Trump veut la paix avec Erdogan. Ses militaires n’en veulent pas.


Par Moon of Alabama – Le 25 novembre 2017

Le président Trump tente de calmer le différend entre la Turquie et les États-Unis. Mais la junte militaire de la Maison Blanche entretient des plans différents. Elle tente donc de contourner la décision que le président a annoncée à son homologue turc. Les conséquences n’en seront qu’encore plus d’acrimonie turco-américaine.

Hier, le ministre turc des Affaires étrangères a, de manière surprenante, rendu public un appel téléphonique entre le président Trump et le président turc, Erdogan.

Le président des États-Unis, Donald Trump, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, se sont parlé au téléphone le 24 novembre, quelques jours seulement après le sommet russo-turco-iranien sur la Syrie, et Ankara a déclaré que Washington s’était engagé à ne plus envoyer d’armes aux Unités de protection du peuple (YPG).

« Le président Trump a ouvertement donné des instructions [à ses généraux] pour que le YPG ne reçoive plus d’armes. Il a ouvertement déclaré que cette absurdité aurait dû prendre fin beaucoup plus tôt  », a annoncé aux journalistes le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu, dès la fin l’appel téléphonique.

Trump a aussi rendu l’appel public :

Donald J. Trump @realDonaldTrump

« Ce matin je parlerai au président turc Recep Tayyip Erdogan sur comment ramener la paix dans le désordre dont j’ai hérité au Moyen-Orient. Je vais y arriver, mais quelle erreur cela a été, en vies et en dollars (6 000 milliards de dollars), d’y être allé par nous mêmes ! »

12 h 04 – 24 novembre 2017

Trump a dû pouvoir échapper à ses gardiens pendant un moment et rapidement essayé de faire, comme annoncé, la paix avec Erdogan. La question de l’armement du YPG est une couleuvre vraiment difficile à avaler pour la Turquie. Mettre fin à cette situation compenserait probablement l’erreur commise récemment par l’OTAN en présentant comme ennemis le fondateur de la Turquie moderne, Kemal Atatürk et Erdogan lui-même.

Le YPG est l’équivalent syrien du groupe terroriste turco-kurde PKK. Certaines armes que les États-Unis avaient livrées au YPK syrien pour combattre État islamique ont été récupérées sur des combattants du PKK en Turquie qui étaient sur le point de tuer du personnel de sécurité turc. Malgré cela, l’approvisionnement du YPG a continué. Au total, plus de 3 500 chargements de camions lui ont été fournis par l’armée américaine. Tout récemment, le YPK vient de recevoir 120 Humvees blindés, des véhicules de déminage et d’autres équipements.

Les généraux de la Maison-Blanche et d’autres secteurs de l’administration ont été pris de court par la promesse que Trump a faite. Le Washington Post raconte :

« Au début, l’équipe de sécurité nationale de l’administration a semblé surprise par l’annonce turque et incertaine sur ce qu’il fallait en dire. Le Département d’État a renvoyé les questions vers la Maison-Blanche et les heures ont passé, sans confirmation de la part du Conseil de sécurité nationale. »

La Maison Blanche a finalement publié ce que l’Associated Press a qualifié de :

Une annonce ambigüe au sujet de l’appel téléphonique disant que Trump avait informé le Turc « de certains ajustements concernant l’appui militaire fourni à nos partenaires sur le terrain en Syrie ».

Aucune trace écrite de l’appel téléphonique ni de la déclaration dont parle l’AP ne sont actuellement disponibles sur le site internet de la Maison-Blanche.

L’armée américaine utilise le YPG comme une force proxy en Syrie pour justifier et soutenir son occupation du nord-est de la Syrie. Le but de cette occupation est, pour l’instant, de faire pression sur le gouvernement syrien afin qu’il accepte un « changement de régime » contrôlé par les États-Unis :

Les responsables américains ont annoncé leur intention de maintenir des troupes américaines dans le nord de la Syrie – et de continuer à travailler avec les combattants kurdes – pour faire pression sur Assad afin d’obtenir des concessions lors des pourparlers de paix négociés par les Nations unies à Genève, pourparlers dans l’impasse depuis trois ans. « Nous n’allons pas partir tout de suite », a déclaré le secrétaire à la Défense Jim Mattis, la semaine dernière.

Pour consolider leur position, les États-Unis doivent équiper et renforcer davantage leurs forces mercenaires du YPG.

Lorsqu’en 2014, les États-Unis ont commencé à utiliser des Kurdes syriens comme soldats fantassins, ils ont placé le YPG sous la couverture d’une soi-disant Force démocratique syrienne (FDS) et ont payé quelques Arabes syriens pour les rejoindre et maintenir le subterfuge. Cela a contribué à contrecarrer l’argument turc selon lequel les États-Unis armaient et soutenaient des terroristes. Mais en mai 2017, les États-Unis ont annoncé qu’ils armeraient directement le YPG, sans passer par la couverture de la FDS. Le but allégué était d’éliminer État islamique de la ville de Raqqa.

Le YPG ne désirait pas se battre pour la ville arabe à moins que les États-Unis ne lui fournissent plus d’argent, de matériel militaire et de soutien. Tout cela a été fourni. Les forces spéciales américaines, qui dirigent les combattants du YPG, ont balancé une énorme quantité de munitions aériennes et d’artillerie contre la ville. Toute position ennemie potentielle était détruite par d’intenses bombardements avant que l’infanterie du YPG n’avance. En fin de compte, peu de combattants du YPG sont morts au combat. On laissait s’enfuir État islamique ou on l’éliminait de la ville, mais du coup, la ville de Raqqa a aussi été éliminée. L’intensité des bombardements sur cette ville moyenne était parfois dix fois supérieure à celle des bombardements sur tout l’Afghanistan. Airwars a signalé :