectent les débats et les opinions divergentes sont constamment considérées comme "nauséabondes", "dangereuses", "déviantes" ou "rétrogrades", et les éléments de langage répétés ad nauseam par les communicateurs officiels seront bientôt les derniers mots jugés acceptables. Poursuites judiciaires, accusations infâmes et proclamations de tolérance vont donner naissance au jumeau maléfique d'une société ouverte : une société fermée."

Le 3 octobre, cinq jours après le discours de Zemmour, quatre employés de la police ont été assassinés au siège de la police parisienne par un homme converti à l’islam. L’assassin, Mickaël Harpon, s’était rendu chaque semaine dans une mosquée où un imam, vivant dans une zone de non-droit à dix kilomètres au nord de Paris, avait tenu des propos radicaux. Harpon travaillait au siège de la police depuis 16 ans. Il avait récemment partagé sur les réseaux sociaux une vidéo montrant un imam appelant au djihad et affirmant que « la chose la plus importante pour un musulman est de mourir en tant que musulman ».

Les collègues de Harpon ont dit qu’il s’était réjoui des attentats djihadistes de 2015 en France, et ont déclaré qu’ils avaient informé de « signes de radicalisation », en vain. La première réaction du gouvernement avait été de dire que le meurtrier était « perturbé mentalement » et que l’attaque n’avait aucun lien avec l’Islam. Le ministre français de l’Intérieur, Christophe Castaner, a simplement déclaré qu’il y avait eu des « dysfonctionnements administratifs » et a reconnu que le meurtrier avait accès à des dossiers classés « secrets ».

Un mois auparavant, le 2 septembre, un Afghan qui avait le statut de réfugié politique en France, avait tranché la gorge d’un jeune homme et blessé plusieurs personnes dans une rue de Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon. Il a annoncé que la faute de ceux qu’il avait tués ou blessés était qu’ils « n’avaient pas lu le Coran ». La police a immédiatement déclaré qu’il était atteint d’une maladie mentale et que son agression n’avait rien à voir avec l’islam.

Bientôt en France, personne n’osera dire qu’une attaque inspirée ouvertement par l’islam a un lien avec l’islam.

Il existe aujourd’hui plus de 600 zones interdites en France. Chaque année, des centaines de milliers d’immigrés provenant principalement de pays musulmans s’établissent en France et viennent s’ajouter à la population musulmane du pays. La plupart de ceux qui les ont précédés ne se sont pas intégrés.

Depuis janvier 2012, plus de 260 personnes en France ont été assassinées lors d’attaques terroristes et plus d’un millier ont été blessés. Les chiffres pourraient augmenter dans les mois à venir. Les autorités continueront à appeler les assaillants « des malades mentaux ».

Guy Millière

Guy Millière, est docteur de 3e cycle en littérature de l’Université de Paris VIII-Vincennes, est l’auteur de 27 ouvrages sur la France et l’Europe.

Note du Saker Francophone

Ce texte montre comment la situation en France peut être perçue à l'étranger. Sinon sur le fond, l'analyse de l'auteur, très proche du "fameux" Choc de Civilisation vendu par les néoconservateurs, n'engage que lui.

Il aurait pu évoquer la dangerosité de cette dialectique entre les habituels méchants musulmans et les habituelles victimes, celles qui s'opposent aux premiers et qu'il faudrait forcément parer de toutes les vertus. Une fois la montée aux extrêmes bien engagée, il sera difficile de revenir en arrière.

La description quotidienne de la situation en Syrie montre que la situation réelle est bien plus complexe que cela. Dommage qu'Eric Zemmour notamment  ne fasse pas le lien et décrive une réalité, certes, mais une réalité partielle.

Traduit par jj, relu par Kira pour le Saker Francophone

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