Irak:
Un leader fantôme d’al-Qaida

Par Michael R. Gordon – Le 18 juillet 2007 – Source New York Times
Tous nos remerciements au site www.sott.net pour avoir retrouvé cet article.

Un militaire US: le dirigeant du groupe Al-Qaida en Irak n’a jamais existé

BAGDAD — Durant plus d’une année, on a dit que le dirigeant du groupe d’insurgés le plus célèbre en Irak était un Irakien mystérieux nommé Abdullah Rashid al-Baghdadi.

En tant que chef titulaire de l’État islamique en Irak, une organisation soutenue publiquement par al-Qaida, Baghdadi à rendu public un flot constant de déclarations incendiaires. En dépit des affirmations de fonctionnaires irakiens soutenant qu’il avait été tué en mai, Baghdadi semble avoir survécu indemne.

Ce mercredi, un porte-parole de haut rang de l’armée US à fourni une nouvelle explication à la capacité de Baghdadi d’échapper aux attaques: il n’a jamais existé.

Le Brigadier général Kevin Bergner, porte-parole en chef de l’armée US, à dit que l’insaisissable Baghdadi était en fait un personnage fictif, dont les déclarations sur des bandes audios étaient enregistrées par un vieil acteur nommé Abdullah al-Naima.

Bergner a déclaré que la ruse avait été conçue par Abu Ayub al-Masri, le dirigeant d’origine égyptienne d’al-Qaida en Mésopotamie, qui essayait de cacher le rôle dominant que les étrangers jouent dans cette organisation insurgée.

Le stratagème était d’inventer Baghdadi, un personnage dont le nom même établit le pedigree irakien, de l’installer en tant que chef d’une organisation de façade appelée L’État islamique d’Irak et ensuite de se débrouiller pour que Masri lui prête allégeance. Ayman al-Zawahiri, l’adjoint de Ben Laden, à donné crédit à la tromperie en faisant référence à Baghdadi dans ses déclarations vidéos et sur internet.

Bergner à annoncé durant le briefing d’information que la preuve de cette assertion états-unienne avait été fournie par un insurgé irakien, Khalid Abdul Fatah Daud Mahmud al-Mashadani, dont il est dit qu’il avait été capturé à Mossoul le 4 juillet [2007] par les forces US.

Selon Bergner, Mashadani est l’agent le plus important d’al-Qaida en Mésopotamie. Il a commencé dans le groupe d’insurgés Ansar al-Sunna, avant de rejoindre al-Qaida en Mésopotamie il y a plus de deux ans, où il devenu l’émir médiatique du groupe pour tout l’Irak. Bergner a dit que Mashadani était aussi l’intermédiaire entre Masri en Irak et Ben Laden et Zawahiri, dont les États-uniens affirment qu’il soutient et guide leur affilié Irakien.

«Mashadani confirme que al-Masri et les dirigeants étrangers dont il s’entoure, qui ne sont pas des Irakiens, ont pris les décisions opérationnelles» pour al-Qaida en Mésopotamie, a dit Bergner.

La lutte entre les militaires US et l’affilié de al-Qaida en Irak est politique autant que militaire. Un des objectifs du briefing de mercredi semblait être d’ameuter les 90% d’adhérents du groupe al-Qaida que l’on suppose irakiens, en suggérant qu’ils sont aux ordres de l’étranger.

Un des éléments importants de la stratégie états-unienne est de creuser un fossé entre al-Qaida en Mésopotamie, d’autres groupes d’insurgés et la population sunnite.

Al-Qaida en Mésopotamie, pour sa part, a mis en œuvre sa propre forme de guerre psychologique. L’ État islamique en Irak a récemment publié deux vidéos, supposées montrer une attaque à la bombe menée contre un véhicule Bradley états-unien dans la province de Diyala, ainsi qu’un assaut contre un point de contrôle de l’armée Irakienne.

L’opération récemment menée par les États-uniens pour nettoyer l’Ouest de Baquba, la capitale provinciale de Diyala, des combattants d’Al-Qeida, était appelée Arrowhead Ripper (la pointe de flèche éventreuse, NdT, élégant non?). Dans une déclaration, l’État islamique d’Irak a affirmé que «les flèches se sont retournées contre l’ennemi comme des boomerangs», selon le site Institute, qui surveille les groupes terroristes internationaux.

Bruce Riedel, un ancien fonctionnaire de la CIA spécialiste du Moyen Orient, a dit que les experts s’étaient interrogés longtemps au sujet de l’existence réelle de Baghdadi: «Il y a eu un point d’interrogation à ce sujet», a-t-il dit.

Néanmoins, Riedel a suggéré que les dévoilements de mercredi pourraient bien ne pas être le dernier mot sur Baghdadi et les dirigeants d’al-Qaida en Mésopotamie. Les affirmations mêmes de Mashadani pourraient bien être une couverture destinée à protéger un dirigeant qui existe réellement.

«Ils ont tout d’abord dit que nous l’avions tué», à dit Riedel, faisant référence aux déclarations de certains fonctionnaires du gouvernement irakien. «Nous l’avons ensuite entendu après sa mort, et maintenant ils disent qu’il n’a jamais existé. Cela suggère que la qualité de nos renseignements sur al-Qaida en Irak n’est pas ce que nous voulons qu’elle soit».

Les porte-parole de l’armée US prétendent avoir trouvé la vérité au sujet de Baghdadi. Mashadani, disent-ils, a donné sa version parce qu’il n’aime pas le rôle joué par des dirigeants étrangers à l’intérieur d’al-Qaida en Mésopotamie. Ils disent qu’il n’a pas répudié l’organisation.

Alors que l’armée états-unienne soutient que les principaux dirigeants d’al-Qaida au Pakistan fournissent les conseils, la direction générale et le soutien à al-Qaida en Mésopotamie, ils n’ont fourni aucun exemple de raids spécifiques ou d’opérations ordonnée par les dirigeants d’al-Qaida basés au Pakistan.

Une estimation non classifiée du renseignement national sur les menaces terroristes aux États-Unis, rendue publique mardi à Washington, suggère qu’al-Qaida en Mésopotamie a obtenu le soutien des dirigeants d’al-Qaida au Pakistan, mais que l’organisation jouit d’une certaine autonomie. Elle décrivait al-Qaida en Mésopotamie comme une filiale.

«Nous estimons qu’al-Qaida cherchera probablement à démultiplier les contacts et les capacités d’al-Qaida en Irak, sa filiale la plus visible, la plus capable et la seule à avoir exprimé un désir d’attaquer sur le territoire états-unien.»

Durant les dernières violences en Irak, plusieurs bombes ont explosé dans des zones séparées de l’Est de Bagdad, tuant onze personnes et en blessant plus d’une douzaine, aurait dit la police selon Associated Press. L’armée US a rapporté que trois de ses soldats étaient morts au combat dans la capitale irakienne.

Traduit par Lionel, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

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