Fact-checking : la Russie n’a jamais été « alliée » de l’Iran


Par Andrew Korybko − Le 1er mars 2026 − Source korybko.substack.com

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Dans la réalité objective qui voit se dérouler les relations internationales, la Russie a démontré sa fiabilité en tant qu’alliée auprès des cinq pays qui constituent l’OTSC, et les affirmations répandues voulant qu’elle soit alliée de la Syrie, du Venezuela et/ou de l’Iran relèvent du véritable « potemkinisme », c’est-à-dire d’une réalité alternative.

Un média ukrainien très suivi, le Kyiv Independent, a remis sur le devant de la scène le narratif de la non-fiabilité de la Russie en tant qu’alliée, après la mort de l’Ayatollah Ali Khamenei occasionnée par les frappes étasuno-israéliennes menées contre l’Iran. Ce narratif est simple : on ne peut pas compter sur la Russie, comme l’ont prouvé la chute d’Assad en décembre 2024, la capture de Maduro un peu plus d’une année plus tard, et désormais l’assassinat de Khamenei. Mais la réalité est nettement plus nuancée, car la Russie n’a jamais été alliée militairement à l’un ou l’autre de ces pays.

Les seuls pays envers lesquels la Russie a des obligations de défense mutuelles sont les anciennes républiques soviétiques de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) : l’Arménie (qui a suspendu son adhésion dans le cadre de son pivot vers l’Ouest), le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Elle a également des obligations de même nature envers les anciennes régions de Géorgie d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud reconnues par la Russie comme États indépendants à l’issue de la guerre des Cinq Jours d’août 2008.

Quoi qu’il en soit, de nombreux observateurs maintiennent la perception que la Russie serait alliée à l’Iran, chose qui découle du fait que des influenceurs « non-russes pro-russes » (NRPR) de haut niveau ont créé cette réalité alternative au fil des années, à travers ce qu’on peut appeler une influence de soft power « potemkiniste ». Les « gestionnaires du soft power » russes, c’est-à-dire les médias, officiels et conférenciers russes qui sont en lien avec ces NRPR, ont choisi de ne pas rectifier ces affirmations, estimant qu’elles donnaient une bonne image de la Russie. Cela fut clairement une erreur :

Ces analyses confirment le philo-sémitisme assumé et de longue date de Poutine, sa décision associée de ne pas soutenir l’« Axe de résistance » durant les guerres au Moyen Orient qui ont suivi le 7 octobre ni de s’allier avec l’Iran, et les conséquences contre-productives du « potemkinisme ». Concernant ce dernier point, et dans ce contexte, il s’agit des attentes erronées au sujet d’un engagement russe envers l’Iran, qui étaient vouées à produire de grandes déceptions, et ont rendu les gens par effet de cascade sensibles aux narratifs anti-russes comme celui du Kyiv Independent.

Ces narratifs, à l’instar de celui qui désigne la Russie comme alliée non fiable, ne tiennent pas face aux faits. Si l’on reprend les cinq pays alliés de l’OTSC envers lesquels la Russie entretient des obligations de défense mutuelle : elle a aidé l’Arménie à dissuader une invasion turque grâce à sa base située dans la ville frontalière de Gyumri ; elle est soupçonnée d’avoir aidé le Bélarus à étouffer la Révolution de Couleur de l’été 2020 ; elle a contribué à rétablir l’ordre constitutionnel au Kazakhstan en janvier 2022 ; elle a aidé le Kirghizistan après ses multiples Révolutions de Couleur ; et elle défend le Tadjikistan contre les terroristes en provenance d’Afghanistan.

En revanche, la Russie n’a sauvé ni Assad, ni Maduro, ni l’Ayatollah, du simple fait qu’elle ne s’était jamais engagée à le faire, et toutes les affirmations voulant qu’elle soit alliée de leurs pays relèvent du « potemkinisme » avéré, ou purement et simplement d’une réalité alternative. Dans la réalité objective qui voit se dérouler les relations internationales, la Russie a prouvé sa fiabilité en tant qu’alliée auprès des cinq pays qui constituent l’OTSC. Mais rares sont ceux, amis ou ennemis de la Russie confondus, à s’en rendre compte, car la plupart des influenceurs NRPR de haut niveau sont des « potemkinistes » qui préfèrent affabuler plutôt que s’en tenir aux faits.

Andrew Korybko est un analyste politique étasunien, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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