Quel prix l’humanité devra-t-elle payer pour l’effondrement de l’Empire ?


2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 13 avril 2018 – Source The Saker

« Je suis encerclé, ils sont dehors, je ne veux pas qu’ils me prennent et me fassent défiler, lancez la frappe aérienne, ils se moqueront de moi et de cet uniforme. Je veux mourir dignement et emmener tous ces salauds avec moi. S’il vous plaît, conduisez l’attaque aérienne, ils me tueront de toute façon. C’est la fin mon commandant, merci, dites à ma famille et à mon pays que je les aime. Dites-leur que j’ai été courageux et que je me suis battu jusqu’à la fin. S’il vous plaît, prenez soin de ma famille, vengez ma mort, au revoir, commandant, dites à ma famille que je les aime. »

Alexandre Prokhorenko

« C’est pour nos gars »

Roman Filipov

Nous vivons actuellement les jours les plus dangereux dans l’histoire humaine. Vous pensez que c’est une hyperbole ?

Réfléchissez encore.

Nous risquons un Armageddon nucléaire

La premier chose à comprendre, c’est que cela ne concerne pas, je répète, ne concerne pas la Syrie ou les armes chimiques, ni à Salisbury, ni à Douma. Ce genre de non-sens n’est que « du foin mental pour les prolétaires » à destination des drones idéologiques débiles mentaux, politiquement aveugles ou autrement zombifiés qui, du Maine au golfe du Tonkin, à l’attentat de la gare de Bologne perpétré par le Gladio de l’OTAN  et jusqu’au meilleur et au plus grand d’entre eux – le 9/11 bien sur – croiront tout ce que « leur » camp (comme ils le pensent) leur dit. La vérité est que les Anglosionistes sont les principaux multiplicateurs d’armes chimiques dans l’histoire (et les premiers assassins d’Arabes et de musulmans aussi !). Donc leurs larmes de crocodile ne sont que ça – des larmes de crocodile, même si leur machine de propagande dit autre chose.

Quelqu’un croit-il sérieusement que Trump, May, Macron ou Netanyahou seraient prêts à risquer une guerre thermonucléaire apocalyptique qui pourrait tuer plusieurs centaines de millions de gens en quelques heures seulement uniquement parce que Assad a utilisé des armes chimiques contre des dizaines, des centaines ou même des milliers de civils syriens innocents ? (en supposant, pour les besoins de l’argumentation, que cette accusation est fondée). Depuis quand les Anglosionistes se soucient-ils des Arabes ? Ça n’a aucun sens !

À ceux qui diraient que parler de « plusieurs centaines de millions de gens » tués est une hyperbole, je recommanderais de regarder les précédents plans occidentaux pour « résoudre le problème russe » dont :

  • Le Plan Totality (1945) destinait 20 villes soviétiques à l’anéantissement dans une première frappe : Moscou ; Gorki ; Kouïbychev ; Sverdlovsk ; Novossibirsk ;  Omsk ; Saratov ; Kazan ; Leningrad ; Bakou ; Tachkent ; Tchelyabinsk ; Nijny Taguil ; Magnitogorsk ; Molotov ; Tbilissi ; Stalinsk ; Grozny ; Irkoutsk et Iaroslavl.
  • Operation Unthinkable (1945) prévoyait une attaque surprise par plus de 47 divisions britanniques et américaines dans la région de Dresde, au milieu des lignes soviétiques. Cela représentait presque la moitié de 100 divisions (environ 2.5 millions d’hommes) dont disposaient à l’époque les quartiers généraux britannique, américain et canadien. (…) La plus grande partie des opérations offensives aurait été entreprise par les forces américaines et britanniques ainsi que par des forces polonaises et plus de 100 000 soldats allemands de la Wehrmacht.
  • Operation Dropshot (1949) comprenait des profils de mission qui auraient utilisé 300 bombes nucléaires et 29 000 bombes hautement explosives sur 200 cibles dans 100 villes et villages pour anéantir 85% du potentiel industriel de l’Union soviétique d’un seul coup. Entre 75 et 100 des 300 armes nucléaires étaient destinées à détruire les avions de combat soviétiques au sol.

Des articles comme celui-ci, celui-ci, et celui-là sont également de bons indicateurs (ce sont tous des estimations, bien sûr, personne ne sait rien avec certitude : tout ce qui compte, c’est un ordre de grandeur approximatif).

D’ailleurs, je ne suggère pas qu’à ce stade les Anglosionistes voudraient délibérément déclencher une guerre thermonucléaire avec la Russie. Ce que je suggère, c’est qu’il y a une asymétrie très simple et de base entre les forces russes et anglosionistes au Moyen-Orient qui pourrait conduire à un tel résultat, indépendamment des intentions de départ. Voici comment :

Comment risquons-nous un Armageddon nucléaire ?

Première étape : les Anglosionistes frappent la Syrie assez fort pour forcer les Russes à riposter.
Deuxième étape : outragés par la réponse russe, les Anglosionistes ripostent contre les forces russes en Syrie.

À ce stade, il est essentiel de se rappeler que si les Russes ont un meilleur équipement et de bien meilleurs soldats que leurs adversaires « occidentaux » (les exemples d’ Alexander Prokhorenko ou Roman Filipov vous diront tout ce que vous devez savoir sur la façon dont les Russes combattent en Syrie, en particulier comparé au genre de personnel déployé par les États-Unis et l’OTAN)  les CENTCOM + NATO + Israël + Arabie saoudite ont un avantage numérique énorme. Peu importe l’efficacité des défenses aériennes russes ou leur (minuscule) supériorité aérienne lorsqu’elles sont tout simplement submergées par le nombre. Tout ce que l’Empire doit faire, c’est de tirer en premier un grand nombre de vieux missiles de croisière Tomahawk, de laisser les Russes utiliser leurs stocks de missiles de défense aérienne puis de suivre avec leurs armes plus avancées. La vérité est que si l’Empire le voulait, il pourrait même instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie et complétement anéantir la force d’intervention russe. Bien sûr, il y aurait des pertes des deux côtés, les Russes combattraient héroïquement mais ils perdraient. À moins, bien sûr, qu’ils n’aient reçu de l’aide de la Mère patrie, en particulier sous la forme d’attaques de missiles de croisière depuis la Flotte de la mer Noire, de la flottille de la Caspienne, des avions stationnés au sud de la Russie (en Crimée) ou même de l’Iran. La Russie frappe aussi avec des missiles basés au sol et en mer. Donc elle a la capacité d’atteindre de nombreuses cibles importantes (et plus ou moins sans défense) des États-Unis et de la « coalition » dans tout le Moyen-Orient. Mais quelles seraient les conséquences ?

Troisième étape : les frappes russes sur des cibles du CENTCOM obligeraient l’Empire à riposter et à attaquer des navires de la Marine russe et, encore pire, des installations militaires en Russie même.
Quatrième étape : les attaques des US/OTAN sur le territoire russe déclencheraient inévitablement une réponse russe sur les États-Unis eux-mêmes.

Cette réponse serait d’abord conventionnelle mais comme les pertes des deux côtés augmenteraient, l’utilisation d’armes nucléaires serait presque inévitable.

Oui, en théorie, à n’importe quel moment de ce cycle d’escalade, les deux camps pourraient décider de faire baisser les enchères. En théorie. Mais dans le monde réel, je ne vois pas cela se produire ni n’ai jamais vu aucun modèle qui expliquerait de manière convaincante comment une telle désescalade pourrait arriver (en particulier avec le genre d’individus narcissiques et psychopathes de qualité exceptionnellement mauvaise aux commandes aux États-Unis – pensez à Trump ou à Bolton ici – et leur pseudo-patriotisme insensé « nous sommes les meilleurs et les plus grands et les plus géniaux »).

Je ne suis pas en train de prédire que c’est ce qui se passera effectivement, mais je dis que c’est le risque que l’Empire anglosioniste est prêt à prendre afin de réaliser… Quoi, exactement ? Qu’est-ce qui vaut la peine de prendre un tel risque ?

Je pense que c’est le ministre britannique de la Défense qui l’a le mieux exprimé : les Anglosionistes veulent que la Russie « s’en aille et se taise ».

Pourquoi nous risquons un Armageddon nucléaire (va-t-en et tais-toi !)

« Va-t-en et tais-toi » a été le rêve de tous les dirigeants occidentaux depuis au moins un millénaire (entrecoupé et renforcé par des tentatives régulières (et ratées) de conquérir et/ou de convertir les Russes). Pensez seulement combien il a été frustrant pour une civilisation qui a établi des colonies dans le monde entier, y compris dans les régions les plus reculées de notre planète, d’avoir cette nation irréductible juste à côté et qui non seulement refusait de se soumettre  mais qui les vainquait régulièrement sur le champ de bataille même s’ils unissaient tous leurs forces, dirigées par leurs chefs « les meilleurs et les plus brillants » (Napoléon, Hitler et… Trump ?). Imaginez seulement comment une civilisation centrée et dirigée par des banquiers deviendrait folle en réalisant que ces immenses richesses étaient littéralement « juste à côté » mais que ceux qui vivaient sur ce territoire refuseraient, pour des raisons incompréhensibles, de leur permettre de les exploiter ! L’existence même d’une « Russie russe » est un affront à toutes les véritables valeurs (par opposition aux valeurs officielles) occidentales et ce n’est tout simplement pas quelque chose que les dirigeants de l’Empire sont prêts à tolérer. D’où la Syrie, d’où l’Ukraine, d’où toutes les accusations idiotes d’attaques au « Novitchok ». Ce sont toutes les expressions de la même politique :

  1. Dépeindre la Russie comme une sorte de Mordor et créer une autre « grande coalition » contre elle ;
  2. Forcer la Russie à se soumettre à l’hégémonie anglosioniste ;
  3. Vaincre la Russie politiquement, économiquement ou militairement.

Ce sont des objectifs pour lesquels il vaut la peine de tout risquer, en particulier lorsque votre propre Empire s’effondre et que le temps ne joue pas en votre faveur. Ce à quoi nous assistons depuis au moins 2015, c’est à une nouvelle Croisade occidentale contre la Russie, une sorte de guerre sainte menée au nom de tout ce que l’Occident tient pour sacré (l’argent, le pouvoir, l’hégémonie mondiale, la laïcité, etc.) contre tout ce qu’il abhorre (la souveraineté, l’indépendance, la spiritualité, les traditions).

La vérité est simple : sans les capacités militaires de la Russie, l’Occident aurait « rayé la Russie de la carte » il y a longtemps et l’aurait remplacée par quelque chose de similaire à un certain nombre de « mini-Polognes » gouvernées par une élite compradore libérale exactement comme celle actuellement chargée de l’Union européenne. Le cri désespéré « va-t-en et tais-toi » n’est que l’expression de ce « rêve occidental » frustré par la puissance des forces armées russes et par l’unité du peuple russe derrière son actuel dirigeant. Mais même l’existence  certes frustrante, de la Russie n’est pas une raison suffisante pour tout risquer ; beaucoup plus de choses sont en jeu ici.

La Russie comme la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus grand

Pour des facteurs géographiques, historiques, culturels, religieux et militaires, la Russie est aujourd’hui le chef de file objectif de la résistance mondiale à l’Empire, au moins en termes moraux, psychologiques et politiques. Mais cela ne signifie pas qu’elle soit « anti-USA » pas du tout. D’une part, la Russie ne mène ni ne contrôle la résistance mondiale à l’Empire. En fait, selon une analyse superficielle, la Russie semble souvent assez seule dans sa position (comme l’a montré la récente attitude chinoise au Conseil de sécurité de l’ONU). En vérité, d’autres pays qui veulent mettre fin à l’hégémonie anglosioniste ne sont absolument pas incités à rejoindre la Russie au haut de la « liste de merde » américaine et à s’exposer au courroux de l’hégémon et notamment pas lorsque la Russie semble plus que disposée à supporter le poids de la haine de l’Empire. En outre, comme tous les pays grands et puissants, la Russie manque de vrais amis et la plupart des pays sont plus qu’heureux de demander qu’elle règle tous leurs problèmes (comme le montre le flot constant d’accusations que la Russie n’a pas fait assez pour cet endroit ou cet autre de la planète). Et pourtant tous ces pays ne font pas vraiment la queue pour montrer leur solidarité avec la Russie lorsqu’elle en aurait besoin. Donc lorsque je dis que la Russie mène la résistance, je ne suggère pas qu’elle doit le faire à la manière dont les États-Unis dirigent l’OTAN ou quelque « coalition de la bonne volonté ». Elle la dirige simplement par le fait qu’elle ne « s’en va » pas ou, mieux encore, qu’elle ne « se tait » pas.

La Russie est le seul pays sur la terre, à l’exception peut-être de l’Iran, qui ose dénoncer ouvertement et sans complaisance l’hypocrisie de l’Empire et qui est prête à soutenir ses paroles par sa puissance militaire si nécessaire. La RPDC est un cas unique et local. Quant aux divers pays bolivariens en Amérique latine, ils sont maintenant vaincus par l’Empire. En théorie, le monde musulman a certainement le potentiel de jouer un rôle plus grand dans la résistance à l’Empire mais le virus wahhabite injecté chez lui par les USA + Arabie saoudite + Israël a, au moins jusqu’à présent, empêché l’émergence d’un modèle réussi et véritablement islamique en plus de celui de la République islamique d’Iran (d’où la diabolisation de cette dernière par les Anglosionistes).

Et pourtant…

L’Empire est en train de perdre tout le Moyen-Orient. Pas tant à cause de certaines politiques russes et iraniennes brillantes et machiavéliques, mais plutôt grâce à sa politique infiniment arrogante, stupide et suicidaire. Le renversement de Saddam Hussein entrera probablement dans l’Histoire comme l’une des décisions politiques les plus idiotes jamais prises (Bolton était derrière aussi, d’ailleurs). C’était une catastrophe totalement auto-infligée. Comme l’a été l’invasion presque tout aussi désastreuse de l’Afghanistan. Un autre désastre auto-infligé pour les Anglosionistes était leur soutien au coup d’État mené par les États-Unis/Union européenne en Ukraine, qui a non seulement débouché sur une calamité que les Européens devront payer pendant les décennies à venir (pensez-y comme à une grande Somalie aux portes de l’UE) mais a également fait un boulot incroyable pour réunir le peuple russe derrière ses dirigeants et a diminué les sentiments pro-occidentaux dans l’opinion publique russe à quelque chose de l’ordre de 2% à 5% au plus. « Avoir » l’Ukraine ne valait sûrement pas la peine de « perdre » la Russie.

Et puis il y a la Chine, que les États-Unis ont grossièrement mal gérée depuis la prétendue Troisième crise du détroit de Taïwan en 1996, lorsque Clinton a menacé militairement la Chine (voir ici pour les détails) et avec qui Trump a maintenant lancé une guerre commerciale pour MAGA (Make America Great Again) (bonne chance !).

En revanche, toute « action » réelle est maintenant centrée sur le projet de Nouvelle route de la soie, ou OBOR, dans lequel la Chine et la Russie jouent les rôles principaux et dans lequel l’anglosphère ne jouera pas de rôle du tout. Ajoutez le petro-yuan à l’équation et vous avez l’émergence d’un nouveau modèle eurasiatique qui menace de rendre l’Empire tout entier simplement insignifiant.

Et puis il y a la Turquie (le deuxième État membre de l’OTAN le plus puissant). Et le Pakistan, d’ailleurs. Ou l’Afghanistan. Ou l’Irak. Ou le Yémen. Partout, l’Empire est en pleine retraite, ne laissant derrière lui que le chaos.

La vérité, c’est que la Russie ne serait jamais une menace crédible pour l’hégémonie anglosioniste s’il n’y avait pas les innombrables désastres auto-infligés que l’Empire a absorbés année après année. En réalité, la Russie n’est une menace pour personne. Et même la Chine ne serait pas une menace pour l’Empire si celui-ci n’était pas si arrogant, si tendu, si ignorant, imprudent et incompétent dans ses actes. Permettez-moi de ne donner qu’un simple exemple, mais puissant : non seulement les États-Unis n’ont pas ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, à une politique étrangère cohérente, mais ils n’ont même pas de ministre des Affaires étrangères. Le département d’État ne s’occupe pas de diplomatie simplement parce que les dirigeants américains ne croient pas à la diplomatie comme concept. Tout ce que fait le département d’État, c’est d’émettre des menaces, des sanctions, des ultimatums, d’avancer des revendications, de publier des tableaux de records (sur les droits de l’homme et autres !) et expliquer au public pourquoi les États-Unis sont presque constamment en guerre avec quelqu’un. Ce n’est pas de la « diplomatie » et les gens comme Nikki Haley ne sont pas des diplomates. En fait, le droit international n’a pas non plus d’utilité pour les États-Unis, d’où la déclaration publique de la même Nikki Haley à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU que les États-Unis sont prêts à ignorer les décisions de ce Conseil et à agir en complète violation de la Charte des Nations unies. Bref : les voyous n’ont pas besoin de diplomatie. Ils ne comprennent pas le concept.

Tout comme leurs maîtres et mentors israéliens, les Américains se sont convaincus eux-mêmes que tout ce dont ils ont besoin pour réussir sur la scène internationale est soit de menacer de recourir à la force soit d’y recourir effectivement. Ce qui marche bien (ou du moins semble bien marcher) à Gaza ou à Grenade, mais lorsqu’on fait face à la Chine, à la Russie ou à l’Iran, cette approche monomaniaque montre rapidement ses limites, en particulier lorsque votre force se réduit à tirer des missiles de loin ou à assassiner des civils (ni les États-Unis ni Israël, ni d’ailleurs l’Arabie saoudite n’ont une capacité crédible d’envoyer des « bottes sur le terrain » d’où leur dépendance à l’égard des mercenaires).

L’Empire est en train d’échouer rapidement et malgré tous les discours sur l’ « animal Assad » ou « Rocket Man » qui ont besoin d’une punition anglosioniste, les enjeux sont la survie de l’hégémonie imposée à l’humanité à la fin de la Seconde Guerre mondiale et, de nouveau, à la fin de la Guerre froide, ainsi que l’avenir de notre planète. Il ne peut y avoir un seul hégémon mondial et un monde multipolaire régi par le droit international. C’est une situation ou bien ou bien. Et dans ce sens, c’est beaucoup plus grand que la Syrie ou même la Russie.

De Douma à Donetsk ?

Il y a encore une chance que les Anglosionistes décident de frapper symboliquement la Syrie, comme ils l’ont fait l’an dernier après la précédente attaque chimique sous fausse bannière à Khan Cheikhoun (Trump s’est probablement envoyé un tweet à lui-même dans un coin ce qui rend une attaque presque inévitable). Si cela devait se produire, nous ne devrions pas nous réjouir trop tôt car ce ne sera qu’un changement de direction mineur, la croisade anti-russe version XXIe siècle continuera, très probablement sous la forme d’une attaque ukronazie contre le Donbass.

Rappel rapide : le but d’une telle attaque ne sera pas de reconquérir puis de nettoyer ethniquement le Donbass mais de forcer la Fédération de Russie à empêcher ce résultat en intervenant ouvertement. Une telle intervention russe arrêtera bien sûr rapidement la guerre et écrasera les forces ukronazies mais à ce stade, les tensions en Europe crèveront le plafond, signifiant que l’OTAN se trouvera (enfin !) une mission à peu près crédible, que les Allemands devront renoncer au North Stream II, que la Pologne et les mini-États baltes gagneront de l’argent en devenant la version est-européenne d’Okinawa et que les puissances anglos (États-Unis et Royaume-Uni) rétabliront fermement leur contrôle sur l’UE, malgré le Brexit. En outre, la Russie deviendra la cible d’une guerre économique totale, comprenant un blocus énergétique (les États-Unis seront plus qu’heureux d’imposer leur gaz atrocement cher aux Européens) une déconnexion de SWIFT, la saisie des avoirs russes, une interdiction des opérations financières russes dans l’UE, etc. Ce pourrait être risqué, bien sûr, en particulier s’il y a une guerre commerciale avec la Chine, mais ce ne sont que des options. Ce qui est certain, c’est que tant que Poutine ou quelqu’un comme lui reste au pouvoir en Russie, le Congrès continuera à d’imposer sanctions après sanctions à la Russie. En fait, pendant la plus grande partie de son histoire, même avant la Révolution, la Russie a été sous un genre ou un autre de sanctions occidentales. Ce n’est absolument pas nouveau et, comme j’aime à le rappeler aux gens ces jours ci, le meilleur prédicteur d’un comportement futur est le comportement passé, en particulier pour des régimes et des dirigeants psychopathes.

En plus, comme je l’ai déjà mentionné dans le passé, et contrairement à l’actuelle confrontation en Syrie, une guerre en Ukraine est un pari très sûr pour l’Empire. Premièrement, lorsque le but est la défaite de « votre » camp, presque toute l’aventure militaire est assez sûre. Deuxièmement, une fois que les Russes sont en Novorussie, ils en seront « propriétaires » ce qui signifie qu’ils devront porter l’immense fardeau financier de sa reconstruction. Troisièmement, une telle présence russe consoliderait et même encouragerait les nationalistes ukies qui, soit dit en passant, auront une occasion en or d’accuser les Russes de ce qu’eux-mêmes ont fait de mal au cours de ces quatre dernières années. Quatrièmement, toute opération de ce genre entraînera la mort d’un grand nombre des pires et des plus enragés Ukronazis et cela éliminera un problème potentiel pour ceux du genre Porochenko que les États-Unis préfèrent, et de loin. Enfin, comme je l’ai dit, cela donnera à l’OTAN la mission sacrée de « défendre l’Europe contre un État voyou russe revanchard » écrasant ainsi tout espoir européen d’indépendance, à un degré même modeste, à l’égard de l’anglosphère. Et le cas le pire ? Le cas le pire serait si les Novorusses peuvent bloquer l’attaque ukronazie sans intervention russe patente. Mais même si cela se produisait et même si les Novorusses lançaient une sorte de contre-offensive libérant Marioupol ou Slaviansk, ce sont des pertes sans importance du point de vue de l’Empire qui voit tant les Russes que les Ukrainiens comme de la chair à canon. Tout comme l’Empire veut que les Arabes et les musulmans s’entretuent au nom d’Israël au Moyen-Orient, l’Empire ne veut rien de plus que de voir les Ukrainiens et les Russes s’entretuer le plus possible et aussi longtemps que possible.

Aparté
Certains pourraient suggérer que les Novorusses pourraient non seulement battre les forces ukronazies mais aussi libérer le reste de l’Ukraine, y compris Kiev. Je pense que c’est extrêmement peu probable. Voici pourquoi : premièrement, malgré tout le non-sens patriotard, il y a de bonnes raisons, objectives, pour lesquelles les Novorusses n’ont pas pu libérer Marioupol la première fois (il y avait un risque majeur pour la force novorusse d’être encerclée par les Ukrainiens) ou pourquoi il leur a fallu si longtemps pour reprendre le contrôle de l'aéroport de Donetsk : au cours de la plus grande partie de leur existence, les forces novorusses étaient composées d’un mélange de différentes sortes d’unités qui, malgré tout leur courage personnel, n’étaient pas capables d’offensives au niveau opérationnel. Elles étaient limitées à des engagements tactiques qui, même réussis, ne conduisent pas nécessairement à des développements au niveau opérationnel. Il semble y avoir eu de grands changements dans la structure de commandement des forces novorusses. La libération de l’aéroport de Donetsk et, plus encore, du « chaudron de Debaltsevo »  était due aux efforts conjoints de la RPD et de la RPL, mais même si, comme je le soupçonne, les Novorusses sont maintenant capables de contre-offensives au niveau opérationnel, ce n’est encore pas ce qu’il faudrait pour libérer Kiev, En outre, comme un commandant novorusse l’a dit : « Plus nous poussons à l’Ouest, moins nous sommes vus comme des libérateurs et plus nous sommes considérés comme des occupants. » Enfin, la Russie ne permettra pas aux Novorusses de libérer la plus grande partie de l’Ukraine même s’ils le pouvaient, parce qu’ensuite la Russie devrait assumer les coûts faramineux de la réparation de cette « Somalie européenne » et c’est une tâche bien au-dessus de ses moyens actuels. Pour toutes les hallucinations est-européennes sur une invasion russe, la Russie n’a ni le désir ni même les moyens d’envahir qui que ce soit. La douloureuse réalité est celle-ci : les Ukrainiens paieront le prix fort pour leurs délires russophobes et la plus grande partie de la facture pour réparer ces dégâts devra être payée par le reste de l’Europe. Ils ont créé ce cauchemar, qu’ils le réparent maintenant.

Conclusion : retour à la Syrie

Rien de ce qui précède ne devrait nous distraire de ce qui est de loin le plus grand danger auquel nous sommes tous confrontés aujourd’hui – les risques d’une guerre russo-américaine en Syrie. En fait, cette réalité semble apparaître même aux plus obtus des presstitués qui s’inquiètent maintenant d’un effet d’entraînement. Non, pas en Europe ou aux États-Unis, mais en Israël, bien sûr. Pourtant, le fait qu’il y ait des gens qui comprennent qu’Israël pourrait ne pas survivre à un affrontement entre superpuissances sur le pas de sa porte est une bonne chose. Peut-être que le lobby israélien aux États-Unis, ou au moins sa partie qui se soucie d’Israël (beaucoup/la plupart font seulement semblant) sera beaucoup plus bruyante que tous les silencieux shabbos-goyim anglos qui ne semblent pas capables de manifester même un minimum d’instinct de conservation ? Bibi Netanyahou a ressenti le besoin d’appeler Poutine après que l’ambassadeur israélien en Russie s’est fait faire la morale par des officiels russes à la suite de la frappe aérienne israélienne (certes assez faible) contre la base aérienne syrienne T-4. Pas beaucoup d’espoir, je le concède…

Il ne s’agit plus d’opposer les bons et les méchants. Il s’agit de l’opposition entre la raison et la folie. Je pense que nous pouvons placer Trump, Bolton, Haley et tous les autres dans le camp des « incurablement délirants ». Mais qu’en est-il des grands généraux américains ? J’ai posé la question à deux amis bien informés et tous deux m’ont dit qu’il n’y a probablement personne au-dessus du grade de colonel avec assez de courage pour s’opposer à la folie des néocons, même si cela signifie la Troisième Guerre mondiale. De nouveau, il n’y a pas beaucoup d’espoir ici non plus…

Il y a une sourate (Al-Anfal 8:30) du Coran que Sheikh Imran Hosein évoque souvent et que je veux citer ici : « Et [rappelle-toi, ô Mohamed, le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner ou t’assassiner ou te bannir [de la Mecque]. Mais ils ont des plans et Allah a des plans. Et Allah est le meilleur en stratagèmes ». Et puisque nous parlons de la Syrie, où l’Iran et le Hezbollah sont tout autant (ou plus) des cibles que les Russes, il convient ici de citer un slogan chiite très populaire qui appelle à se rappeler que la lutte contre l’oppression doit se mener sans cesse et partout : « Chaque jour est Achoura et chaque terre est Karbala. » et bien sûr, il y a les mots du Christ lui-même : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme : craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » (Mathieu 10:28).

De telles références religieuses vont sans doute irriter les nombreux Occidentaux « éclairés » pour qui ce langage pue l’obscurantisme, le fanatisme et le sectarisme. Mais en Russie ou au Moyen-Orient, de telles références font partie intégrante de l’éthos national ou religieux. Pour illustrer mon propos, je citerai le Discours de la divine victoire prononcé par Sayyed Hassan Nasrallah en 2006 après la victoire écrasante de la relativement petite force du Hezbollah contre la puissance combinée des forces terrestres, aériennes et navales d’Israël :

« Nous célébrons aujourd’hui une grande victoire stratégique, historique, et divine. Comment l’esprit humain peut-il imaginer que quelques milliers de fils de notre résistance libanaise – si je voulais, je vous donnerais leur nombre exact – ont tenu 23 jours sur un terrain exposé au ciel contre la plus puissante force aérienne du Moyen-Orient, qui avait un pont aérien transportant des bombes intelligentes depuis l’Amérique, par la Grande-Bretagne, jusqu’à Israël ; contre 40 000 officiers et soldats – quatre brigades de forces d’élite, divisions de l’armée de réserve ; contre les plus puissants blindés au monde ; et contre l’armée la plus puissante dans la région ? Comment quelques milliers de personnes ont-elles pu tenir et combattre dans des conditions si difficiles, et [comment] leur combat a-t-il pu forcer les navires de guerre à sortir de nos eaux territoriales ? D’ailleurs l’armée et la résistance sont capables de protéger les eaux territoriales contre la profanation par n’importe quel sioniste. [Applaudissements.] [Et comment leur combat] a-t-il aussi pu conduire à la destruction des chars Merkava, qui sont un objet de fierté pour l’industrie israélienne ; endommager les hélicoptères israéliens jour et nuit ; et transformer les brigades d’élite – je n’exagère pas et vous pouvez regarder et lire les médias israéliens – en rats effrayés par nos fils [Comment est-ce arrivé] alors que vous étiez abandonnés par les Arabes et le monde à la lumière de la division politique (la solidarité humaine était cependant profonde) autour de vous ?

Comment ce groupe de moudjahidines a-t-il pu vaincre cette armée sans le soutien et l’aide de Dieu tout-puissant ? Cette expérience de résistance, qui doit être transmise au monde, dépend – sur le plan moral et spirituel – de la foi, de la certitude, de la confiance [en Dieu] et du désir de faire des sacrifices. Elle dépend aussi de la raison, de la planification, de l’organisation, de l’armement et, comme on l’a dit, de toutes les mesures de protection possibles. Nous ne sommes ni une résistance désorganisée et sophiste, ni une résistance clouée au sol et qui ne voit que ce sol devant elle, ni une résistance dans le chaos. La résistance pieuse, qui dépend de Dieu, aimante et compétente est aussi la résistance consciente, sage, formée et équipée qui a des plans. C’est le secret de la victoire que nous célébrons aujourd’hui, mes frères et sœurs. »

Ces mots pourraient aussi être utilisés pour décrire la relativement petite force d’intervention russe en Syrie. En fait, on pourrait faire de nombreux parallèles entre le rôle du Hezbollah et sa position au Moyen-Orient et le rôle et la position de la Russie dans le monde. Et bien que tous deux soient bien entraînés, bien armés et bien commandés, c’est leur puissance spirituelle qui décidera du résultat des guerres menées contre eux par l’hégémon. Les laïques anglosionistes ne le comprendront jamais – ils ne peuvent pas – et cela entraînera leur chute inévitable. La seule question est celle du prix que l’humanité devra payer pour que le dernier Empire finisse par mordre la poussière.

The Saker

Cette analyse a été écrite pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker fancophone

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2 réflexions sur « Quel prix l’humanité devra-t-elle payer pour l’effondrement de l’Empire ? »

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