Un tournant en Syrie ?

Residents gather at the site of a bomb attack in Syria's northeastern city of Qamishli on July 27, 2016


Sputnik_logoLe 10 septembre 2016 – Source sputniknews

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État américain John Kerry sont parvenus à un accord décisif sur la Syrie après des entretiens marathon. C’est la première fois que la communauté internationale est si proche de résoudre le conflit, mais la mise en œuvre de l’accord sera un défi encore plus grand en raison du grand nombre de parties prenantes.


Lors d’une conférence de presse le 9 septembre, Lavrov a décrit l’accord comme un paquet «important, pratique et concret», comprenant cinq documents qui ne seront pas rendus publics car ils contiennent des «informations assez sensibles et sérieuses». Pour sa part, Kerry a fait référence au plan comme «approche plus prescriptive et de plus grande envergure que ce que nous avons été en mesure de mettre en place à ce jour».

Voici ce dont la Russie et les États-Unis sont convenus.

La première étape consiste à fixer un cessez-le-feu national que personne, y compris les forces de Damas et les groupes d’opposition armés, n’est autorisé à violer. Cela implique l’abstention du gouvernement syrien de mener des frappes aériennes dans des zones où l’opposition, dite modérée, est située. Ces régions ont été décrites «très spécifiquement», a déclaré Kerry. La cessation des hostilités commencera par une période de 48 heures après le coucher du soleil le 12 septembre et sera reconduite pendant 48 heures si elle tient.

«Cela exige l’arrêt de toutes les attaques, y compris les bombardements aériens et toute tentative d’acquérir des territoires supplémentaires au détriment des parties en conflit. Elle exige un accès humanitaire sans entrave et soutenu à tous les assiégés même les plus difficiles à atteindre, y compris d’Alep», explique Kerry.

Destroyed buildings of the Syrian Air Force school in Aleppo, Syria
Bâtiments détruits de l’école de la Force aérienne syrienne à Alep, en Syrie © SPUTNIK / MIKHAIL Alaeddin

Si toutes les parties prenantes adhèrent au cessez-le pendant au moins sept jours, la Russie et les États-Unis vont passer à la deuxième étape.

Celle-ci consiste à créer un centre de mise en œuvre conjoint pour, selon Kerry, «travailler ensemble au développement des frappes militaires» contre al-Nusra, la branche d’al-Qaïda en Syrie qui a récemment affirmé avoir rompu les liens avec l’organisation terroriste, et Daesh, le groupe brutal qui contrôle encore de vastes zones en Irak et en Syrie.

«Je tiens à souligner que ces mesures ne peuvent être mises en œuvre efficacement que si toutes les parties respectent leurs obligations», a observé le chef de la diplomatie américaine, ajoutant que l’accord n’est pas «basé sur la confiance», mais plutôt «sur un moyen de fournir la surveillance et le respect de l’intérêt mutuel et d’autres choses».

Ceci a également été une source de préoccupation majeure pour Moscou. Lavrov a averti que «personne ne peut donner cent pour cent de garanties» que l’accord apportera la paix en Syrie car de nombreuses parties prenantes, avec des agendas contradictoires, sont «impliquées dans ce casse-tête».

M. Lavrov a mentionné la «séparation physique» des terroristes d’opposition modérée sur le terrain comme «la priorité».

Le diplomate russe a déclaré que le gouvernement syrien était d’accord avec le plan et prêt à remplir ses obligations. Pour sa part, Kerry a déclaré que l’opposition «a indiqué qu’elle est prête» à répondre aux «normes que nous avons établies» à condition que Damas prouve son sérieux au sujet de l’accord et que le cessez-le-feu tienne.

Gazeta.ru observe que l’accord «pourrait modifier considérablement le conflit syrien», car il est possible que la Russie et les États-Unis «présentent un front uni contre les terroristes». Le Dr Theodore Karasik, conseiller principal chez Gulf State Analytics, a averti que l’accord pourrait subir le même sort que  le premier cessez-le feu qui était entré en vigueur en février.

«La situation sur le terrain est en constante évolution. Elle ressemble à une tour de Babel où l’on ne peut parvenir à un accord avec quiconque. Cela signifie que toute entente à long terme pourrait être condamnée», a-t-il déclaré au journal.

Voilà pourquoi autant Lavrov que Kerry ont demandé à plusieurs reprises à toutes les personnes concernées d’adhérer au plan. Si elles le font, l’affaire pourrait «réduire la violence, soulager la douleur, et permettre la reprise du mouvement vers une paix négociée et une transition politique en Syrie, comme l’a dit Kerry. Nous croyons que le plan tel qu’il est présenté – s’il est appliqué, et suivi – peut être un tournant, un moment de changement», a-t-il ajouté.

Sputniknews

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