Course aux armements effrénée des États-Unis : les options de la Russie


Andrei AkulovPar Andreï Akulov – Le 22 octobre 2018 – Source Strategic Culture

Avec l’annonce de la décision du président Trump de se retirer du traité INF, la question de la réponse de la Russie est mise au premier plan. Premièrement, la décision des États-Unis doit encore être officialisée. Elle peut être reconsidérée.

Responding to US Unleashing Unfettered Arms Race: Russia’s Options

Après la notification officielle, il faudra six mois avant que le traité ne soit mort. Moscou est prête à discuter à tous niveaux, à tout moment. L’administration américaine traverse une période difficile. L’opposition à la décision est forte au Congrès, de nombreux experts américains et alliés de l’OTAN ayant exprimé leur désaccord. L’Allemagne a déjà critiqué la décision. Ce n’est pas encore fini. Il y a encore une chance de sauver l’accord historique. Mais si le pire se produisait et que le traité INF devienne une histoire du passé, la Russie ne se rendrait certainement pas, ni ne s’agenouillerait. Elle va répondre. Elle a des options.

Tant que le missile américain terrestre à portée intermédiaire n’existe pas, la Russie peut facilement étendre la portée de ses systèmes de missiles Iskander pour couvrir toute l’Europe, les moyens militaires américains installés dans cette région devenant une cible de choix. Elle peut déployer des missiles de croisière Kalibr basés au sol. Le nombre de missiles de croisière conventionnels et nucléaires, aéroportés ou maritimes, en Europe et dans les eaux voisines peut être facilement augmenté. La marine et l’armée de l’air russes ont acquis la capacité de frapper les États-Unis avec des missiles à portée intermédiaire, en les lançant hors de la portée des systèmes de défense aérienne. Cette portée peut être allongée. Les navires de la marine russe avec des missiles de croisière à bord pourraient être ancrés, par rotation, dans les eaux territoriales de pays comme le Venezuela ou le Nicaragua. Les bombardiers à longue portée pourraient également y utiliser des bases aériennes. La Russie n’a jamais menacé les États-Unis continentaux, mais elle devra le faire. Ce n’est pas elle qui aura commencé, après tout.

Comme on peut le constater, Moscou a une longue liste de réponses potentielles à sa disposition. Il est très important de réaliser que, contrairement aux années 1980, la Russie dispose de la capacité de frappe intermédiaire pour menacer le continent américain. Elle peut frapper l’Alaska actuellement avec des missiles à moyen terme. Les temps ont changé.

L’idée sous-jacente [de Trump] est d’interconnecter le traité INF avec le nouveau traité START afin de rendre la Russie plus docile. Cependant, cette dernière modernise son arsenal stratégique avec la mise en service de nouveaux moyens, tandis que les États-Unis ont encore beaucoup à faire pour développer, tester et introduire de nouveaux systèmes leur permettant de mettre à niveau leur potentiel. Cela prendra des années. En mettant en danger le nouveau traité START, les États-Unis se tirent une balle dans le pied.

La relation bilatérale est au plus bas mais c’est une erreur d’utiliser les accords de maîtrise des armements comme monnaie de négociation. En utilisant la terminologie de l’acte d’Helsinki, les sanctions, l’Ukraine, la Syrie, les accusations d’ingérence électorale, devraient être gérées indépendamment de la question du contrôle des armements et des problèmes liés aux activités militaires. L’ordre du jour bilatéral devrait être séparé et non interconnecté. Les gens qui ont travaillé sur l’acte d’Helsinki étaient des personnes très professionnelles et studieuses et seront pour toujours respectées dans notre souvenir. Elles ont accompli une mission qui semblait être une tâche difficile au premier abord.

Il est difficile de comprendre à quel point une course aux armements sans entraves est dangereuse. Les politiciens américains peuvent la sous-estimer. C’est vrai, le PIB des États-Unis est beaucoup plus élevé, mais les programmes militaires de la Russie sont beaucoup moins coûteux et beaucoup plus efficaces. La Russie en a plus pour son argent. Telle est la réalité dont les États-Unis doivent tenir compte, qu’ils le veuillent ou non.

Il est plus productif de discuter de la question avec des militaires professionnels, en particulier ceux qui sont à la retraite et libres d’exprimer leur opinion. Pour de nombreuses raisons, les responsables actuels ne se penchent pas sérieusement sur la question du contrôle des armements. C’est à ce moment là qu’un dialogue entre professionnels militaires retraités et experts devient intéressant.

Les États-Unis reviennent à l’époque de George W. Bush lorsque l’administration a tenté de contourner les traités contraignants. La logique derrière tout cela était que tout traité contraignant pouvait être violé, alors pourquoi se lier les mains ? Tout peut être fait de bonne foi. Mais les administrations vont et viennent. Différentes personnes interprètent différemment ce qui a été convenu. Vous ne pouvez pas compter sur le bon vouloir d’une personne. Seul un accord écrit contraignant peut garantir l’efficacité des procédures de vérification. Et il vaut mieux que cela soit ratifié, pour prendre acte des dispositions de renforcement de confiance convenues.

Il y a un autre aspect d’importance fondamentale. Si les deux principales forces militaires n’ont pas réussi à freiner la course aux forces nucléaires stratégiques, il n’y a aucune chance que des armes hypersoniques, des systèmes basés dans l’espace, des missiles classiques à longue portée et des activités de guerre électronique soient contrôlés. La course aux armements s’étendra à d’autres domaines.

Les courses dans divers domaines vont saper les ressources. Nous avons déjà vu cela. Ensuite, nous devrons recommencer à zéro, comme nos prédécesseurs. Mais cette fois, rien ne garantit que nous y arriverons. Le monde est devenu trop compliqué.

Une chose est évidente : la course aux armements déclenchée par les États-Unis ne la rendra pas plus forte. Rappelez-vous le problème de la dette nationale. Et encore une chose : les États-Unis seront tenus, pour toujours, responsables de ce qui va se passer. L’histoire enseigne que les personnes qui contrôlent des armes mortelles sont sages. Celles qui refusent de le faire sont… différentes. Il est préférable de réfléchir à deux fois avant de prendre la décision de démanteler ce qui a été créé avec tant de sang, de sueur et de larmes, en dégainant le revolver et en payant cher ensuite pour l’erreur qui aurait pu être facilement évitée.

Andreï Akulov

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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