Ils vivent, nous dormons : attention au mal qui s’étend parmi nous


Par John W. Whitehead − Le 28 octobre 2019 − Source The Ruterford Institute

Commentary_JohnWhitehead_150x150« Vous les voyez dans la rue. Vous les regardez à la télévision. Vous pourriez même voter pour l’un d’eux cet automne. Vous pensez que ce sont des gens comme vous. Vous vous trompez. Il n’y a rien de plus faux »- They Live.

Nous vivons dans deux mondes, vous et moi.

Il y a le monde que nous voyons – ou qu’on nous montre – et puis il y a celui que nous percevons – et entrevoyons parfois – ce dernier étant loin de la réalité dirigée par la propagande du gouvernement et de ses entreprises commanditaires, y compris les médias.

En effet, ce que la plupart des Américains perçoivent de la vie en Amérique – privilégiée, progressiste et libre – est bien loin de la réalité, où l’inégalité économique grandit, où les véritables programmes et le vrai pouvoir sont ensevelis sous des couches de double langage orwellien et de camouflage corporatif, et où la « liberté », telle qu’elle est, se trouve confinée à de petites doses légalistes surveillées par une police militarisée armée jusqu’aux dents.

Tout n’est pas comme il semble.

C’est la prémisse du film They Live de John Carpenter, sorti il ​​y a plus de 30 ans, qui fait froid dans le dos, et reste d’une pertinence déconcertante pour notre époque moderne.

Mieux connu pour son film d’horreur Halloween, qui suppose qu’il existe une forme de mal si sombre qu’elle ne peut pas être anéantie, l’essentiel de l’oeuvre de Carpenter est imprégné d’un puissant penchant anti-autoritaire, anti-establishment, et laconique qui nous éclaire sur l’inquiétude du cinéaste quant au démantèlement de notre société, en particulier de notre gouvernement.

Carpenter dépeint maintes et maintes fois un gouvernement qui travaille contre ses propres citoyens, une populace déconnectée de la réalité, une technologie en ruine et un avenir plus horrible que n’importe quel film d’horreur.

Dans Escape from New York, Carpenter présente le fascisme comme l’avenir de l’Amérique.

Dans The Thing, un remake du classique de science-fiction du même nom de 1951, Carpenter présuppose que nous sommes de plus en plus déshumanisés.

Dans Christine, l’adaptation cinématographique du roman de Stephen King sur une voiture possédée par un démon, la technologie montre une volonté et une conscience propre se déchaînant dans un saccage meurtrier.

Dans In The Mouth of Madness, Carpenter note que le mal prospère lorsque les gens perdent «la capacité de connaître la différence entre la réalité et la fiction».

Et puis il y a le Carpenter de They Live, dans lequel deux travailleurs migrants découvrent que le monde n’est pas ce qu’il semble être. En fait, la population est contrôlée et exploitée par des extraterrestres travaillant en partenariat avec une élite oligarchique. Pendant tout ce temps, la population, ignorant béatement le véritable agenda de leur vie, s’est laissée aller à la complaisance, endoctriner à la conformité, bombarder de distractions par les médias et hypnotiser par des messages subliminaux diffusés par la télévision et divers appareils électroniques du même genre.

C’est seulement quand le sans-abri vagabond, John Nada – joué à la perfection par un Roddy Piper sur sa fin – découvre une paire de lunettes de soleil trafiquées – les lentilles Hoffman – que Nada comprend ce qui se cache sous la réalité inventée par l’élite : contrôle et servitude.

Considérées à travers la lentille de la vérité, les élites, qui paraissent humaines jusqu’à ce qu’elles soient dépouillées de leurs déguisements, se révèlent être des monstres qui ont asservi les citoyens afin de les exploiter.

De même, les panneaux publicitaires masquent des messages autoritaires cachés : une femme en bikini dans une publicité ordonne aux téléspectateurs de se marier et de se reproduire. Les porte-revues hurlent CONSOMME et OBÉISg. Une liasse de billets d’un dollar entre les mains d’un vendeur VOICI VOTRE DIEU.

Lorsque l’on regarde à travers les lentilles Hoffman de Nada, on trouve parmi les autres messages cachés dans le subconscient des gens : PAS DE PENSÉE INDÉPENDANTE, SE CONFORMER, SE SOUMETTRE, DORMIR, ACHETER, REGARDER LA TÉLÉVISION, PAS D’IMAGINATION, et NE REMETS PAS EN QUESTION L’AUTORITÉ.

Cette campagne d’endoctrinement élaborée par l’élite de They Live est douloureusement familière à quiconque a étudié le déclin de la culture américaine.

Un citoyen qui ne pense pas par lui-même, obéit sans poser de question, est soumis, ne défie pas l’autorité, ne sort pas des sentiers battus et se contente de s’asseoir et d’être diverti; c’est un citoyen facilement contrôlable.

De cette manière, le message subtil de They Live fournit une analogie pertinente avec notre propre vision déformée de la vie dans l’État policier américain, ce que le philosophe Slavoj Žižek appelle la dictature de la démocratie, «l’ordre invisible qui soutient votre liberté apparente».

Nous recevons une série de fictions soigneusement élaborées qui ne ressemblent en rien à la réalité.

Les pouvoirs en place veulent que nous nous sentions menacés par des forces indépendantes de notre volonté – terroristes, tueurs de masse, bombardiers.

Ils veulent que nous ayons peur et dépendions du gouvernement et de ses polices militarisées pour notre sécurité et notre bien-être.

Ils veulent que nous soyons méfiants les uns envers les autres, divisés par nos préjugés et nous prenant à la gorge les uns des autres.

Surtout, ils veulent que nous continuions à marcher au rythme de leurs diktats.

Éloignez-vous des tentatives du gouvernement pour distraire, dérouter et embrouiller et tournez-vous vers ce qui se passe réellement dans ce pays, et vous foncerez tête baissée vers une vérité incontestable et déplaisante : les élites fortunées qui nous gouvernent nous considèrent comme des ressources consommables à user, abuser et jeter.

En fait, une étude menée par les universités de Princeton et de Northwestern a conclu que le gouvernement américain ne représentait pas la majorité des citoyens américains. Au lieu de cela, l’étude a révélé que le gouvernement était dirigé par les riches et les puissants, ou par la soi-disant «élite économique». En outre, les chercheurs ont conclu que les politiques adoptées par cette élite gouvernementale favorisaient presque toujours les groupes d’intérêts et les groupes de pression.

En d’autres termes, nous sommes gouvernés par une oligarchie déguisée en démocratie et visiblement sur le chemin du fascisme – une forme de gouvernement où les intérêts privés des entreprises dominent, où l’argent prend le dessus et où les gens sont considérés comme de simples sujets à contrôler .

Non seulement il faut être riche – ou redevable envers les riches – pour être élu ces jours-ci, mais être élu est également un moyen infaillible de devenir riche. Comme le rapporte CBS News, « Une fois au pouvoir, les membres du Congrès ont accès à des relations et à des informations qu’ils peuvent utiliser pour accroître leur patrimoine, d’une manière sans égale dans le secteur privé. Et une fois que les politiciens ont quitté leurs fonctions, leurs relations leur permettent de tirer encore davantage de profit. »

En dénonçant cette corruption flagrante du système politique américain, l’ancien président Jimmy Carter a qualifié le processus de l’élection – à la Maison Blanche, au poste de gouverneur d’un État, au Congrès ou dans les assemblées législatives des États – de « corruption politique illimitée … une subversion de notre système politique comme récompense pour les principaux contributeurs, qui veulent, attendent, et obtiennent parfois, des faveurs pour eux-mêmes après les élections. »

Soyez assurés que, si le fascisme finit par s’imposer en Amérique, les formes de gouvernement de base resteront : le fascisme apparaîtra comme amical. Les législateurs seront en session. Il y aura des élections et les médias continueront de s’occuper du divertissement et des questions politiques. Le consentement des gouvernés ne sera toutefois plus utile. Le contrôle effectif sera finalement passé chez l’élite oligarchique contrôlant le gouvernement dans les coulisses.

Cela vous semble familier ?

Clairement, nous sommes maintenant gouvernés par une élite oligarchique d’intérêts gouvernementaux et corporatifs.

Nous sommes entrés dans le «corporatisme» – apprécié par Benito Mussolini – qui est à mi-chemin sur la route du fascisme à part entière.

Le corporatisme est le lieu où des intérêts peu nombreux, non élus par les citoyens, dominent sur ces derniers. De cette façon, ce n’est pas une démocratie ou une forme de gouvernement républicain, comme le fut le gouvernement américain. Il s’agit d’une forme de gouvernement de haut en bas, dont l’histoire est terrifiante et qui se manifeste par l’évolution des régimes totalitaires du passé : états policiers surveillant et espionnant, arrestation par des agents du gouvernement pour des infractions mineures, placement sous contrôle de la police dans des camps de détention – ou de concentration.

Pour que le fascisme arrive finalement au pouvoir, il lui faudra l’ingrédient le plus crucial : la majorité des gens devra convenir que c’est non seulement opportun, mais nécessaire.

Mais pourquoi un peuple accepterait-il un régime aussi oppressif ?

La réponse est la même à chaque époque : la peur.

La peur rend les gens stupides.

La peur est la méthode la plus utilisée par les politiciens pour accroître le pouvoir du gouvernement. Et, comme le reconnaissent la plupart des commentateurs sociaux, une atmosphère de peur imprègne l’Amérique moderne : peur du terrorisme, de la police, de nos voisins, etc.

La propagande de la peur a été utilisée assez efficacement par ceux qui veulent prendre le contrôle, et elle fonctionne sur la population américaine.

Malgré le fait que nous sommes 17 600 fois plus susceptibles de mourir d’une maladie cardiaque que d’un attentat terroriste ; avons 11 000 fois plus de risques de mourir d’un accident d’avion que d’un complot terroriste impliquant un avion ; 1 048 fois plus de chances de mourir d’un accident de voiture que d’un attentat terroriste et 8 fois plus de risque d’être tué par un policier que par un terroriste, nous avons laissé le contrôle de notre vie à des responsables gouvernementaux qui nous considèrent comme un moyen pour arriver à une seule fin : être à la source de l’argent et du pouvoir.

Comme prévient le Barbu dans le film They Live : « Ils démantèlent la classe moyenne endormie. De plus en plus de gens s’appauvrissent. Nous sommes leur bétail. Nous sommes élevés pour l’esclavage. »

À cet égard, nous ne sommes pas si différents des citoyens opprimés dans They Live.

À partir du moment où nous naissons jusqu’à notre mort, nous sommes endoctrinés à croire que ceux qui nous dirigent le font pour notre bien. La vérité est très différente.

Malgré la vérité qui nous saute au visage, nous nous sommes permis de devenir des zombies craintifs, contrôlés et pacifiés.

Nous vivons dans un état de dénégation perpétuel, à l’abri de la douloureuse réalité de l’État policier américain grâce à l’actualité grand public du divertissement et aux écrans.

La plupart des gens gardent la tête baissée ces jours-ci pour regarder un écran électronique comme un zombie, même lorsqu’ils traversent la rue. Les familles sont assises dans des restaurants, séparées par leurs écrans et ignorant ce qui se passe autour d’eux. Les jeunes semblent surtout dominés par les appareils qu’ils tiennent entre leurs mains, oubliant le fait qu’ils peuvent simplement appuyer sur un bouton, éteindre la chose et s’en aller ailleurs.

En effet, il n’existe pas d’activité de groupe plus importante que celle liée aux téléspectateurs – télévision, ordinateurs portables, ordinateurs personnels, téléphones portables, etc. En fait, une étude de Nielsen rapporte que le nombre d’américains devant leurs écrans est à son plus haut niveau. Par exemple, l’Américain moyen consomme environ 151 heures de télévision par mois.[presque autant que d’heures de travail, NdT]

Bien entendu, la question est de savoir quel effet une telle consommation d’écran a sur l’esprit ?

Psychologiquement, cela ressemble à la toxicomanie. Les chercheurs ont constaté que « presque immédiatement après avoir allumé la télévision, les sujets ont déclaré se sentir plus détendus et, comme cela se produit rapidement et que la tension revient si la télévision est éteinte, les gens sont conditionnés à associer l’absence de tension à la télévision. » Les recherches montrent également que quelle que soit la programmation, les ondes cérébrales des téléspectateurs ralentissent, les installant ainsi dans un état plus passif, et donc non résistant.

Historiquement, les autorités ont utilisé la télévision pour calmer le mécontentement et apaiser les personnes perturbatrices. «Face à une grave surpopulation et à des budgets limités en matière de réadaptation et de conseil, de plus en plus de responsables pénitentiaires utilisent la télévision pour garder les détenus silencieux», selon Newsweek.

Étant donné que la majorité de ce que regardent les Américains à la télévision provient de chaînes contrôlées par six méga-entreprises, ce que nous regardons est désormais contrôlée par une élite de corporations et, si cette élite doit promouvoir un point de vue particulier ou pacifier ses téléspectateurs, elle peut le faire sur une grande échelle.

Pendant que nous regardons, nous n’agissons pas.

Les pouvoirs en place comprennent cela. Comme le journaliste de télévision Edward R. Murrow l’a averti dans un discours de 1958 :

Nous sommes actuellement riches, gros, à l'aise et complaisants. Nous avons maintenant une allergie intrinsèque à des informations déplaisantes ou dérangeantes. Nos médias reflètent cela. Mais à moins que nous nous débarrassions de nos excédents de graisse et que nous reconnaissions que la télévision est principalement utilisée pour nous distraire, nous leurrer, nous amuser et nous isoler, la télévision et ceux qui la financent, ceux qui la regardent et ceux qui y travaillent, pourraient voir, trop tard, une image totalement différente.

Cela me ramène à They Live, dans lequel les vrais zombies ne sont pas les extraterrestres qui commandent, mais la population qui se contente de rester sous contrôle.

En fin de compte, le monde de They Live n’est pas si différent du nôtre. Comme l’a souligné l’un des personnages, « Les pauvres et les classes inférieures grandissent. La justice raciale et les droits de l’homme sont inexistants. Ils ont créé une société répressive et nous sommes leurs complices à notre insu. Leur possibilité de gouverner repose sur l’annihilation de la conscience. Nous avons été hypnotisés dans une transe. Ils nous ont rendus indifférents envers nous-mêmes, envers les autres. Nous nous concentrons uniquement sur notre propre gain. »

Nous aussi nous nous concentrons uniquement sur nos propres plaisirs, préjugés et gains. Nos pauvres et nos classes inférieures se développent également. L’injustice raciale est croissante. Les droits de l’homme sont presque inexistants. Nous aussi avons été endormis, indifférents aux autres.

Oublieux de ce qui nous attend, nous avons été manipulés pour croire que si nous continuons à consommer, obéir et avoir la foi, les choses vont s’arranger. Mais cela n’a jamais été le cas des régimes émergents. Et au moment où nous sentirons le rideau tomber sur nous, il sera trop tard.

Alors, où en sommes-nous ?

Les personnages qui peuplent les films de Carpenter en donnent un aperçu.

Sous leur machisme apparent, ils croient encore aux idéaux de liberté et d’égalité des chances. Leurs convictions les placent constamment en opposition avec la loi et l’establishment, mais ils combattent néanmoins pour la liberté.

Lorsque, par exemple, John Nada détruit un hyno-émetteur extraterrestre dans They Live, il redonne espoir en envoyant à l’Amérique un appel au réveil pour la liberté.

C’est là la clé : nous devons nous réveiller.

Arrêtez de vous laisser facilement distraire par des spectacles politiques inutiles et faites attention à ce qui se passe réellement dans le pays.

La vraie bataille pour le contrôle de cette nation n’est pas menée entre les républicains et les démocrates dans les urnes.

Comme je l’explique clairement dans mon livre intitulé Battlefield America : La guerre contre le peuple américain, la véritable bataille pour le contrôle de ce pays se déroule au bord des routes, dans des voitures de police, des témoignages, des appels téléphoniques, des bureaux gouvernementaux, des bureaux de sociétés , dans les couloirs et les salles de classe des écoles publiques, dans les réunions des parcs et des conseils municipaux, ainsi que dans les villes et villages de tout le pays.

La vraie bataille entre liberté et tyrannie est visible sous nos yeux, si seulement nous les ouvrons.

Tous les pièges de la police américaine sont maintenant bien visibles.

Réveille-toi, Amérique.

S’ils vivent – les tyrans, les oppresseurs, les envahisseurs, les seigneurs – c’est uniquement parce que «Nous, le peuple», nous dormons.

John W. Whitehead

Note du Saker Francophone

Vraiment rien de nouveau pour les lecteurs habituels de notre site.Juste une petite piqûre de rappel, un brin naïve, venue du cœur de l'Empire.

Traduit par jj, relu par Kira pour le Saker Francophone

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