La « Citadelle Amérique » ne va pas tarder à gagner l’Amérique centrale depuis l’Amérique du Sud

“Fortress America” Is About To Expand From South America To Central America


Par Andrew Korybko − Le 6 avril 2019 − Source orientalreview.org

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Le président Trump a encore réitéré sa promesse de fermer la frontière Sud et déclaré qu’il coupait toutes les aides aux pays du Triangle du Nord que sont le Salvador, le Guatemala et le Honduras, avec lesquels son administration vient tout juste de conclure un accord de sécurité sans précédent.

Cette politique aux parements schizophrènes s’explique par le fait qu’on signale que la « mère de toutes les caravanes » vient de se mettre en branle en direction des USA, et que Trump estime que ni ces trois pays du Triangle du Nord, ni le Mexique n’ont rien fait pour l’arrêter : il a noté sur Twitter que ces pays acceptent les subsides étasuniens et ne décident d’aucune action en retour. Rien de nouveau vraiment pour qui suit le fond de ce dossier depuis plusieurs années, et s’est quelque peu familiarisé avec les vues de Trump ; mais ces événements prennent une importance significative à la lumière des réussites étasuniennes à bâtir la « Citadelle Amérique » en Amérique du Sud.

À l’exception du Venezuela et de la Bolivie dans une moindre mesure, les USA ont repris un contrôle par mandataire interposé de l’ensemble du continent, avec la création toute récente du bloc d’intégration Prosur, qui couronne le succès d’une campagne de changements de régimes, entamée depuis des années, que l’on pourrait nommer « Opération Condor 2.0 » dans la terminologie de la guerre froide. Il va falloir du temps pour consolider la « Citadelle Amérique » dans cet hémisphère, mais cela pourra se faire en parallèle de l’expansion de ce projet géopolitique vers le Nord, en direction de l’Amérique centrale : l’accord de sécurité qui a été signé avant l’annonce de la nouvelle crise de la caravane en constitue un signe. Il apparaît que les USA jouent le jeu du « bon flic, mauvais flic » pour parvenir à leurs fins.

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Kirstjen Nielsen, la Secrétaire d’État à la sécurité intérieure, et Donald Trump, président des USA

Kirstjen Nielsen, secrétaire d’État à la sécurité intérieure, joue le « bon flic » en ratifiant des accords en sécurité avec les États d’Amérique centrale, tandis que Trump joue le « mauvais flic » qui menace de fermer la frontière si ces pays ne souscrivent pas à ses exigences anti-caravane. Leur jeu conjoint positionne un cadre de travail à appliquer aux trois États ciblés, auquel ils doivent se tenir s’ils veulent continuer de recevoir les subsides étasuniens et les retombées des activités légales au travers de la frontière ouverte des USA. Pour reprendre les propos de Teddy Roosevelt, qui avait marqué les esprits en énonçant que les USA devaient « parler calmement en brandissant un gros bâton », Trump « crie fort et brandit le marteau de la Guerre hybride » : il ne craint pas de se montrer belliqueux, son but étant que ses interlocuteurs comprennent qu’il parle sérieusement et qu’il compte bien accélérer l’expansion de la « Citadelle Amérique » en Amérique centrale.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

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