J’entends siffler le train… c’est le moment de partir


Par James Howard Kunstler − Le 8 juillet 2019 − Source kunstler.com

James Howard KunstlerImaginez le système politique bipartite américain comme deux trains de marchandises délabrés qui se dirigent l’un vers l’autre par d’anciennes voies négligées, sur une trajectoire de collision qui va durer un an. Y aura-t-il même deux partis pour l’élection de 2020 ?

Le Parti Républicain est un train de wagons de marchandises transportant des voitures piégées qui peuvent exploser à tout moment. La locomotive tourne avec les vapeurs fumantes de l’économie financiarisée. L’ingénieur, M. Trump, ne surveille que la jauge du marché boursier, qui produit les émanations gazeuses qui font avancer son train. Mais les wagons-citernes fuient. Les vapeurs sont hautement inflammables. Une toute petite étincelle peut les embraser, et le fera sûrement.

Le Parti Démocrate transporte dix-sept voitures, remplies du pire scandale politique de l’histoire des États-Unis : le RussiaGate, une tentative de coup d’État par enfumage émotionnel national, qui entraînera des dizaines d’officiers du Parti, et leurs bidasses, dans une véritable accusation de conspiration criminelle en les soumettant à des poursuites ignominieuses en plein milieu d’une année électorale. En fin de compte, les dégâts pourraient atteindre jusqu’à l’ancien président Obama et Mme Clinton, traînés sous les roues de l’épave du train en ruine. Ce sera moche et embarrassant à un point inimaginable.

Le train des Démocrates comprend également les voitures du cirque de ses arnaqueurs de la politique d’identité, les députés AOC [Alexandria Ocasio-Cortez], Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley, ainsi que l’attraction des scandales de Joe Biden, jusqu’à ce jour camouflés, concernant les paiements énormes, en espèces ukrainiennes et chinoises, à son fils entrepreneur, Hunter, convenablement arrangés pendant les voyages officiels de son père en ces lieux en tant que vice-président des États-Unis.

Il y a des raisons de croire qu’une majorité d’électeurs est fichtrement malade du harcèlement identitaire et du racket fastidieux du politiquement correct qui l’a engendré. Ils y voient un appétit sans fond pour le grief et la plainte – face à une réalité dans laquelle la vie est difficile pour tout le monde, pas seulement les victimes auto-proclamées de l’oppression. Ils sentent les relents de mauvaise foi dans la campagne du Parti pour une frontière ouverte avec le Mexique et son refus abject de légiférer pour réformer la loi sur l’immigration – tout en faisant un grand cirque des supposés mauvais traitements dont seraient victimes les personnes qui franchissent illégalement la frontière. Surtout, ils en ont marre des leçons de morale sans fin et de la coercition, en particulier en ce qui concerne les questions de «genre» et les limites sexuelles qui s’étirent de plus en plus, les défilés de monstres avec des masques de chien, les gags du bâillonnement et les exhibitions sado-maso, sans oublier la folie absolue des histoires de drag queen, dans lesquelles les hommes jouent de monstrueuses caricatures de femmes pour des enfants impressionnables de six ans. C’est ce qui se passe dans le parti de Franklin Roosevelt et Jack Kennedy.

Pourtant, les chances de réélection de M. Trump dépendent du mince fil de son économie fictive miraculeuse, qui ressemble à l’une de ces soirées fabuleuses chez Jay Gatsby, décrites dans le roman de F. Scott Fitzgerald sur la vie avant le grand crash de 1929 – une scène éclaboussante mais strictement ciblée pour l’élite des habitants de la Gold Coast. C’est la conséquence, dans le monde, de la généreuse planche à billets, de la falsification des algorithmes d’ordinateurs dans les échanges, du touillage des statistiques, et des perversions provoquées par des taux d’intérêt artificiellement très bas qui détruisent les fondements de la formation du capital.

La justification dogmatique de tout cela est la doctrine complètement folle appelée théorie monétaire moderne (MMT) qui stipule qu’un pays disposant de la monnaie de réserve mondiale ne peut jamais faire faillite tant qu’il peut continuer à « imprimer » plus d’argent – ou à intervenir, par quelque clics de souris, sur les comptes bancaires «d’importance systémique», Too Big to Fail. Lorsque ce train quittera les rails – comme il se doit, car il est en contradiction avec la réalité – il s’agira de la plus grande épave de l’histoire et mettra fin à toutes les opérations des sociétés avancées, y compris les chaînes d’approvisionnement en matières premières, la fabrication, le commerce mondial et l’agro-business à l’échelle industrielle. Ce dernier sera particulièrement pénalisant dans un monde où les intempéries pèsent sur la production céréalière cette année.

Le Parti Démocrate a déjà un gros wagon-citerne d’huile de serpent miraculeuse pour «soigner» tout cela : le socialisme. Ils sont totalement francs à ce sujet. En tout cas, c’est juste un autre nom pour la redistribution forcée périodique de la richesse de la classe supérieure grasse et avide vers la classe inférieure souffrante – une impulsion compréhensible dans des conditions sociales extrêmes, mais avec des effets secondaires universellement peu appétissants, à savoir la destruction des relations économiques consensuelles. Dans ce cas, le problème est que la «richesse» qu’ils cherchent à redistribuer correspondra exactement à ce qui s’évanouira en fumée lorsque les marchés boursiers et obligataires imploseront, de même que les monnaies fiduciaires du monde.

Selon le vieil axiome, la dette est toujours remboursée par quelqu’un, même par défaut. Dans le cas présent, elle sera payée par les jeunes, et par d’autres citoyens, dans l’avenir, car la montagne de dettes accumulée dans le monde entier au cours des dernières décennies était littéralement un emprunt massif sur l’avenir pour continuer à faire fonctionner tous les systèmes d’aujourd’hui – et d’hier. L’avenir lui-même était la contrepartie qui garantit. C’est le côté triste et délicat.

Voilà la dynamique qui fera les élections de 2020. En fait, il ne s’agit pas seulement de savoir si ces deux anciens partis politiques auront survécu, mais également de savoir si les États-Unis peuvent rester intacts lorsque ces tensions disparaîtront.

Too much magic : L'Amérique désenchantéeJames Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par jj, relu par San pour le Saker Francophone

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