La Corée du Nord : un vrai danger ?


Selon des experts, il se pourrait que les États-Unis ne puissent pas intercepter les missiles nord-coréens.

Note du Saker Francophone

Ken Dilanian, auteur de l'article que nous présentons ci-dessous, sent le soufre. Il est notamment accusé par Ken Silverstein, dans The Intercept, d'être une serpillière de la CIA, auprès de laquelle il prendrait ses ordres.

Alors faut-il mettre la publication de cet article sur le compte du désordre washingtonien, de la propagande ou de l'appel à plus de fonds pour le complexe militaro-industriel ? À vous de juger. 

Pour paraphraser l'ineffable Rumsfeld et ses "known knowns", il y a les gens "Système système", les "Système antisystème", les "Antisystème système" et les "Antisystème antisystème" !

Résultat d’images pour Ken DilanianPar Ken Dilanian – Le 19 avril 2017 – Source nbcnews

Des généraux parmi les plus éminents ont, depuis des années, insisté sur le fait que si la Corée du Nord lançait un missile, l’armée étasunienne l’abattrait.

Mais, selon des scientifiques indépendants et des investigateurs gouvernementaux, c’est une affirmation très discutable.

Cela étant dit, selon une série d’avis indépendants, les généraux négligent d’énormes questions concernant l’efficacité du système de défense antimissiles, qui a coûté $40 milliards, et sur lequel ils misent pour intercepter un éventuel missile balistique nord-coréen ou iranien.

« Ils font croire aux dirigeants politiques qu’ils ont une efficacité militaire qu’ils n’ont pas », explique le physicien David Wright, qui a étudié le programme pendant des années, en tant que co-directeur du Global Security Program (Programme mondial de sécurité) à l’Union of Concerned Scientists (Union des scientifiques concernés).

Chris Johnson, un des porte-paroles de l’Agence de défense antimissile du Pentagone, a déclaré que le Pentagone était « confiant quant à sa capacité de défendre le pays contre les menaces provenant de missiles balistiques ». Alors que le programme ait eu bien des problèmes de fiabilité au début de son développement, « nous avons apporté ces dernières années des améliorations importantes pour que le système puisse fonctionner comme conçu », a-t-il ajouté.

Le système de défense antimissile repose sur des fusées de 20 mètres et de trois modules pour anéantir les projectiles ennemis dans l’espace, une tâche comparable à celle d’atteindre une balle de fusil avec une autre balle de fusil. Le système est connu sous le nom de Ground-based Midcourse Defense system (Système de défense de moyenne portée basé au sol) ou GMD.

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Il y a 36 intercepteurs en exploitation, selon l’Agence de défense des missiles – quatre à la base aérienne de Vandenberg en Californie et 32 à Ft. Greely, Alaska. Huit autres seront en ligne à la fin de l’année. Contrairement au système Iron Dome en Israël, conçu pour contrer les missiles et l’artillerie à plus courte portée, le GMD est conçu pour frapper des missiles au-dessus de l’atmosphère terrestre – une performance plus difficile. C’est l’un des héritiers de l’Initiative de défense stratégique, le soi-disant programme Star Wars lancé sous Ronald Reagan

Les missiles sont basés en Alaska et en Californie, parce que la côte Ouest est le meilleur endroit pour intercepter des missiles qui prendraient les itinéraires les plus courts depuis l’Iran ou la Corée du Nord. Le Congrès est favorable à la construction d’un troisième site sur la côte Est.

Image: A flight test of the exercising elements of the GMD system launched at the Vandenberg AFB
Un test en vol des éléments du système Ground Defense Midcourse Defense (GMD) est lancé par la 30e Space Wing et l’Agence américaine de défense contre les missiles à l’AFB de Vandenberg, en Californie, le 22 juin 2014. Fichier Gene Blevins / Reuters

Les services de renseignement estiment que la Corée du Nord est incapable, pour le moment, de lancer un missile nucléaire contre les États-Unis, mais des analystes croient qu’elle est sur la voie de la réussite.

Mais même si le système antimissile est sur le terrain, il n’est pas prouvé qu’il fonctionne.

L’année dernière, le Government Accountability Office (Agence de contrôle budgétaire), l’organe de contrôle du Congrès, a conclu que le département qui gère le système de défense antimissile « n’a pas démontré par des essais en vol qu’il puisse défendre la patrie étasunienne ».

Dans neuf simulations d’attaques depuis que le système a été déployé en 2004, les intercepteurs ont manqué six fois leur cible, bien que les essais en vol soient beaucoup moins difficiles à réaliser que lors d’une attaque réelle. Le Los Angeles Times a publié l’année dernière une enquête sur le Système de défense antimissile, celle-ci a révélé lors d’un essai une nouvelle défaillance précédemment inconnue.

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Malgré des années de bricolage et les promesses de corriger les lacunes techniques, la performance du système a plus empiré qu’elle ne s’est améliorée, a conclu The Times. En juillet dernier, l’Union des scientifiques concernés, qui est souvent sceptique quant aux programmes militaires, a soutenu, dans un rapport de 47 pages, que l’approche étasunienne à la défense antimissiles était « désastreuse ». À propos du GMD, il a conclu : « Son dossier d’essais est médiocre et il n’a pas de capacité démontrée à arrêter un missile entrant dans des conditions réelles. »

Une étude de l’Académie nationale des sciences de 2012 a qualifié le GMD de déficient et a recommandé une révision complète des intercepteurs, des capteurs et du concept des opérations. Malgré cela, aucune révision ne s’est matérialisée.

Un ancien conseiller du Congrès qui reçoit régulièrement des informations, classées confidentielles sur le système, a déclaré mardi sur NBC News : « Aucun de ces trucs ne fonctionne de manière fiable. Rien. Leurs programmes d’intercepteurs ne fonctionnent pas. Ils abattent des cibles de temps à autre, mais ne sont pas suffisamment fiables pour risquer l’échec catastrophique d’un raté. »

Le Pentagone et son Agence de défense antimissiles sont fortement en désaccord. Des fonctionnaires ont assuré à plusieurs reprises aux législateurs et au public que le système, en dépit de ses échecs, est en mesure de protéger les États-Unis.

« Aujourd’hui, nous avons exactement ce dont nous avons besoin pour défendre les États-Unis d’Amérique contre la Corée du Nord », a déclaré, le 6 avril, le chef de l’armée de l’air Lori Robinson, responsable du Northern Command of the US au Comité des services armés du Sénat.

Le sénateur Lindsey Graham a demandé : « Par conséquent, si l’année prochaine, un missile était lancé depuis la Corée du Nord, pourrions-nous l’éliminer ? »

« Oui, Monsieur », a répondu Robinson.

Selon Wright et d’autres experts, il n’existe aucun fondement à une telle certitude.

Le Pentagone a dépensé plus de $40 milliards pour mettre sur pied un système qui n’a pas été vérifié dans le cadre de conditions réelles.

Le système a échoué quasiment une fois sur deux dans les essais programmés, dit Wright – sachant que ceux qui manœuvrent le système de défense antimissile ont des informations sur la cible qu’ils n’auraient pas eu dans des conditions réelles. En 2002, le programme a été dispensé de tests normaux et des standards de livraison, afin qu’il puisse être déployé plus rapidement.

Le système n’a toujours pas été vérifié contre des cibles réelles telles que des ogives en chute irrégulière, des ogives accompagnées de leurres crédibles ou des ogives qui se déplacent à des vitesses et des distances similaires à celles d’un ICBM (Missile balistique intercontinental), fait état le rapport de Union of Concerned Scientists. « Près de 15 ans après la mise en service du système GMD, les responsables du Pentagone chargés des essais eux-mêmes ont déclaré que le système n’a pas démontré une capacité opérationnellement utile pour défendre le public américain d’une attaque de missile. »

Johnson, le porte-parole de l’agence de missiles, l’a contesté, affirmant que le système reposait sur des « essais d’interception opérationnellement réalistes ».

Image: Television pictures in South Korea showed file footage of a North Korean ballistic missile.
La télévision en Corée du Sud a montré des images d’un missile balistique nord-coréen. Ahn Young-joon / AP

Des responsables militaires ont reconnu que la technologie n’est pas au niveau qu’ils souhaitent. Une des façons dont ils chercheraient à améliorer la précision est de tirer quatre ou cinq intercepteurs contre chaque missile, c’est ce qu’on appelle la « shot doctrine » (doctrine de tir).

« Aujourd’hui, la shot doctrine consistant à lancer plusieurs intercepteurs pour atteindre un missile balistique entrant de longue portée, serait très efficace », a déclaré sur son site internet la Missile Defense Advocacy Alliance, un groupe d’entrepreneurs qui construit les systèmes.

Cependant, l’Union of Concerned Scientists a calculé que si cinq ogives se dirigeaient vers les États-Unis, et que chaque intercepteur avait 50% de chances de frapper sa cible, il y aurait 28% de chances qu’une ogive atteigne sa cible. Ce ne sont pas des probabilités auxquelles un président pourrait faire confiance dans le cas d’une attaque nucléaire.

En outre, ces probabilités ne prennent pas en compte l’utilisation potentielle de leurres et de contre-mesures, ce qui a affligé la défense antimissile depuis des années. Le GMD s’appuie sur des capteurs de chaleur pour déterminer parmi les leurres la véritable ogive, a déclaré Wright, mais cela pourrait être surmonté simplement en refroidissant l’ogive avec de l’azote liquide avant son lancement.

Les partisans du programme soutiennent que l’échec des essais fait partie du processus d’apprentissage.

« Dans le domaine de l’espace, c’est la manière de progresser rapidement », a déclaré le général de de l’aviation, John Hyten, responsable du Commandement stratégique des États-Unis, lors d’une récente comparution devant le Congrès.

« Von Braun, qui au début du développement des fusées avait un taux d’échec de 60%, est peut-être le plus grand scientifique des fusées de tous les temps », a-t-il ajouté, se référant au scientifique allemand Wernher von Braun, à qui est attribuée l’invention des V2 pour l’Allemagne nazie avant d’être exfiltré secrètement aux États-Unis, où il a développé la fusée Saturn V qui a servi à propulser le module spatial Apollo vers la lune.

Mais le problème, selon Wright et d’autres critiques, est que les généraux ne se confient pas au Congrès et au peuple américain à propos de l’état incertain de la technologie actuelle, et dépensent des milliards pour générer un système qui peut ne pas fonctionner.

« Plus d’argent pour acheter plus de pacotille n’est pas la réponse », a déclaré l’ancien conseiller du Congrès. « Plus pour la recherche et le développement est la réponse. »

Traduit par Alexandre Moumbaris, relu par Marie-José Moumbaris pour le Saker Francophone

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